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CHIRURGIE : FRACTURES, PLAIES, ULCÈRES. AT

ou amandes de lieures ; soit faicte poudre, de laquelle on donne à boire auec de l’eau de basilic : si les spasmes vouloient revenir apres la premiere potion, donne leur la seconde, {u la pendras au col du malade, et luy donneras en la main iusques à ce qu’elle soit bien chaude. » (I, 13, p. 85.)

Ces absurdités sont heureusement rachetées par quelques conseils relatifs au régime des blessés et qu’on trouve dans le chapitre dix-septième. Au chapitre dix-neuvième, il y a aussi un assez bon traitement pour les brûlures, avec le blanc d'œuf, la cire et l'huile; mais il était déjà connu.

La théorie des ulcères, contenue au livre II de la Petite Chirurgie, repose sur la supposition qu’il existe naturellement et originellement dans le corps des sels plus ou moins corrosifs, terreux ou réalgaux; mais Paracelse a une façon à peu près incompréhensible d'expliquer la formation des ulcères, en raison de la présence des sels. Voici, en effet, ses propres paroles :

« Un vicère ne peut pas être produit, si ce n’est par les corrosifs, et il n°y a pas de corrosifs en dehors des sels. II est necessaire que tous vlceres prennent leur origine des sels, mais non certe de ceste façon que le sel se change, qu’il devienne meilleur ou pire, comme on se l’imagine pour les temperaments : c’est pourquoy il faut que vous sachiez que rien n’est rendu pire au corps, mais que le mal qui s’y trouue vient de la naissance. Le sel peut demeurer (c’est-à-dire sans produire de maladies) en son temperament, de façon que sa substance n’est nullement manifestée. » (II, 4, p. 18/4.)

Si les sels ne changent pas, ne se corrompent pas, ne deviennent pas pires, alors comment survient-il un ulcère? Paracelse ne le dit pas; d’ailleurs, l'eût-il dit, nous ne serions pas beaucoup plus avancés. Cependant il semble, quelques lignes plus loin, vouloir donner une explication à propos de certains sels, mais il n’est pas aisé de la raccorder avec le passage trésabsolu que je viens de citer.

« L'origine de quelques autres vlceres se faict de ceste sorte : il y a quelques sels subtils et liquoreux qui se corrompent par leur propre subtilité, à cause qu'ils sont en des autres liqueurs, ou sont separez par apres en ceste façon. Le vin semble entier et bon et son sel n’est pas recognu en luy, à cause qu’il est doux, bon et tres-puissant en sa substance; le sel

h42 à : :: PARACELSE.

est produict par apres en son téms par luy, et produict le tartre aux costez du vaisseau; ce tartre est un sel tres-aigu. Pareillement au corps la liqueur qui luy est necessaire, par progrès de tems se tourne en telle separation ; $a peau ést le vaisseau auquel le tartre s'attache comme au tonneau, toutesfois auec sa difference et ronge le corps. De même, le vin s’enaigrit à cause que sa substance se sépare de luy, car il arriueautrementaux liqueurs du corps qui sont diuersifiées cent fois au double; lors qu'elles tombent en semblable aigreur, incontinent le corrosif s'y trouue.

« Et ne faut pas que quelqu’vn s’estonne de la multitude des sels du Corps, veu que la varieté des vlceres du Corps le demonstre également, ce Corps dans lequel toutes les generations des elements se trouuent. » (bid., LI, 4, p. 186.)

À chaque espèce de sel correspond, non-seulement pour la nature, mais pour la forme même, une espèce d’ulcère ; et si l’on veut avoir une idée des assimilations les plus grossières en ce genre, on n'a qu’à lire le passage suivant, extrait d’une des annexes de la Petite Chirurgie, annexe qui vient probablement des leçons de Paracelse, et où l’on a décrit chaque ulcère en particulier, du moins les affections rangées sous ce nom.

« Les écrouelles viennent du sel de millel; chaque trou a son centre particulier ; et son opération est semblable à celle du sel lapille de grêle. Lorsque l’alun se résout en eau il retourne en sa matière première'et ensuite se cristallise de nouveau en grains; chaque goutte fait son trou, et l’alun demeure ramassé en la partie. » (HI, 28, p.285.)

Les ulcères sont guéris (au moins en théorie, car Paracelse commet, dans la pratique, beaucoup d’infidélitésà ses principes), par l’usage des sels mêmes qui leur ont donné naissance. Cette proposition pourrait être regardée comme une des origines de l’homæopathie, mais origine trés-détournée. En tout cas, un tel père ne serait pas une bonne recommandation. Je conseille aux

homœæopathes de chercher des ancêtres moins compromettants.

