MULTIPLICITÉ DES SUJETS D'ÉTUDE
de Calien, et malgré les conquêtes de plus en plus nombreuses de l'expérience sur la tradition. Chaque effort des arabistes (car ds trouvent encore des auditeurs au pied des chaires publiques) est'une occasion de triomphe pour les Grecs. Les Arabes sont définitivement vaincus ; les Grecs règnent à peu près sans partage dès les premières années du xvnre siècle ; toutefois, phénomène bien remarquable, quoiqu'il se produise si tardivement, les Grecs sont acceptés parce qu'ils enseignent les bonnes pratiques de la médecine, el non parce qu’ils en représentent les bonnes théories. L
Médecin hippocratique est devenu synonyme de médecin observateur. Il a fallu quatorze cents ans pour consommer en principe la ruine du système de Galien; il a fallu presque deux siècles pour tirer les dernières et décisives conséquences de cette bataille à jamais mémorable livrée et gagnée par Harvey en 1628. L'Angleterre avait porté le grand coup; le resle de l’'Europe complète et achève la réforme en des sens différents par Sydenham, Morgagni, Haller, Barthez, de Haen, Stoll, Bichat, Broussais et notre immortel Laennec.
Si la littérature du xv° siècle est abondante et déjà compliquée,
à plus forte raison celle du XVIe peut être caractérisée par Ces deux mots : multitude et diversité. Des éditions ou traductions de presque tous les auteurs grecs et de quelques arabes ; des commentaires qui embrassent une grande partie des œuvres d'Hippocrate et. de Galien ; d’amples ouvrages originaux, des écrits polémiques, de nombreuses etimportantes monographies ; les langues modernes qui commencent à se substituer au latin; des branches nouvelles greffées au tronc principal par les développements qu'ont pris l'anatomie, la chirurgie d'armée, l’histoire naturelle, la critique des textes et l'étude des épidémies ; —tout, en un mot, 5e réunit, au xvi° siècle, pour embarrasser et retarder la marche de l'historien, sans ajouter toujours un bien vif attrait à sa tâche, puisqu'il faut se résigner, après déjà quinze siècles de patience, à dévorer des in-folio et des in-quarto remplis des théories du passé, d’assertions fausses, de faits mal établis. On serait tenté de se laisser aller au découragement,
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peut-être à un vrai désespoir, si l’on n'entrevoyait quelques rayons de lumière à travers ces nuages épais, si l’anatomie et la chirurgie ne rachetaient la médecine, et si l’on oubliait qu'il faut passer par toutes ces étapes de l'erreur pour arriver à la possession de la vérité.
Nous avons partagé les écrivains du xvr siècle en cinq groupes, Sans compter les naturalistes, qui, loin de rendre d’éminents services à la médecine, surchargent la matière médicale et compliquent la thérapeutique : 4° Les réformateurs par l'érue dition ou humanistes. En prenant parti pour les Grecs contre les Arabes, ils se mettent à la tête d’une renaissance plutôt littéraire que scientifique. Cette phalange compte de grands noms : Leonicenus, Duret, Gonthier d’Andernach, Houiller, Linacre, Gorrée, Fuchs, Cornarius, Mercuriali, Champier, Montanus, Valesius (1), et d’autres qu'il serait trop long d’énumérer. Mais quelles discussions stériles ! le fond manque à peu près complétement, puisque, en l’absence d’une expérience personnelle indépendante, il n’y a pas moyen de contrôler les dires et les observations des Grecs ou des Arabes; de plus, on discute sur des textes où la critique n’a fait aucun triage ni fourni aucun terrain solide par la confrontation des manuscrits. — 2° Les réformateurs par l'anatomie. Ceux-là sont les vrais; on les nomme Massa, à qui l'anatomie des viscères doit d'assez nombreux accroissements : Benivenius, dans l'ouvrage duquel on trouve de curieux renseignements pour l'anatomie pathologique ; AL. Benedictus, plus renommé pour la purèté de son style que pour ses innovations, car il suit presque uniquement Galien: Bérenger de Carpi, qui n’a pas assez profité des nombreuses ouvertures de cadavres qu'il a pratiquées pour rectifier et enrichir l’Anatomie de Mundinus ; Jacques Dubois, qui a fail plusieurs découvertes importantes, mais dont il n’a pas toujours’ eu conscience ; Cannanus, dont le nom se rattache aux premières notions sur les valvules des veines; Estienne, qui a réformé
(1) Valesius, dans ses Controverses, est un des auteurs qui ont le mieux démasqué
les vaines subtilités des Arabes. — Il faut remarquer qu’au xvi siècle, les rccher-
ches ou les disputes d’érudition ont créé un genre presque nouveau en littérature médicale, le genre épistolaire,