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THÉRAPEUTIQUE. —— BAINS DE PIPERINO. L

montre dans la génération des métaux, des pierres et des fruits qui naissent de la terre; d’où il suit qu'on doit trouver dans les dernières matières les trois principes qui forment la matière première; et de cette connaissance suivra celle des forces et des facultés. J'avance ceci parce que les bains qui se trouvent en Europe, du moins ceux qui me sont connus, trahissent d'eux-mêmes la nature de leur matière première et de leur corps. » (Chap. 1, p. 201.)

Paracelse explique ensuite l’intermittence des jaillissements des thermes de Piperino.

«Tout ce que Dieu a créé est destiné à renaître : par la mort le jeune “renaît du vieux. Aussi à chaque créature a été fixé un terme qu'elle ne peut dépasser, qu’elle soit bonne ou mauvaise. La lune se renouvelle toutes les quatre semaines... Si l’ortie dépassait le terme à elle fixé, de quelle âcreté, de quel feu ne serait-elle pas douée ! De même pour la rose, qui pourrait supporter son parfum ? Dieu a donc fixé des bornes tant aux bonnes qu'aux mauvaises choses, afin qu'aucune ne s’élevât trop haut; cela en effet serait nuisible. Il en est ainsi du renouvellement des eaux dans le bain de Piperino; elles doivent renaître, et cela dans le but de conserver leur vertu à un degré égal, de façon à n'être ni meilleures ni plus mauvaises. La renaissance des eaux commence avec le printemps et finit avec l’hiver, c’est-à-dire en même temps que naissent èt meurent les plantes sous l’action du soleil.» (Chap. 4, p. 205.)

Après avoir parlé des diverses espèces de chaleur, de la variété des actions correspondantes et des putréfactions qui en résultent, l'auteur indique le mode d’action de ces bains. Ce petit livre est tenu pour un de ses meilleurs; je dirai qu’il est un des moins extravagants et qu’il renferme quelques observations justes, mais toujours enveloppées des hallucinations d’un esprit déréglé.

@Il faut convenir que la chaleur attractive de l’eau dans le bain de Piperino l'emporte de beaucoup sur celle des autres attractifs. En effet, l’essence de la chaleur augmente la force attractive, et dans cette opération aucun autre médicament ne peut lui être comparé. La chaleur doit doncétre prise en grande considération et à l'instar d'un arcane.—Notons en outre qu'il est des maladies qui ne sont pas ramenées aux purgalions externes, comme la goutte des pieds, la goutte des articulations, la contracture, les blessures, etc. Voyons pour quelles raisons les bains soulagent ces maladies. Le bain de Piperino offre toutes les vertus que l’on trouve dans la Terpentène subtile ou les liqueurs des mâchoires (liquores der Mendibel). Cet effet ne résulte ni de la chaleur ni du froid, mais d’une

autre vertu particulière donnée par Dieu pour le salut des malades. On trouve en effet ici la vertu de l’Iva potable (médecine contre les contractures). Dans ce cas le médecin üe peut donc expulser la maladie présente ni par les purgations internes, ni par les purgations externes, mais il doit la ramener aux arcanes de l’Jva arthétique (médecine contre les membres contractés) qui se trouve ici en assez grande abondance. La chaleur innée est aussi ici très-utile, car par sa douceur elle approche beaucoup de la chaleur humaine. La chaleur innée produit en effet des choses merveilleuses, comme on le voit dans la poule dont la chaleur fait éclore les poussins. C’est aussi la chaleur qui donne la vie aux vers à soie. Ainsi la chaleur des vierges ou des femmes prolonge la vie dans le corps des vieillards! Puisque donc cette chaleur est innée, l’eau de Piperino sera d’une efficacité merveilleuse et surpassant tous les simples de même nature qui n’ont aucune chaleur sensible. » (Chap. 2, p.205.)

« L'effet de ce bain sur les maladies se produit de deux manières : d’abord par l'extraction, puis. par consomption de la matière morbifique. Prenons un exemple : De même que Dieu a donné à l’aimant la vertu d'attirer le fer, ainsi il a doué ces eaux d’une force attractive pour extraire des membres du corps (1) toutes les maladies qui sont du domaine de la chirurgie. Cette eau est un remède dont le chirurgien doit faire usage dans tous les cas désespérés. Si la nature ne suffit pas à l'opération, ce bain la remplace. Comment? demanderez-vous : Par la veriu magnétique. » (Ghap. 8, p. 205.)

Suit une longue et curieuse liste des maladies contre lesquelles il convient de conseiller les bains de Piperino, qui guérissent aussi sûrement que la piscine de Siloë. La cure durait de neuf à dix jours. L’opuscule se termine par l'indication du régime à suivre quand on prend les eaux de Piperino (2).

La Réponse à quelques accusations (3) est un des écrits les plus curieux de Paracelse. Le caractère de l’homme s’y montre dans

(4) C'est-à-dire, d’après le glossaire qui se trouve à la fin de l’opuscule: /es cavités de la chair et du corps.

(2) C’est peut-être le seul livre, avec ceux qui sont consacrés aux maladies tartaréennes, où l’on trouve une certaine ordonnance de régime ; partout ailleurs notre auteur en parle beaucoup, mais il n’a pas l'air d’en tenir grand compte, même dans la Grande Chirurgie; où il blâme si amèrement celui que prescrivaient ses confrères. — Du reste, il n’y a rien dans Paracelse qui rappelle, même de loin, les admirables préceptes d'Hippocrate.

(3) Responsio ad quasdam accusationes et calumnias suorum aemuloruwm et obtrectatorum (Opp., t. IE, p. 442 et suiv.).

son plein jour ; on y trouve sur sa vie aventureuse beaucoup de détails qui révèlent le désordre de son esprit et l'extravagance de son caractère. Il est le Christ de la médecine ; ses confrères sont les faux prophètes et les Antechrists qui tiennent du diable le pouvoir de faire des miracles et de tromper le public. Lui qui, tout à l'heure, ne voulait pas qu’on brusquât la volonté de Dieu dans la cure des maladies, il s’emporte contre leurs lenteurs qu’il prétend être calculées en vue du gain. — Il se vante d’avoir décrit le premier, et guéri le premier aussi, avec des remèdes spécifiques, la danse de Saint-Vit, l’apoplexie, l'épilepsie, la manie du suicide, les maux qui viennent de maléfices, d’incantations, de possessions. — Il doit toutes ses connaissances et ses succès à sa science en astronomie. Les recettes et les dénominations nouvelles qu’on lui reproche sont nécessitées par les révélations qu’il a eues.

« Ce que je dis des obsessions paraît à mes confrères fort confus. Mais voici pourquoi j'ai écrit ainsi : Puisque le jeûne et la prière chassent les esprits immondes, je pense que le médecin doit avant tout chercher le royaume de Dieu, ensuite se servir de ses propres ressources. S'il lui est donné de guérir un malade par des prières, qu'il ne méprise pas ce moyen de guérison. S'il lui est donné de guérir par des jeünes, ce sera pour lui un confortatif précieux. Répondez-moi : La médecine n'est-elle contenue que dans les plantes, Les arbres et les pierres, et non aussi dans les paroles ?

