SA GRANDE RÉPUTATION MAL ÉTABLIE
remarques historiques intéressantes sur certaines affections épidémiques. On y trouve aussi cette proposition, en partie juste, que le poison absorbé n’est pas lui-même maladie ou mort, sil n’a été accepté et rendu comme familier; encore ne peut-il pas pénétrer aux sources cachées de la vie, à moins que la qualité vénéneuse, en agissant sur la vie, n’ait provoqué l’Archée à une sorte de duel dont le salut ou la destruction de l’économie sont le dénoûment {1). Voilà pourquoi, malgré son extrême subtilité, la peste ne frappe pas tout le monde comme un glaive, et que certaines personnes y échappent parce qu’elles n’ont pas admis le poison, c’est-à-dire parce qu'elles sont réfractaires.
Les deux ouvrages les plus renommés de Van Helmont et ceux qui, en effet, méritent en partie, mais pour une petite partie seulement, leur réputation, sont les traités De la lithiase ou formation des calculs, et le traité Des fièvres. Nous nous arrêterons donc particulièrement sur ces deux ouvrages. Il y faut faire deux parts : la critique des Écoles humoralistes, comme s'exprime notre auteur, et sa propre théorie. S'il a facilement raison des anciens, il n’a ni aussi aisément, pi aussi constamment raison aux yeux des médecins modernes, Soyons de bonne foi, Messieurs, et après avoir entendu les extraits que j’emprunterai tout à l'heure, soit directement à ces deux ouvrages, soit à M. Rommelaere lui-même, dites si Van Helmont peut légitimement être célébré comme le plus grand réformateur, comme un génie incomparable « qui aurait surpris le secret de la vie, si ce secret se laissait pénétrer ».
peste ne se montre pas. Il y a des pestes que la seule crainte enfante, plus promptes ét bien plus terribles que celles qui viennent d’un souffle pestilentiel, » Outre leur vertu propre pour tuer le poison, les amulettes mettent l’Archée en belle humeur et combattent ainsi, comme préservatif, une des causes les plus puissantes de la peste (voy., plus haut, p. 178, 480).
(4) Page 853. — Dans la peste il y a deux choses: la matière (silvester gaz, seu Spiritus veneno tinctus. — Est-ce ici l’acide carbonique ?) et l’efficient, ou Archée, — Un pou plus loin, Van Helmont dit: « La peste n’est pas une qualité isolée ; c'est un être, un virus naturel, subsistant par lui-même en nous, et qui à sa matière, sa forme et ses propriétés.» (P. 853. Cf, aussi p. 865,)— Voilà bien de l’ontologisme s’il en fut jamais. (Voyez plus loin, p. 504 et note 2.)
Mais voyons d’abord si véritablement Yan Helmont a surpris e secret de la vie, puis s’il a expliqué ce que c’est que la maladie de façon à nous satisfaire. Yan Helmont admet deux causes premiëres internes, et ne reconnaît pas d'autre dépendance pour toute espèce de corps naturel, si ce n’est celle qui se rapporte à ces causes. Or ces deux causes sont la matière et l'efficient ou cause efficiente, auxquelles s'associe le plus souvent une cause externe irritante (1). Les principes initiaux des corps (prima initia) et des causes ecrporelles ne sont ni les quatre éléments d’Aristote, ni les trois de Paracelse, mais seulement deux ; l'élément de l'eau {éntéium ex quo — matière première) et le ferment ou priscipe séminal (énitium per quod) dans la matière (2). Il semble bien que la cause <fficiente n'est pas autre chose que l’Archée, ou l’Aura, où encore le Vulcuin, c’est-à-dire le principe déterminatif dans - matiére (3). Ce sont là, si l'on peut ainsi parler, les éléments constitutifs de la vie qui se résume dans l'âme sensitive (4), laquelle ayant reçu délégation de j'âme immortelle, répand, pourles nécessités de la vie, ses facultés dans chaque organe du corps où elles doivent agir et servir (»).
(1) Causue et initia naturalium, 40, 11, p. 28, où l'on voit toutes les puissances de l’efficiens ; 11 contient, en sa qualité de cause séminale, «rerum sibi agendarum typos, figuram, molus, rerum compaginem, ortum, horam, respectus, inclinatio= nes, aptitudines, adaëquationes, proportiones, alienationem, defectum ; quicquid dénique ad rei conslitutioném et productionem requiritur »+
(2) Causae et initid natural, 23, 2h, p.29 : «Le ferment (nouvel être; qui joue un si grand rôle dans la physiologie et la pathologie de Van Helmout; voy. p. 484, note 2), est le principe (initium) séminal, per quod, c’est-à-dire, dispositif, Voù bientôt, dans la matière est produite la semence ; la matière, ayant acquis la se= mence, par cela même devient la vie ow matière moyenne de l'être, se dispersant jusqu’à la période de chaque chose où matière ultime. Le ferment est un être formel créé qui n’est ni une substance ni un accident, mais un produit neutre formé depuis le commencement du monde. » Quant à la matière, elle est une substance, non un accident, et, de plus, opinion très-hardie si Van Helmont en à compris la portée, elle est annihilubilis (Formarum orlus; 23, ps 108).
(3) Voy. Archeus faber, p. 33 et suiv.
