XVI PRÉFACE
est vraiment désolante pour la France; de tous côtés on fait une place à l’histoire de chaque science, tandis que l’histoire de la médecine n’est représentée officiellement, en France, que dans la chaire du Collége de France ; ailleurs ellé n’occupe qu'un très-pelit nombre d'hommes instruits et dévoués.
Quelque étendues, quelque incultes que soient ces terres à peu près inconnues qui s’ouvraient devant nous, nous avons dû y entrer résolüment; on ne peut, il est vrai, promettre, comme Christophe Colomb à son équipage, que l'on trouvera la fortune en y posant le pied, du moins on entrevoit au bout de cette expédition le plaisir de l'esprit qui finit par trouver après avoir longtemps cherché.
J'ai dit tout à l'heure que l’histoire d’une science compré nait l'étude des textes et celle des faits. — On me permettra de rappeler en peu de mots les études préparatoires que j'ai poursuivies sans relâche depuis 1839, étant encore sur les bancs de l'école. Ma thèse de doctorat est une Exposition des connaïssances de Galien sur l'anatomie, la physiologie et la pathologie du système nerveux, ASAL : depuis lors, je n'ai pas cessé un instant de lire, d'extraire les textes, d'en publier un certain nombre ou de les traduire, de donner presque chaque année quelque mémoire où quelque volume sur divers sujets d'histoire et d’érudition. Pendant plus de dix ans, soit comme chargé de missions, soit à mes propres frais, J'ai parcouru l'Europe, tantôt seul, tantôt accompagné de mon savant ami le docteur Bussemaker, pour étudier, copier où collationner les manuscrits grecs, latins ou français. Plus de deux mille manuscrits m'ont passé par les mains, et je n'ai laissé à personne le soin de les décrire et d'y rechercher les textes inédits. Grâce à l'intervention de nos ministres de l’instruc-
PRÉFACE XVIl ion publique et des affaires étrangères, grâce à la bienveillance des gouvernements étrangers, j'ai pu faire venir à Paris un grand nombre de manuscrits que Je n'avais pas le temps d’examiner sur place (1). Les textes imprimés n'ont pas été plus épargnés; j'ai rassemblé autour de moi, et j'ai trouvé dans nos bibliothèques ou dans celles de nos voisins une multitude d'ouvrages médicaux ou non médicaux, dont l’ensemble, si l'on y ajoute les manuscrits, contient toute la suite de l’histoire.
Mais encore une fois l’histoire des sciences exige la connaissance des faits en même temps que celle des textes; aussi toutes mes études médicales ont été dirigées dans ce sens. Cest par la longue fréquentation des hôpitaux, c’est comme médecin du bureau de bienfaisance dans un des quartiers les plus populeux et les plus pauvres de Paris: c’est par une constante pratique à la campagne depuis plus de quinze ans que j'ai tâché de ne pas plus perdre de vue les malades que les livres.
Voicimaintenant quelques remarques sur l'exécution matéielle du présent ouvrage. J'ai donné plus de développement à l'histoire des temps modernes qu’à celle des temps anciens, ouqu au moyen âge, pour deux raisons: la première, c’est que histoire moderne, à cause de ses relations plus intimes avec la médecine actuelle, offre un intérêt presque immédiat ; la seconde, c’est que l’histoire ancienne et celle du moyen âge réclament un appareil d’érudition que je ne voulais pas faire paraître dans un résumé qui est, avant tout, destiné à suivre
(Jai en outre, rédigé un catalogue analytique de tous les manuscrits médicaux grecs de la Bibliothèque impériale et des plus importants parmi les manuscrits latins et français; enfin j’hi eu à ma disposition un grand nombre de manuscrits de nos bibliothèques de province.