« [Si vous voulez agir en conformité] alors je vous expliquerai ce que sont les paroles. Quel est ce mot, Ne fais pas (Nicht thue)? Réponse : telle est la maladie, tel est le remède. Si la maladie est confiée aux plantes, les plantes la guérissent ; si aux pierres, Les pierres soulagent ; si au jeûne, le jeûne la chasse (1). L’obsession est une très-grande maladie. Sile Christ lui-même en indique le traitement, pourquoi ne scruterais-je pas l'Écriture qui contient et donne les recettes pour cette maladie ? Le ciél'engendre les maladies, le médecin les chasse. » (Def. 2, p. 119.)

Puis Paracelse ajoute, sur l'usage thérapeutique des poisons, quelques réflexions, les unes qui ont un semblant de raison, les autres qui sont tout à fait fausses, et qui toutes, du moins, ne dépendent d'aucun principe scientifique, malgré les réflexions

(1) Voilà une thérapentique bien simple et bien commode,

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de l’auteur sur les changements que les Préparations amènent dans l’action des substances vénéneuses et médicamenteuses. — Du reste, cela avait été dit avant lui.

« Outre les accusations dont j'ai parlé jusqu'ici, les médecins inhabiles et ignorants me poursuivent encore de leurs clameurs en disant que mes recetles sont des poisons, des corrosifs et un extrait de toutes les malignités toxiques de la nature. Pour repousser cette accusation, je leur demanderaïs, au cas où ils fussent eux-mêmes capables de répondre, d’abord s'ils savent ce qui est poison et ce qui ne l’est pas, ou si aucun mystère de la nature ne se cache dans le poison. Sur ce point, en effet, et sur les vertus naturelles ils sont eux-mêmes tout à fait ignorants. Parmi les choses créées par Dieu, quelle est celle qu’il n’a pas douée de qualités étonnantes et en même temps salutaires ? Pourquoi en exclure le poison, quand surtout ce n’est pas du poison lui-même, mais de la nature qu’on s’enquiert ? En confirmation de mon dire, prenons cet exemple : Jetez les Yeux sur un Crapaud; quelque venimeux et horrible à voir qu’il soit, la grande vertu mystérieuse qu'il renferme est souveraine pour le traitement de la peste ! Si l’on oubliait cette vertu à cause du venin du crapaud et de l’horreur qu'il inspire, quelle honte, je vous le demande ? Qui est l’auteur de cette recette naturelle? N'est-ce pas Dieu ? Pourquoi donc en dédaignerai-je, en rejetterai-je la composition ? Et si Dieu en est l’auteur, qu’y pourrai-je trouver à reprendre ? Cest lui dont la main renferme toute sagesse et qui sait à qui il doit donner chaque mystère. Pourquoi donc m'étonner ou avoir horreur de ce qui contient quelque poison, mais en même temps un précieux mystère ?

« Celui qui dédaigne le poison ignore ce qui se cache dans le poison. En effet, telle est la bénédiction et l'efficacité de l’arcane du poison, que le poison lui-même ne peu rien en enlever ni y ajouter. Mais comme je ne Vous crois pas encore assez convaincus, je veux pour ma défense m'étendre davantage, puisque j'ai entrepris une fois pour toutes de traiter des poisons. :

« Vous savez que la thériaque est tirée du serpent vipère : pourquoi donc n’attaquez-vous pas votre thériaque qui contient le venin de ce serpent? Maïs vous gardez le silence parce que vous ayez éprouvé que la thériaque est utile et n’est pas dangereuse. Maintenant, si ma médecine est comme la thériaque, pourquoi la rejeter uniquement parce qu’elle est nouvelle ? Pourquoi son efficacité n'égalerait-elle pas celle d’un système ancien ? Et si vraiment il vous convenait d'examiner chaque poison, que trouverez-vous, je vous le demande, qui ne soit pas un poison ? Tout est poison ei rien n'existe sans poison (1). La dose seule fait que le poison est insensible. Prenons un exemple : La nourriture et la boisson, quelles

(1) Voyez pages 398 et 442,

qu’elles soient, si vous dépassez une juste quantité, seront du poison. L'événement le prouve. Bien plus, j’accorde que le poison est du poison, mais je n’accorde pas qu’à cause de cela on doive le rejeter. Pourquoi donc n’existe-t-il rien qui ne soit du poison? et pourquoi le corrigez-vous ? Afin que le poison ne nuise pas. Que si moi aussi je le corrige dans ce but, pourquoi me blâmez-vous ? Vous savez, je pense, que le vif-argent est un poison; l’expérience de chaque jour le prouve. Cependant vous avez coutume d’en frotter le corps des malades (contre la syphilis) avec plus de soin que les cordonniers n’en mettent à oindre de graisse le cuir qu’ils emploient. Vous faites des fumigations avec le cinnabre du vif-argent, vous , lavez avec son sublimé, et cependant vous ne voulez pas qu'on nomme poison ce qui est du poison et que vous introduisez dans le corps de l’homme en disant que c’est quelque chose de bon et de salutaire, quand ilest corrigé par la céruse, comme s’il cessait ainsi d'être poison. Failes examiner à Nuremberg mes recettes et les vôtres, vous saurez alors qui de nous administre des poisons. Vous ne connaissez ni la dose ni la Correction du mercure, mais vous frottez jusqu’à ce qu'il pénètre.

«Je vous demanderai encore une chose : à savoir, si vos recettes, que vous dites ne pas contenir de poison, peuvent guérir le mal caduc ou ne peuvent pas le guérir? ou la goutte ? ou l’apoplexie ? Est-ce avec votre sucre aux roses que vous guérirez la danse de Saint-Vit, ou les lunatiques et autres maladies semblables ? Jamais ! Que si donc il faut d’autres remèdes, pourquoi me blâmer parce que j’emploie ce que je dois employer, c’est-à-dire ce qui est destiné au traitement de ces maladies ?

« Si le bien peut produire le mal, le bien peut aussi naître du mal. On ne doit point rejeter un produit dont on ne connaît pas la transmutation et dont on ignore comment s'opère la séparation. Si tel produit est un poison, cependant il peut être facilement ramené à quelque chose qui n’en soit pas (1). L'arsenic, par exemple, est le plus grand des poisons, car une seule drachme d’arsenic fait périr un cheval. Brûlé avec du sel de nitre, il cesse d'être un poison. Si vous en prenez dix livres après cette modification, vous ne sentirez aucun mal. Voyez la différence et ce que produit Ja préparation.» (Def. 3, p.121.)

«Quant à mes recettes, remarquez seulement que tout ce que j'emploie dans leur composition contient un arcane qui sert à expulser ce qui est contraire. Voyez aussi comment je procède. Je sépare ce qui est arcane de ce quine l'est pas, et j'assigne à l’arcane lui-même la dose fixée. Il me paraîtmaintenant certain que j'ai suffisamment défendu mes recettes ; Ce nest que par jalousie que vous les calomniez, leur préférant les votres quoiqu'elles ne soient bonnes à rien. Si votre conscience était loyale,

(4) Un peu plus haut, lignes 13 et 14, il avait presque dit le contraire à propos du mélange du mevcure et de la céruse. La logique n’est pas dans les habitudes de Paracelse,

vous vous. abstiendriez désormais de cette manière d'agir, » (Def. 8, p. 123.)

