GÉNÉRATION, DESTRUCTION, RÉSURRECTION DES CHOSES NATUR. AA
de la mort naturelle et prédestinée, que reste-t-il en lui de bon et d’utile ? Rien : qu’il serve seulement de pâture aux vers. Mais il n’en est pas de même d’un homme mort (getüdten) par le glaive ou de toute autre manière violente ; tout son corps, en effet, est bon et utile, et Jon peut en tirer une mumie très-précieuse. Car quoique l'esprit de vie se soit retiré de son corps, le baume cependant y demeure et avec lui une vie latente, ce baume qui préserve les autres corps humains de pourriture !..… Pour tous les animaux qui n’ont pas de naissance propre, mais que produit la putréfaction, comme les mouches, s'ils périssent dans l’eau de telle sorte qu'aucune apparence de vie ne se voie plus ên eux, et s'ils sont laissés ainsi, ils demeurent morts et ne reviendront jamais d'eux-mêmes à la vie. Que si on les couvre de sel ou qu’on les expose à la chaleur du soleil où d’une fournaise, ils reviennent à leur vie première, et c'est là leur résuscitation. Sans cela ils restent morts (1). Vous voyez la même chose chez le serpent. Si on le coupe en tronçons, qu'on les mette dans une courge, et qu'on laisse le tout dans le ventre d’un cheval jusqu’à putréfaction, le serpent renaîtra tout entier dans le verre, sous la forme de petits vers ou de semence de poissons ! Que si ces petits vers sont nourris et élevés, comme il convient, dans la putréfaction, on verra souvent d’un seul serpent en naître cent, dont chacun est aussi grand que le premier; ce que la putréfaction peut seule produire. Comme je lai dit du serpent, beaucoup d'animaux peuvent être rappelés à la vie et reformés. C’est d'après ce procédé que Hermès et Virgile ont essayé, à l’aide de la nécromancie, de revenir à la vie après leur mort, et de renaître enfants, mais ils ne réussirent pas dans leur tentative qui tourna mal!» (VI, De resuscitatione rerum natur., p. 224.)
Si l'on veut avoir une idée exacte de l'anatomie (2) et de la chimie organique de Paracelse, il suffira de lire le passage suivant, où l'on voit en même temps que la thérapeutique de notre réformateur n’était pas moins extravagante que sa physiologie. Encore je vous fais grâce de tout ce qu'il dit sur la physiognomonte, la chiromancie, la signature des animaux et des plantes, la manière de préjuger de leurs astres; cela remplit le IX° et dernier livre.
(4) Une vue assez juste sur la révivification, immédiatement suivie de contes de vieilles femmes. Paracelse a pris pour des résurrections de serpents, sous la forme de vers, les vers qui naissent sur leurs tronçons pourris; il croit aussi que les lionceaux naissent morts, et qu'ils sont ressuscités par les cris formidables de leurs parents.
: (2): Voyez aussi page 370 et suiv. Les livres VI, VII et une partie du VIII du traité De natura rerum, se rapportent à peu près exclusivement à la résurrection, à la fransmutation et à la séparation des métaux.
Si cette partie de l’ouvrage est de Paracelse, il y à oublié ses imprécations contre l'astrologie judiciaire, ou du moins il ne rejette là qu’une certaine partie de cette astrologie.
« De la séparation des animaux. — La séparation des animaux doit précéder les opérations anatomiques, de sorte que le sang soit d’un côté, de l’autre la chair, d’un autre les os, puis la peau, les intestins, les tendons (haarwachss) ; ensuite chacune de ces choses doit être divisée par l’art spagyrique. Il y a quatre divisions principales. La première sépare du sang l'humidité aqueuse et flegmatique (serum). Le sang étant ainsi traité, il est préparé pour une admirable mumie, ce spécifique si puissant qu’en vingt-quatre heures il guérit et consolide, avec une seule ligature, toute blessure récente !
« La seconde opération consiste à séparer la graisse de la chair. Après cette séparation se produit ce baume souverain qui apaise les douleurs de la goutte, de la contracture et d’autres affections de même nature, si on l’emploie chaud pour en oïndre les membres affectés ; il est également utile en onctions pour les foulures des tendons des mains et des pieds ; il guérit même la gale et toutes les espèces de lèpre. Ce spécifique chirurgical est irrésistible dans tous les cas et convient à toutes les blessures.