(4) Voy. p: 483:
(5) Confirmatur morb. sedes in anima sensit., 1, p. 447. L’Archée est appelé ci principium vitale, L'auteur ajoute: « L'âme sensitive est parfaite dans toutes ses facultés vitales, qu'elles soient disséminées dans les organes, ou qu’elles se trou: vent contentrées (omentatae) dans le commun Archée.» — Voy. pe 485, note 4,
Malgré la multiplicité de ces êtres, qu'il n’est pas toujours facile de distinguer les uns des autres, et dont les attributs ne sont pas nettement déterminés, on reconnaît cependant, en Yan Helmont, une certaine notion de la vie plus élevée que dans Paracelse ; mais, outre que cette notion est encore trèsvague, elle est hientôt gâtée par des considérations en grande partie déraisonnables sur le siége de la vie et de l'âme sensitive. Dans Sedes animae ($ 5,p. 230, et 16 suiv., p. 231 et 332), il est démontré que l’âme sensitive doit avoir un centre, que le mens immortalis, qui est enveloppé dans cette âme (involvilur et mandato divino ligatur vitae vinculo), s'échappe du corps pour retourner à l’Être des êtres, quand périt l'âme sensitive; enfin, que le lit ou le nœud radical (éorus radicalis) de Vâme sensitive est dans l'Archée vital de l'estomac et y demeure, ainsi que toute la vie. Toutefois cette âme ne réside pas là comrne en un sac ou en une fiole; c’est une lumière (1) qui n’a pas un siége absolument local (2), sed exorbitanti modo, inest in puncto centraliter, ac velut in atomo unius membranae spissitudinis meditullio, ce qui n’est guère plus facile à comprendre qu'à traduire.
Il résulte de cette doctrine sur le siége de la vie et des âmes dans l'estomac, ou plutôt dans ce duumvirat composé de la rate
(4) La vie, qui en soi (#7 abstracto) est Dieu incompréhensible, est cependant définie d’une façon un peu plus saisissable (Blas kumanum, 23, p.147; . Cf., 34, p. 148): «La vie de l’homme est une lumière formelle, et, dans ce sens (eo modo), elle est l’âme sensitive elle-même, âme claire ({ucida), de sorte que la mort suit pas à pas son exsufflation; car l’âme immortelle, étant enveloppée dans Vâme sensitive, s'envole par la mort, quand l’autre périt. Qu'on ne s’avise pas de dire que cette lumière vitale est un feu qui brûle et dévaste l’humide radical. C'est une lumière formelle ; jamais personne ne décrirait autrement l’essence intime de la vie, lors même qu’il aurait vu en extase les vies formelles des choses. » (Cf. note suivante.)
(2) Cependant au $ 32 de Sedes anmae, p. 233,on lit: « Pro corollario, locus animac centralis est orificium stomachi, non Secus afque radix vegetabilium est locus vitalis eorumdem. Mens sédet in anima sensitiva, cui vincta est deinceps a lapsu (péché originel). » La rate étant le soleil, le directeur, le cuisinier du ferment de l'estomac, larate et l'estomac ne font qu'un sous le nom de duumvirat, 8 26, p. 232. Van Helmont fait venir une foule de maladies des troubles de ce duumvirat, absolument comme les anciens les tiraient de la tête par les catarrhés. (Voyez Jus duumviratus, p, 239 suiv., etp. 527, note 4,
ask VAN HELMONT.
et de l’orifice de l'estomac, que le cerveau, perdant de son autorité, est considéré comme le pouvoir exécutif des concepts de l'âme (1); cependant je ne vois pas, comme le dit M. Rommelaere (p. 353-354), qu'il soit absolument dépossédé : en effet, il préside, pour le mouvement (quoad motum), aux nerfs et aux muscles: à la vérité, par l'âme, et sous l’action prépondérante de l'estomac. Ce ne sont pas seulement presque toutes les maladies, mais une partie des actes de l'intelligence, saine ou troublée, qui procèdent du duumvirat ; où que siége l'âme, en Jui-même ou en dehors de lui, c’est toujours à l'âme que le cerveau obéit. Enfin Yan Helmont accorde au cerveau, eu égard au sentiment (quoad sensum), les facultés de la mémoire, de la volonté et de l'imagination (2).
J'ajoute ici, comme complément de ces notions sur la vie, la traduction d’un passage de l'Archeus faber (2-7, p. 3) qui les résume.
« 1 faut que tout ce qui se produit dans le monde par la nature ait un principe de ses mouvements, un excitateur et un directeur interne de la génération. Toutes les choses, quelque dures et opaques qu’elles soient, avant d'acquérir cette consistance, renferment en elles un souffle, une aura seminalis, qui, avant la génération, couvre de son ombre dans la semence
(4) « Membrum executivum conceptuum animae.» Sedes animae, 32, p. 233; Tractatus de anima, 4,p. 277; Cf. Confirm. morborum sedes, etc., 2, p. #48, 2e col., où on lit: Le cerveau, source des sensations et leur juge, n’est cependant pas lui-même sensible. C'est une opinion bien souvent agitée, que celle de la sensibilité du cerveau. — Dans Duumuiratus, 45, p. 276, Van Helmont dit que le duumvirat, qu'il a placé là où les Écoles avaient mis le réservoir et comme la sentine, le cloaque de la plus mauvaise humeur (atrabile), préside à tout; que, dans J'estomac et la rate, sont phantasia, Venus, etc., somnus, vigilia, hospitium amtmae, Mais c'est justement comme hôtellerie de l'âme, et par l’âme, que le duumvirat agit sur le cerveau. Dans Ignota actio regiminis, 42, p. 270, le cerveau préside à l'accroissement. — Voyez aussi Vita brevis, p. 588, 4€ col.: « Vivitur enim ex corde, alimonia autem ex splene et hepate ; correctio digestionis ex felle, sed accretrix à cerebro est. » Avec une telle physiologie, il ne fallait pas tant se moquer de celle des anciens.
