OBSERVATIONS DE GUAINERIUS. — JACQUES DES PARTS
contre les piqûres venimeuses : Prendre un poulet dont on à arraché les plumes autour de l’anus, puis placer ledit anus dépouillé sur le lieu de la piqûre, en même temps qu’on tient le bec fermé pour que le malheureux poulet aspire ainsi le venin par l'anus! Aujourd’hui encore un poulet blanc ou noir, je ne me souviens pas exactement de la couleur, fait merveille, coupé en deux tout vivant et mis en cataplasme, surtout dans les fièvres malignes.
Autre histoire plus sérieuse, plus instructive malgré son triste dénoûment. Un écuyer du duc de Savoie était atteint d’une pleurésie très-grave. Les médecins juifs à qui il avait confié le soin de sa personne répétaient sur tous les tons qu’ils répondaient de sa vie, puisque l’urine conservait bonne apparence. Guainerius, appelé en consultation, soutenait au contraire que l’urine ne fournit aucun signe certain dans la pleurésie (4), et que le pauvre malade était en grand danger de mort. Et voilà que tout à coup, au milieu de ces altercations (on était au onzième jour), l’écuyer fut pris d’étouffement et que son côté devint livide (2): il était déjà mort depuis longtemps, que les juifs affirmaient encore qu’il dormait profondément! J'en passe et des meilleures ; surtout je ne voudrais ici ni rapporter toutes les pratiques immondes (3) que l’on conseille sans rougir pour différentes affections sexuelles, même pour les personnes engagées dans les liens de religion, ni raconter toutes les superstitions relatives à la stérilité ou à la conception : de pareils détails seraient plus à leur place dans un livre que dans un cours.
Tout le monde parle de Jacques des Parts, mais personne ne le connait, parce que personne ne l’a lu (4), ni Quesnay, ni Spren-
(4) Jacques des Parts insiste aussi sur le peu de confiance qu’on doit avoir dans l'aspect des urines, surtout quand il s’agit de maladies épidémiques graves.
(2) Cela rappelle les frappés dont Hippocrate parle à propos de la pleurésie.
(3) Jean de Concorreggio, dans sa Practica nova où Lucidarium, indique aussi les plus étranges et les plus hideux procédés pour détourner de l’objet de sa flamme un amant passionné, mais éconduit.
(4) À propos des Anciennes écoles de médecine à Paris(voy. note 2 de la page 307), M. le docteur Chéreau a donné une bonne notice sur une partie de la vie de J. des Parts. En lisant les Commentaires, on peut ajouter plusieurs faits ignorés. Je reviendrai sur ce personnage et sur ses Œuvres.