« La troisième séparation est celle de l'humidité aqueuse et flegmatique d'avec la graisse extraite des os. En effet, si par l’art spagyrique, au moyen d’une distillation graduée, ces deux matières ont été séparées des os et qu'on ait réduit les os en cendre blanche par la calcination ; qu'enfin ces trois substances soient de nouveau unies d’une manière convenable, de façon à prendre l’aspect du beurre, on arrivera à posséder un grand et souverain arcane et un spécifique avec lequel on pourra guérir sans douleur toute fracture avec seulement trois ligatures pourvu qu’on traite et dispose la fracture selon les règles de l’art chirurgical (voy- p. 450 etsuiv.) ; alors on appliquera le spécifique sous forme d’emplâtre, etc. 11 guérit aussi en peu de temps les blessures du crâne ettoute autre espèce de contusion des os.
« La quatrième et dernière séparation est l'extraction des résines et des gommes de la peau, des intestins et des parties tendineuses. En effet, la résine qu’on en retire par l’art Spagyrique, coagulée aux rayons du soleil, devient une glu brillante et transparente. Après cette extraction faite selon les règles, on obtient un secret et un spécifique styptique d’une grande puissance qui cicatrise en peu de temps une plaie ou un ulcère et en rapproche et réunit les lèvres de même que deux planches sont réunies par de la colle forte. Il suffira d’injecter dans la plaie deux ou trois gouttes de ce spécifique après qu’on l’aura fait dissoudre. C’est aussi un remède excellent pour la perte de la peau, la chute, la congélation des ongles, et pour faire repousser une peau solide sur la chair dénudée, si Von enduit les parties avec une plume, » (VIN, p. 245.)
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Puis vient le jugement dernier, aprés la dissolution naturelle de toutes les choses terrestres.
PHARMACOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE. — Les principes de la pharmacologie de Paracelse sont longuement exposés dans le livre De gradibus et compositionibus receptorum ac naturalium (1). L'auteur réduit les quatre complexions ou diathèses des anciens à deux, le chaud et le froid, attendu que tout ce qui est chaud ést sec et que tout ce qui est froid est humide; il insiste sur la relation qu’il suppose exister entre la couleur et les vertus des substances médicamenteuses ; il admet aussi des degrés dans les maladies, les couleurs, la chaleur.
« Outre les essences dont j'ai fait mention dans les livres précédents, il existe une autre nature ou essence des corps qui est dite quintessence, Ou, Comme parlent les philosophes, accident élémentaire, ou encore, comme disent les anciens physiciens, forme spécifique. On l'appelle cinquième essence parce que les trois premières en comprennent quatre (2), par conséquent cellé qu'on nomme ici cinquième est un accident élémentaire (8); sa nature n’est ni chaude ni froide et en dehors de toute complexion en elle-même. Un exemple nous fera mieux comprendre : la cinquième essence est la seule qui affermisse la santé; de même que dans un homme la force ou la santé est menée à bonne fin en dehors de toute complexion (?), ainsi la vertu est latente dans la nature. Car tout ce qui chasse les maladies n’est autre chose qu’une sorte de confortation, de même qu’on repousse un ennemi par la force. » (IL, 4.)
(1) Opera, t. VIT, p. 5 et suiv. — De cet ouvrage on ne possède qu’une traduction latine.
(2) Si l'on compare entre eux les chapitres 2 à 8 du Le livre, les chapitres 1 et 6.duII°, enfin les chapitres 4 et 2 du Ie, on trouvera, si je ne me trompe (cette réserve est de rigueur en pareille matière), que les trois premières essences (accidents tnnés) sont les complexions chaudes et froides (les seules que Paracelse admette : voyez ci-dessus, même page, L. 6), et le relolleum (virtus ex complexione), la quatrième essence est peut-être le degréqui correspond à l’un des quatre éléments (I, 4). — Voyez aussi pages 369 et 4141.
(3) Les idées que Paracelse se faisait de la quintessence (un extrait parfait, pur, incorruptible, dégagé de tout élément) ne sont pas fort éloignées de celles que Galien avait sur certains médicaments qui agissent, non par leurs propriétés élémentaires, mais par doute leur substance. Ce sont aussi des espèces de spécifiques. (Voyez aussi pages 392-393 et page 389. Cf 4rchidox., particulièr. le livre IV.) Le reste, dans Paracelse, est à peu près incompréhensible, ou, mutatis imutandis, se rapproche de la doctrine galénique.