(2) À propos des ferments Van Helmont dit: «Ily adeux espèces de ferments dans ja nature, l’un contient en lui l'aura fluxibilis, Archée séminal. qui par son flux pénètre j'âme vivante ; l'autre (espèce de Blas ?) est seulement principe de mouvement, c'est-à-dire de génération d'une chose en une autre chose. » Jmago fers
féconde la génération interne future, et accompagne ce qui est engendré jusqu’à la fin de la scène. Ce souffle, quoiqu'il soit plus considérable chez quelques-uns, dans les végétaux cependant il est comprimé sous l'apparence de suc, comme dans les métaux il s'épaissit en une homogénéité très-dense. Toutes choses cependant reçoivent ce don qu'on appelle Archée, contenant la fécondité des générations et des semences, comme cause efficiente interne. Cet ouvrier (4rcheus faber) possède l'image de la chose engendrée, d’après le principe initial de laquelle il conforme la destination des choses à faire. L’Archée se compose de la connexion du souffle vital, comme matière, avec l'image séminale qui est un noyauspirituel intérieur, contenant la fécondité de la semence; la semence visible n’en estquel'enveloppe (siliqua). Cette image de l’Archée, qu’elle découle de l’idée de son prédécesseur (préformation des germes), ou qu'il la puise dans la coupe (condus) des choses externes, n’est pas un certain simulacre mort ; mais il est orné d’une pleine science et armé des pouvoirs nécessaires à la d estination des choses ; en conséquence ilest l'organe primitifde la vieet de lasensation. Par exemple: une femme enceinte, parson désir, imprime dans son fruit l’image d’une cerise, à l'endroit où elle porte la main dans son désir ; d'une cerise, dis-je, véritable en sa chair, verte, pâle, jaune et rubiconde, en raison des localités où les arbres produisent leurs cerises. En Espagne, dans le fœtus, la cerise rougit plus vite qu’en Belgique. L’imagination produit donc une cerise; de même par l'imagination de la passion charnelle, l’image vitale des animaux est transportée dans l'esprit de la semence qui se déploiera elle-même dans le cours de la génération. Comme toutacte-corporel se termine en uncorps, l’Archée, ouvrier et directeur de la génération, se couvre aussitôt d’une enveloppe corporelle ; dans les animaux il parcourt toutes les retraites de la semence, et il transforme la matière d’après l’entéléchie de son image. Là il place le cœur, ici il désigne la place au cerveau, et partout, en vertu de sa monarchie universelle, il place comme président un habitant immobile, d’après les fins de l’exigence des parties et des destinations (1). Ce président local demeure le curateur et le recteur interne des
menti, etc, 8, p. 91.— L'idée première d'une aura seminalis, d'une semence de joute chose est encore empruntée à Paracelse. Voy. par ex. plus haut, p. 375.
(4) Ce sont les Archées locaux (émanations ou rayonnements archéiques, plutôt que des Archées spéciaux, voy. p. 497 et p. 482, note 5) qui agissent sous la domination de l’Archée central et en vertu d’un Blas ou principe moteur particulier : encore un nouvel être ! C’est la multiplicité des centres de vie (organo-physiologisme) imaginée ou renouvelée plus tard par Bordeu et par d’autres. —Il semble que c'est une des parties du système de Van Helmont qui ont le plus séduit M. Mandon. Mais l’organo-physiologisme de Van Helmont obtenu à l’aide dela multiplicité d'êtres spéciaux, ne représente en rien les idées actuelles sur la multiplicité et l’unité des centres de vie. Le système de Van Helmont rappelle la physique des anciens qui, dansleur
fins, jusqu'à la mort; l’autre, quiest fluctuant, n’est assigné à aucun membre (1), et conserve l'inspection sur les moteurs particuliers des membres; il est lucide (lucidus) et ne se repose jamais. »
Aussi longtemps que les Archées secondaires (voy. p. 185, note 4), obéissent à l’Archée central, la santé persiste; mais dès que la discorde se produit, naissent les diverses maladies, qui varient, comme le remarque M. Rommelaere, d’après le siége occupé par l’Archée local révolté.
Passons maintenant à la physiologie spéciale.