Pour excuser sa vie errante, Paracelse dit, dans un langage assez vif et coloré:

« Les arts n’ont point de pieds au moyen desquels on puisse les conduire vers vous comme le boucher conduit les moutons. On ne peut non plus vous les offrir enfermés dans des vases. Vous devez suppléer à ce qui leur manque. Les Anglais n’ont pas les mêmes humeurs que les Hongrois, ni les Napolitains que les Prussiens. Pour vous en assurer, il faudra vous transporter parmi eux. Plus vous les verrez de près, plus le jugement que vous en rapporterez sera sûr (4). — Maintenant le médecin doit aussi se montrer alchimiste; pour cela il faut qu'il voie la mère qui donne naissance aux minéraux. Les montagnes ne viendront pas à lui, il doit aller aux montagnes (2). Là où se trouvent les minéraux, on trouve aussi ceux qui les mettent en œuvre. Cela étant ainsi, qui me fera un crime d’avoir étudié tous les minéraux, d’avoir, pour ainsi dire, pénétré dans leur cœur et dans leur esprit, et dérobé leurs secrets de mes propres mains? C’est d'eux, dis-je, que jai appris à dégager Le métal pur de la scorie, prévenant ainsi bien des maux autrement inévitables. » (Def. 4, p. 126.)

L’extraction et la purification des métaux étaient connues bien avant Paracelse.

Paracelse se vante ensuite de son désintéressement, et, s’adressant aux médecins de son temps, il les provoque en ces termes:

« Aujourd'hui les médecins ont coutume (j'ignore sur quel passage de l'Écriture ils se fondent) de demander un florin par chaque visite. L’examen de l’urine a sa axe, ainsi que beaucoup d’autres choses. Cette exigence ne s'accorde pas avec la charité; elle est même contraire aux lois; mais on ne connaît plus qu’une loi : Prends, prends toujours, que cela te sieie ou ne le sieie pas (es reim oder nicht). Ainsi ils prennent des colliers, des anneaux d’or ; puis ils se parent d’étoffes de soie, donnant ainsi à tout

(1) C’est pour cela que le médecin doit être voyageur (c’est-à-dire vagabond), philosophe et astrologue.

(2) Tout raisonnable que cela parait, il n’en est pas moins vrai que c’est précisément le langage dont se servent les charlatans, célébrant leurs voyages lointains pour captiver les badauds. Les médecins qui, eux aussi, connaissent la diversité des tempéraments, n’en discourent pas ainsi; d’ailleurs cette diversité n’est pas telle qu’elle exige qu’on coure le monde comme le Juif errant.

le monde le spectacle de leur honte; puis, comme si ce spectacle était à leur honneur, ils s’avancent parés comme des châsses, ce qui n’est que grande abomination aux yeux de Dieu.» (Def. 5, p.130.)

«Lorsqu'on voit le Juif menteur et perfide exercer l’art sacré de la médecine, et être tenu en grande estime par des hommes pharisaïques, qui maintenant, jé le demande, honorera une profession exercée par de tels adeptes? Mais comme, par une loi fatale, les hommes veulent être trompés, il arrive que la corruption envahit jusqu’à la vraie médecine. Les sages s’abstiennent de tels procédés; et si les hommes ne préféraient ceux qui.se moquent d'eux d'une manière ou d’une autre, la médecine aurait certainement des représentants plus dignes et plus purs. C’est une loi éternelle du monde qu'il ne puisse supporter ceux qui sont bons, habiles et sages dans leur art. » (Def. 5, p. 130.)

Tout cela n’est malheureusement que trop vrai de notre temps, comme cela l’était du temps de Paracelse. — Que lui ne mérite pas de tels reproches, je le veux bien, mais il ne suffit pas d’être charitable pour être un vrai ei bon médecin, il faut encore avoir le sens commun.

Voici encore un passage dirigé contre les médecins juifs, si fort recherchés au moyen âge, plus peut-être pour leur science cabalistique que pour leur science médicale; je trouve ce passage dans la préface du Labyrinthe (A).

« Les Juifs aussi vantent leurs connaissances en médecine, et ne rougissent pas de dire faussement que cet art est (rès-ancien chez eux. Ces impudents sont à la vérité le plus ancien de tous les peuples. Mais quelle est leur médicalion? que savent-ils, que donnent-ils, que tirent-ils de leurs livres? Tout leurart consiste dans l’imposture. Ennemis autrefois de Dieu et de son ils, ils le sont encore. Et comment, je le demande, la nature leur serait-elle si favorable, quand Dieu leura retiré sa grâce et a fait d'euxle rebutdu genre humain, comme il punit dans leurs corps et dans leurs biens ceux qui les Otécent ou ont quelque commerce avec eux? Ce qu'ils ont de bon vient des étrangers. Dieu ne les a pas créés pour exercer la médecine, mais pour l’honorer et le servir. Telle était leur vocation. En dehors … là; tout ce qu'ils on{ tenté n’est que dol et imposture. La médecine a.été donnée aux Gentils. C’est chez eux qu'on trouve les premiers et les plus anciens médecins. Il en est résulté que les Grecs ont embrassé la médecine à l’envi et par des causes diverses. Mais ils ont fait de tels progrès dans le mensonge, qu'après eux les Arabes voulurent, eux

(1) Tome If, p. 140.

aussi, trafiquer de cet art, comme toutes les autres nations. Le résultat fut cependant, comme il arrive en toutes choses, que plus il y eut de sagesse (Wütz), plus il y eut de fausses voies. »

Après les plus belles phrases sur les qualités et le rôle des vrais médecins (parmi lesquels il se range, bien entendu), Paracelse nous trace un tableau pittoresque, mais peu flatteur, des auires médecins de son temps (c’est celui des charlatans d’aujourd’hui), où il faut cependant reconnaître l'exactitude de plus d’un coup de pinceau (1).

[Il y a beaucoup de gens qui, sans être médecins, se mettent à l'ombre de la médecine par pure gloriole et pour paraître savant{s.] Semblables medecins charlatanesques (surtout d'ordinaire riches et bien à leur aise) sont et se font valoir dans des monasteres, et parmi ces gens oisifs qui ont de coustume de se vanter, estant tres-pleins de vaine gloire, et v’esparenent leur peine et leur industrie à la guerison des religieux, Sans autre apparence de guerdon que celle de leurs prieres.

Il s’en trouue d’autres qui exercent la medecine comme on mène la Charrue, ou pour des présens, et pensent faire tort à leur dignité s’ils reçoiuent quelque argent de leurs malades ; ils me font souuenir des luïfs baptisez : tels sont aussi certains moynes apostats, ou Ceux qui d’autres fois ont esté bouchers, bourreaux, ou mareschaux, qui refusent les dons qu’on leur présente en qualité de medecins, se croyant indignes d'en porter le titre, vu qu'ils ont leu fort peu de liures, mais qu’ils ont appris ce qu'ils en sçauent d'vn tel roy, d'vn tel empereur, d'vn tel prince : courroye digne d’un si beau soulier. Tout cela n’est que fumée et vanité, encore bien que leur finesse n’est pas des moindres ; car si le malade vient à mourir (estans aduoüez des grands) leur faute est excusable, et c’est contre l'experience ordinaire qu’un tel accident est arriué ; que s’il recouure la santé, quels cris de ioye n’entend-on pas, combien haut font-ils resonner la certitude d’vn art qui ne sçaurait estre mauuais! ef comme ils procèdent de l’authorité du serenissime prince, les voila après puissamment establis, et bandés sur les estrieux, comme un escuyer de Franconie. Telle est la condition de ceux qui veulent faire la medecine, etne veulent estre medecins, comme ceux qui veulent estre moynes et medecins sous un habit bastard, manquant la condition de l’vn et de l’autre : ceux-cy ont accoustumé de se seruir de personnes apostées, qui disent, ce medicament couste beaucoup à monsieur mon maistre,