« Tout ce qui fortifie est tempéré. Tout spécifique est une quintessence sans aucune corruption dans son corps. En outre la quintessence seule est tempérée; tous les corps sont élémentés dans leur nature et leur accident, » (II, 4.)
Laissons de côté tout ce qui regarde les tableaux fantastiques des degrés (on n’en trouverait pas de semblables dans Galien), et les calculs employés pour le mélange des drogues ou la composition des recettes; notons seulement, au milieu de tout ce fatras, les remarques suivantes :
« Sachez que les choses de la nature (les rémèdes) ne sont pas graduées, quant à la dose, dans un rapport [proportionnel] exact (ex aequo) avec la maladie ; mais chacune de ces choses a son degré égal à sa maladie correspondante ; c’est le degré de la dose... Du reste, dans les choses de la nature et dans les maladies, il y a de chaque côté un degré... Il faut surtout chercher l'égalité entre la maladie et le médicament... La quantité (copia) de la maladie montre la quantité de la dose (1); en conséquence, le médecin doil savoir quel est le poids (pondus) de la maladie, car il faudra un poids équivalent pour remède. On administre le poids, non le degré ; c’est là le principe à l’aide duquel on trouve la dose. Quand la maladie est amenée à l'égalité, il en résulte aussitôt que la nature guérit ce qui lui est coniraire (2). » (VI, 4 et 2.)
Appliquant ces beaux raisonnements sur la vertu des plantes, sur leurs arcanes ou quintessences, sur leurs degrés, à la thérapeutique spéciale, Paracelse se montre aussi détestable clinicien (3) que mauvais pathologiste.
(2) S'il y a une règle de proportion à établir entre la maladie et la dose du médicament, on doit encore tenir compte, quant à la dose du médicament, de la forme sous laquelle il est administré, pour la déterminer et établir la proportion. Gela ressort, ce me semble, des chapitres suivants.
(2) Paracelse n’est pas homme à persévérer longtemps dans les mêmes idées, et comment le pouvait-il faire, puisque ses idées viennent de la fantaisie, non de la science ? Ainsi dans le traité Des causes et de l'origine des maladies vénériennes (voy.11 et 12, s’il est vrai toutefois que cet appendice de la Grande Chirurgie soit absolument de lui), on lit cette phrase : que l’action d’un médicament dépend non de la quantité, mais de la vertu (or, il ne semble pas probable, malgré beaucoup d’obscurité, que dans le passage du De gradibus, dose soit synonyme de vertu), il compare l’action thérapeutique à un incendie allumé par une étincelle ; c’est pres= que de la vraie homæopathie, eu égard au système infinitésimal.
(3) Dans toutes les œuvres authentiques de Paracelse, il n’y a pas une seule vériable observation ; les Consilia qui portent son nom ne paraissent pas authentiques,
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On compte plus de deux cents espèces de fièvres, et cependant il n'y a en somme (per ommia) qu'une seule et même fièvre [par excellence]; d’où l’on inférera que le traitement doit être de même nature que l’espèce pour chacune d'elles (?); car autant il y a d’espèces d’une maladie, autant il y a de simples du même qui lui sont opposés. Il en résulte deux espèces de remèdes, les naturels et ceux qui viennent de l’expérimentation (empiriques). Ce qui importe, c'est que la vertu aïlle à l’arcane. En eifet, autant de maladies, autant d’arcanes (1). » (VII, 4.)
« La layandule est le souverain magistère dans la paralysie; la mélisse aussi, mais à un degré moindre. Il peut se faire cependant que dans une autre circonstance, contre la paralysie elle-même, la mélisse l'emporte parses vertus sur la lavandule. Il arrive donc souvent que dans une maladie le même simple soulage l’un et non l’autre; qu’il enlève quelque chose à la maladie sans la guérir entièrement. Dans la paralysie, en etfet, l'or, s’il est bien administré, est un remède, ainsi que la viticelle, la bétoine, la masorée et plusieurs autres plantes : quelquefois en effet on donne la bétoine avec succès, d’autres fois sans succès. » (VII, 2.)