Circulation et respiration. — M. Rommelaere écrit, p. 345 : «Le Blas humanum est extrêmement important au point de vue de la circulation sanguine et des modifications que le sang subit dans son parcours. Nous devons ranger ici Van Helmont au nombre des médecins qui furentles premiers à se rallier à l’immortelle découverte de la circulation. » C'est le contraire qu’il fallait dire. Ni dans le las Aumanum, ni ailleurs, je n’ai vu la moindre trace évidente de la circulation harvéienne (2). Il y a même un texte des plus positifs à cet égard, puisque Van Helmont (3) admet que le sang de la veine cave arrive dans le ventricule droit, et pénètre dans le ventricule gauche à travers les porosités de la cloison interventriculaire. Ainsi Van Helmont, qui est ici écho de Galien, n’a pas plus profité des critiques et des observations de Vésale que des expériences de Harvey. La théorie du sang, pas plus dans Blas humanum que dans la Sextuplex digestio ou dans Jus duumoiratus, ne repose sur aucune donnée scientifique el positive. Il en est à peu près de même pour la respiration, je dis à peu près, attendu que Van Helmont critique avec raison les anciens sur le rôle qu'ils attribuent à l'air, et y substitue une par-
ignorance des forces générales de la nature, avaient créé des dieux et des demidieux pour expliquer chacune des manifestations de ces forces.
{1) Son lieu de rayonnement ou son siége est cependant le duumvirai, comme il est dit souvent. — Voy. p. 483.
(2) La théorie de Van Helmont sur la digestion ou les digestions, ainsi qu'onle verra plus loin, repose, engrande partie, sur la théorie galénique de la circulation:
(3) Dans ce même Bas humanum, 20, 24, p. 446 ; cf, aussi 24, p. 147, et plus loin Sextuplex digest., 60, 64, p. 177.
celle d'idée un peu moins déraisonnable (1), puisqu'il semble reconnaître une certaine action de l'air sur le sang; mais tout cela est entremêlé de propositions trés-vagues sur les esprits {woy. plus loin Quatrième digestion, p. 196), et tout cela est
encore un fruit de la méthode & priori.
Système nerveux: — On à affirmé (2) que les vues de Van Helmont sur la physiologie du système nerveux sont à la fois «justes et profondes ». Ici encore je ne puis ralifier ce jugement, quand je me souviens de tout ce que contient d’étrange le neuvième chapitre du traité De la lithiase, où ces vues sont résumées. Un seul échantillon suffira pour convaincre les physiologistes qu'ils n'ont rien, sous ce rapport, à apprendre de Van Helmont, et que Je solitaire de Vilvorde est souvent même au-dessous de Galien, auquel il à emprunté directement ou indirectement ce qu'il a de bon, À propos de la vision (3), notre auteur s'exprime ainsi (S$ 33 et 8h, p. 715):
« L'âme sensitive sent par la vie dans les esprits animaux ; elle voit immédiatement dans le nerf optique, lequel habite dans la pupille, les espèces visibles conçues... De sorte qu'il n’est pas nécessaire que ces espèces sensibles remontent au cerveau par les nerfs; l’âme, immédiatement présente el distribuant (e/argiens) d'elle-même toute force à l'esprit visuel, voit et discerne,
(1) Blas humanum, 37, p. 150: « La respiration se fait, non pour que l'air devienne l'aliment de l'esprit vital, mais pour qu'il lui soit uni, charrié qu'il est par Ja veine artérieuse et par l'artère veineuse des poumons; l'air ainsi envoyé dans le cœur y reçoit un ferment ; tous deux de compagnie disposent le sang pour une COMplète diaphérèse. Du reste, plusieurs parties sont fixes et résistent à la perspirabilité, lors même qu’elles sont pressées par la chaleur; autrement elles seraient en soi volatiles (alioquin mulla sunt fixa, resistunique perspirabilitati, st -elsi?- calore urgeantur ; alias erant in se volatilia); car l'office propre du feu est, à la vérité, d'allumer, de consumer, de séparer, mais non certes de produire. »
(2) M. Mandon, p. 582.
(3) Ge qu'il dit de la vision doit s'entendre également de tous les organes des sens et de toutes les sensations ; Car, prétend-il ailleurs, il faut bien admettre que le nerf n'est pas l'organe et le substratum primarium de foute sensation ; c’est l'âme sensitive qui perçoit immédiatement, puisqu'il y à des sensations à la peau, où cependant il n’y à pas de nerfs, car les nerfs s'insèrent aux tendons! 8$ 17 et 59, p. 712, 722-723.
Le cerveau est seulement l'officine des esprits animaux. Aussi les nerfs ne servent pas à transporter au cerveau les espèces puisées dans la sensation, mais à répandre les esprits cérébraux aux parties où ces nerfs arrivent, pour les ranimer et les réconforter. »
Voyons maintenant s’il faut, malgré quelques progrès pour la partie chimique, regarder comme l’œuvre d’un grand physiolo-
giste la théorie si compliquée de Van Helmont touchant la digestion.
Digestion. — M. Rommelaere a consacré un long chapitre, et un de ses meilleurs, à la digestion; cependant j'ai cru y remarquer une certaine insuffisance de détails et un peu trop de sa propre rédaction, ce qui ne permet peut-être pas de retrouver une suite rigoureuse dans les idées fort enchaînées, mais assez obscures de Van Helmont (1). J'ai cru que le mieux était de donner des extraits, dont quelques-uns même assez longs, de la Sextuplex digestio alimenti humani (p. 167 et suiv.), en les complétant par quelques réflexions intercurrentes ou par quelques citations sur le même sujet tirées d’autres traités.
