DES TROIS SUBSTANGES PRIMORDIALES
quoiqu'il déclare que la première matière du monde est le FIAT prononcé par Dieu, entrevoit cependant, dans cette création de rien, trois substances primordiales : le soufre, le mercure et le sel (4), qui se trouvaient. dans le limon dont l’homme est formé; l’homme n’est que ces trois substances et ces trois substances sont l’homme (voy. p. 369); c'est par elles, d’elles et en elles qu’existent le bien et le mal dans le corps physique; elles donnent la mesure de la santé et le poids de la maladie.
« L’alchimie, ou le feu de Vulcain, en dégageant ces substances après la mort (car pendant la vie elles restent combinées et à l’état latent), embrasse ainsi trois éléments (2), trois substances, quatre astres, quatre terres, quatre eaux, quatre feux, quatre airs, et toules les conditions, les habitudes, les propriétés et les natures de l’homme sans lesquelles il n’y a pas de maladie; notion que vous avez perdue de vue, à médecins, lorsque vous écriviez que les maladies naissent des quatre humeurs, lesquelles cependant n’ont jamais eu rien de commun avec les éléments et les quatre ou les trois choses.» (I, 2, p. 64.)
L'auteur s’élève ensuite contre la doctrine des complexions ou des qualités chaudes, froides, etc., appliquées aux hommes sains ou malades. Si ces complexions existaient, elles ne seraient pas du ressort du médecin, car c’est la vie qui les donnerait, et la vie n’est pas du ressort du médecin (chap. 4.). Il faut s'attaquer aux maladies par des arcanes dirigés contre ce qui les caractérise ; ainsi l’instrument tranchant est l’arcane du calcul vésical, comme ce qui enlève la constipation est l’arcane de ia colique causée par la constipation.
« La manie, n'est-ce pas par l'ouverture de la veine qu’on la guérit ? Et c'est là l’arcane de la manie, non le camphre, le nénufar, la sauge, la marjolaine, non les clystères, non les réfrigérants, non ceci, non cela, mais la saignée seule. Si ceci est vrai pour la manie, il en sera de même pour les autres maladies, car elles ne sont pas régies par d’autres lois. » (Chap. 4.)
(4) Au chapitre 8, il est dit que ces trois substances sont des humeurs. Le corps est une humeur aussi. Mais ce ne sont pas les humeurs qui causent les maladies, c’est l’ens substantiale. Ge n’est pas la cause de la maladie qui est l’objet du traitement, mais le corps lui-même. Tout cela est à peu près incompréhensible,
(2) «L'élément est la matrice de son fruit (de ce qui nait el existe), comme la terre est la matrice de son fruit. » (Chap. 4.)
h12 PARACELSE,
Quant aux noms des maladies, il faut donner ceux qui représentent l’origine ou le traitement ; ainsi il n’y à pas de mélanco-
liques, mais des saturnins (chap. 4); il n°y a pas d’épilepsie, mais un morbus viridellus, parce que la viridelle guérit certaines espèces d’épilepsie (chap. 6). La chaleur fébrile n’est pas matière ou cause de la fièvre; cette chaleur n’en est quele signe. La fièvre est l’inflammation du nitre sulfureux, laquelle produit le tremblement, le frisson et l’intermittence (chap. 6.—Voy. p. 384-385).
DE NaTURA RERUM (De [4 nature des Choses): « La putréfaction (4) est le premier degré et le premier principe de la génération. Or la putréfaction est produite par la chaleur humide (2), car une telle chaleur change la forme primitive, l'essence, les forces et l'efficacité des choses naturelles. De même, dans le ventricule (estomac), la putréfaction transmute et réduit . tous les aliments en excréments, Il est manifeste aussi, l'expérience de chaque jour le prouve, que plusieurs choses bonnes en soi, salubres et données comme remèdes, deviennent après la putréfaction mauvaises, insalubres, poison véritable. » (L De generat, rer. nat., p. 200.)
« Des hommes aussi pourront être produits de cette manière, sans père et mère naturels, c’est-à-dire sans le concours d’une femme selon les lois de la nature, comme les autres enfants; par l’art et l’industrie d’un habile Spagyrique, un être humain pourra naître et croître (3). Il n’est pas contraire même aux lois de la nature que des hommes naissent des animaux, et cela par des voies naturelles, mais non sans impiété et hérésie ! Il est possible également, et non contre les lois de la nature, qu’un homme et une femme engendrent un animal privé de raison. Et ici qu’on maille pas, à cause de cela, tenir la femme pour hérétique, comme si elle eût commis un acte contre nature ; c’est à son imagination qu’il faut atiribuer ce résultat. » (E, p. 201.)
« On ne doit pas ignorer que les animaux qui naissent de la putréfaction contiennent tous quelque poison et sont venimeux (4), les uns cependant plus que les autres, et sous telle forme plus que sous telle autre, par exemple les serpents, les vipères, les crapauds, les grenouilles, les scorpions, les basilics, les araignées, les abeilles sauvages, les fourmis (5). » (I, p. 202.)
(4) Ce qui suit est tiré, sauf indication contraire, du livre De natura rerum (Opp., t. VI, p.198 et suiv. ).
(2) Voilà de bien vieilles idées pour un réformateur si implacable.
(3) Les partisans les plus hardis de la génération spontanée n’en sont pas encore là. — Voyez aussi plus loin une opinion analogue de Van Helmont.