(4) Petite Chirurgie, Préface, — J'ai cru devoir, pour ces anciennes traductions naives, mais paraphrastiques, changer certaines expressions, rajeunir quelques formes, et même les modifier d’après l'allemand,

SA DÉFENSE. ATTAQUES CONTRE LES AUTRES MÉDECINS. h29

c'est pourquoy dy à ton maistre qu'il face present en recompense d’vn cheual, ou de quelque abbaye ou prioré, et non pas de l’argent, dont l’vsage est infame et defendu. Quelquefois ils feindront que leur maison est grandement pauure, qu'il faudroit achepter quelques bons carpillons pour en faire faire collation le vendredy soir aux freres auant s’aller coucher, pour les ayder à supporter l’austérité du ieusne ; ainsi Monsieur le docteur medecin (fait à la haste, Füliz Hüttlin??) pourra se rendre plus soigneux et plus diligent apres le malade.

« Après ceux-cy suiuent quelques vns dont les habits et la bource sont plus pertuisez qu’un crible, et pourtant ne sont pas moins prompts à extorquer le teston (pièce de monnaie) que le coupeur de bources : ils se vantent d’auoir esté grandement riches d'autrefois, mais maintenant par l’injure de la fortune ont perdu toutes leurs commoditez : au cabaret, sans doute. Il y en a d’autres quise vantent d’auoir autrefois tenu rang parmy lesseigneurs de marque à fort beau train, qui toutefois se sontremis au seruice des princes, ayant à la suite de quelque bataille perdu tous leurs moyens demeurez pour butin au vainqueur. Les autres ont été chassez par le Turc de la Vallachie et de la Transiluanie ; d’autres, comme les apostres allantplanterl' Euangile, ont abandonné leursfemmes, leurs enfans et maisons : d’autresse voüent à vne pauureté volontaire, parce qu'ils ne trouuent personne qui leur face du bien! Le nombre n’est pas petit d’iceux qui changent bien souuent d’habits pour se rendre incognus: l’vn marche les pieds nuds, l'autre porte la here à demi vestu, celuy-cy se dit de tel ou tel ordre religieux, celuy-là porte des sandales ou des sabots, l’un ne mange point les os de la viande, l’autre faict abstinence, et n’oserait manger les arestes des poissons de peur qu'elles ne l’étranglassent ; l’vn faict son lict sur vn banc ou sur vne table, l’autre change de logis chaque nuict, etc. Ces Messieurs là, quand ils parlent de la medecine, disent la posséder par l'inspiration du sainct Esprit (4), et veulent faire a croire qu'il ya plus de vertus aux plantes que dedans le ciel, ou dans le paradis mesme. Ne sontce pas là de braves medecins ?

«Ils’y en trouue d’autres qui meslent à leurs receptes, et se seruent en leurs cures de l'astronomie, les autres de la geomance, pyromance, chiromance, hidromance. D'autres s’essorant plus haut en leurs speculations, comme plus mysterieux, usent de la narromance, c’est-à-dire necromance, ou lourdomance, et stultomance, comme ces vagabonds et coureurs du mont de Venus, qui venant au lieu où ils auoient appris leur art, l'ont baptisé du vin de Rhetie, ont chanté matines auec frere Eckart, et mangé

“Au boudin rouge et des saucisses grasses auec les Danhutiens. Depuis ils onteu la science de guerir les bestes et les hommes de toutes fieures,

(4) Paracelse oublie, dans le feu de ses railleries, qu'il est précisément de ceux qui se disent médecins par la grâce de Dieu, et croient non-seulement à la souveraineté médicale des simples, mais encore à l'efficacité des paroles, (Voy. pe 123.)

maux caducs, et autres maladies, de descouurir les thresors enfouis sous terre, qui, n’est pas peu d'honneur à si venerables medecins. Quelques-uns ne se seruent absolument d’aucun aromate, d'aucune herbe, ni des escrils de Valescus ; le simple papier suffit à leurs receptes, sur lequel ils escriuent, pour desguiser les mysteres de leur art, ivis pro. fivis tetragrammaton, Iloannes in Dolio, Iod, vau, ante postque, au haut et au bas, au pied et à la teste marquent une croix à la fin, de peur que le diable n’emporte celuy qui le peint. Parmy les villageois ils parlent latin ; parmy les Alemans, italien. Quelques-uns d’entre eux ont eu le fotet en Italie, apres auoir esté bannis des Alemagnes ; d’autres au contraire chassez de lItalie ont reçeu le mesme traitement en Alemagne ; quelques autres, apres auoir esté chassez au delà du Rhin, ont esté derechef rechassez apres auoir eu le foüet, et certains au delà et au deçà du Danube. Les aduantures de ces caualiers errans sont merueilleusement plaisantes,etmefont enuie de rire : ils se disent Ebrieux chez les Grecs; chez les Ebrieux, natifs de Grèce ; chez les curez de village ils sont des theologiens, et des docteurs en medecine auec les maistres d’estuues et bains; chez les iuges, iurisconsultes ; deuant les commediens, poëtes ; auec les artisans, historiographes; en Alemagne ils se disent d'Italie, en Italie d’Alemagne, en Portugal ils sont Hongrois, en Hongrie Portugais: enfin en ce lieu-cy natifs de ce lieulà, en celui-là de l’autre, tousiours de bonne et illustre maison, peu riches loutesfois, certes de noble race, à sçauoir de celle qui n’a produict que de la canaille, remplis de ruses et de tromperies, qui leur font gaigner beaucoup d'argent.

«H y en a encore une autre secte.outre celles dont nous auons faict mention, qui est des luifs conuertis au christianisme, plus fins et pires que tous les autres; j'y comprends aussiles #on baptisés, dont aucun ne sait éteindre le mercure dans la graisse d’ours (1). Des luifs, nos medecins ont apprins aussi à connaître les pustules de la grande et petite verolle, eux qui desirent et taschent d’estre beaucoup plus excellens et experts que leurs maîtres, encore que couuerts de mesme peau, et que l’vn semoque de l’autre ; les medecins luifs rougissent le mercure auec du sandal, et le rendent odorant auec le macis ou fleur de canelle : ce qui les faict estimer capables de traiter toutes sortes de maladies. Si par hazartilsviennentà guerir vn, ou deux, ou trois de ceux qui se mettent entre leurs mains, ils ont aussitost priuilege et pouuoir d'en abuser deux ou trois cens. Ils font acroire aux foibles esprits que la source et le fondement de la medecine est en la langue hebraïque, sans cependant considerer qu'entre les Juifs il n’y a iamais eu nul medecin. Ils meltent en ieu, pour prouuer leur dire, le rabin Moyse,et le livre de Nebulohn, quicontiennent descanons tres-excellens, par lesquels il enseigne de cueillir dans les prez les racines de réponces pour en faire des salades. Maintenant ils disent que la cognoïissance de la médecine est en leur seule race comme hereditaire, encore que tous ceux qui

1) Le latin dit juste le contraire, et, je crois, non sans raison. (CE, p. 457.)

en sont descendus ayent esté des fols, des sots, et sans esprit quelconque. Les autres disent, que leurs ancestres la tiennent du bon père Adam, quelques vns que le bon homme Noé la cacha dans un trou qu’il fit entre la . paroy et la fenestre de l'arche. O: fols que vous estes ! que ceste ostentation et que ceste vaine gloire vous mesciet, et s’accorde mal auec vostre gueuserie ! Tantost vn vieux luif se présente, tantost vn ieune, la mere duquel tient bourdel ouuert, et faict gain d’vne si sale marchandise. Ceste marmaille errante me fait souuenir des boëmiens, qui disent auoir appris leur art en Égypte.