Première digestion. — «IL est hors de doute que la nourriture et la boisson se dissolvent (2) en même temps et de la même manière, dans là concavité de l'estomac, en une crème (chyme) diaphane (3). Cela se fait
(4) Si l'on veut biense rappeler les trois phases de la digestion admises par Galien, contre laquelle Van Helmont a écrit la Triple scholarum digestio, p. 165- 166, on verra que les six digestions de Van Helmont n’en sont qu’un dédoublement, avec des erreurs de plus. — M. Rommelaere, p. 358, pense que la théorie de Van Helmont diffère entièrement de celle des anciens, laquelle était absolument mécanique. Cela est vrai de la érituration, mais non de la coction qui, même d’après Galien, n'était pas une opération purement mécanique. Voyez, contre la coction: Calor efficienter non digerit, sed tantum excitative, p. 161 et suiv. Van Helmont y venge. la rate, accusée d’être un cloaque d’atrabile,
(2) Dans Victus ratio, 21, p. 264, Van Helmont insiste sur la nécessité d'une exacte mastication, pour faciliter cette dissolution en crème, Comme les oiseaux n’ont pas de dents, la nature les a pourvus de deux estomacs.
(3) Voyez $ 41, où Van Helmont parle des vomissements qu'il a provoqués sur
lui-même, plus ou moins longtemps après le repas, afin de constater l’état dé cette crème.
par la vertu du premier ferment, manifestement acide, emprunté à la rate. J'ai trouvé en effet autant de ferments qu'il y a de digestions en nous (1). Enfin, la façon dont cette crème se dépouille de toute l'acidité qu'elle doit au ferment, aussitôt qu’elle tombe de l'estomac dans l’intestin duodénum (deuxième digestion), n’est pas moins étonnante que la puissance merveilleuse de ce ferment dans l'estomac (2). » (82.)
« Ce n’est pas en vain que l’on trouve dans un si petit espace tant de vaisseaux, de glandes et d'organes, quoiqu’on ait négligé d'étudier leur usage. En effet, ayant appris que le ferment de l'estomac conçu dans la crème était funeste aux intestins et aux autres parties par les douleurs tormineuses qu'il cause, je notai aussi que toutes les parties ont chacune un ferment, la transmutation l’exigeant de toute nécessité. J'en conclus de plus que chaque ferment a horreur de celui qui lui est associé et du commandement de patrons étrangers (3).» ($ 3-6.)
«Il est merveilleux que la crème acide acquière immédiatement dans le duodénum la saveur du sel, et change avec tant de facilité son sel acide en sel salé ; de même que le plus fort vinaigre, par l'effet du minium, se dépouille aussitôt de son acidité qui se change en une douceur alumineuse. » (S 7.)
« C’est par une disposition fermentale nécessaire, que notre crème acide devient salée, et que l’acidité volatile de cette crème conserve sa volatilité première, tout en changeant son ancienne acidité en salure. C’est en vertu de la propriété spécifique des ferments dans chaque individu que varie la faculté digestive chez les divers individus. » ($ 9.)
«Il ne suffit pas d’avoir constaté que le ferment acide de la première digestion habite dans l'estomac, et que c’est à ce ferment qu'est due la liquéfaction de la nourriture la plus dure, il faut que nous insistions sur ce point. Ce n’est pas en lui-même ou par lui-même que l’estomac possède ce ferment. La digestion en effet, l'appétit et l’économie de l’esto-
(4) De telles idées compromettent, dès le début, toute la théorie de Van Helmont. : e
(2) S'appuyant aussi sur l'autorité d’Hippocrate, Van Helmont tire, des modifications que subit le ferment dans les maladies, des conseils parfois assez justes pour le traitement des fièvres ; de plus, il appuie sa manière de voir touchant la nécessité, l’activité et la puissance du liquide stomacal par des expériences sur des passereaux et sur la digestion, ou du moins la destruction partielle, des corps les plus durs dans l'estomac des gallinacés. Enfin, de ces deux faits, la digestion des gallinacés et l'impuissance de l'estomac chez les fébricitants, il conclut, mais par un raisonnement plus subtil que logique, que la digestion ne dépend pas essentiellement de la chaleur, qui est un simple excitant. —Voyez Calor efficienter non digerit, sed tantum excitative, 17 et suiv., p. 163 et suiv.
(3) On voit que c’est a priori, en vértu de cette fameuse maxime: /a nature ne fait rien en vain, que Van Helmont a imaginé ses six ferments.
mac font quelquefois défaut et reparaissent sans avoir perdu de leur force; cela tient à ce qu'ils ne sont pas de l'estomac. C’est pourquoi j'ai dit que la membrane de l'estomac tire de la rate toute l'énergie desa digestion et ce qui aide cette digestion ; de telle sorte que la rate forme en nous avec l'estomac un duumvirat unique.» (8 10, 11.)
« Les ferments n’ont dans la nature, en dehors d'eux, rien qui puisse leur être dignement assimilé, car ce sont des dons spécifiques de la nas jure vitale. Le ferment en effet, eu tant qu'il est ferment, est un arcane vital et libre, ne se joignant (jugale) à aucune autre qualité (1). H suffit dans les assaisonnements que les acides préparent la nourriture pour faciliter l'entrée du ferment de la rate. Enfin, quoique le ferment de l'es tomac ait une aigreur spécifique, ce n’est pas cependant l’aigreur qui est le ferment vital lui-même, c’est du moins son organe. Quoique de ferment de l'estomac ait une aigreur (acor) spécifique, cependant l'ai greur n’est pas le ferment vital;elle en est seulement l'organe. Le ferment de l'estomac est doué d’une acidité particulière que distinguent les propriétés, les genres et les espèces ; mais en soi la digestion est l'œuvre de la vie elle-même, dont l'instrument fidèle (satellitium) pour cette œuyre est l’aigreur. » (8 42, 48.)
