MALADIE SYPHILITIQUE. L
vant la variété de la luxure, et doivent nécessairement produire l'infec-
tion du sperme, qu’elle vienne d’une maladie physique ou d'une maladie
chirurgicale : car si d’abord on n’y voit qu’un prurit, un érysipèle, une
gonorrhée (profluvium dans Le texte) ou une cambuca (bubon), bientôt cette
lransmutation se résout dans la semence; par cette résolution en effet et
ce mélange, en vertu d’une sorte de conjonction, elles se transforment: enun produit médian, c’est-à-dire en pustules, sans perdre cependant les
signes, la forme, la nature, etc., de l'affection qui s’est mêlée. » (LV, 5.)
« Il y a des maladies qui pendant vingt ans s'étant manifestées par des signes douteux, mais étant négligées par les malades eux-mêmes et les médecins, font explosion tout à Coup; d’autres, quoique ayant couvé longtemps, ne se montrent pas complétement et sont absorbées spontanément par la nature, ou bien elles setransfigurent en une maladie analogue., Si une maladie de cette espèce se présente, il sera du devoir du médecin de reconnaître sa nature d’après les signes qu'elle fournit. Comme la luxure est pour quelque chose dans l’acte, alors les maladies qui occupent le corps se résolvent ouse dissolvent par l'appétit [vénérien], et passent avec le sperme dans un autre Corps, celui de la femme; mais ce n’est que par la force qu’on peut les résoudre. Après donc que le mal a pénétré ainsi dans le sperme ou dans ce qui a été produit par le sperme, il devient héréditaire jusqu'à ce qu'il soit peu à peu absorbé après plusieurs générations : je dis absorbé peu à peu, parce qu'il n'y à rien sur la terre qui ne prenne fin, nila santé, ni la maladie, ni la mort même. Notons donc que la semence contient le sperme avec toute sa malignité, et que de ce sperme naissent toutes les maladies et les impressions; c’est par conséquent un principe de maladie dans l'enfant, et c’est pour cela que les enfants sont attaqués de maladies qui devaient se montrer chez leurs père et mère (4) : de sorte que la lèpre, le mal francais, l'asthme, la péripneumonie et mille autres maux que la plume est impuissante à décrire et qui attaquent les enfants, sont un signe certain de la santé des parents.» (IV, 7.)
« Nous recommandons instamment à ceux qui voudraient discuter les causes du Morbus Gallicus, comme nous l'avons fait jusqu'ici, de s’instruire d’abord à fond sur les causes des autres maladies; puis ils expliqueront par des principes pris de la nature même des choses, comment là transformation se fait [en mal français] par laluxure; car il n’est pas question maintenant des maladies envoyées par le ciel. de ne puis admettre qu’une seule cause de ce mal, notre déréglement dans les actes vénériens, puisque l’expérience nous apprend qu'il n’attaque que ceux qui usent immodérément de ces actes (2). » (IV, 9.)
(4) Voilà au moins quelques bonnes paroles !
(2) Encore une réflexion fort sensée, malheureusement contredite dans d'autres
vuvrAgeSe
162 PARACEESE,
Au chapitre 6 du livre V, on parvient à déméler celle proposition remarquable :
« Toutes les fols qu’une maladie quelconque [de la peau surtout] présente un caractère de malignité plus grand que de raison, il faut soupçonner l'intervention du mal français, »
Les livres cinquiéme et sixième sont consacrés à l'étude des symptômes où complications que présentent les diverses formes de la syphilis. On remarquera d’abord que la forme pustuleuse à conservé toute son importance : puis au chapitre second du livre VI il est évidemment question de la gonorrhée (per penem lacteus succus vel pus redditur); le nom n’y est pas, mais la chose est indiquée: ce nom se trouve au chapitre septième du même livre (gonorrhoea [gamorrhoea dans le texte]... an ipsa pustulosa esse queat; dein, si Possit, quatenus cum lue gâllica consistat, quibus locis, qua forma, ete. — Voy. aussi plus haut, P. 461), — Astruc rapporte ce second passage, qu’il croit inlerpolé, mais il ne dit rien du premier. Dans les descriptions données par Paracelse, il y a de telles fantaisies, un emploi sisingulier d'expressions consacrées ordinairement à tout autre chose qu’à la maladie vénérienne, qu’il n’est pas toujours aisé de discerner ce que l'auteur a prétendu dire. Au livre sepüème, recommençant le procés à la thérapeutique, il divise, mais d’une façon assez bizarre (voy. livres VIII et IX), les affections syphilitiques en physicales (internes) et chirurgicales (externes). Contre les premiéres, et Surtout en vue de purger le corps, il préconise le mercure bien préparé (1), pris à l'intérieur, comme on prend le vin et les aliments, et non point en lotions où en fumigations; contre les secondes il admet l'emploi du mercure en topiques, non vif, mais aprés qu’il a subi diverses combinaisons ou préparations. — J1 indique, aux livres VIIL, IX et X, la cure spéciale pour chacune des manifestations de la syphilis, et donne de nombreuses formules.
