LE LIVRE DES ÊTRES : ÊTRE DE DIEU
et ce qui arrive avant ce temps est en dehors du principe posé (1). Les médecins ignorants sont les démons du purgatoire envoyés par Dieu aux malades; le médecin intelligent est celui des malades pour qui l'heure de la guérison a sonné par l’ordre de Dieu. Sachez bien que la prédestination ne saurait être précipitée, quelque empressé, quelque habile que soit le médecin; il faut (pour la guérison) que la fin du purgatoire soit proche. Celui à qui Dieu n’envoie pas un médecin messager de bonheur et de guérison, Dieu ne lui a pas donné de recouvrer la santé. » (Chap. à.)
Mais voilà que les conclusions ne répondraient guère aux prémisses, si le miracle ne venait pas sauver les apparences de la contradiction :
« Et quoique Dieu, puisque c’est lui qui nous à envoyé la maladie, puisse nous en délivrer sans médicaments d'aucune espèce, si l'heure en était venue et si la fin du purgatoire était proche, cependant il ne le fait pas, par la raison qu’il ne veut rien faire sans les hommes ou sans leur concours. S'il produit des miracles, c’est aussi humainement et par des hommes qu’il les manifeste, s’il guérit miraculeusement, c'est par des hommes, et il le fait aussi par les médecins. Mais comme il y a deux sortes de médecins : ceux qui guérissent miraculeusement et ceux qui emploient pour cela les médicaments, il faut les distinguer ainsi : celui qui à la foi guérit miraculeusement ; mais comme la foi n’est pas aussi forte chez les uns que chez les autres, si l'heure du purgatoire est écoulée et que cependant la foi ne soit pas venue, alors le médecin produit (verbringt-gaspille) le miracle que Dieu ferait merveilleusement si le malade avait la foi. » (Chap. 4.)
« Le malade en effet qui place sa confiance dans la médecine n’est pas chrétien; celui qui s’en rapporte à Dieu pour le résultat, qui lui laisse le soin de sa guérison, qu’elle se fasse miraculeusement par l'entremise des saints, soit par l’industrie particulière du malade, soit par les médeeins, soit par les bonnes femmes, celui-là est chrétien ! » (Chap. 5.)
« Dieu est le maître de la nature : il s’ensuit que le médecin, serviteur de la nature, ne peut guérir personne si Dieu ne l'envoie. Ainsi notez avec soin que l’ellébore conduit au vomissement. Mais il est faux de penser qu'on puisse être soulagé s’il est pris de la main d’un médecin quelconque; la raison en est que l'efficacité du remède n’a pas été prédestinée au premier médecin venu; en effet, l’art du vrai médecin vient de Dieu, ainsi que la dose, la pratique et le principe. Alors le malade est envoyé au médecin et le médecin au malade. Toute cité qui nourrit un
(4) C'est-à-dire, comme on pensait au xvi® siècle : le malade a guéri contre toutes les règles; donc il doit toujours être malade, ou du moins il doit une réparation à la médecine orthodoxe,
médecin habilé qui a guéri plusieurs dé ses habitants, a le droit de vanter son bonheur bien plus que celle qui accueille un mauvais médecin. Entendons cela aussi des saints médecins que nous n’excluons nullement (1). » (Chap. 7.)
« Quant à chercher pourquoi Dieu a créé la médecine et les médecins, tout en guérissant lui-même par l'entremise des médecins, et pourquoi il ne guérit pas directement sans leur secours, ce sont là les secrets de Dieu : il ne veut pas que le malade sache que lui Dieu est médecin, afin que l’art et la pratique fassent des progrès, et pour que l’homme ne sente pas son aide seulement dans les miracles, mais aussi par les créatures qui güérissent au nom du grand Créateur de la médecine, toujours avec sa permission et en son temps, comme nous l’avons déjà dit! » (Chap. 8.)
On ne pouvait rien trouver de plus ingénieux pour maintenir la science des médecins devant l’omnipotence de Dieu.
«Si l’on objecte, à propos des médecins païens, qu'ils soient chrétiens ou non croyants (Car tous ceux qui ne suivent pas la vraie foi ne forment qu’une secte), qu'ils guérissent aussi bien les malades que les médecins fidèles, cette objection ne peut ni détruire ni affaiblir notre étre divin. En. voici la raison : Si quelque chose doit cesser ou arriver, ceux-là doivent l’opérer (muss verbracht werden) qui en ont le pouvoir et qui sont là. 11 y a cette différence entre le médecin païen et le médecin chrétien que celui-ci n’opère pas contre la nature comme le païen.L’infidèle impose sa volonté, insiste, que le remède réussisse ou non, comme s’il était Dieu. Le médecin chrétien, après avoir fait le nécessaire pour le traitement, s’il ne réussit pas d’abord, laisse à l'heure et au temps de produire ce qu’il plaira à Dieu, » (Chap. 8, partic. 2.)
En vérité, je crois qu’à ce compte un médecin païen vaut cent fois mieux qu'un médecin chrétien. Paracelse est, du reste, aussi paien que possible; car, plus que personne, il impose sa volonté et force les doses des remêdes quand le malade et la maladie résistent. On a dit de son christianisme qu’il était aussi faux que le catholicisme affiché par Voltaire en quelques occasions (2).
À la suite du Paramirum, on place l'Opus Paramirum (4 1, p- 58 et suiv.), qui est d’une authenticité très-douteuse. Dans le premier livre, intitulé De origine morborum ex tribus substantiis, et qu'on tient pour plus paracelsique que les autres, l’auteur,
(4) Ailleurs (voy. pages 432-338) il se montre moins accommodant. (2) Voyez Bremer: Vita et Opiniones Paracelsi, Hauniae, 4836, in-8, p. 64.