Aprés avoir expliqué comment la vertu du ferment peut être viciée, Van Helmont continue :
«Les ferments étant de la classe des formes et des semences, ils se soni séparés du commerce intime des qualités matérielles; s'ils s'associent quel que qualité de ce genre, c’est pour répandre plus facilement leur force vitale ! Cette qualité (corporelle) peut pécher aussi bien par excès que par amoïindrissement. Ici je me sépare tout à fait des écoles, parce qu'on y enseigne : 4° que le fiel n’est pasun viscère (2) vital ; 2° que ce n’est pas un organe noble; 8° que ce n’est qu'un excrément inutile, exclu de la masse du sang, de peur qu'il ne le vicie (3); 4° qu’en conséquence il a été produit en dehors de l'intention de la nature; 5° qu'il sert uniquement à l'expulsion des excréments et de l'urine ; 6° que l'enveloppe du fiel (ésicule biliaire) n’est pas de la même substance que celle des viscères (voy. & 18), mais un sac, OU un cloaque d'impuretés et de superfluités; 7° enfin que la sanguification commence et s’accomplit [uniquement] dars le foie. Ce sont pour moi des rêveries (A). En effet, puisque la bile
(4) Encore un être spécial; et l’on dira que Van Helmont n’est pas ontologiste!
(2) I faut entendre, tantôt la vésicule du foie et tantôt son contenu.
(3) Il appelle Galien excrementilius et ignarus, à propos de ses idées sur le foie et la rate, etc. (Jus duumvir., WA, p. 246.)
(4) Dans Schol. humor. passiva deceptio, 16, p. 794, on lit: « La sanguification est une véritable transmutation formelle des aliments, et non pas seulement une
n'est pas requise pour la constitution du sang, la production de cel amer, fiel ou bile, par chaque aliment n6 serait pas nécessaire, si elle ‘n’était pas propagée par un agent propre, dans une ofticine spéciale, pour une autre fin utile, vitale et nécessaire à l'office de la vie. L'eau du péricarde est bien plutôt pour mani un excrément que le fiel lui-même, » (844, 15, 16, 18.)
« Je ne m'étonne pas qu’on donne à la vésicule du fiel et au fiel luimême le nom de viscère, surtout puisque beaucoup de personnes y placent la vertu irascible. J'ai reconnu que dans l’économie de la digestion deux viscères, le fiel et le foie, unissaient leurs corps et leurs fermenis pour la sanguification (troisième digestion); que cetle opération Com-
mencçait par le fiel, comme étant plus près de l'estomac et des intestins que le foie. Le fiel en effet est dans le sinus du foie comme dans le sein maternel ; c’est le baume du foie et du sang; car la sanguification n’est pas une transmulation qui puisse se faire par une disposition instantanée, et le foie est dépourvu d’une cavité (1) où il puisse recevoir le suc qui doit devenir du sang à la fin de la digestion. En d’autres termes : le foie, en soi, - estuncorps solide ayant des wêines gréles et en petit nombre (2); or la crème tout entière, qu'accompagne un si grand amas de liquide urinaire (lotium. Yoy. p. 492), doit passer rapidement à travers le foie : mais cette crème crue ne peut dans un passage si rapide se changer immédiatement en sang, La sanguification ne peut donc se faire d’une manière parfaite dans le foie même, car le foie n'est pas une cuisine, mais un économe pour son ferment sanguificateur, par lequel, comme en se conformant à un ordre, il remplit l'office que le Créateur lui a assigné. Ge sont les nombreuses veines du mésentère qui sont l'estomac du foie lui-même (2) et l'officine où se prépare le cruor. Lorsqu'il est préparé, le foie souffle (spirat) sa perfection au Cruor encore nu après qu'il a été reçu dans la veine cave, Comme la sanguifcation est une certaine digestion plus parfaite, et une transmutation plus manifeste que n’est la liquéfaction de la nourriture en chyle, la sanguification, dis-je, ne peut se faire dans un ample vaisseau, mais dans plusieurs moins grands, qui soient cependant assez capaces ; où l’Archée fermental puisse s'établir étroitement, pour
simple juxtaposition des parties hétérogènes. » Get:e idée, moins nouvelle que ne le dit Van Helmont, est développée fort au long dans ce traité. Ailleurs (Jus duumviratus, 13, p. 241; voyez aussi, pour le rôle de la rate, 37, 38, p. 247), il est dit : « J'ai démontré que l'estomac du foie n’a pas une grande cavité béante en lui, mais que les veines mésaraïques elles-mêmes sont l’étui, la boîte (fheca) du sang dans laquelle le foie irradie les premiers effluves (spéracula) de la sanguification. L'estomac de la rate est V'estomnc lui-même qui l'échauffe en l'embrassant (idée tout à fait galénique) ; elle a aussi un second estomac, le réseau vasculaire. »
{1) Voyez plus haut, p. 490, note 4.
(2) Voyez p. 492.
atteindre et prendre de plus près chaque chose (4); où le foie puisse aussi, par une transformation (? commutando), communiquer son ferment, et envoyer comme un souffle la force vitale. En effet la rate, qui ne touche pas immédiatement les aliments, souffle son ferment à l'estomac, organe vaste. Ainsi le foie, par l'insufflation de sa vie ou de son ferment transmutateur (voy. plus bas, la suite du & 21), souffle aux veines qui sont placées sous lui, l’acte (le résultat ? actum) de Ja sanguification. De même que la nourriture tombe de la bouche dans l'estomac et y attend la fin de la diges= tion (2), ainsi la crème passe immédiatement des intestins dans l'estomac du foie ; mais comme elle est très-abondante et en grande partie excré= mentitielle (en effet, elle contient encore de l'urine), elle devait, afin que la sanguification fût plus convenable, être préalablement débarrassée des excréments qu’elle contenait. » (S 18-21.)
« L’officine de la sanguification n’est pas le foie lui-même dans sa substance, car le foie des poissons fabriquerait aussi leur sang. Mais comme chaque animal engendre son semblable, il faudrait ou que le foie des poissons fût rouge ou que leur sang fût blanc. Or, ces deux propositions sont fausses. Disons donc que la sanguification se fait dans l’estomac du foie, estomac qui est la multiplicité même des vaisseaux du mésentère. Le foie a des veines trop grêles et en trop petit nombre pour s’acquitter dignement d'un office si considérable. (Voy. p.491.) C'est hors de lui, en effet, que la dernière perfection de la sanguifcation est, dans la veine cave, insufflée par le ferment jécoraire. On croit dans les écoles que la sanguification se fait par la fomentation actuelle (actualis, immédiate) du foie sur la crème, parce qu’on ne connaît pas d’autres actions que celles qui se manifestent par un long contact ou une compréhension (un embrassement complet). » (6 43, 44.)
« La crème a besoin du ferment transmutateur, distinct du ferment sanguificateur ; au moyen du premier, la partie la moins bonne se change en véritable excrément, car l’action de la sanguification ne pourra pas faire un excrément de ce qui n’est pas un excrément ; il y a trop de différence entre les deux parties de la crème. En effet, l’action qui tire l’ex-
(4) Voilà une puissance bien limitée et bien matéricllement circonscrite. — Il s’agit vraisemblablement, non d'une nouvelle espèce d’Archée, mais de l'Archée central.
(2) Dans l’état sain, le pylore est fermé pendant la digestion; quand il est affecté, il s'ouvre à contre-temps et laisse passer la nourriture avant la digestion, où bien il veste obstinément fermé pendant plusieurs jours; de là des vomissements de matières anciennes et accumulées. Il n’est pas seulement portier, mais modérateur de la digestion; non doué de mouvement volontaire, il est soumis à son Blas ou à son Archée. Pylorus rector, p. 180 et suiv. ILya plusieurs portiers dans la doctrine de Van Helmont, C’est ainsi que l’Archée est appelé aussi janitor animae dans Confirmatur morborum sedes in anima sensit., 2, S 41, p. 448.
crément de la plus grande partie de la crème, ne se fait point par la coagulation du cruor et la séparation de la partie la plus séreuse, car le cruor, loin de se coaguler dans les mésaraïques, n’est pas même coagulable tant qu’il demeure dans cet estomac, comme on le voit dans la dysenterie. La séparation de l’excrément séreux d’avec le cruor $e fait donc dans les mésaraïques elles-mêmes, par un ferment bien différent et un tout autre viscère que dans la sanguification. C'est en effet un certain acte qui condamne une partie de la crème à devenir excrément, tandis qu'elle conserve le cruor et le laisse intact (1). La sanguification est donc précédée de la production et de la séparation de l'excrément. Et l'utérus de l'urine commence avant les mésaraïques, mais ce n’est pas encore l'utérus du Duelech (2), parce que le ferment des reins change l'esprit de l'urine dans le foie et à l’entour. Le ferment du fiel change donc en sel d'urine tout ce qui était acide dans l'urine. L’estomac du fiel est le duodénum et le conduit (arundo) de l'intestin voisin (jéjunum); il se termine à l’origine des veines du mésentère. 11 faut insister Sur l'usage des parties et des ferments jusqu'ici inconnu dans les écoles, en présence surtout de leur doctrine : Le sang se fait dans le foie et le fiel avec le sang, car il s’ensuivrait nécessairement que la séparation du fiel par le mouvement et la nature serait postérieure à la sanguification. La vésicule du flel devrait donc se trouver au-dessus du foie et non au-dessous près de la veine porte, ete. » ($ 21-22.)