M. Malgaigne a dit, dans son snéroduction aux œuvres d'Ambroise Paré, que la Grande Chirurgie esi « plus calme et plus sensée » que la Petite Chirurgie où Berthéonée. Plus calme, ce n’est même pas juste, comme nous l'avons déjà vu ci-dessus (4)

(4) Page 368, et Grande Chir., IL, u, 44 et 49, à propos de l'Archée qu’il appelle aussi Vucain ou le fondeur, le destructeur des corps.

CHIRURGIE : PLAIES, ULCÈRES. h43

et comme On peut s’en assurer dans maints chapitres où Paracelse compare sés confrères à des pourceaux; plus sensée, cela n’est pas acceptable non plus, car cette Grande Chirurgie repose sur les mêmes principes que la Petite: ce sont toujours les sels qui engendrent et guérissent les ulcères; c’est toujours aussi l’exaltation de la vertu curative essentielle du baume naturel ou mumie, à laquelle les médicaments servent d’aliment pour qu’elle remplisse bien son office. Les extraits suivants, relatifs également aux ulcères, le prouvent surabondamment (1).

Après avoir rappelé que le chirurgien, comme le médecin, doit être parfait en philosophie, astrologie, alchimie et médecine, Paracelse continue en ces termes :

« Finalement (2) ie monstreray comment le ciel est cause efficiente de plusieurs vlceres par sa puissance attractrice. Nous voyons que l’aimant, ambre, le mastic, les resines et plusieurs autres choses, attirent le fer, la paille et choses semblables. Ainsi il y a plusieurs estoiles au ciel qui attirent et amenent de l'interieur de l’homme iusques à l’exterieur ce qui estoit caché au dedans qui leur est familier, soyent humeurs ou autre chose : car il est bien certain qu'il n’y a rien dedans la concauité de la lune, qui ne soit contraint de communiquer aux estoiles quelque chose de sa nature, à son grand detriment et dommage, de même que nous voyons que le soleil tire l’humide des choses humides, et les seiche par Ce moyen, ainsi chacune estoile tire quelque chose du corps sur lequel elle domine, et cela fait on voit que le corps se meurt. Il est bien certain que ceux qui y prennent garde ne couppent iamais le bois, et ne fouyssent la terre qu'ils n’ayent premierement consideré la position du ciel, d'autant qu’ils n'ignorent pas que la vermoulure et autres vices en dependent. L’experience a aussi enseigné que la pierre de saphir ouure lantrax ou le charbon par son attraction iusques à faire vlcere manifeste. Orsila nature de ces pierres ést telle, pourquoy n’attribuera-t-on pareille force-aux astres, assauoir qu'ils font le charbon, l’antrax, les apostumes ét'autres maladies, veu que les pierres n’ont telle vertu que des astres. »

L'implacable ennemi des anciens, Paracelse, recommande pour les ulcères une pratique qui se rattache directement à la

(4) J'emprunte, en la modifiant parfois, la traduction à Dariot (2° édit., Paris, 1603). Comme les chapitres sont courts, je n'ai pas indiqué les pages. Le premier chiffre indique le Zvre, le second le traité ou partie, le troisième le chapitre.

(2) Grande Chirurgie, U, 11, 14, — Voyez aussi plus haut, p. 378.

théorie des flux catarrhaux. Comme on voit souvent, dit-il (1), que les parties supérieures envoient leurs excréments aux inférieures, et qu’ainsi il arrive que des ulcères naissent aux jambes, quand l’origine du mal est en haut, il convient d’arrêter le flux, soit en incisant, soit en caulérisant, soit en liant les veines, et même les nerfs (parties fibreuses), au-dessus-du genou. Il y met toutefois une restriction : on a recours à ce moyen seulement dans les cas où les matières des parties supérieures pèchent par quantité, et non par une qualité vénéneuse; autrement ces excréments vénéneux, n'ayant plus de cours, pourraient ou remonter au cœur, ou s’exaspérer sur place et mettre l'individu en danger de mort, inconvénient qui n’a pas lieu si les matières ne sont que surabondantes.

Voici un autre échantillon des théories de Paracelse sur les ulcères qui sont produits par le chaos ou l'air qui est en nous :

« La theorique (2) et speculation du grand monde nous enseigne que la retention des vents et de l'air peut faire des vlceres. Or l'air est vn certain chaos qui contient en soy la cause de corruption. Donc l’air exterieur qui est enuironné par le firmament, est reserré dedans sa circonference, et là en trauersant toutes choses qui y sont contenues, il agit en l'homme pareillement : car puis qu'il est cause de la corruption, voire que luy mesme estant corrompu, conçoit vn venin, lequel il communique apres à tous les corps qu’il attouche : de là, la pourriture vient és pommes, la vermolure au bois, les vlceres aux hommes. Ainsi la peau de l’homme est le firmament du petit monde, dedans lequel le chaos (l'air) est contenu, Chaos qui est corruptible tant de soy-mesme que par celuy du grand monde. Les vlceres des parties interieures naissent de ceste COrruption, lesquelles sont plus frequentes et plus malignes que ne sont celles du dehors : car le sentiment y est plus aigu, ioinct que les excremens et immondicitez s’y amassent plus aisement. Or la generation de la putrefaction se faict quasi en ceste maniere : aussi tost qu'vne partie a conceu ce venin, aussi tost elle commence à s’enflammer et à suppurer, et de là l’vlcere demeure, toujours à l’intérieur, sans soy manifester au dehors, ce qui faict que telles maladies sont perilleuses, et sont estimees estre incurables et mortelles. »

Les opinions de notre auteur sur la lèpre ne sont pas plus acceptables :

(1) Grande Chirurgie, I, 1e traité, Im° partie, chap. 5. (2) Grande Chirurgie, W, n, 21: :

CHIRURGIE : ULCÈRES. hh5

« Pour auoir plus ample intelligence de la ladrerie (1), il faut auant toute chose obseruer la difference qui est entre la putrefaction lepreuse etles autres. Car le corps ladre est pourry, priué de baume et de sel : ayant neantmoins la vie auec le soufre et la liqueur. Maïs les autres pourritures aduienent sans la mort du baume, ou du sel, ce qui est cause qu'on les estime moins perilleuses. 11 faut donc sçauoir que quand le baume n’a plus de vie, que le sel est aussi perdu, les autres deux, assauoir la liqueur et le soufre commencent de trauailler selon leur naturel et condition, et engendrent ainsi ce que nous nommons lepre et ladrerie. L’affection toutefois et maladie de lepre est telle, que combien quelle puisse de sa nature aduenir à tous les animaux et les apprehender, toutefois elle a coustume de s’attacquer à l’homme seul : ou parce que l’homme seul est destiné à telle corruption, ou parce que c’est leffect de certaines viandes : d'où nous voyons que les pourceaux, lesquels entre tous les animaux aprochent l’humaine nature de plus pres en temperament, ne sont pas pour cesle occasion asseurez de ce mal. Te n’estendray pas d'auantage ce discours touchant la ladrerie de l’homme, parce qu'on ne l'en peut preseruer, ni la guerir quand elle est faite. »

Écoutez maintenant comment et avec qui Paracelse a fait son éducation pharmaceutique :

«Dés ma ieunesce (2) desirant fort d’aprendre, i'ay diligemment estudié sous des maistres excellens, qui estoyent exactement versez en la plus-retiree et secrette philosophie, qu’ils nomment philosophie adepte ouacquise. Or mes maistres ont esté premierement Guillaume Hohenhemius mon pere, qui a eu tres-diligent soin de moy, et plusieurs autres, qui mont fidelement enseigné sans rien me cacher. Mais auec ce iayesté aidé par les escrits de plusieurs grands personnages, la lecture desquels m'a beaucoup profité, assauoir ceux de Scheyt Euesque de Sergach,d'Erard Lauantal, Nicolas Euesque d'Hypponense, Matthieu Schacht, lesuffragant de Phreysinge, l’abbé Spanhain, et ceux de plusieurs autres grands chimistes. l'ay esté auec ce beaucoup enrichi par plusieurs et diuerses experiences, que i'ay aprins des chimistes, desquels pour honneur, ie nommeray le tres-noble Sigismond Fucger de Schwak, lequel a beaucoup-adiousté à la chimie, et la fort enrichie, ayant entretenu à grans frais plusieurs seruiteurs, qu'il y à fait trauailler. Ie ne reciteray pas les autres, de-peurque je ne -nis trop long. Parquoy puisque ie suis premierement.[ournid experiences, et que j’ay la cognoissance tant de la vraye philosophie.que de l’art vulcanique et du corps phisic, j’ay à bon droit entreprins de corriger les fautes. »

(1) Grande Chirurgie, IL, x, 20. — Voyez, pour l’affinité de la lèpre èt de la Syphilis, la préface de la IlI° partie dé la Grande Chirurgie. (2) Grande Chirurgie 1 11, 4.

hh6 PARACELSE,

« S’ensuiuent les simples desquels on prepare la téincture : l'or, le mercure, l’antimoïine, le sel des philosophes, le baume, le coral rouge, la mumie, la melisse, la chelidoine, la valleriane, la germandree, la chi: chorée, l’asclepias. »

Voici maintenant quelques passages du même ouvrage relatifs aux plaies récentes :

« Parquoy le chirurgien se souuiene, que ce n’est pas luy qui guerit les playes, mais que c’est le propre baulme naturel, qui est en la partie mesme. Ce ne seroit donc pas faute legere, si le medecin s’atribuoit la guerison : car l'office du chirurgien est d’auoir soin de conseruer nature en la partie offencee, et garder que la playe ne soit point irritee parles causes externes, tellement que la puissance curatrice du baulme ne soit point empeschee, ains qu’elle estant aydée par l’industrie du medecin puisse faire son office sans empeschement aucun : et qu’on puisse iustement dire, que le chirurgien est seur et bon gardiateur du baulme naturel (1) : et parce nous dirons que le chirurgien est la garde et defence de la nature

du baulme radical, à l'encontre de l’action des elements exterieurs. » (Grande Chir., TL, 7, 2.)

Le précepte d’écarter des plaies tout ce qui peut les irriter, et, plus bas, celui de les tenir en grand état de propreté, sont excellents, mais ne sont pas nouveaux. Puis il faut remarquer qu'il semble bien inutile, pour un chirurgien qui a tant de confiance dans les effets de la nature, de substituer aux vieilles formules des formules qui ne sont guère moins compliquées (2). Les chirurgiens modernes sont beaucoup plus conséquents avec leurs principes en cherchant, autant que possible, à obtenir la réunion immédiate des plaies simples, et, en évitant, autant que possible, pour les plaies récentes compliquées, l'emploi des formules

(1) « Te desire encores que tu sçaches, qu'il ne se peut ni doit faire aucune guerison par putrefaction: parquoy les playes se doiuent guerir par choses qui resistent à la pourriture, d'autant que les remedes qui guerissent les playes, representent le sel. Or le sel est un certain baulme exterieur, lequel se doit preparer et extraire des choses qui contiennent la nourriture de la partie blessee, soit des entrailles, des nerfs, des os ou des iointures. Voila nostre diuine methode (une vraie humilité cette fois!) sans laquelle il est impossible qu'aucun acquiere honneur en medecine. » Œ, ï, 5.) ü

{2} Voyez, pour ces formules et leur préparation, la plus grande partie du livre IL. ,

CHIRURGIE : PLAIES RÉCENTES. k47

galénico-arabiques. Aussi nos modernes ne pourraient sanction ner le précepte suivant:

« Le desire aussi que cy apres les chirurgiens quittent leur commune façon de coudre les playes, et de les couurir apres cela de blancs d'œufs auec bol ou farine, parce que telle façon est entierement contraire à nature (4). C’est donc folie de s’y arrester veu que nature requiert seulement que la playesoit preseruée de pourriture, et aydée par medicamens comme a esté dict, pour estre dechargée de ces excremens chacune fois qu’on visite. » (E, 1, 2. — Voy. aussi le chap. 44.)

Trouvera-t-on la preuve d’une connaissance de l'anatomie. et d’une science chirurgicale dans ce calcul ridicule sur la profondeur des plaies où il n’est pas question de la nature des parties entamées?

« Il est certain que le membre qui est entierement couppé, ou tellement qu'il ne tient plus qu'à la peau, ne se guerit iamais. Toutefois le iugément des playes profondes sera tel : le diametre du bras (pour seruir d'exemple) estant diuisé en dix parties, si le bras est couppé outre le neufiesme point, on ne s'en pourra iamais aider encores qu'on le fist reprendre: mais il y aura plus d’esperance de salut, si la profondeur de la plaie n’atteint iusques au neufiesme point, ains qu'elle ne penetre qu'au huictiesme ou au septiesme ou encore moins. » (1,1, 8.)

Que dire encore des réflexions de Paracelse sur les plaies des nerfs, des tendons et des jointures ?

