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XII PRÉFACE

exactement aux aberrations parallèles de la physiologie durant ce long intervalle de temps qui prend fin au milieu du xvn° siècle. Dans les siècles suivants, tout entiers consacrés à la création de nouveaux systèmes, on ne reconnaît pas avec moins d’évidence l'empire tyrannique que la physiologie prétend exercer sur la pathologie. Les bons esprits n'échappent à cet empire que par un défaut de logique; oubliant en effet, quand ils se trouvent au lit du malade, le système qu’ils ont embrassé ou imaginé, ils reviennent à l'observation. C’est ainsi que plusieurs jatromécaniciens des plus décidés sont, comme cliniciens, d'excellents hippocratistes. Si les progrès de la physiologie, car il y en à même au milieu des systèmes les plus exclusifs, ne parviennent pas toujours à édifier, ils réussissent presque infailliblement à détruire et par consé— quent à déblayer le terrain. La pathologie n’a valu quelque chose qu’en secouant le joug de la mauvaise physiologie tra ditionnelle, pour se livrer à l’observation pure et simple des faits aussi bien dans l'organisme sain que dans l'organisme malade.

Comme corollaire de cette thèse nous avons montré par de nombreux exemples (ils ne souffrent guère d’exceptions), que non-seulement l’anatomie ne sert pas el n’a pas servi à réformer la physiologie, mais que la physiologie avait contribué à gâter, à corrompre l'anatomie et à lui faire voir tout autre chose que ce que la nature lui montrait; tant, je ne saurais trop le répéter, tant les idées sont encore plus entêtées que les faits ; or, toute, ou du moins presque toute la physiologie an cienne, était un tissu d'idées préconçues et non de faits bien établis et liés ensemble par des procédés logiques rigoureux. C'est la physiologie qui s’est amendée elle-même par la méthode expérimentale, et qui dès lors n'a plus permis à l'anatomie de s’égarer; elle à pu, au contraire, lui ouvrir des voies

PRÉFACE. XIII nouvelles et fournir en même temps des points d'appui plus solides à la réforme de la pathologie.

La seconde thèse, et déjà on l’a pressentie par les réflexions que je viens de développer, la seconde thèse, c’est que l’histoire de la médecine est:la démonstration, siècle par siècle, de l'impuissance des théories et de la puissance des faits, de linanité des systèmes 4 priori, et de l'action aussi bienfaisante qu'irrésistible, quoique lente, de la méthode d'observation et de la méthode expérimentale dans l'établissement des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales. Aujourd’hui personne n’oserait renouveler les tentatives dés Van Helmont, des Sylvius de le Boe, des Stahl, des Bellini, des Hoffmann, des Barthez, des Brown, même des Broussais; si on l’osait, on resierait à peu près sans disciple.

Ce que nous voulons tous aujourd’hui, ce sont des faits, mais des faits bien observés et des déductions prudentes qui, ne dépassant pas la portée de ces faits, n’affichent pas non plus la prétention d’enchaîner toute la médecine, de tout expliquer par une seule cause, de tout comprendre sous une formule générale. On peut penser que les micrographes, que les chimistes, tirent peut-être trop vite et trop de conséquences de leurs découvertes, et qu'ils ne les éclairent pas assez au flambeau de la clinique ; je l'accorde; mais cela ne m'effraye pas du tout, attendu que ces micrographes, que ces chimistes, que ces médecins versés dans la physiologie expérimentale, hommes éminents ou distingués, sont tous les ardents défenseurs d'une méthode qui précisément manie les instruments, et S'appuie sur les principes dont l'usage et l'application ne permettent pas d'aller trop loin sur la route des systèmes,

et raménent d'eux-mêmes dans le droit chemin ceux qui s’en écartent,

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