CONSULTATIONS MÉDICALES AU XVI° SIÈCLE
de refaire d’abord le nez, puis les oreilles et les lèvres, soit aux dépens du visage lui-même, soit pour le nez avec la chair du bras (4). À la fin du xv° siècle et durant le xvi°, la famille des Vianeo, ou des Bojano de Tropea en Calabre, pratiquait le même art avec le même succès (2); il est difficile de savoir comment elle l'avait appris ; on suppose, mais sans preuves décisives, que c’est par un élève des Branca. Quant à Tagliacozza, s’il n’a pas, lui aussi de son côté, le mérite de l’invention (onde lui conteste), il est du moins certain qu'il a perfectionné la méthode, et qu’il a fait sortir l'autoplastie des mains des empiriques ou des spécialistes, pour la faire entrer définitivement dans le domaine de la science.
Puisque le xv° siècle n’offrait point de nouveaux problèmes de pathologie générale,nous avons dû chercher l’intérêt et l’utilité de nos leçons sur cette époque dans les détails de la pathologie spéciale, de la théräpeutique et des affections épidémiques, sans négliger aucun des faits qui intéressent l’histoire des écoles, des établissements hospitaliers, des coutumes,des pratiques ou des mœurs médicales. La nécessité de me tenir dans ces limites m'a engagéà insister devant vous sur les vastes recueils de Consilia ou d'Obser: vations qui n’ont pas été beaucoup lus, si même ils l’ont jamais été entièrement, depuis le siècle où ils ont été écrits. Or, c’est précisément dans ces recueils que nous avons trouvé la plupart des détails dans lesquels nous avions le dessein de nous renfermer; de plus, ils nous ont fourni les éléments d’une statistique des maladies les plus communes au xv° siècle ; de telle sorte que lhistoire de la civilisation dans ce siècle si éprouvé n’a pas été étrangère à nos études.
Nous rapporterons donc ici quelques-unes des remarques que
(1) Voyez; pour l’histoire de la chirurgie plastique, le savant travail de Ed: Zeis; qui a pour titre : Die Literatur und Geschichte der plastichen Chirurgie (Leiprig, 4863, 8°). — Un nouveau texte pour cette histoire peut être tiré maintenant du chirurgien Pfolsprundt (voy: p. 318, note 1).
(2) Voyez une dissertation peu connue, mais curieuse par les renseignements ou documents qu’elle contient, qui a été consacrée à la famille Vianeo par M. de Buca de Naples, sous le titre : Sw Vianeo di Calabria ed il methodo autoplasüco italiano (Napoli, 1858, 8°). :
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nous a suggérées la lecture des Consilia, particulièrement de ceux du xv° siècle (1).
Antoine Cermison (2) use fréquemment de pédiluves et demanuluves excitants comme révulsifs ; — contre diverses affections des yeux, il recommande, et s’en loue beaucoup, les instillations de teinture d’aloës et de muse, ou les insufflations des poudres d’encens, d’opium, de sucre. Il prodigue aussi le fer et le feu contre les flux de larmes (3). — Pour arrêter à sa descente toute espèce de flux ou de catarrhe qui tend à se porter de la tête sur diverses parties du corps, en vertu des théories enidiennes et hippocratiques, notre auteur ne connaît rien de mieux que l'application soit d’un lacet autour du cou, soit plutôt d’un vésicatoire derrière les oreilles ! Ge vésicatoire consistait en une petite boule, grosse comme une aveline, formée avec de la poudre de cantharides incorporée dans du ferment de froment; on laissait la pâte en place environ douze heures ; on n’enlevait pas l'épiderme soulevé, on se contentait d'ouvrir l’ampoule avec le bistouri à la partie déclive. L’emploi des vésicatoires, peu répandu dans l'antiquité, indiqué par les méthodisies, en usage parmi les Salernitains, reprend faveur au xv° siècle. — Les recettes dans lesquelles entre la cendre d’'éponge (4) contre le goître sont fort anciennes, mais Cermison les a multipliées; de plus, il prescrit des fomentations, des fumigations dans la bouche, des boissons faites avec la décoction d’éponges entières ; 1l ajoute aussi une décoction de poudre de coquillages marins. — On ne manquera pas de remarquer les dragées médicamenteuses qu'on préparait en revêtant les substances d’un goût désagréable, par exemple la iérébenthine, avee une couche de sucre fondu ; d’autres étaient enveloppées dans du miel dur. J’ai parlé
(1) Je ne fais connaître qu’une très-petite partie des longs et nombreux extraits que j'ai pris das les Consilia. — Le dépouillement de ces Consilia, comme du reste de presque tous les ouvrages médicaux du moyen äge, fournirait d'importants matériaux pour un lexique spécial de médecine, ou pour les lexiques de la basse et de la moyenne latinité:
(2) Professeur à Pavie en 1389, à Padoue de 4443 à 1444:
(3) Déjà Vendicianus, dans sa Lettre à Valentinien L®, critiquait sévèrement ces pratiques barbares.
(4) On sait que les vertus de l'éponge sont dues à la présence de l’iode: