DE M0UET DE LAMARCK (JEAN-BAPTISTE-PIERRE-ANTOINE
[Né à Bazentin (Picardie) en 1744, mort en 1839.]
Son père, le destinant à l'état ecclésiastique, lui avait fait commencer ses études chez les jésuites d'Amiens ; mais ses inclinations le portaient vers la carrière des armes. Son père étant mort en 1760, le jeune Lamarck se dirigea vers l'armée d'Allemagne, muni simplement d'une lettre de recommandation pour le colonel d'un régiment engagé dans la campagne de 1761. Peu de jours après l'arrivée de Lamarck à son corps, l'armée Française livrait
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la bataille de Fissingshausen; le jeune volontaire, dont tous les supérieurs venaient d'être tués dans l'action, prenait le commandement de sa compagnie, refusait, au moment de la retraite, de quitter le poste avancé qui avait été assigné à ses hommes, et dans lequel on l'avait oublié; le soir même de la défaite, il recevait un brevet de lieutenant. Mais un accident dont il fut victime après la paix, l'obligea de renoncera la carrière oîi il venait de débuter si brillamment.
Réduit à une pension alimentaire de 400 fr., il entra dans les bureaux d'un banquier, et cependant se mit à étudier la Médecine.
Après dix ans d'un travail trop souvent interrompu, il se fit connaître par un ouvrage conçu sur un plan neuf, où il proposait pour la flore française un mode de distribution tel, que, selon lui, le lecteur pût, pour ainsi dire, sans préparation aucune, assigner les caractères de chaque plante. Sa méthode consistait à n'établir que des catégories qui se résolussent par oui ou par non, de sorte que l'élève n'eût jamais à décider qu'entre deux conditions bien précices.
Buffon, dont Lamarck suivait les cours, fit imprimer la Flore française à l'imprimerie royale, fit admettre son protégé à l'Académie des Sciences, dans la section de Botanique, et le donna pour guide à son fils, avec une commission de botaniste du roi, chargé de visiter les jardins et cabinets étrangers et d'établir des correspondances avec le Muséum de Paris. Lamarck parcourut ainsi, avec le jeune Bufîon, en 1781 et 1782, la Hollande, l'Allemagne et la Hongrie, où il lia amitié avec Gleditsch, Jacquin et Murray.
A son retour, il commença la publication de son Dictionnaire
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de botanique et de son Illustration des genres, qui lui assignèrent un rang distingué dans la Science. Ces deux grands ouvrages, qui comprennent, le premier, treize volumes et le second quatre, ne sont pas au reste entièrement de lui. Desrousseaux, Poiret, Savigny et de Gandolle l'aidèrent à les achever.
« U Illustration des genres, dit Guvier, est peut-être le livre le plus commode pour acquérir des notions un peu complètes de Botanique. La précision des descriptions et des définitions y est appuyée de figures propres à donner un corps à ces abstractions et à les faire saisir à l'œil en même temps qu'à l'esprit. »
Le Dictionnaire contient l'histoire plus détaillée des espèces, avec des descriptions soignées et de nombreuses observations sur les particularités de leur organisation. Tout n'était pas original, tant s'en faut, dans ces deux écrits ; mais le choix des figures était fait avec intelligence, les descriptions étaient tirées des meilleurs auteurs, et de nouveaux genres même y étaient étudiés.
La faveur de Bufifon et celle du ministre n'avaient encore procuré à Lamarck aucun établissement solide; Labillardière, son parent, qui succéda à Buffon, obtint enfin pour lui la place modeste de garde des herbiers au cabinet du roi, place, au reste, dans la possession de laquelle il fut un moment inquiété par l'opposition de quelques-uns de ses collègues; mais, à la réorganisation du Muséum, en lygS, il fut nommé à la chaire d'histoire des animaux à sang blanc, qu'il a depuis occupée jusqu'à sa mort, et où il a acquis ses principaux titres à l'estime des savants. Il avait alors cinquante ans, et n'était que fort peu préparé à ses nouvelles fonctions; mais il puisa dans son courage la force nécessaire pour surmonter toutes les difficultés.
Ses Recherches sur l'organisation des corps vivants, sur son
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origine, ses développements et ses progrès, qui parurent en 1802^ ne constituent guère qu'une théorie anticipée de la génération spontanée. Il admettait que les corps vivants les plus simples, ceux qui terminent chaque règne, peuvent se former directement, que l'organisme une fois formé, l'irritabilité naîtra et aura le sentiment pour conséquence; qu'ensuite les efforts de l'animal, nés de ses besoins, développeront en lui les organes nécessaires à la satisfaction de ces besoins.
Son Hydrogéologie ou Recherches sur Vinfîuence qu'ont les eaux sur l'appropriation de la surface du globe ^ etc. (1802), ne présente pas des caractères bien sérieux; Lamarck avait, du reste, antérieurement, publié sur la Physique et la Chimie des théories autrement hasardées. Mais dès qu'il rentra dans le domaine des faits, il y trouva une source non contestée de gloire.
C'est lui qui substitua le premier la dénomination juste d'animaux sans vertèbres à celle d^ animaux à sang blanc, attribuée improprement par Linné aux insectes et aux vers. La division qu'il proposait en apathiques, sensibles et intelligents n'était pas très fondée. Mais ses observations sur les coquilles et les polypiers; la sagacité avec laquelle il en a circonscrit et caractérisé les genres, d'après des circonstances choisies avec habileté ; le talent avec lequel il en a comparé et distingué les espèces, l'ont mis à la tête des naturalistes qui se sont occupés de l'histoire de ces animaux.
a C'est principalement d'après lui, disait Cuvier en i83i, que ceux qui ont écrit sur la même matière ont nommé et distribué leurs espèces; et, encore à présent, sur les éponges, par exemple, sur les algues et sur plusieurs genres de coraux, ce serait vainement qu'on chercherait ailleurs une instruction plus
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complète que dans son Histoire des animaux sans vertèbres. » « Une branche de connaissances à laquelle surtout il a donné une vive impulsion, est celle des coquilles fossiles. A peine la comparaison de ces coquilles à celles qui vivent aujourd'hui dans les différentes mers avait-elle été essayée sur un petit nombre. Lamarck procéda à cet examen avec la profonde connaissance qu'il avait acquise des coquilles vivantes et le poursuivit avec ardeur. » <c Malheureusement ses yeux affaiblis ne lui laissaient plus apercevoir que confusément les parties délicates de tous ces objets dont l'observation faisait son bonheur, et bientôt il perdit totalement la vue. »
Ses dernières années furent encore attristées par la perte de ses économies dans des placements hasardeux. Son dernier ouvrage a été dicté par lui sous ces pénibles impressions, à sa fille aînée, qui s'était consacrée à adoucir ses derniers moments.
LENOiR (Etienne).
[Né à Mer (Loir-et-Cher) en 1744, mort à Paris en i832.]
Habile constructeur d'instruments de précision. Il construisit le cercle répétiteur pour Borda, les instruments que Delambre et Méchain emportèrent dans leur expédition aux Pyrénées, ceux qui servirent à La Pérouse, d'Entrecasteaux et Baudin, dans leurs voyages, ceux que les savants qui accompagnaient Bonaparte emportèrent en Egypte, le mètre-étalon, le premier fanal à miroir parabolique, pour le phare de Gordouan, à Bordeaux, etc.
M. Marie. — Histoire des Sciences, IX. 20
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