‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 109 sur 260 · RÉFORMATEURS. — PHYSIOLOGISTES. == CLINICIENS · texte numérisé non relu

RÉFORMATEURS. — PHYSIOLOGISTES. == CLINICIENS

faut se défier des informations d'autrui, Lorsque j'abordai, il y a de cela plusieurs années, le traité De corporis humani fabrica, je me persuadais que ma tâche devait être fort allégée par la . lecture d’une monographie qui a pour titre: Études sur A. Vésale, et, pour auteur, M. Burggraeve (Gand, 1841); mais, dès les premières pages, j'ai cru reconnaître que M. Burggraeve prête à Vésale des opinions qu’il n'avait pas, lui attribue des découvertes imaginaires, ou qui se lisent, soit dans Galien, soit dans les prédécesseurs immédiats du célébre anatomiste de Bruxelles, tandis qu’il ne lui fait pas toujours honneur de celles qui lui appartiennent en réalité: même le texte de Vésale, transcrit au bas des pages, condamne parfois l'interprétation de son biographe. Il m'en coûtait de mettre sous vos yeux les preuves de ces assertions; cependant, par respect pour un confrère digne de toute estime, et fort instruit d’ailleurs, je ne pouvais pas sacrifier les droits de l’histoire, ni paraître porter de faux jugements, si on les rapproche sans contrôle de ceux de M. Burggraeve.

3° Le troisième groupe formé par les écrivains du xvi° siècle comprend les ré/ormateurs par la physiologie. Servet, Columbus, Caesalpin, voient bien que les choses ne se passent pas comme le disent les anciens pour le mouvement du sang, mais ils ne savent pas encore comment elles se passent; ce ne sont que des précurseurs qui n’ont pas conscience de leur œuvre, ni de l'avenir. — l° Les réformateurs par l'introduction des théories chimiques, ou plutôt alchimiques, dans la médecine. Paracelse et ses adeptes. Le moment de la chimie n’était pas venu (1); elle ne pouvait rien sans la circulation. — 5° Les cliniciens, qui donnent la main aux anatomistes et qui essayent de rentrer dans les voies de l’observation telle qu’elle est enseignée par les meilleurs écrits de la Collection hippocratique ; mais la prolixité fatigante de Galien a plus d'imitateurs que l’élégante sobriété d’Hippocrate, et souvent il faut lire des volumes entiers pour y trouver un fait bien vu et bien rendu. Sans doute les Consilia du xv° siècle ne sont pas moins diffus (2), cependant ils offrent parfois plus d'intérêt que

(1) Voyez plus loin ce que je dis sur ce sujet à propos de Paracelse. (2) Tantôt ces Consilia sont rédigés en vue d’un malade, et tantôt, impersonnels, en vue d’une espèce de maladie.

bien des recueils d'observations du xvi: (1), car ils nous four: nissent une foule de détails sur les mœurs, les pratiques et la littérature médicales, qui font trop souvent défaut dans ceux du xvr°.

La distribution géographique des écrits médicaux se prête à quelques considérations qu’on ne doit pas négliger non plus. — Quoique la division du travail ne soit pas très-nettement établie, parce que les nationalités ne sont pas encore aussi distinctes qu'elles le deviendront plus tard, cependant il y a moins d’uniformité au xvi° siècle qu’au xv°, non-seulement pour le genre des écrits, mais encore pour la part qu’y prend chaque pays. Aü xv° siècle, Vltalie a le monopole, c’est la grande officine ; aprés l'Italie, vient la France, et, en France, surtout Montpellier ; après la France et l'Italie, rien ou presque rien. Au xvr° siècle, l'Italie conserve le premier rang pour l'anatomie (Vésale est un de ses élèves et Fallope un de ses enfants) ; la France, loin de céder à l'impulsion, se met en travers de presque toutes les innovations : elle sacrifie résoläment la nature à Galien. À peine pouvons-nous opposer nos Joubert, nos Fernel et nos Baillou, aux Benivenius (2), aux Benedictus, aux Montanus, aux Brassavola, aux Massa, aux Donaius, aux Fidelis de l'Italie. D’un autre côté, la Hollande et l'Espagne entrent très-sérieusement en ligne : la Hollande par Rembertus Dodonaeus, Forestus (3), Heurnius: l'Espagne, avec Christoph. a Vega, Valesius, Bravo, Mercatus, un des plus grands cliniciens du xvr siècle, qui est surtout le grand siècle de l'Espagne médicale, Rodericus a Fonseca. Enfin, l’AI-

(4) Ge sont les Animadversiones et cautiones de Ludov. Septalius qui rappellent le mieux les Consilia ; encore je les trouve parfois inférieures.

