‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 108 sur 260 · RÉFORMATEURS.: — ANATOMISTES · texte numérisé non relu

RÉFORMATEURS.: — ANATOMISTES

quelques points de l'anatomie des os et des muscles de Galien ; Vésale; Fallope (1); Arantius, auquel on doit de bonnes recherches surle fœtus et ses annexes ; Coiter, trop peu connu, malgré ses travaux sur l'embryogénie , ses observations sur les mouvements “du cœur, et son zèle pour l'anatomie comparée ou pour l’anatomie pathologique ; Eustachi, dont Vésale redoutait particulièrement la critique et qui sur beaucoup de points a agrandi le domaine de l'anatomie; Ingrassias, à qui l’ostéologie et les organes des sens sont fort redevables ; Varole, qui le premier a cherché une méthode pour la dissection du cerveau; Fabrice d’Acquapendente, qui à plus de réputation qué de mérite: il avait beau coup disséqué, mais il a écrit à un âge déjà avancé, et presque sans mettre à profit ses dissections. Son premier ouvrage, le plus Justement célèbre, a pour titre : De venarum ostiolis (Pataviae, 1603) (2). La renommée qui s’attachait à de tels noms, surtout à welui de Vésale, ne les a pas mis à l'abri des calomniesridicules et des violentes attaques de l’école réactionnaire de Paris.

Quand on parle de Vésale, il est difficile de répondre à l’opinion que le public médical s’en est faite, plutôt sur son ancienne réputation que sur l’exacte et consciencieuse révision des pièces du procés : il y a quelque péril à paraitre vouloir abaisser le piédestal sur lequel la tradition a élevé ce grand homme; mais'c’est le devoir de l'historien de mettre les faits en leur jour et les hommes à leur place. — J'ai tâché de remplir ce devoir; je crois avoir apprécié, comme il convenait, les services considérables que Vésale a rendus pour l’époque où il vivait, mais en même temps j'ai démontré que son traité De corporis humani fabrica, envisagé dans la série historique, n’était qu'une seconde édition, tevue, corrigée et beaucoup amendée, des écrits anatomiques de Galien. — Vésale a remis en honneur les vrais principes de l'anatomie; il à désséqué comme l'avait fait Galien, et ne s’est

(4) Voyez un mémoire rédigé avec beaucoup de soin par Calderato (Vincenzo) : Brevi Cenni sulla vita e sugli scritti anatomici di G. Falloppio (Pad., 1862, 8).

(2) Au xv° et surtout au xvr® siècle, on s'occupe beaucoup des figures anatomiques, comme on peut le voir dans l'ouvrage de Choulant: Geschichte und Bibliographie der anatomischen Abbüdung (Leipzig, 1852, 40). Il paraît que sous Philippe I, en Espagne, c’est par des mannequins qu'on suppléait aux dissections,

pas contentéd’ouvrér des cadavres, comme cela se pratiquait de son temps; il a mis l'observation de la nature au-dessus de l’autorité, et il a commencé cette démonstration qui devait précéder toute recherche ultérieure, à savoir, que Galien avait disséqué des animaux et non des hommes ; il a transposé, pour ainsi parler, les descriptions galéniques du singe à l’homme; enfin ila appliqué ces divers principes à tout l’ensemble de l’anatomie : en ce sens, il est le restaurateur de l'anatomie descriptive. Cependant son scalpel ne va guère plus loin, pour les nerfs et les vaisseaux, que celui du médecin de Pergame; ses découvertes personnelles ne sont ni (rès-nombreuses ni tout à fait de premier ordre; son traité renferme encore trop d'erreurs, héritage funeste de Galien.

L'école italienne, où Vésale a reçu le complément de sa première instruction, a donné un homme moins populaire parce qu'il a été sur un plus petit théâtre et qu'il a écrit de plus petits Ouvrages, mais qui doit être compté au nombre des plus grands anatomistes : c’est Fallope. Haller a dit de sa personne : « Candi- « dus vir, in anatome indefessus, magnus inventor, in neminem Ciniquus », et en parlant de ses Observationes anatomicae : « Eximium opus et cui nullum Priorum comparari potest. » Ce n'est pas Vésale qui a fait Fallope, quoiqu'il soit son aîné de quelques années (Vésale né en 4513 ou 1514; Fallope, en 1523); mais tous les deux sont le produit du même milieu scientifique. Le premier a écrit un Opus majus; le second, des Libelli aurer. Fallope avait Le génie de l'invention ; Vésale, le génie de la méthode: ou plutôt Fallope avait du génie, Vésale n'avait que du savoir (1).

L'étude des ouvrages de Vésale m’a démontré une fois de plus avec quel soin jaloux on doit remonter aux sources, combien il

(1) M. Haëser, dans le Jahresbericht der gesamm. Medic. (1867, t. I, p. 362), semble trouver ce jugement sur Vésale un peu sommaire, ef il pense que l'ouvrage, ne contint-il pas une syllabe, mais seulement les figures, serait déjà immortel. J'aurai, je l'espère, l’oucasion de confirmer mon appréciation en reproduisant plus tard les arguments que j’ai fait valoir dans mon cours; quant aux figures, j'ose affirmer (que mon excellent ami me pardonne) qu'un grand nombre manquent absolument d’exactitude et de vérité ; or, de tels défauts en un tel livre ne sauraient être compensés par la beauté du dessin ou de la gravure,

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