« 1 s’en trouue d’autres, imitateurs des precedens, et toutefois de plus grande consideration qu'eux, qui Sçauent beaucoup de logique vulgaire, mais de rhétorique point; tels sont les vendeurs de thériaque et mi- {hridat, qu’on appelle vulgairement batheleurs, theriacleurs. Ceux-cy, si la vipere leur manquoit, ne feroient point scrupule de mettre en son lieu des chauue souris. Ils vendent Pour un remede souuerain contre la fieure la coloquinte, pour les poulmons et maladies d’iceluy le rapontic, du guy de chesne pour les infirmitez des femmes, et quelques remedes tres-cachez pour toute sorte de maux plus dangereux, lesquels toutefois apres eux Dieu et tout le monde ignorent, et qu'ils n’enseignent qu’à l'oreille, sous pacte de ne les reueler. C’est la gentiane qui faict ces miracles 1à. Quelques vns sçauent chasser et faire sortir les vers, Comme un certain qui en Silesie, à Breslau, chassa un vers du corps d’un malade, qui fut apres trouué à la foire de Strasbourg, l'ayant porté enfermé dans une boëte depuis là jusqu’à Basle, de sorte qu’il se pouuoit vanter, non seulement de l’auoir chassé, mais encore de l'auoir poussé et envoyé à quatorze mille loin. Il y a des vers qui sont de deux ou trois aulnes de long, plus ou moins, plus gros que le trou duquelils les disent estre sortis, qu'ilsont prins dans des hayes et des buissons, puis se vantent de les auoir chassez des intestins ou de l’estomach des hommes. Apres ceux-là marchent ceux qui guerissent les escroüelles, par la composition d’vn sel magistral qu'ils sçauent faire : ou les autres qui sçauent chasser le ver panaris des doigts (1), pourueu qu'il ne face ny soleil ny pluye ;sans preiudice des arracheurs, ou plutost maistres briseurs de dents, qui en laissent les racines aux genciues, au lieu de les tirer. Bref à peine s'y peut-il voir d’autres médecins auiourd'hui que de ceste façon, à quil disme des mouches appartient iustement. Quelques uns d’entreeuxesleuezenl’eschole des bateleurs ou ioüeurs de farces, se sont acquis lepouuoir de mentir impudemment, par vne perpetuelle habitude d’en conter au monde, et par l'usage continu de l’enjolerie.

(4) Dans le livre III, chap. 47, de la Petite Chirurgie, si toutefois ce LII® livre est bien de lui, Paracelse parle aussi du ver qui constitue le panaris, qui se nourrit de soi-même, et qui doit son origine au sel de nitre. Senlement, il rejette les remèdes superstitieux des songe-creux et s’en tient au traitement naturel, par exemple à la fiente de pourceau!

«11 y en à d’autres qui, n'ayant l'esprit de mentir d’eux-mesmes, s’en vont à Montpelier pour en apprendre l’art des escrits d’Auicenne, où à Paris la doctrine de Galien. Quelques vns sont de si bon esprit, que sans autre instruction que de celle de leur nature cauteleuse, deuiennent parfaicts en la science de donner du plat (de la langue donner de-belles paroles). Il ne servira pas peu non plus à l’vn d’auoir esté maistre és arts pour s'aduancer en médecine, à l’autre d’auoir esté apothicaire, à cestuycy d’auoir esté un mathématicien, à l’autre physicien. Montagnana est agréable à l’vn, Viaticus plaist à l’autre, et entre tous autres autheurs Tlean de Garlandia. A les oüir parler il n’y en a point de plus employez. Toutefois en leur boutique faïneans, ne sçachant que faire, semblables à ces sépulchres blanchis, qui sont beaux au dehors, et dedans sont pleins d'infection et de pourriture, ceux d’entre eux qui se plaisent naturellement à la vanité disent : Sans moy en Hollande vn comte se feust rompu le col du plus haut des degrez en bas ; un autre : J'ai esté vingt trois ans où enuiron au seruice d’un tel prince en qualité de medecin, qui se fust bien trouué en peine, et nese fust iamais bien porté sans Conrad des Roses etmoy. Vn autre aura professé par l’espace de vingtcing années dedans les vniversités, etinterpreté les bons autheurs, qui se fussent bien passés de lui, s’ils eussent peu esire expliquez par d’autres. Tantost pour faire les capables, et se faire estimer grands Grecs, ils appellent le haut mal epilepsie; quelquefois pour montrer leur suffisance en la langue arabique, ils nomment la coloquinte alhendal. Ils sçauent iusques à treize langues, outre celles dont les Pandectes font mention, et celle qui leur est la moins cognue est l’alemande. Maintenant ils n’ont d'occupation qu’à descouurir la nature des choses, et d’icy à quelque temps ils seront gueux el miserables à la suite de quelque chetif regiment. Quelquefois ils changent plustost les yeux des dames bleus ou pers en couleur de charbon qu’en noir; des laides ils les rendent belles: de brunettes blanches, et de teint delicat; de boyteuses et contrefaictes, de taille droicte et bien proportionnée ; enfin ils leur ostent la morve du nez. Maintenant ils font des pomes d’ambre odoriferantes, et semblables ioliuetés des petits presens propres à attirer les sois et badaux, auec lesquels ils s’introduisent dans les palais des grands. Aux académies ils veulent estre attentiuement escoutez; on les entend s’écrier (cela est en latin dans le texte allemand) : In calendris meis tuis, domini auditores, quarta fen primi, de porcis, scripsit noster Avicenna. #. theriacae (cum longa descriptione scilicet Galeni), etc. »

Molière n’a rien imaginé de plus plaisant que cette spirituelle boutade de Paracelse.

Dans cette même Petite Chirurgie (I, 7, De curis patentium ulcerum) on trouve une page curieuse par la colère que Paracelse montre contre les saints qui lui faisaient une concurrence

qu'ilne peut pas supporter plus que celle de ses confrères laiques (1). Cela ne semblerait guère s’accorder ni avec sa grande dévotion, ni avec cette proposition du Paramire (De origine morborum ex tribus primis substantüs, chap. 7, p. 74), que des liens indissolubles unissent la théologie et la médecine, ni avec l'explication mystique de la nutrition (ébëd., chap. 7 et 8, p.77); mais la dévotion et la théologie de Paracelse sont une dévotion et une théologie qui ne souffraient pas la concurrence active ; il accepte l'intervention de Dieu, parce qu’elle ne s'exerce qu'à distance et qu’elle n’éloigne pas le médecin.

