FABRICIUS
[Né à Tundern (Sleswig) en 1743, mort en 1807.]
Élève, disciple et ami de Linné ; docteur en Médecine à vingtcinq ans, professeur d'Histoire naturelle à l'Université de Kicl; entomologiste distingué.
Son système de classification des insectes, imprimé en 1775, fit une véritable révolution. Ce système n'a plus aucune valeur, mais Fabricius rehdit de grands services en découvrant dans ses voyages et décrivant exactement un nombre considérable d'insectes. Il a laissé plusieurs ouvrages sur l'Entomologie.
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HAL'Y (rENE-JUST).
[Né à Saint-Just (Oise) en 1743, mort en 1822. J
Il était fils d'un pauvre tisserand. Le plaisir particulier qu'il prenait aux cérémonies religieuses et aux chants de l'église le fit remarquer du prieur de l'abbaye établie dans son village natal., et ce prieur, lui trouvant une vive intelligence, chargea l'un de ses moines de lui enseigner les premiers éléments. Ses rapides progrès, sa douceur, son caractère aimant, lui gagnèrent l'affection des pères, qui songèrent à l'envoyer à Paris pour qu'il y achevât ses études. On ne lui trouva d'abord qu'une place d'enfant de chœur dans une église du quartier Saint-Antoine, et Ce poste, disait-il dans la suite, eut du moins cela d'agréable, que je n'y laissai pas enfouir mon talent pour la musique. » Enfin, ses protecteurs de Saint-Just parvinrent à obtenir pour lui une bourse au collège de Navarre. Là il se fit bientôt assez estimer pour que les supérieurs le retinssent près d'eux, lorsqu'il eut pris ses grades, en lui confiant la régence de quatrième. Il passa, quelques années après, comme régent de seconde, au collège du Gardinal-Lemoine, où il rencontra Lhomond, dont les excellentes qualités, si semblables aux sietmes propres, établirent entre eux une affection solide, malgré la différence d'âges.
C'est à cette liaison que Haûy a dû sa carrière brillante, et que la Science doit des découvertes de premier ordre.
Lhomond aimait la Botanique, sans l'avoir apprise; Haûy, qui n'avait jamais songé qu'à faire plaisir, apprit la Botanique pour être agréable à son vieil ami dans ses herborisations, et le goût des Sciences naturelles s'éveilla en lui avec une force dont il se trouva tout surpris.
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Le Jardin des Plantes étant tout proche du collège, les deux
amis y faisaient de fréquentes visites. Un jour, voyant la foule
se presser à une séance de Daubenton sur la Minéralogie, Haûy
entra avec elle, et, charmé de trouver un sujet d'études mieux
circonscrit et moins exploré que la Botanique, il s'y attacha par
l'attrait des difficultés à vaincre. La chose qui l'avait frappé tout
d'abord était la diversité des formes affectées par les cristaux
formés d'une même substance. L'esprit plein de doute à cet
égard, il lui arriva de laisser tomber un groupe de spath calcaire,
cristallisé en prismes, qu'il examinait chez un de ses amis. L'un
des prismes s'étant brisé, Haûy remarqua avec surprise que le
système de cristallisation apparente n'était plus le même dans les
fragments que dans le bloc primitif : les angles plans et dièdres
étaient devenus les mêmes que ceux qu'on observe dans le spath
d'Islande.
Rentré chez lui, il prend successivement un spath cristallisé en pyramide hexaèdre, un autre appartenant au système qu'on appelait alors Lenticulaire^ il les casse et retrouve encore dans les fragments les traits caractéristiques du cristal d'Islande. Tout est trouvé! s'écrie-t-il : la forme cristalline élémentaire d'un corps dépend de la composition chimique de ce corps, et les formes, si différentes en apparence, des cristaux qu'il peut fournir résultent simplement du mode d'empilement des cristaux primitifs.