« Les playes dés parties nerueuses ne sont jamais cause de paralisie, si ce n'est par la faute du medecin : Car le nerf couppé, ni le ligament, ni le tendon, n'est point de resolution comme estant nerf, ligament ou tendon, ains par faute qui a esté commise en la façon de vivre, adminisfration des medicamens, où autrement. Celles qui sont aux iointures se

(4) day sounenance d’auoir vne fois esté present à la cure d’vne playe, où r'oyois les barbiers qui disoyent et concluoyent de la coudre auec du filet de cordonnier ct des sayes de porceau, parce qu'ils craignoyent que la soye ne fust pas assez forte: par où on peut iuger et cognoistre l'ignorance ct stupidité de tels personnages. Mais quant à toy, voici que tu feras : donne ordre à ce que tu sois fourni de bons remedes suluant nos preceptes, et en vsant comme l’auons enseigné tu Taisseras faire nature, et tu luy verras coler et faire reprendre les nerfs, ligamens, tendons, la peau, et la chair, sans y faillir, pourueu que tu y appliques nos remedes legitimes. » (L, 1, 14.)

guerissent aisement, pourueu qu'il n’y ait point de perte d'os ; loutefoisil les faut soigneusement garder à ce qu’inflammation et flegmon n’y suruienne, parce que si cela aduenoit, il osteroit l’esperance d’vne entiere

guerison. » (E t, 8 et 1x 47 ; IL, 1, 1.)

On pourrait au moins approuver notre auteur lorsque, dans le même chapitre, il semble conseiller de traiter les diathèses en même temps que les plaies qui viennent les compliquer ou qui en’sont la conséquence, si sa phrase ét&t plus claire et s’il ne mettait pas aussitôt de la partie les spéculations astrologiques (L, 1, 4, 5 et 6; et Il, 8, 14) (1). On remarquera aussi (L, 1, 8) des idées de bonne femme plutôt que de médecin sur les plaies empoisonnées ou venimeuses.

Lors même que la Grande Chirurgie serait, commele dit M. Malgaigne, plus calme que la Petite, elle n'est certes pas plus modeste:

« Encores donc qu'aucune fois les playes semblent estre difficiles et rebelles au traictement, toutefois vous cognoïistrez qu’elles obeiront toutes à mes remedes ef seront gueries. le desire encore d’auantage, que le chirurgien aye des propres remedes aprestez pour toutes les parties du corps : car les empiriques ont toute gastée la medecine en appliquant à vne partie du corps les remedes qui ont gueri vne playe en vne autre partie (2). Ces bonnes gens en mesprisant mes remedes se defendent, disans qu’auant que ie fusse on guerissoit les playes. Je ne nie pas qu'on ne l’aye fait deuant moy, mais ie dy que de mile blessez que l'ay traicté auec mes remedes en vne armée apres vne grande bataille, ‘ iln'yen a pas vn (autant que nature le peut permettre) qui ait esté frustré de son attente, ou que j’aye perdu. Les médecins ou barbiers au contraire en ont à grand’peine gueri vn sur vingt. Pour ceste cause j’ay opinion que ce mien dessein sera approuué par les gens sages. » (I, 1, 10.)

« Le publie et presche l’alchymie qui prepare les medecines secretes par lesquelles on guerit les maladies qu’on lient pour desesperées ; puis donc qu'ils en sont ignorants, mes confreres ne doiuent estre appellez ni chymistes ni medecins. Gar les remedes sont entre les mains et en la puissance des alchymistes ou des medecins : si en celles des medecins les

(1) «L’intention de celui qui veut guerir doit être de combattre les étoiles, et non de purger les humeurs. » (Grande Chir., IL, 1, 11.) Voilà certes qui n’est pas sensé. Cela est précédé par toutes les rêveries sur la relation des ulcères minéraux avec les remèdes minéraux de toute sorte.

(2) Comme si c'était d’après la partie seulement qu’on déterminait le genre de remèdes !

CUIRURGIÉ ALCHIAIQUE, 49

alchymistes les ignorent : mais si c’est en celles des alchymistes, les medecins ne l’ont pas aprinse et ignorent les remedes par consequent. Comment meritent-ils donc d’estre louez. » (E, 1, 18.)

« Les anciens alchymistes(1) ont esté si diligens et industrieux à cercher et trouver des remedes, qu’il me semble n’estre impertinent, ni mal fait d'en discourir : car encores qu'ils n’ayent pas tousiours atteint le but auquel ils visoyent, toutefois il est manifeste, que leur labeur a descouuert de grans secrets en la médecine, Ils ont essayé de changer les plus vils melaux en autres plus précieux, c'est assauoir en or et en argent, ce qu’encores que ie ne die pas cstre impossible à nature, il est certain toutefois que telle transmutation est enueloppee de plusieurs difficultez. I n’y a personne qui doute, et qui ignore que le fer ne soit changé et transmué en cuiure, et le cuiure en plomb (!) Eux donc ayans obserué Ceste admirable transmutation, ils l'ont voulu transferer en l’art de medecine : et comme il aduint vne fois qu’estans mal soigneux de leur teinture, ils en laisserent tomber en terre, laquelle fust tost apres deuorec ct auallee par des poulles, ausquelles les plumes iomberent dans peu de temps, mais puis apres il leur en reuint des nouuelles plus belles que les premieres : (ce queie peux moi-même tesmoigner.) Ils voulurent scauoir et experimenter si elle consumeroit aïnsi ce qui seroit de mauvais et superflu au corps humain, et ensemblement osteroit et arracheroiït la cause ef racine des vlcères : lequel essay n'a esté infructueux. » (I, 1, 5.)