«En la médecine la plus grande imposture est exercée par les pretres où vicaires des saincis qui metamorphosent les vlceres ouuerts, qui sont produicts des defauts de nature, en la penitence de sainct Jean, les autres en la vengeance de sainct Kyriac, ou au feu de sainct Anthoïne, et semblables choses. Ils enioignent de dire des messes, de faire des ieusnes et oraisons, odorer ou sentir la main du sainct sur l'eau des fons baptismaux, luy faire très-humblement des offrandes, luy voüer vn perpetuel service, et luy promettre de lui allonger la main tous les ans selon leur pouuoir et facultez, et estre de leur confrairie. Ils prescriuent de voir le sainct tous les ans, pour sçauoir s’il vit, s’il ne veut pas qu’on luy face des nopces, et s'il n’a point enuie de se marier! Quelques vns embrassent si auidement semblables meschancetez spirituelles, feignent les saincts médecins, et se font des apotiquaires de leurs eaux, pourquoy cela me déplait. La raison de cette deplaisance en peut estre fort facilement cognuë : si ceux qui commettent telles choses veulent être medecins, qu'ils souhaitent d’estre plustost bons, vrais et honorables medecins, qu’entachez et chargez de telles malices et folies. Que i’excuse les saincts, et que j'appelle un tel vicaire sainct, la cause en est, qu'il a parfois tant soit peu cognoissance de la medecine, comme de faire la décoction de chelidoine, de l’eau des fueilles de chesnes et autres semblables, par lesquelles la nature peut en parlie guerir ces trous et vlceres. Mais afin qu'ils satisfacent à leurs impostures, ils font de l'honneur aux saincts, et lauent leurs mains aussi innocentes que celles de Pilate. Cependant ie tais quelque chose de beaucoup plus grand, et qui seroit plus digne de reuelation (quelle touchante charité !), par exemple, qu'ils vsent de plusieurs operations magicques, par lesquelles ils font quelques vnes de leurs bonnes œuvres. Si Theophraste Paracelse n’eust couché en cet Hostel Dieu, il eust dementy aussi souuent ces charlatans qu'il en eust esté de besoin. »

(4) Aussi du Verdier écrit-il en marge: « Paracelse semble sentir en ce lieu un peu le fagot. » Voyez aussi un écrit paracelsique : De imposturis in morbo gallico, I, 18.

DAREMRERG « 28

h3h HAUSSE PARACELSE.

Ailleurs (#), Paracelse a une façon toute particulière, mais assez amusante, de justifier la grossièreté de son langage et la violence de ses attaques. — Cependant, de ce qu’on est de la Suisse allemande, ce n’est pas une raison pour s'enorgueillir d’être mal élevé.

« La nature ne m'a pas tissé d’un fil subtil et l’on ne file guère la soie dans ma patrie. Les figues, le vin miellé cuit et autres douceurs nous sont étrangers; nous nous nourrissons de fromage, de lait et de pain d'avoine. Cela conviendrait-il à des hommes délicats ? Nous restons attachés pendant toute notre vie à ce qu’on nous a appris à aimer dès le berceau ; régime bien grossier si on le compare aux délicatesses de nos voisins. Nous qui sommes nourris dans les montagnes couvertes de pins, nous ne pouvons ressembler à ceux que l’on élève mollement dans les gynécées. Il s'ensuit que l’on regarde comme grossier celui qui l’est en effet, quoiqu'il soit, à ses propres yeux, assez délicat et assez aimable (1!) Ceci s'applique aussi à moi; ce qui est de la soïe pour moi n’est, pour eux, qu’un lin grossier.

« Quant à mes réponses dures et austères, voici ce que je dirai pour m'en excuser : Les médecins mes adversaires sont peu versés dans leur art, Pour compenser cette insuffisance, ils s’étudient à la politesse et emploient les paroles caressantes, les discours légers, et mettent dans tout une grande amabilité ; ils congédient poliment les visiteurs en leur disant : Cher monsieur, revenez bientôt me voir; ma chère femme, viens ici et donne la pièce au monsieur, etc. Moi au contraire je m’écrie : Que demandez-vous ? Je n’ai pas Le loisir. La chose ne presse pas. En ce mo. ment, in patrios cineres minæi (2). Ils ont tellement ébloui, par leurs prestiges, les yeux des malades, que ceux-ci sont persuadés que l’art ne consiste que dans les flatteries et les paroles caressantes. Ils sont appelés gentilshommes quand ils sentent encore le trafiquant; seigneurs, quand ils ont encore quelque chose du cordonnier, ou peut-être d’une profession moins relevée encore. » (Def. 6, t. IL, p. 182.)

« On m'objecte que quelques-uns de mes serviteurs et de mes disciples, fatigués de ma rudesse, se sont séparés de moi. Je réponds : mes disciples au nombre de vingt et un sont morts de la main du bourreau (3). Dieu les assiste! Mais comment pouvaient-ils demeurer avec moi, eux que le bourreau attendait? En quoi mes rigueurs leur ontelles nui? L’art véritable pour eux aurait été d'éviter les rigueurs du

(1) Responsio ad quasdam accusationes .

(2) Tiré d'Horace, Ars poetica, k71. Le texte donne une autre locution proverbiale équivalente (nunc in piper cacavi) : Tetzt hab ich in den Pfefjfer gehoffrert. (3) Belle recommandation, en vérité!

bourreau lui-même. Que si d’autres miens serviteurs, pareils aux premiers, qui onf su se soustraire jusqu'ici à ses mains, se plaignent de mes emportements, qu'importe ? Comment ne pas s’emporter lorsque le serviteur refuse de faire son office de serviteur et veut se donner des airs

de maître? S'ils me remplacent en secret auprès des malades en médisant

de moi, et pour un honoraire de moitié moindre, alléguant qu’ils connaissent tous mes secrels, comment ne serais-je pas indigné d’une telle conduite? C’est ce dont se sont rendus coupables envers moi docteurs, chirurgiens-barbiers, baigneurs, disciples, serviteurs et garçons. Et après tout cela je devrais être un agneau ? Il y a lieu de s'étonner au contraire que je ne sois pas devenu plus cruel qu'un loup. En attendant je vais à pied, tandis qu'ils ont des chevaux. Ce qui me consolera foujours, c’est que je puis me montrer tel que je suis, tandis qu'ils sont obligés de prendre la fuite chargés de forfaits énormes. » (Def. 6, p. 188.)

Les mêmes reproches à ses disciples ou confrères et à ses amis les apothicaires (décocteurs) sont reproduits, sous une autre forme, dans la Préface déjà citée de la Petite Chirurgie (4) :

« Je me puis à iuste tiltre vanter d’auoir fait par mes veilles et par mon (rauail de tels medecins (c’est-à-dire des médecins qui n’ont pas su où voulu imiter leur maître et profiter de ses leçons). De cent escholiers que j'ay eus il s’en est seulement trouué deux tres-capables de Pannonie, des confins de Polongne trois, du païs de Saxe deux, de Sclauonie, autant de Boëme, de l’vne et l’autre Alemagne vn, de Sueue point du tout, ni d’ailleurs non plus, bien que j'en eusse de toutes nations, parce que chacun s’est voulu seruir de ma docirine à sa mode, l’vn pour remplir sa bource, l’autre pour acquerir de la réputation, et satisfaire à son orgueil. Un autre interprete cette doctrine par des gloses et des commentaires que j'ay trouués bien esloignés de mes conceptions; quelques-uns presumoient d’'eux-mesmes au-dessus la portée de leurs esprits, les autres se vantoient de sçauoir ce qü ils n'ont iamais entendu ; plusieurs d’entre eux l'ont entendu, mais le meilleur leur a manqué. Il est bien difficile de sçauoir ce qu’ils peuuent auoir appris, mais il est aysé de sçauoir ce qu'ils pratiquent fidelement, Car plusieurs ayant penetré dansles secrets de mon artet de ma medecine, ont ensuile tiré d’icelle quelque faux fondement, et deuiennent vagabonds et riacleurs, chacun desquels gesne le malade, selon qu’il a de la pa-

un.seul

(4) Voyez aussi De tumoribus, pust. et ulc. morbi gallici, VEL, 9. Of. I, 7, et surtout De “npostur., 4, 22. Dans un traité attribué à Paracelsé : De beste ad civitatem Herzingensem, il est dit qu’on ne lui reprochait que probitas et egestas.. La rime y est, mais que faut-il entendre par probitas medica? 11 semble que Paracelse n'avait que celle.des illuminés, qui agissent comme les sangliers à travers les champs.

tience. Or de ma patrie, que je nomme la derniere, il n’en a reussi aucun: quoy qu'ils s’estiment d'ordinaire fort capables, ie les mets au pair auec ceux de Sueue, et de ces medecins perdus qui ne peuuent iamais rien valoir. »

CnIRURGIE. — Je pense que les anatomistes, les physiologistes et les médecins sont suffisamment édifiés sur la science de Paracelse et sur le rôle qu’il a joué comme réformateur. Il n’est pas un médecin, ce me semble, qui ne reconnaisse tout d’abord que le sens pratique lui manque absolument, qu’il ignore la science des indications, et qu’on trouverait à peine, dans tous ses livres, quelques directions absolument bonnes pour le traitement d’une maladie quelconque. Il ne suffit pas, en effet, comme quelques personnes se complaisent à le faire, de rassembler les belles sentences de Paracelse sur l'art, la nature, le médecin et la puissance des médicaments, il fallait rechercher si la théorie et la pratique correspondent aux paroles. Ce n’est pas le verbe, ce sont les œuvres qui font le médecin (1).

Voyons maintenant quelle pourra être l'opinion des chirurgiens.

« Venez donc ici(2), vous tous chirurgiens, parmilesquels je n’en ai pas jusqu'ici trouvé un seul qui mérite ce titre; hâtez-vous d’accourir tous ensemble, Ô imposteurs, afin d'apprendre à connaître chaque degré séparément selon la prescription, dont vous vous êtes éloignés depuis quelques siècles, pour vous livrer à la composition de vos réceptioncules mendiées successivement de porte en porte aux Baucis couvertes de haïllons et qui ne valent pas une écale de noix. Venez, je vous en conjure, à résipiscence, et, laissant vos onguents, vos sparadraps et vos cataplasmes, que l’on trouve çà et là dans un mélange confus, reenez à la vraie manière de guérir. »

. Voici les extraits de la Petite Chirurgie ou Berthéonée, dont J'emprunte la traduction à Daniel du Vivier (Paris, 1623) :

(4) Il faut remarquer, du reste, que dans les ouvrages de Paracelsc réputés authentiques, excepté pour les maladies tartaréennes, et les affections chirurgicales, il n’y a que très-peu et de très-brèves descriptions de maladies. Il perd son temps et ses paroles en vaines spéculations. Il serait également facile de prouver que la bonne partie de sa chirurgie est presque toujours empruntée,

(2) De gradibus et compositionibus, liv. ILE, chap. 8 (Opp., t. VIL, p. 23).

CHIRURGIE : LA MUMIE. | 437

«Je ne veux pas que ceste mienne chirurgie soit intitulée le livre des playes, mais liure de mumie ou de la mumie. Que le liure des apostemes soit dit tel, mais le liure du baulme. Et je veux que le liure des vlceres, s'inscriue le liure des liqueurs. Et le liure des esthiomenes, celuy du real gar (1).» (Petite Chir., Préf. p. 3.)

« Qu'est-ce que mumie? — La mumie est une liqueur esparse par tous les membres du corps, de telle vertu et force qu'il est requis, diuisée toutefois de ceste façon : en la chair selon la nature de la chair, en l’os selon la nature d’iceluy, aux arteres et ligaments selon leur nature; en la moëlle, aux veines et au cuir, Comme és autres (2). »

« D'où s'ensuit que la mumie de la chair guerit les playes de la chair, la mumie des ligaments les playes d’iceux, de sorte que chaque partie a besoin de sa propre mumie; car de là prouient la contracture (paralysie, estropiement), des ligamens et des arteres, si elle doit estre guarie d'vne mumie d'autre nature, ou estrangere ; de là aussi naissent les inflammations et pourritures des playes, à sçauoir si vne autre mumie est attirée à la chair, que celle de la Chair, car chasque partie ne se guarit et ne se conserue que Par Sa propre mumie (3). » (I, 4, 8 2, p. 10.)

« le vous proposeray cet exemple, par lequel vous vous pourrez mieux fier à la propre nature : considerez le chien qui guerit sa playe en la lechant de sa langue, à cause qu’en lechant il conserue la mumie en son humidité et temperature. C’est Pourquoy toutes les fois que la mumie est contrainte de se corrompre à cause de la secheresse de l'air qui l'entoure et de l’accident, le chien la leche derechef, et ce faisant il entretient la Mumie en sa temperature jusques à la guerison (4).» (I, 15, p. 11.)

« L’intention et fondement Que ie me propose en la cure des playes est, que les medicamens s'appliquent seulement aux playes à raison des accidens, non pour ayder la nature du Corps, mais pour repousser et

(4) C'est l'application du principe par lequel débute le Paramire, à savoir, qu'il faut surtout considérer le traitement et non les causes. — C'est aussi de ces trois Substances que les maladies chirurgicales tirent leur origine.

(2) Si mumie signifiait autre chose qu'une humeur visqueuse des chairs ou une liqueur balsamique hypothétique qu’il appelle mercure doux, ce serait la lymphe plastique (voy. plus haut, p. 413, note 4); mais cette lymphe semble plutôt désignée très-vaguement, aux chapitres 6 et 12, sous le nom de synovie ou humeur visqueuse des nerfs (gaines tendineuses). Paracelse regarde son épanchement comme un accident qu’il faut combattre (chap. 7), et qui se rapporte peut-être aux fausses membranes auxquelles il donne quelque part le nom d’esquinancie de plaies.

(3) Quand elle n’est pas flétrie, comme chez les vieillards, ainsi que notre auteur le dit plus loin.

(4) Paracelse, à propos des bœufs, se figure que, chez ces animaux, les blessures comme les maladies se guérissent en général par la nature,

chasser les choses qui ont esté infectées par les elements externes, soit par les metaux ou autres mMineraux, par l'air ou par fous céux-là ensemble. C’est Pourquoy pour oster cet accident il ÿ 8 un plus ample fonde ment de cest œuure en toute la chirurgie, non pour engendrer par art les Chairs. » (I, 2, p. 25.)

« Les chirurgiens anciens ont failly en ce qu’ils ont creu que l’aristoloche ronde, la grande consolde, la serpentine (L), etc., engendroient les Chairs ou les faisoient croistre : comme lors que quelqu'un mange des herbes, racines, semences, pain, choux, chair, etc., il s’en engendre de’ la chair humaine, ou bien elle s’augmente : ils ont de mesme pensé qu’il y auoit un estomach [et un foie] aux playes, qui auoit la vertu de conuertir

en chairs les medicamens qui y sont mis dessus selon les conditions de l’Archée. » (I, 4,7, p.16.)

