VUES GÉNÉRALES SUR LE XVI° SIÈCLE
prouvent jusqu’à évidence que les compagnons de Christophe Colomb n’ont pas exporté la syphilis d'Amérique, mais que les Européens l’y ont au contraire importée.
Avec la dernière leçon sur la syphilis (1) finissait l’histoire du xv° siècle, qui ne nous a pas demandé moins de vingt-neuf leçons ; l’histoire du xvi° nous a retenus pendant quinze autres leçons.
L'œuvre du xv° siècle peut être comparée à l’œuvre de Galien: le xv° siècle rassemble, conserve, cimente les connaissances acquises par tous les siècles antérieurs, de même que Galien avait écrit la somme de la médecine grecque depuis Hippocrate; au contraire, l’œuvre du xvr' siècle consiste précisément à commencer le siége de toutes les fortifications élevées par le xv°. Si ces fortifications, en apparence fortement cimentées, ont retardé la marche de la médecine, elles l’ont du moins protégée contre des attaques parfois intempestives, contre un élan mal calculé et du reste encore mal servi par les circonstances (2).
Quelque important que soit le rôle du xvi° siècle, surtout quand on considère qu'il nous apporte la première déclaration des droits de la science, l'étude de la médecine durant ce siècle est cependant, j'ose le dire, au risque de provoquer une exclama-
dans le numéro de juillet 4867 de Medic. Times and Gaz. (Notes on the history of syphilis), et Brehm, dans une monographie sur Ruiz Diaz de Isla (Ein Beitrag zur Geschichte der Syphilis; dans Lecpoldina. Amtl. Organ der K. Leopoldino-Carol. deutschen Acad. der Naturf., 1866), ont défendu l’origine américaine par des arguments plus spécieux que solides et irréfutables.
(4) Je reprendrai ces deux importants sujets, la syphilis et la suette, dans mon histoire des maladies, et alors je donnerai une bibliographie critique sur ces deux sujets, dont le premier a été, depuis quelques années, l’occasion de publications historiques qui méritent d’être étudiées avec soin ; les auteurs de la plupart de ces publications sont favorables à l’origine ancienne. — Je n’ai point insisté non plus jusqu’à présent, ni sur l’histoire de la petite vérole, de la scarlatine, du feu Saint- Antoine, de la pesie, et en particulier dela peste noire, ni sur plusieurs autres affections épidémiques, réservant tous ces sujets pour le cours que je fais actuellement,
(2) Argentier est l'adversaire le plus sérieux de la routine, et Cardan eût également rendu des services, s’il n'avait pas gâté un savoir réel par une insupportable jactance et par des idées ridicules.