(4) Voyez plus haut, page 398 (ens veneni). Tous:les animaux, sans exception, sont.relativement vénéneux. < ;
(5) Suivent les plus étranges idées sur les monstres et leur origine, Dieu les
GÉNÉRATION, DESTRUCTION, RÉSURRECTION DES CHOSES NATUR. h45
Ge n’est pas l’air proprement dit qui vivifie tout corps ou toute substance, c’est une essence spirituelle, invisible, impalpable, un esprit occulte (je pense qu'on ne songera pas à l'oxygène), mais qui n’est cependant guère plus immatériel que l'esprit de sel.
«Que serait le corps sans l'esprit? Rien absolument. L'esprit donc et non le corps contient cachées en soi la vertu et la puissance. Car la mort est dans le corps; il est le sujet de la mort, et l’on ne doit chercher autre chose dans le corps que la mort; il peut, en effet, périr et souffrir de diverses manières, mais il n’en est pas de même de l'esprit. L'esprit est toujours vivant et il est le sujet de la vie; il conserve aussi son corps vivant, mais, quand celui-ci périt, il s’en sépare, le laissant mort, et retourne au lieu d’où il est venu, c’est-à-dire dans le chaos, dans l’air du firmament inférieur et supérieur. Il y a les esprits du ciel, de l’enfer (1), de la terre, des métaux, des minéraux, du sel, des pierres précieuses; les esprits arsenicaux, des substances potables, des racines, des liquides, des chairs, du sang, des os (2), etc. Sachez donc que l'esprit est vraiment la vie et le baume de toutes les choses corporelles .» (IV, De vita rerum nat., p. 213.)
« La vie des hommes n’est donc autre chose qu’une sorte de baume astral, une impression balsamique, un feu céleste et invisible, un air rénfermé, une teinture d'esprit de sel. Je ne puis en donner de définition plus claire, quoique plusieurs autres et avec d’autres expressions puissent en être proposées. » (IV, p. 114).
Cela est vraiment malheureux, car une meilleure explication de la vie ne gâterait rien.
« La vie des métaux consiste en une viscosité terrestre cachée qu'ils recoivent du soufre, ce que démontre leur fusibilité, car tout ce qui est fusible par le feu le doit à cette graisse latente. Si elle n'existait pas, aucun métal ne serait fusible. » (IV, p. 214).
La chimie vaut la physiologie.
« La vie des os est la liqueur de mumie (3); celle de la chair et du
déteste et les hommes les ont en horreur. — Les deux livres suivants ont pour titre : De crescentihus et De conservatione rerum naturalium. Je n’y ai rien trouvé à noter ici.
-(4) Mais voyez page 405.
(2) Voilà l'anatomie de Paracelse !
-(3) C'est ou la synovie, ou quelque autre liqueur gluante, indéterminée, que Paracelse désigne par ces mots (cf. p. 437, note 2). — Voyez, pour ce terme mumie et
hlk PARACELSE.
sang n’est autre que l'esprit de sel qui les préserve de la mauvaise odeur et de la putréfaction, et qui de lui-même, comme l’eau, se sépare d'eux. » (IV, p. 245.)
« Quant à la vie des éléments, on saura, par exemple, que la vie de l’eau consiste dans son courant. En effet, lorsque, par suite du froid, ellese solidifie et se couvre de glace, alors elle meurt et tout moyen de nuire lui est Ôté, puisque personne ne peut plus sy noyer! — Le feu vit d'un certain air; l'air vit de lui seul et donne la vie à toutes les autres choses. La terre par elle-même est morte ; maïs ses éléments ont une vie invisible et occulte. » (IV, p.215.)
« La mort de toutes les choses naturelles n’est autre que l’altération et la destruction de leurs forces et de leurs vertus; la prédominance du mal et l’anéantissement du bien; la destruction de la nature première et l’origine d’une nature nouvelle (4). On doit savoir, en effet, que beaucoup de choses qui, pendant leur vie, étaient douées de qualités bonnes et utiles, après leur mort n’en gardent rien ou presque rien et ne sont plus d'aucun usage.» (V, De morie rerum naturalium, p. 245.)
«La mort de l’homme n’est autre chose que la fin du travail de chaque jour, la suppression de l’air et du baume, l'extinction de la lumière naturelle, et la grande séparation des trois substances, corps, âme, esprit (2), et le retour dans le sein maternel. Puisque, en effet, dans la nature, l’homme terrestre vient de la terre, la terre aussi sera sa mère, et il faut qu'il retourne en elle et qu’il y laisse sa chair terrestre naturelle, pour renaître, au dernier jour, avec une chair nouvelle brillante d’une clarté céleste, comme le Christ le dit à Nicodème lorsqu'il vint à lui durant la nuit; on doit, en effet, entendre ces paroles de la régénération. — La mort et la mortification des métaux est la désagrégation de l’assemblage de leur corps propre et de la graisse sulfureuse; ce qui peut avoir lieu de diverses manières : par calcination, réverbération, résolution, cémentation et sublimation (3) ».
«Il existe une grande différence entre les mots mort (Sterben) et mortification (tüdten), et l'on ne doit pas les confondre, car leur signification est tout à fait différente. Voyez en effet un homme qui meurt (s#irbet)
pour beaucoup d’autres, Rulandus, Lexicon alchemiae; Dornaeus, Dictionarium Paracelsi; Johnson, Lexicon chymicum. Quoique fort incomplets, ces ouvrages fournissent des renseignements utiles.
(4) Cette idée n’appartient pas à Paracelse, mais à Aristote.
2) On voit par ce passage, et par les précédents, que Paraceise se rapproche plutôt des vitalistes que des animistes, puisqu'il admet un principe particulier pour expliquer la vie. Mais il faut se garder de chercher les rapprochements entre des idées aussi vagues et sans conscience d’elles-mêmes avec des systèmes plus ou moins définis: > (3) Suivent des détails sur ces diverses opérations: