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MALADIE SYPHILITIQUE

titres extraordinaires dont ils se parent (1), se sont sottement arrogé la direction de la médecine, j'ai résolu, lecteur bénévole, de dévoiler les erreurs innombrables qu’ils ont commises dans le diagnoslie et le traitement du mal francais. Quoique l’inutité de leurs remèdes soit si bien connue de tous aujourd’hui que, même si je m'abstenais d'écrire, personné n'aurait plus confiance en eux ; cependant, pour mieux mettre en lumière la vraie méthode de reconnaître et de traiter le mal français, je crois qu'il ne sera pas inutile de relever quelques-unes de leurs erreurs.

«j'appelle cette espèce de maladie mal français, du nom du pays où l'on rapporte qu'il a pris naissance; les écrivains ont, en effet, coutume d'imposer aux grands événements un nom tiré de celui du lieu où ils se sont passés, On ferait preuve d’ignorance dans l’art médical si l'on prétendait que j'aurais dû donner à ce mal le nom de pustules, et on montrerait qu’on ne comprend pas que ce dernier est une appellation générique. Joignez à cela qu’il ne conviendrait pas d'adapter à une maladie nouvelle (tel qu'est le mal français) un nom ancien; il ne m'appartenait pas non plus de substituer un nom nouveau à celui qui est en usage (2) : en conséquence, à limitation des Latins, qui appellent ce mal semen gallicum, je l'ai appelé, d’après les Français, chez lesquels il a pris naissance, mal français.

«Voici maintenant, en peu de mots, l'exposition du dessein que j'ai en vue. J'emploie les remèdes en usage el ceux qui me sont particulièrernent éonnus, dont peu de personnes cependant sauront se servir avec suceès. J'écris dans l’idiome allemand, parce que telle est l'instruction de nos médecins que c’est seulernent à grand’peine qu’ils me comprendront dans cette langue, loin de pouvoir me comprendre si je me servais du latin où d’unidiome étranger (3). Cestyle estinusité, mais ilest ainsi que le veut mon expérience. La nécessité me force aussi d'avoir recours aux rerèdes et aux simples exotiques (4) si ceux qui sont en usage trompent mon attente. Ce n’est pas sans motif, enfin, que j'emploie des mots nouveaux. Les différences dans la médecine et la nouveauté du sujet l'exigent; en éffét, une maladie nouvelle entraîne, avec un nom nouveau, un nouveau remède et un nouveau médecin, » (Morb. gallic. praef., t. Il, p. 102.)

(4) I serait difficile de trouver, dans toute l’histoire, un médecin qui mérite plus de tels reproches que Paracelse lui-même.

(2) Quelle réserve pour un homme habitué à changer tous les noms, où à les prendre tous dans une acception soit détournée, soit bizarre! Voyez même quelques lignes plus has, où notre auteur reviént à sa prédilection pour les mots nouveaux.

(3) Quelle charité et quelle modestie : des médecins qui ne comprennent pas même leur langue maternelle ; un Paracelse dont on doute si jamais il a reçu une véritable éducation libérale !

(4) Contrairement aux principes exposés dans le Paragran (Voy: pe 387-388).

Après quelques colonnes d’invectives contre la pratique des médecins de son temps (1), eu égard soit à toute la médecine, soit en particulier à la maladie vénérienne et à son traitement, Surtout par le sain-bois, qui est devenu un objet de honteuse spéculation, soit à la recherche de ses causes humorales, Para celse déclare que ces médecins aliemands ou italiens sont incorrigibles pour trois raisons: ceux-ci, trop vieux, ne veulent plus rien apprendre; ceux-là s’occupent plus de remplir leur escarcelle que de guérir leurs malades: les autres, ennuyés par une nouveauté, sont si lâches, qu'ils ne veulent pas se déranger pour en prendre connaissance ; puis il continue en ces termes:

€ D'abord, sachant par les charlatans et les empiriques que le mercure était pour ces maladies un mystère souverain, vous avez mis toute votre confiance en lui; et pour dire la vérité, C’est au mercure seul que toute guérison est due (2), car la vertu merCurielle est seule apte à guérir,

(1) Voyez aussi, VIL, 1, les accusations portées contre les moines ambitieux et avides, particulièrement contre les Chartreux et les Observants, qui propagent le mal en vendant des remèdes détestables et impuissants,

(2) « Les vertus et proprietez du Mercure eslans cognues et publiees, des sophistes sont incontinent suruenus, lesquels y ont adiousté beaucoup de choses pour obscurcir ces vertus, encores qu'ils dient que ce soit pour le Corriger, mais elles y sont du tout inutiles: car la guerison entiere (et ie te prie de me croire) gist et consiste entierement au Mercure qui n’a besoin de correctifs. Ils ont ainsi chassé et osté Son vray vsage, hors des mains de ceux qui exercent la medecine, tellement qu'on prend à ceste heure, le remede de la verolle, pour guerir toutes les ulceres : {outefois ie croy que chacun peut cognoistre auec quel danger cela se faict : car puis que cene sont pas ulceres de verolle, on ne les peut guerir auec les remedes qui luy sont propres. l’ay ditceci expres, pour monstrer qu'il ne faut pas vSurper les remedes de la grosse verolle, pour guerir les ulceres, auec tel et si grand dommage du public, ains qu’il leur faut appliquer et à chacune autre maladie, leur propre et peculier remede. Car combien que les ulceres se Changent aussi et se meslent auec autres maux, toutefois si ce n’est auec la verolle (voy. p. 458), il ne les faut iamais traicter auec ses propres remedes, Te dy plus, qu’encores qu’on y vist quelque changement à cause de l’abus des femmes, toutefois il se faut abstenir de l'vsage du Mercure, tant qu’on ne voye point de manifestes signes de verolle en l’ulcere, parce qu’elle ne vient pas de causes naturelles seulement, ains elle à prins son commencement de là permission de Dieu: car tout ainsi que la peste n’est pas seulement cruelle naturellement, ains est enuoyee de Dieu pour punir son peuple, ainsi il faut estimer que la grosse verolle a esté enuoyee de Dieu pour punir cruellement los paillars, et villains adulteres : tellement que ie pense que ces fanx Medecins sophistes

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qu'on la tire des plantes (voy. plus bas) ou d’autres choses; mais c'est dans la préparation que vous vous trompez. Comprenant avec raison que le mercure doit d’abord être éteint, vous ignorez cependant comment doit se faire cette opération : en effet, tant qu’il conserve la vertu d’entamer l’or, le mercure reste vif, et il est évident que ce n’est pas avec la graisse d'ours ou la salive qu’on peut l’éteindre; mais comme ce sont les seuls moyens qu’on vous ait enseignés dans les Académies de France et d'Italie, jugez vous-mêmes si vous êtes dignes du titre de docteurs. Vous ne pouvez nier le mal que vous faites aux malades quand vous les traitez avec du mercure mal préparé, car si vous ne les tuez pas, vous les rendez paralytiques.… C'est encore une preuve d’ignorance que vous ne pouvez dissimuler, d'attribuer au vif-argent seul cette vertu minérale, comme si elle n'existait pas naturellement dans toutes les plantes et qu’elle appartint uniquement à ce métal : ne se trouve-t-elle pas dans le tereniabin, dans les sauterelles, dans le galbanum (1)? Mais je parlerai des autres choses qui concernent la puissance du mercure quand je traiterai de sa préparation (2). Passons maintenant aux autres erreurs : la première qui s'offre consiste dans l’abus des médecines laxatives qui, en se mêlant au mercure, loin d'être utiles dans la déclinaison de la maladie, ne font qu'augmenter le mal et amènent enfin la mort. Par leur vertu, en effet, l’'euphorbe et la scammonée, en pénétrant peu à peu dans l’intérieur du corps, dissolvent les facultés vitales, et la diminution successive des forces amène la mort. Non contents de cela, quelques-uns ont osé joindre l’arsenic aux laxatifs, et pour en corriger la vénénosité, ils ajoutent des préparations de pierres précieuses dont ils connaissent l'usage. » (Morb. Gall., I, 8.)