Il est certain que, dans divers chapitres, on trouve un emploi três-hardi, et quelquefois rationnel, des corrosifs minéraux ; mais rien de cela n’est dirigé par la science des indications et par une clinique régulière; surtout rien de tout cela n’est aussi nouveau que Paracelse le prétend parfois. L'usage des huiles chaudes est également trés-peu recommandable (2).

« Tu ouyras souuent des chirurgiens qui se vantent de pouuoir remettre le nez qui aura esté trouué en la neige {rois iours aprés auoir esté couppé, ou hien les doigts, et autre chose admirable. Et me souuient qu'estant en certain lieu, ie vis un barbier qui remit et attacha auec certain ciment l'oreille d’vn à qui elle auoit esté couppee, de quoy plu-

(1) Si Paracelse ne rend pas justice aux médecins, il montre quelque égard pour les alchimistes. Voy. aussi ch. 8, sur l'abus du mercure employé contre toute espèce d’ulcères qui ne sont pas des ulcères véroliques.

(2) On sait que le hasard a conduit Ambroise Paré (Œuvres, édit, Malgaigne, U I, p. 127) à proscrire l’emploi de ces huiles duns le traitement des plaics par arquebuses.

DAREMRERG, 29

sieurs s’esmerveilloyent, mais la gloire et renommee dudit barbier ne dura guere qu’elle ne fust tournee en blasme et moquerie : car le troisieme iour l'oreille tomba lors qu’elle commença de suppurer, tellement que le barbier fut faict la fable du peuple. Mais qui pourroit approuuer vne telle iactance ? » (Grande Chir., [, UE 4, E, 3, 4.)

Paracelse, qui plaisante si bien ses confrères, devait se rappeler qu’il traite de très-graves maladies par des amulettes; la jactance est de son côté autant que de celui des barbiers.

L'appareil que Paracelse préconise pour maintenir les fractures, et les préceptes qu’il donne pour leur pansement, ne me semblent pas devoir être pris en grande considération par nos chirurgiens; ils y découvriront toutes sortes d’inconvénients.

« Nous desirons ét requerons que la fracture soît traictee et bandee chacun jour deux fois, tout ainsi que les autres playes, et qu'on n'vse point de cuissinets ni d’atelles, ains de nos instrumens, C’est assauoir des cercles de fer attachez à des auis (comme l’auons monsiré à aucuns de nos disciples et qui ne se peuuent aisement declairer par escrit), Auec ces instruments, tu conserueras les rompures apres qu'elles sont remises, fortaisement en leurs places. Car ceci sera vn precepte general en toutes fractures simples ou composees : assauoir qu'il les faut desbander et y appliquer les medicamens et puis les rebander deux fois chacun iour, afin de vantiller la chaleur et donner air au membre blessé : et toutefois il ne faut pas que la fracture se remue, ni qu’elle soit serrée auec astelles : car si d’auanture on meprise nos preceples, et qu'on ne les obserue pas, ains qu'on astelle le membre suiuant la commune facon, et qu'on le lie serré, il y a danger qu’il n’en aduienne beaucoup de maux, comme il faict bien souuent, assauoir inflammation en la partie: voire aucunefois gangrene et pourriture ou la mort, selon la diversité des lieux offencez, la grandeur du mal et des accidens (1). Or il faut garder sur tout, que le membre ne tombe en discrasie et intemperature, parce que difficilement on oste la pourriture qui la suit, ains se tourne souuent et conuertit en fistules ou vlceres profondes et puantes. Ce qui sera commodement évité, si (apres auoir donné ordre à la maniere de viure), on visite et deshande le mal deux fois chacun jour; sans attendre à le debander iusques au troisieme iour, comme ont coustume de faire les vulgaires chirurgiens. Et encore qu'autuns guerissent en ceste façon, ii vaut mieux toutefois suiure nostre melhode,

(1) Sans doute tous ces accidents peuvent résulter d'une déligation mal faite, mais non d’un pansement pratiqué suivant les règles de l’art, et bien surveillé.