De nouvelles expériences sur d'autres corps le confirmèrent davantage dans l'hypothèse qui s'était présentée à son esprit. Mais, craignant de s'être laissé tromper par des apparences, il remarqua que cette hypothèse comporterait une vérification presque décisive. En effet, si la diversité des formes pouvait tenir
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à une superposition des couches en retrait les unes par rapport aux autres, les angles des faces du cristal dérivé devraient pouvoir se déduire de ceux du cristal primitif et du rapport du retrait à la dimension fictive d'une molécule dans le sens de ce retrait.
D'un autre côté, le nombre des formes dérivées étant toujours assez petit, le retrait devait être en rapport assez simple avec la dimension correspondante de la molécule ; or il devait être facile de voir si les angles des faces secondaires s'accordaient avec une hypothèse simple sur la valeur du retrait.
Le pauvre régent de seconde avait oublié depuis longtemps le peu de Géométrie qu'il eût jamais appris ; mais il avait intelligence et courage, il se mit bravement à étudier les éléments de Géométrie et de Trigonométrie qui devaient lui être nécessaires, et soumit ses conjectures aux vérifications qu'il s'était imposées. Le résultat ayant été entièrement favorable, Haûy communiqua sa découverte à Daubenton, qui en parla à Laplace, et tous deux s'empressèrent de l'engager à en faire part à l'Académie.
« Ce n'est pas, dit Cuvier, ce à quoi il fut le plus aisé de le déterminer. L'Académie, le Louvre étaient pour le bon Hatiy une sorte de pays étranger qui effrayait sa timidité. Les usages lui étaient si peu connus, qu'à ses premières lectures il y venait en habit long, que les anciens canons de l'Église prescrivaient, diton, mais que les ecclésiastiques ne portaient plus depuis longtemps dans la société. » Ses amis, craignant pour lui le ridicule, cherchèrent à lui faire quitter cet habit; mais il fallut qu'ils appuyassent leurs conseils de l'avis d'un docteur en Sorbonne. « Les anciens canons sont très respectables, lui répondir-on ; mais, en ce moment, ce qui importe, c'est que vous soyez de l'Acadé-
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mie. » UAcadémie n'attendit même pas qu'une place de Physique ou de Minéralogie devint vacante, elle le nomma (1783) dans la section de Botanique presque à l'unanimité. Il avait tellement le don d'attirer à lui, que Lagrange, Lavoisier, Laplace, Fourcroy, Bertlîollet et Guyton de Morveau voulurent qu'il leur expliquât sa théorie, et ils allaient Técouter au collège du Cardinal- Lemoine.
Le mérite trouve toujours des détracteurs ; celui de Haûy avait jeté trop d'éclat pour qu'il échappât au sort commun; Romé- Delisle se chargea du triste soin de troubler le bonheur du nouvel académicien. Haûy se borna pour toute réponse à entrer dans la voie de nouvelles découvertes encore plus importantes.
Il avait jusque-là ramené à un même type les cristaux, divers en apparence, que pouvait fournir un même corps bien connu, dans des circonstances différentes; il en vint bientôt à concevoir une liaison intime entre la composition chimique de chaque corps et la forme des cristaux élémentaires auxquels il donnait naissance.
La plupart des cristaux classés par ses devanciers n'avaient pas été soumis à des analyses chimiques exactes. Aussi la classification adoptée rapprochait-elle, jusqu'à la confusion, des minéraux à bases totalement différentes, dont les cristaux présentaient quelques vagues analogies, tandis qu'elle éparpillait souvent dans des groupes distincts les diverses variétés d'un même corps. Haûy crut pouvoir affirmer, suivant les cas, soit l'identité de composition entre des pierres distinguées jusque-là les unes des autres par un caractère au fond indifférenr, tel que la couleur, par exemple, soit la diversité radicale entre d'autres minéraux regardés avant lui comme identiques, et toujours l'analyse directe
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vérifia les assertions qu'il avait émises. Non seulement, dit Guvier, il a annoncé aux chimistes qu'en recommençant leurs analyses ils trouveraient des différences qu'ils avaient méconnues, il leur a encore souvent prédit que des différences qu'ils croyaient voir ne devaient pas exister. C'est ainsi que, d'après ses indications, Vauquelina fini par trouver le glucinium dans l'émeraude, comme il l'avait auparavant découvert dans le béril. Lorsque Klaproth et Vauquelin découvrirent que l'apatite et la chrysolithe des joailliers n'étaient que du phosphate de chaux, Haûy avait déjà remarqué l'identité de leur structure cristalline.