Paraceise s'élève, dans les chapitres suivants, contre les fumigations de cinnabre, en grande faveur parmi les médecins de Montpellier et de Salerne (?), contre l’abus des lotions mercurielles, contre les corrosifs, qu’il emploie cependant lui-même (voy. liv. X); enfin, contre le gayac.

ont esté aussi enuoyez comme executeurs des peines diuines, pour tourmenter dauaniage ces paillars infames par leurs fausses guerisons. Au contraire il est certain qu'il n’y a que les causes naturelles qui agissent aux vlceres. » (Grande Chir., AI, 1, 8, trad. Dariot.)

(4) Cf. aussi VIT, .— On voit bien par ce passage, et par plusieurs autres du même traité, que Paracelse, à de justes réflexions sur l'emploi du mercure, mêle aussitôt les propositions les plus étranges et qui tiennent à tout son système soit sur les propriétés occultes, soit sur la théorie minérale.

(2) Ces préparations se trouvent, mais en termes peu clairs, dans les livres VIT, IX et X; les mélanges sont souvent extraordinaires, Le point important à signaler, c'est que Paracelse veut qu’on prenne le mercure à l'intérieur (voy. p. 462).

Le deuxième livre est consacré à lexposition des idées de Paracelse sur l'anatomie (1) et sur les relations de cette anatomie avec la recherche de la cause matérielle des maladies. Dans le troisième, notre auteur parle, sous le nom de éransplantation, en partie de l'origine éminemment contagieuse (2) du morbus gallicus, qui renaît de lui-même, car la transplantation (3) de la maladie vénérienne vient toujours de la luxure; toutefois, ajoute-t-il malencontreusement (Ch. 1), il faut observer que la nature de ce mal est telle, qu’il ne se transplante jamais dans aucun corps, : moins que ce corps ne soit disposé à quelque autre maladie, soit externe, comme sont l’esthiomène, le cancer, la morphée, l’alopécie ; soit interne, comte la fièvre, l’arthrite, la paralysie (voy. plus loin, p. 460) d’où il prend naissance : il n’est pas nécessaire que la maladie préexistante apparaisse aux yeux; une seule et toute petite étincelle suffit pour allumer l'incendie ; en conséquence, c’est la luxure qui #ransplante une maladie en une autre. D’où il résulte qu’il y à des pustules esthioméniques de vérole, d’autres paralytiques, quand les deux maux se rencontrent, Suivent des considérations, ou plutôt des divagations sur

(4) Voy. p. 370,

(2) « Considerons en {a verolle d’où c’est qu’est venu son commencement, c’est assauoir de l’impudique conionction et paillardise, d’un ladre avec une fille, qui estoit desia infectee de bubons venereiques, laquelle à puis apres infecté tous ceux qui se sont ioints à elle: ét ainsi ceste contagion s'est esparse par tout, tout ainsi que les mulets sont issus de l’äccouplement des asnes auec les iumens. Mais au commencement, le mal n’a esté contagieux que par le seul attouchement de la eonionction venereique. Et qui niera qu’à l'exemple de ceste verolle, il n'y ait eu d’autres maladies meslees et accouplees ensemble, par la conionction impudique ? Veu qu’il est manifeste à tous, que l’vsage des femmes est cause, voire est la mere et racine de plusieurs et diuerses maladies hereditaires. Parquoy si se ioignent auec les ulceres, il faut vser de distinction, afin qu’elles soyent plus aisement gueries, par les propres remedes qu’on y appliquera. Car l'experience à desia aprins, que le Mercure est le souuerain et vnique remede, pour guerir toutes les vleeres qui sont meslees auec la grosse xerolle, el partant qu'il faut auoir recours à luy. » (Grande Clair. TL, 1, 7.)

(3) C'est-à-dire la communication d’un individu infecté à un autre qui ne l’est pas encore. Ce mot transplantation signifie à la fois transmission et transformation ; le vice de luxure étant transmis, et se compliquant avec une autre maladie pour dèvenir le mal français: c’est une véritable greffe, — Voy. p. 360-361,

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