CGHIRURGIE. — FRACTURES. 54

pour euiter les grans maux qui en aduiennent quelquefois. La cause pourquoy nous desirons qu'on n’astelle point le membre duquel l'os est rompu, est, que nous les pouvons mettre et remuer facilement, sans oster l’os de sa place en laquelle il auoit esté remis : outre que l’vsage des astelles, requiert une forte et estroicte ligature, et la quantité et force d’icelles excite presque touiours des intemperatures et phlegmons. Outre ce il aduient souuent, que l’enflure qui aura esté faicte el excitee par le phlegmon sera abaïssee le matin, quoy aduenant, il est impossible, que les bandages ne se laschent, et que l'os (par ce moyen) ne sorte de sa place... Au reste, sçachez qu’il n’y a pas fort grand artifice à guérir les coupures des os, principalement en ceux qui sont jeunes, et que la simple racine de consolde cuite, broyée et appliquée sur le membre, engendre le callus. » (L, 1, 4.)

« L’instrument sera mis en usage comme s’en suit. Premierement, il faut bien environner les anneaux de cotton ou de soye, ou autres linges mols et délicats, principalement par le dedans, afin qu'on ne blesse le membre en le serrant. Puis il faut accommoder lesdits anneaux avec les verges et potences, en sorte qu’il ne faille qu'’ouvrir les deux anneaux pour embrasser le membre. Et après qu’on aura estendu ledit membre blessé, et que les os seront remis en leur place, il le faut embrasser avec ledit instrument avant que le lascher, accommodant proprement les anneaux selon la commodité du lieu, en mettant le bout des verges qui passe les anneaux et est en la vis, devers le haut ou le bas selon la plus grande commodité ; et à ceste cause il faut que les appendices des anneauxsoient tellement percez, qu'on y puisse mettre tel bout des verges qu’on voudra. Et l’ayant accommodé en sorte que les deux anneaux soient proches des deux extrémités de l’os rompu, alors il les faut serrer avec leur vis et escroue, autant qu'on verra estre nécessaire, pour garder que l’instrument ne passe outre la teste de l’os...— Le membre estant ainsi tendu, il est bien aisé de voir si l'os est bien mis et arresté, et de le mettre bien si ja il ne l’est; d'y appliquer les médicamens propres, à telle heure et en tel temps qu’on voudra sans crainte que l'os se remue, et le bander et le desbander sans addition d’astelles. — Il ne faut pas oster l’instrument de sa place, ains faut lascher un peu les vis des anneaux seulement (après avoir pareillement lasché celles des verges), afin que la chaleur influente et lé sang pour la nourriture puissent passer librement, et que la partie ne demeure trop longuement serrée, tellement qu’à ceste occasion il n’y survinst des douleurs avec les autres inconvéniens qui sont à craindre:..—Il faut encore noter qu'on pourra faire fabriquer les verges qui ne seront pas droictes, ains courbes par le milieu selon la figure du rnembre auquel on applique l'instrument, tellement qu'entre la verge et le membre il y ait distance d'environ deux doigts, afin qu’on le puisse bander commodément; el se pourront faire en celte forme.» (Extrait de Darioi, p. 94.)

152 PARACGELSE.

Pour plus de clarté je donne, d’après Dariot (p. 93), la figure de l’appareil.

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Explication des figures : À représentent les anneaux. — B sont les appendices qui sont à l’opposite l’une de l'autre, et sont chascune percées pour recevoir la pointe des verges. — C est la vis pour serrer l'anneau autant qu'on voudra, moyennant l’eseroue qui est au bout. — D représente l’une-des verges de fer. — ÆE monstre les deux potences pour soustenir les anneaux quarrement, — F monstre l’escroue avec laquelle on pourra hausser l'anneau autant qu’il sera expédient. —- G est le petit [escroue] avec lequel la verge est arrestée en l’un des anneaux. — H monstre les anneaux adjancez avec les verges et potences, comme il doit estre quand on en veut user. — 1 représente l'instrument appliqué à une jambe pour tenir la greve qui estoit rompue.

CHIRURGIE. — EMPIRISME ET RAISONNEMENT, h53

Je ne multiplierai pas les extraits de la Petite ni de la Grande Chirurgie. Geux que j’ai donnés établissent suffisamment ce qu’on doit penser de ces deux ouvrages ; le seul intérêt qu'il y aurait, mais cest un intérêt d’érudition ou de curiosité, serait d’abord de déterminer ce qui est authentique ou faussement atiribué à Paracelse dans les appendices de ces deux ouvrages, puis de rechercher ce qui vient des écrits composés, sur la chirurgie, par les contemporains ou les prédécesseurs de Paracelse. — D'un autre côté, comme les deux chirurgies sonttraduites en français, il sera très-facile d’en prendre, si on le désire, une plus ample connaissance. Je veux du moins terminer par un passage qui prouve à quel point on peut se faire illusion sur ses propres défauts etsur ses mérites. Paracelse se vante d’être empirique, et, en même temps, il blâme le raisonnement dont personne n’a plus abusé que lui, malgré son « empirisme ».