Dès qu'il eut dans l'Université les vingt ans de services qui lui donnaient droit à une petite pension de retraite, Haûy se hâta de la demander, pour se vouer entièrement à la Science qu'il venait de créer. Pourvu d'ailleurs d'un petit bénéfice qui lui donnait au moins le nécessaire, il vivait simplement, suivant ses goûts^ en travaillant sans cesse.
La Révolution vint jeter le trouble dans cette existence si calme : privé de ses pensions et de ses places, Haûy, qui n'avait pas prêté le serment, fut emprisonné après le lo août; heureusement, un de ses élèves, Geoffroy Saint-Hilaire, réussit à obtenir l'ordre de son élargissement, et on ne l'inquiéta plus. Quoiqu'il n'eût rien changé à son ancienne manière de vivre et qu'il contilinuât de remplir ses fonctions ecclésiastiques, comme s'il eût ignoré le danger qu'il courait, la Convention le nomma membre de la commission des poids et mesures, et il put, sansqu'illui arrivât rien, plaider la cause de Lavoisier. Son impunité, remarque Cuvier, est encore plus étonnante que son courage.
Haûy fit naturellement partie de l'Institut, lors de sa création. Appelé au conseil des mines, il forma en peu d'annéesia magni-
fique collection qu'on admire dans les salles de l'École. C'est là qu'il prépara son grand traité de Minéralogie. Cet ouvrage, dit Cousin, n'est pas moins remarquable par sa rédaction et la méthode qui y règne que par les idées originales sur lesquelles il repose. Haiiy s*y montre habile écrivain et bon géomètre autant que savant minéralogiste.
A la mort de Daubenton, Haiiy insista pour que Dolomieu, alors prisonnier en Sicile, fût nommé à sa place. Il lui succéda bientôt après^ en 1802. Lors de la fondation de l'Université, le ministre créa pour lui une chaire de Minéralogie à la Faculté des Sciences et lui adjoignit Brongniart pour le suppléer. Mais Hauy ne voulait pas porter le titre sans remplir au moins en partie les fonctions, et il faisait venir chez lui les élèves de l'École normale, pour les initier, au milieu de ses collections, à tous les secrets de la Science.
La Restauration, vouée à des rancunes qui devaient la perdre, ne sut pas respecter en lui le savant européen; elle le priva, sous différents prétextes légaux, de la plupart de ses moyens d'existence, et son frère, revenu de Russie avec une santé perdue, étant tombé à sa charge, Haiiy se trouva ramené bien près de l'état précaire où il avait passé sa jeunesse. Mais, au sein même de la gloire et de la fortune, il n'avait quitté aucune de ses premières habitudes et il ne sentit que la privation de pouvoir faire le bien. Une chute faite dans sa chambre lui cassa le col du fémur, et, un abcès s'étant formé dans l'articulation, la guérison ne put pas être obtenue. Il ne laissait d'autre héritage que sa collection de cristaux, qui fut d'abord acquise à très bon marché par un Anglais, mais que la France a rachetée depuis pour le Muséum.
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Les principaux ouvrages de Haûy sont : Essai d'une théorie sur la structure des cristaux (1784); Exposition raisonnée de la théorie de l'Electricité et du Magnétisme (1787); Traité de Minéralogie [i2iOi]\ Traité élémentaire de Physique (i8o3); Tableau comparatif des résultats de la Cristallographie et de l'analyse chimique^ relativement à la classification des minéraux (1809); Traité des caractères ^physiques des pierres précieuses ( 1 8 1 7) ; Traité de Cristallographie (1822).