(2) La Pratique d'Alex. Benedictus me paraît, je dois cependant le faire remarquer, avoir été trop vantée; car elle consiste surtout en listes de médicaments. Benedictus use des nouvelles traductions faites sur le grec, maïs son érudition va jusqu’à croire que Paul d'Égine est antérieur à Galién, et que c’est un écrivain peu connu. — Cet auteur a du moins un texte précieux pour l’histoire de la syphilis.

(3) Marcellus Donatus, Schenckius et Forestus sont les premiers qui aient essayé de montrer à l’aide de l’anatomie pathologique qu'il peut exister des maladies du cœur sans que la vie soit pour cela fatalement compromise. — Avec les auteurs que nous énumérons commence l'école de l'observation médicale.

RÉFORMATEURS, — GHIRURGIENS. : -— AUTOPLASTIE, 333

lemagne se met en scène avec Paracelse : c’est en Allemagne que le système de laventurier d’Einsiedeln trouve d’abord et conserve ensuite le- plus d’adeptes. Les Italiens n’ont pas plus accepté la réforme de Paracelse que celle de Luther. On dirait presque une affaire de tempérament. — L’Angleterre se réserve et se recueille : elle va enfanter Harvey.

La chirurgie redevient tout à fait nôtre, comme elle l'avait été dutemps de Guy de Chauliac; peu dé noms peuvent rivaliser avec ceux de Paré, de Franco et de Guillemeau (1). On copie, on imite, on paraphrase, on abrége Paré, comme on avait fait autrefois pour Guy de Chauliac; les chirurgiens italiens vivent un peu sur leur ancienne réputation: ni Vigo, ni Maggi, ni Marianus Sanctus, ni même Fabrice, m'ont exercé une aussi grande influence que Paré. Le chirurgien qui, à cette époque, dans la Péninsule, a peut-être le plus mérité de la postérité, est Gaspard Tagliacozza (on écrit aussi Tagliacozzi, et même Tagliocozzo), auteur du célébre traité : De curtorum chirurgia per insitionem, dont la premiére édition à paru à Venise en 1597, f. L’autoplastie, ou, pour user d'un terme plus général, la chirurgie plastique décrite dans Celse d'après les auteurs grecs, rappelée par Galien et par Paul d’Égine, semble avoir été à peu près oubliée jusque vers le milieu du xy° siècle, c’est-à-dire jusqu'au moment où deux chirurgiens de Catane en Sicile, Branca le père et son fils Antoine, imaginérent

(£) On peut voir dans l’{ndex funereus chirurgicorum parisienstum de J: de Vaux, le grand nombre de chirurgiens dont le nom s’est conservé, et qui ont exercé à Paris de 1315 à 4727. La 1'e édition de cet Index a été publiée à Trévoux en 174, et s'arrête au Chirurgien Gigot, 17438 ; la reproduction de l’Index à la suite des Recherches sur l'origine ct les progrès de la chirurgie en France (édd. 4° ou 12°) pousse la série jusqu'à Guitard, 4729; mais de Vaux, mort au commencement de 1729, l'avait continuée seulement jusqu’à de Leurye, fin de 1727. — Je connais deux exemplaires de l'Index funereus, éd. de Trévoux, avec des additions de la main de de Vaux, l’un qui m'a été autrefois très-obligeamment communiqué par M. Régis de Chantelauze (il s’arrête à Caubouë, 4724), l’autre, que j'ai acquis tout récemment, va jusqu'à Leurye. Une copie de ces additions, moins complète que les originaux, existe aussi à la bibliothèque de l’Arsenal. Non-seulement les exemplaires dont je parle contiennent la suite des chirurgiens depuis 1713, mais üussi plusieurs corrections et additions pour les chirurgiens antérieurs à Gigot (1743) ët dont on n’a pas profité en réimprimant l’/rdex à la suite des Recherches. J'aurai Doccasion de revenir sur cet {ndex et sur les notes manuscrites.

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