« Comme il y a deux methodes, il y a aussi deux sortes d’escholiers : car les vns s’adonnent aux fantaisies et suiuent la leur, les autres ne suiuent que l’empirie (empirisme) qui seule est ioincte à la verite, au lieu que ce qu'on collige par ratiocination chancelle bien souuent : car nature peut et veut estre cogneuë par les seuls obiets des sens, sans qu’elle aye besoin de ratiocination, comme nous ne cognoïissons pas par raison ce qui est caché dedans Jes entrailles de la montagne, ains par les sens, qui sont esmeus par ce qui se voit, et nous manifestent aussi et declairent la nature des choses.

« Ainsi il y a des ars admirables qui ont esté reuelez par le moyen de l'experience aux choses minerales, ausquels on n’eust jamais sceu paruenir par raison : d'où est aduenu qué les metaux ont engendré plusieurs ars. Puis que done la medecine demeure et s’arreste en nature, tellement qu’elle-mesme est la medecine, il ne la faut cercher ni aprendre autre part qu’en nature mesme, car tout ainsi que l’art du potier de terre a son estre de la terre et du feu : et celui du forgeur de fer est du fer mesme et du feu par le moyen du marteau : l’artifice de faire le verre est du feu et de la cendre : celui du drapier ou façonneur de draps est de Ja laine et du fuseau : celuy des orfeures est de l’argent ou de l'or et du feu : pareillement nature produit et engendre la medecine et tous les ars par l'experience sans l’aide de la raison. le desirerois que les sophistes qui forgent tout par leurs raisons en délaissant l'experience considerassent diligemment ces choses, afin qu'ils cessassent finalement d’offusquer et obscurcir la lumiere de nature : et qu'ils se souuinsent que le medecin a esté crée de nature par le feu: car le feu et le labeur des-

courent les secrels de nature. Parquoy tout ainsi que les fondeurs tirent lor et l’argent de la mine par le moyen du feu, ainsi les medecins doivent tirer des corps les secrets, les misteres, et excellentes essences par la séparation du pur d’auec l’impur, moyennant le feu et autres ars vulcaniques. L’homme aussi qui plus est, aide beaucoup à la generation du medecin : car il descouure de quels principes il est composé, par le moyen de la resolution qu’il fait des corps par le feu. Le medecin aprent du feu que c’est que l’homme et que c’est que medicament, et n’y a autre escolle que le feu, où on puisse aprendre la medecine. Parquoy possible qu’on Cognoistra que nous n’auons pas dit sans cause au commencement de nostre traicté, qu’il y a double methode pour aprendre la medecine, el pensons auoir persuadé aux medecins et leur auoir donné occasion de penser à repurger la médecine des fautes qui là maculent (4). »

Il me reste maintenant à faire connaître deux traités, celui de la grosse vérole, en dix livres (2), ét celui qui a pour titre : Des ulcères el tumeurs contre nature, en sept livres (3), traités que le texte original ou la traduction latine donnent comme des annexes ou des parties (pars tertin et pars quarta) de la Grande Chirurgie. Dans le second traité, la théorie minérale, touchant l'origine et la cure des ulcères, a reçu les plus amples développements; on y trouve également la signature et l'astrologie. Ce simple énoncé nous dispense de réunir ici les extraits que nous avions préparés : disons seulement que les charlatans et les rebouteurs semblent avoir puisé à pleines mains dans les livres que Paracelse a écrits sur les ulcères ou dans ceux qu'on à mis sous son nom.

L'importance du sujet m'engage à m’étendre davantage sur le premier traité.

« Pour réprimer et comprimer l'audace de ceux qui, depuis plusieurs siècles, par leur étalage orgueilleux, par leurs clameurs insensées el les

(1) Grande Chirurgie, M, 1, 1.

(2) Le traité en huit livres: De l'origine, des causes, du traitement.du mat français, paraît apocryphe.

(3) De tumoribus, pustulis ac ulceribus morbi gallici. — De ulceribus et tumoribus preter naturam, septem libris, —Les préfaces deices deux traités sont datées de Colmar, 4598, J'ai suivi édition latine de Genève, 1658, in-fol.

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