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A QUELLES CONDITIONS S'OPÈRENT LES RÉFORMES

époque fort reculée, non-seulement sans le concours des expériences, mais en dehors de toute notion positive sur la structure de la machine humaine; l’édée a précédé le fait ; et, ce qui n'est pas moins fâcheux, la théorie des causes finales est venue subordonner impérieusement le fait à l'idée; ou, ce qui revient au même, contraindre une anatomie incomplète à s'adapter à une physiologie imaginaire, pour justifier la nature « qui ne fait rien en vain ». Mn’ y a pas de meilleure et plus certaine condamnation de cette théorie, à laquelle on appliquerait volontiers le mot à la fois spirituel et profond de Claude Perrault : « La grande louange que cent aveugles pourraient donner à une beauté ne serait pas qussi avantageuse que la plus médiocre d’un seul homme qui aurait de bons veux. »

Tout cela nous fait comprendre comment, dans la marche logique des événements médicaux, au sortir de la période de conservation, le xvr° siècle a été le grand siècle de l'anatomie descriptive; — comment le xvir* est devenu le grand siècle de l'anatomie des tissus et de la physiologie expérimentale ; — comment enfin, au xviu*, la médecine (théorie et pratique) a pu, en s'appuyant sur ses deux soutiens naturels, l’anatomie et la physiologie, auxquelles la chimie prêtait déjà une nouvelle force, commencer à se réformer elle-même par l'observation clinique.

J'ai donc eu raison d'avancer que Le xv’ siècle a été actif, puisque les médecins ont beaucoup lu et beaucoup écrit; — qu'il à été stérile, puisqu'il n’a presque rien produit pour lui-même, et que son plus grand mérite est d'être le père du xvi° siècle.

La première moitié du XVr° siècle est un drame en trois actes ou trois tableaux. Dans le premier, on voit un grand nombre de médecins, entraînés par le mouvement qui emportait toutes les intelligences, se jeter dans l'érudition nouvelle, prendre violemment parti contre les Arabes en faveur des Grecs, c’est-à-dire secouer le pouvoir du jour pour se courber sous celui de la veille. —— Dans le second acte apparaît une minorité turbulente qui ne respecte pas plus les Grecs que les Arabes : j'appellerais volontiers le chef de cette fraction le Luther de la médecine, si Paracele eût réussi à autre chose qu'à augmenter les ruines,

s’il avait fondé un établissement durable, et s’il n’avait pas dit lui-même que Luther n’était pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Le règne de Paracelse est court; ses partisans n’ont pas grande renommée ni grande action; quelques-uns, montrant plus d’habileté que de ferveur, tâchent de concilier les opinions du maître avec celles de Galien, comme Pierre d’Abano voulait, à la fin du xrr° siècle et au commencement du xiv!, mettre d'accord Galien et les Arabes : des deux côtés l’entreprise eut le même résultat. Finalement, et par une suite de transformations, Paracelse conduit à van Helmont, et celui-ci mène à Sylvius de le Boe!

L'esprit novateur, cet esprit actif, ingénieux, passionné, mais non pas révolutionnaire, ne pouvant se contenter ni de la coalition qu’il venait de former avec les Grecs contre les Arabes, ni du radicalisme aussi vain que compromettant de Paracelse, et ne trouvant non plus chez les Grecs aucun système nouveau, aucune théorie qui déjà n’eût été mise en circulation par les Arabes, semble abandonner un moment le terrain de la pathologie générale pour s’affermir sur celui de la pathologie spéciale ; il rassemble des faits, ébauche des descriptions, modifie en quelques points le cadre nosologique, et en même temps il se livre avec autant de succès que d’ardeur aux recherches anatomiques, qui commencent à saper par la base l’omnipotence des Grecs aussi bien que celle des Arabes. Tel est le troisième acte ou le dénoûment du xvi° siècle. Au xvi° siècle, l'anatomie descriptive est le grand œuvre des intelligences d'élite, comme l’alchimie est le grand œuvre des esprits aventureux.

La lutte, très-vive au xvr° siécle entre les Grecs et les Arabes (4), est loin de se terminer avec ce siècle ; elle se prolonge durant une grande partie du xvii® (2), malgré l’enfantement d’une multitude de systèmes qui ne sont pas plus d’Avicenne que

(4) On lit beaucoup les Grecs, mais on ne néglige pas les Arabes ; on en trouverait la preuve dans les éditions assez multipliées qu’on donne de leurs ouvrages au xvrf siècle. ;

(2) Haller fait commencer les arabistes beaucoup trop tôt, même avant les Arabes; il les fait finir beaucoup trop tôt aussi, car il y a encore de nombreux partisans d’Avicenne, de Rhazès ou de Mésué au xvi° siècle.

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