Et ainsi pour cent autres médicaments. Alors sur quoi se fonder pour choisir s’il n’y a pas plus de certitude sur leurs effets ?
Il y à quelque chose d’un peu moins déraisonnable dans ce qui Suit; mais on voit que c’est le hasard qui amène ces sortes de demi-vérités.
« L’art d’un bon médecin ne consiste pas à savoir ce qu’il veut ou doit purger, la bile, le sang, le phlegme ou l’atrabile, mais il doit seulement veiller à ce que l'anatomie laxative (la vertu laxative) soit mise en présence de l'anatomie (de la nature) de la maladie et la combatte, D'où il suit qu’on ne doit évacuer que ce qui, dans l'anatomie (le corps) (2), est contraire et nuisible. Car ce n’est pas en purgeant comme il a plu au médecin, que le traitement réussit, mais comme il a plu à la nature qui agit sur elle-même. Que le médecin se conforme donc à cela : qu'il ne s’atlache pas à expulser quelqu’une des choses susdites, comme la bile et le phlegme, mais cela seulement qui est contraire à la nature. » (VH, chap. 5.)
Après avoir dit ce qu’est la faculté purgative, Paracelse expose
(1) On sait que Paracelse, outre les arcanes généraux, avait quelques préparations plus ou moins mystérieuses dont il se disait l'inventeur : par exémple, un laudanum qui n’a rien de commun avec celui de Sydenham, des opiats, un opodeidoch.
(2) On voit encore ici combien de sens, excepté le bon, a ce mot anatomie,
ce que sont les autres facultés, par exemple la faculté confortative.
« La nature peut pécher quelquefois par la vertu appétitive. En effet, avant que Mars (Ares : la guerre déclarée ?) soit produit toutentier, Archeus entretient en soi par son êlech (son principe occulte) une inimitié cachée contre le Microcosme. Il en est ainsi pour celui à qui plaît une femme et point une autre, quoique dans toutes deux soit l’un et le même. Mais le médecin ne doit point s'occuper de cela, car partout où Archeus simule du dégoût et prend en haine sa nature et son propre ouvrage, le médecin, comme son ministre, ne peut réprimer cet éloignement archéique. En conséquence il faut savoir que dans la manière de préparer les compositions, il arrive souvent qu Archeus veut que son anatomie (1) soit composée en une chose et point en une autre (2). Ce mode de composition se connaît par les degrés spagyriques : car si Archeus est vaincu, à savoir dans son ilech, il en est comme d’une femme qui ne plaît à quelqu'un qu'ornée de vêtements brillants et multicolores. On sait en effet par la philosophie que les arcanes n’ont été constitués que pour se servir envers Archeus de ces ornements pompeux ; souvent même il ne permet aucune opération aux arcanes avant qu'il ne défaille en lui-même. Aïnsi, dans ce que nous avons dit, on doit entendre seulement la force et l'énergie tant d’Archeus que de l’arcane. » (VIL, 7.)
Paracelse a une théorie fort pieuse (mais peu charitable envers ses confrères) pour expliquer les vertus curatives des bains (3).
«Comme la Providence divine voyait d’avance, dansle miroir de la prophétie, la venue de cesimposteurs(les médecins), elle envoya la charité envers le prochain; pour soigner le blessé de Jéricho elle chercha des médecins non dans les académies, mais chez les Samaritains laïques, et par le vin et l'huile elle sauva et guérit le blessé en dehors des recettes perfides des imposteurs. Dieu fait donc éclater sa puissance pour empêcher les faux médecins de tromper les malades, et'aussi pour que ceux qui ont été trompés depuis longtemps soient directement, par lui, rendus à la santé, à l’aide des compositions divines que fournissent les thermes ou bains chauds, par exemple ceux de Piperino. » (Préf. 1, p. 200.)
«Toutes les productions de la terre, et tout ce qui s’y voit, consistent en trois choses: le soufre, le sel et le mercure (4). La philosophie le dé-
(1) Voyez plus haut, p. 419, note 2, et p. 370.
(2) Si cela est quelque chose, c’est plutôt du vifalisme que du naturisme.
(3) De thermarum Piperinarum (Bad zu Pfeffers) in superiori Helvetia sitarum virtutibus, operationibus, ortu et scaturigine explicatio (Opp.,t. VIL, p. 200 etsuiv.).
(&) Voyez page 414.