Je relève ce passage dans le livre VIT; il résume, mais sans
(4) Cette préparation ou butification se trouve asses clairement indiquée dans
ün livre tout à fait paracelsique : De correction imiposturer. ?n eurat, Luis Gallicae, IL,4 et 5, (Voy, aussi plus loin, p. 163.)
MALADIE SYPHILIIIQUE. 163
Véclaircir beaucoup, la doctrine de Paracelse sur l'emploi du mercure :
« Le mercure produit son opération par SON chaos (1); or, en employant lé mercure, vous admettez non-seulement le chaos, mais toute sa substance, causant ainsi de la nuisance aux malades, Car il doit être employé de façon que son corps n'entre pas dans le corps humain. De là vient l'usage des anneaux en yif argent, dont l'effet fut admirable : le mercure, en effet, devenu métallique et contourné en anneau, expulsait chaque jour la pituite chez celui qui le portait, cette purgation s’opérant par le chaos de l'anneau. Bien plus, on a observé que lorsqu'on ne pour vait rendre le mercure métallique, on oblenait le même résultat en l’enfermant dans de petits Sacs qu’on lie autour des articulations ; il conserve aussi cette facullé si, après l'avoir éteint, on l'approche des narines au moyen d'une pomme d'ambre. On a vu aussi des personnes à qui la fumée du mercure chaud à fait rendre une abondante pituite. Votre grande erreur consiste donc en cepoint, qu’employant le corps du mercure, qui contient une certaine léprosité, vous négligez son Chaos. » (VU, 4.)
Les extraits qu’on vient de lire, je ne les ai pas triés pour les besoins de la cause, mais je les ai recueillis au milieu d’autres
passages non moins nombreux, non moins caractéristiques, qui fourmillent dans les écrits de Paracelse (2); ou plutôt, pour me
(4) «Chaos omniun rerum confusio, congeries etinformis materia; sumitur pro iliade vel Iiastro ; » Rulandus, Lexicon alchemiae, Francof., 1612. D'après l’aujeur inconnu, Mais paracelsique, du De origine luis Gallie. AL, 4 (Cf. aussi 2), Chaos est L'esprit qui dans chaque corps dirige les actions internes, définition qui n'avance guère la solution du problème.
(2) Je reçois de mon savant ami, le docteur Hacser, de Breslau, une brochure extrêmement rare : Theophrastus Paräcelsus; Saint-Pétersb,, 1824, in-8, et dans laquelle l’auteur, je docteur Al.-Nic. Scherer, directeur de la Société de pharmacie de Saint-Pétersbourg, après avoir retracé la vie de Paracelse, s'efforce de présenter ce médecin comme un vrai réformateur. Mais, loin de chercher dans toute l’œuvre de Paracelse des textes positifs à appui de cette opinion, il se contente de rassembler les passages qué j'ai en partie rapportés moi-même, où notre héros vante son expérience, Sa science, sa pratique, 8es vertus, et où il déclame contre la mauvaise médecine de ses confrères. J'ai montré que c’élaient là de vaines paroles auxquelles Les faits ne répondaient pas du tout. D'ailleurs, M. Scherer n’a établi aucune distinction entre les œuvres authentiques et les ouvrages supposés de Paracelse. — Je répare ici une omission : si l’on veut avoir une idée exacte de la signature avant, après Paracelse et dans Paraceise lui-même, on doit consulter la thèse (inspirée par M. Haeser) de Herm. de Gohren: Medicorum priscorum de signalura imprimis plantarum doctrina. Yenae, 1840, in-8.
ä6l PARACÈLSE,
servir d’unecomparaison qui est familière à ce prétendu réformateur, le microcosme, l’abrégé que j'ai mis sous les yeux du lecteur, est la fidèle représentation du macrocosme, je veux dire de l’œuvre entière de Paracelse. Après avoir lu tous ces extraits, loin de me trouver trop sévère pour Paracelse, on pensera peutêtre que j'aurais pu, à l'exemple de Haller, dans sa Bibliothèque médicale, me dispenser de fournir tant de preuves de l’extravagance et de l’inanité de pareïlles théories; mais il y a des réputations si bien établies, soit parmi les historiens quine se donnent pas la peine de remonter aux sources, soit parmi ceux qui ont un parti pris d'avance, qu’il importe de mettre la pleine vérité dans tout son jour, d'en finir avec les panégyristes de clocher ou de convention.
On a dit spirituellement (1) de Paracelse qu'il était à la fois «un tribun et un despote », deux mots qui généralement vont fort bien ensemble. Le propre des tribuns, c’est d’exciler les passions de la foule et de ne supporter ni la discussion ni la contradiction. Dans la politique, les tribuns bouleversent la société ; dans la science, ils en ruinent les bases et la livrent aux aventures : aussi faut-il toujours qu'après les uns comme aprés les autres la calme et saine raison vienne réparer les désastres.