Je ne sais où Paracelse à vu cela, si ce n’est dans les livres de médecine populaire, où l’on dit que les chancres se nourrissent de la chair qu'on met dessus. Les chirurgiens ont toujours pensé que les médicaments aidaient les mouvements de la nature, comme incarnalifs, cicatrisants, etc., mais ne produisaient pas directement, et par eux-mêmes, les chairs et les cicatrices.

« La preparation des playes est que le sang soit arresté cependant qu'il sort encores d’icelles, et que la mumie y soit apres mise: et ne te doibs soucier que les fragmens des os ou autres choses y soyent demeurées, lesquelles tu n’essayeras en façon quelconque d'oster auec ferrements, à cause qu’il faut laisser la Charge de pousser hors et purger ces choses à la mumie: car icelle chasse plus à propos les choses qu’on veut arra- Cher que les fers ou instrumens. » (L, 8, p.44.)

. Je crois que pas un chirurgien, à moins de circonstances Spéciales, ne ferait une pareille recommandation. —— Suivent quelques préceptes assez bons sur le temps pendant lequel peuvent demeurer les emplâtres ou poudres qui recouvrent les plaies ; puis l’auteur ajoute que, si l’on veut extraire les corps étrangers, on doit le faire avant la manifestation des accidents inflammatoires, car il faut tout abandonner à la mumie. Quand ces accidents

se sont développés, il conseille d'élargir la plaie avec des sub-

- (4) Paracelse ne se prive pas Cependant d'employer toutes ces substances et même la glu des vers de terre, après quoi il dit à ses confrères : Allez au diable ! je fais

cas de vous comme d’un fétu de paille. Avez-vous des recettes pareilles aux miennes? (Chap. 3.)

CHIRURGIE : HÉMORRHAGIES. h39

stances qui putréfient et corrodent les chairs, si ces corps éirangers ou fragments d'armes ne cédent pas à la moindre traction ; äl est, en tout cas, difficile de savoir s’il permet jamais une incision.

Les moyens employés par Paracelse contre les hémorrhagies témoignent qu'au moins sur ce point, ilne mérite guère le titre de réformateur.

« Pour ce qui est de la suppression et retention du sang, lorsqu'il boult, il'faut donner en breuuage vn scrupule de bon laudanum (voy. p. 119, note 1) et bien preparé, et certes c’est par luy que l’ébullition est esteinte, éble sang arresté, ou vne once et demie de semence preparee d'yuraye blanche dans du laict, de semence de chanure. Semblablement ceste ebullilion s’esteint auec des linges trempez et imbus de la decoction d’escorce de iusquiame appliquez sur la partie. Il ne faut nullement reprimer le sang en ces flux là, mais pour ce qu'est de l’autre flux, ie le commets aux forces de la cornaline, pierre sanguine à la mousse, et de plusieurs autres qui sont communs, c’est pourquoy ie ne les mets pas en ce lieu.» (E, 7, p. 62.)

Comme complément, voici un passage tiré du chapitre 10 du Il: traité de la première partie de la Grande Chirurgie :

« Sile sang ne s’arreste par ces remedes (poil de lapin, mousse des crânes des cadavres, cendre de grenouille, carneolus suspensus velin manu detentus), principalement par les deux premiers (crocus Martis, aes ustum), à grand peine s’appaisera-il iamais : parquoy il ne faut rien essayer plus outre, ains faut attendre qu'il s’arreste soy-mesme (!), Cependant il ne faut pas mespriser les operations celesies qui se font par caracteres, qu'il sera permis d'essayer aux dernieres extremilez, où les autres remedes ne pro+ fitent pas. Il faut encore diligemment obseruer, si lors que tu veux ar: rester le flux de sang, tu vois point qu’il veuille couler aux parties interieures et s’y retirer, car si tost que tu t'en aperceuras, cesse incontinent de l'arrester et le laisse couler, de peur qu'il ne face quelques absces és parties interieures. »

Il suffira de lire les extraits suivants du chapitre de la Petite Chirurgie sur les fractures et les luxations, pour juger de ce qu’on peut attendre d’un chirurgien qui écrit de telles choses,

« Il faut donc que le chirurgien sache qu’en toute fracture d’os il faut rechercher toute la douleur qui vient de la cause premiere en la

kh0 PARACELSE,

fracture; car la nature ou condition de telles fistules et fragmens est telle qu’elles attirent à soy toutes les douleurs. C’est pourquoy aux fractures des os il ne faut auoir nul esgard aux symptomes, chaleurs, froideurs ny autres, ny se soucier si les medicamens sont humides ou chauds : car entre toutesles cures celles qui sont semblables aux fracturessont tres-faciles et desquelles on doit auoir moins de soin, à Cause que la nature garde de soy mesme l’ordre d'icelles, et que le dommage est situé au milieu d’iceluy, auquel il n’arriue rien de mal, d’où vient que les humeurs qui sustentent ceste partie soyent elles-mesmes les medecins de l'os. Tu entendras cela en ceste façon: il n’y peut arriuer aucun danger à l'os rompu (!), mais il doit necessairement estre pansé et guery par la mumie du corps qui est dans la chair, ligamens et moëlle : au milieu desquels los est situé et enfermé, par tous lesquels il est aussi guery : d'autant qu’il n’y a rien d’ouuert, par où les accidens externes puissent estre portez. C’est pourquoy estant bien duëment liez, et nature estant en son repos, il y a en eux un certain medicament, et une guerison asseurée.

« Que si toutefois il y a fracture auec playe, par lesquelles quelques fragmens apparoistroient disioincts et déplacez des tuyaux des os, tache de les tirer par les medicamens vulneraires, et ne tache en façon quelconque de les tirer par ferremens, ou quelques autres instrumens en les perçant (voy. plus haut, p. 438-439). Car la vraye, mumie peut attirer tout ce qui est contraire à la nature, laquelle mumie guerit aussi de soi les demy-fentes. » (I, 8, p. 65.)

« La douleur qui est aux ioïntures disloquées, ne vient d’ailleurs que de la liqueur qui est sortie hors du lieu de son anatomie, et les douleurs des parties naissent de cette aigreur, car lors que les liqueurs des articles se corrompent, elles se tournent en feu : pareillement l’anatomie du corps ne peut sans douleur supporter les dislocations ou offences des parties, à cause qu'elle reçoit une bonne disposition en sa santé, et sa nature est telle qu’estant enchainee aux nerfs, arteres, veines, elle veut et y doit demeurer selon cest ordre, duquel si elle est troublée, elle recoit une douleur semblable à celle qui se fait de la playe, fodication, ou de la fracture.» (LE, 10, p. 69.)

Paracelse explique ensuite les accidents qui surviennent aux plaies par le combat que se livrent les éléments minéraux internes et les mêmes éléments externes.

Voici maintenant un spécimen des remèdes souverains que notre auteur employait dans les affections chirurgicales. Cè qu'il y a de bon dans ces nombreuses recettes se retrouve dans les traités de chirurgie du temps.

« Pour la contorsion, spasme, et tetane. — % Sandal de mer, amigdales

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