(4) Gubler, Leron sur Syloius de le Boe, dans Conférences historiques de la Facullé de médecine de Paris. 1865, p. 304.
SommatRE, — Van Helmont. — Son éducation, son caractère. — Jugement général sur sa doctrine. — Comparaison avec Paracelse. — Mysticisme répandu dans la plupart de ses ouvrages. — Physiologie générale. — Physiologie spéciale. — Pathologie générale et spéciale. — Matière médicale et thérapeutique. — Conclusion.
MESSIEURS
Quoique la chronologie les sépare, j'ai rapproché de Paracelse Yan Helmont et Sylvius de le Boe, afin de rassembler sous un même coup d'œil les origines, les développements et les transformations de la médecine chimique ou chimiatrie. Née dans le creuset des alchimistes, cette médecine, «€ imprégnée de rêveries » et qui reposait sur des données ou fausses ou tout à fait incomplètes, ne pouvait conduire à rien de bon, ni de solide, ni de profitable. Ce n’est pas l'alchimie, mais la chimie qui devait servir aux progrès de la science; encore fallait-il que la physiologie pût intervenir avec sûreté dans l'explication des phénomènes chimiques de la vie et dans celle des actions thérapeutiques. Loin de considérer l'invasion de la chimiatrie comme le point de départ des heureuses et fécondes réformes de la médecine, je regarde, au contraire, celte invasion comme une des causes qui ont le plus contribué à retarder ces réformes, en précipitant les esprits dans les aventures, en les plongeant dans le mysticisme des arcanes. Sans la physiologie, une chimie exacte eût été infructueuse, à plus forte raison une chimie en partie imaginaire devait être désastreuse ; la médecine n’a été préservée d’un véritable naufrage que par les études cliniques qui, déjà prenant faveur, ont fini par dissiper beaucoup d'illusions et
par ramener à l'observation de la nature. C’est seulement avec DAREMBERG. 30
Boyle (1), Stahl, et surtout avec Lavoisier, qu’une meilleure chi-
mie, appuyée déjà sur une physiologie moins hypothétique, mais
naturellement restreinte (2), put commencer à rendre de vrais
services et prendre rang parmi les instruments de la biologie et . de la pathologie.
Au xvir siècle comme au xvi°, le spectacle est partout le même; partout on se révolte : ici contre les Arabes, là contre Galien, ailleurs contre tout le monde, comme Paracelse, et contre Paracelse lui-même ou ses sectateurs; mais nulle part on ne réforme; partout on détruit, nulle part on ne fonde un établissement durable, car les bases manquent encore : l'observation et l'expérimentation appliquées à l'étude des maladies (3). Ni Van Helmont, ni même Sylvius n’échappent, pas plus que Paracelse, à cette règle générale : chez les uns comme chez les autres les faits manquent et les idées dominent. Je ne vois pas ni que Van Helmont «rappelle à la fois Hippocrate et Aristote », ni « que son système dynamique soit une conception sans rivale »,-ni «que sa doctrine soit la meilleure des doctrines'», ou € une des plus belles conceptions de la médecine », ni qu'on puisse tant célébrer son « esprit lumineux », ni enfin «que la science actuelle tienne de lui une grande part de ses progrès » (4),
(4) Il est à remarquer qu'au xvrie siècle les chimistes les plus habiles ont été, comme le célèbre Boyle, pour n’en citer qu’un exemple, les adversaires les plus décidés de la chimiatrie. La raison en est simple : le positif de la chimie ne peut pas s’accorder avec les rêveries ou les hypothèses de l’alchimie. — Du. reste, Boyle, si âpre contre les alchimistes, propose des remèdes ridicules dans ses Medicinal experiments, 1696. Les esprits les plus vigoureux ont toujours un côté faible.
(2) Jusqu’alors la physiologie s'était surtout occupée des phénomènes mécaniques ou dynamiques.
(3) Je vois dans Van Helmont des expériences chimiques quelquefois bien conduites et des observations pathologiques presque toujours insignifiantes ouinexactes,
(4) Il reste certainement plus de Van Helmont que de Paracelse; mais ce plus n’est encore pas graud'chose. — Lors même que, dans quelques circonstances, Van Helmont aurait rencontré juste, il faudrait à peine lui en tenir compte; en tout cas il ne faudrait en tirer ni la preuve d’une science réfléchie, ni surtout aucun rapprochement avec la science moderne, puisque ces idées ne reposent sur rien et n’ont mené à rien de bon. — Van Helmont a engagé la médecine dans des voies nouvelles ; mais ces voies sont des chemins de traverse, remplis de brous= sailles et mal fréquentés.