«Le ferment du fiel est perfectif de la crème, préservatif du sang et corruptif du sérum ; Ces trois qualités se rencontrent en ce point, que le fiel change en sel salé le sel acide de l'estomac, sel acide nuisible et corruptif partout ailleurs que dans l'estomac (1). Quoique j'aie dit que, eu égard à la séparation du lotium et à la transmutation de l'acide en salé, la sanguification venait en second lieu, cependant les deux ferments, celui du fiel et celui du foie, commencent en même temps, Car ni l'un ni l'autre ne chôment jamais. Le ferment du foie, comme ayant un plus grand travail et devant arriver à une plus grande perfection, accomplit sa tâche plus lentement quele ferment du fiel. La transmutation de la crème devait en effet précéder, afin que le foie, débarrassé d’un poids inutile, pût vaquer avec plus de liberté à la sanguitication. La seconde digestion, ou digestion du fiel, est donc distinguée de la première et de la troisième par le ferment, le viscère, l'utérus (le lieu), le goût, l'effet et la fin. Jus-
(4) Il est difficile, au premier abord, de savoir s’il est bien question ici du cruor proprement dit et du serum, ou du sang considéré dans sa totalité, et d'un liquide séreux excrémentitiel. On peut admettre cette dernière supposition d'après les phrases suivantes. Le sérum serait alors ce que Van Helmont appelle lotium.
(2) Voyez Retenta, p. H98: « Si scoria (quam alibi stercus liquidum voco) ab intestinis cum lactice jungatur, Supra justam proportionem, et intra venas fluctuet, jam aderit Duelech. » — S'iya putréfaction, naissent les délires et les fièvres.
qu'ici les écoles, par suite de leur erreur sur l'usage du fiel, ne connais sent pas bien cet ensemble. Dans la première, l’estomac est le réceptacle, la rate souffle un ferment acide sur la nourriture et il en résulte une crème acide. Dans la seconde, les intestins grêles sont l’estomac, ete ferment est inspiré par le fiel pour la corruption et la séparation de partie aqueuse, et l'acide volatil se change en volatil salé.» (8 27-29.) (4);
« Je déclare donc que le fiel est un viscère vital, que son corps est une liqueur amère, préparée du méilleur sang, baume du foie et lecon: tenant du sang. Tout ce que par hasard il rejette de lui dans le duodés num, est un excrément, un liquamen qué déjà il méprise (2), et quise rend dans les autres intestins où il change graduellement de couleur, dé goût et d'odeur. La crème séreuse qui reste est évidemment attirée ét humée dans les veines mésaraïques pour servir au sang. » (& 84-86) (8).
« C’est dans le duodénum que le chyle commence la transmutation de son sel acide volatil en une salure pareille, dissoute dans la crème, La substance la plus corporelle qui reste dans la crème, attend la sangui: fication dans les veines du mésentère, du ferment inspiré par le foie. Ja liqueur salée étant attirée par les reins au delà du foie, elle est confiée pour l'expulsion aux reins et à la vessie. La troisième digestion commencé donc dans les vaisseaux du mésentère, et se termine dans le foie.Le sang, en effet, tant qu'il est dans lé mésentère, n’est pas encore ni digéré, ni fibreux, ni parfait. C’est pour cela que dans la dysenterie le sang'dt mésentère ne s’épaissit pas (non concrescit; —nese coagule pas), tandis qu'àla suite de la rupture d’une veine dans l'estomac, le sang se forme aussitt en grumeaux. » (8 37.)
« La crème courant à travers les intestins devient plus sèche, sa parlé liquide étant attirée par les veines supérieures ; ce qui reste se putréfe de plus en plus, tellement qu'aux confins de l'ileus il se produit déjà beaucoup d’excrément liquide, lequel, avant qu'il soit entièrement pourri, est dirigé vers le mésentère afin d'y être mêlé au lotium, utile à ses fins. » ($S 38.)
« La crème traverse les intestins, en partie, en les imbibant, comm leau salée imbibe la vessie (4), en partie par la succion propre de lasym= pathie, à travers les pores (proprio sympathiae suctu per poros), ouveris
(4) Au 8 30 se trouve un grand éloge du chirurgien Wurtz.
(2) Le duodénum sert ainsi à deux fonctions: à une seconde digestion et à livrer passage aux excréments du foie.
(3) Voyez, fin du 88 35 et 36, de belles histoires sur le goût des excréments, suivant les aliments ingérés et la force du ferment stercoral. — Cf. cépendant De febribus, xv, 3, p. 777 : « An forte stercus olidum inspexisse, ét baculo agis tasse, gloriosius est Galenicae turbae, quam nobis furnos, vasa et carbones tractasse?(
(4) Un peu plus haut, il cite quelques expériences qu’il à faites sur ce sujét, cons tradictoirement à celles de Paracelse,
pendant la vie (comme sous l’action de la chaleur les eaux pénètrent dans la vessie), mais fermés après la mort. Les veines dispersées dans la double tunique de l'estomac n’ont pas les pores dont nous avons parlé; élles sont poreuses cependant en tant qu’entourées d'une tunique extérieure, et elles transsudent le sang alimentaire. La cuisine ou digestion propre de l'estomac se fait du dehors au dedans, mais la préparation universelle qui a lieu dans la cavité de l'estomac y est circonscrite tout entière, et cela pour éviter qu'une double digestion ne produise la confusion. Il y à deux cuisiniers dans l'estomac : l’un vientdela rate;l’autre, qui ést propre à l'estomac, produit les diverses digestions. Le ferment acide dissout dans l'estomac la nourriture en suc, mais le ferment acide du chyle, par la propriété qu'il a de saler, met à part le chyme pour le sang, et en extrait l’eau, l'urine, la sueur, l’excrément, le liquide jaune et les parties épaisses de la saburre. La digestion n’est donc pas dans l’estomac une transmutation formelle de la nourriture. » ($S 48-19. Voy. plus bas, $ 52 (1).
« Les parties dissimilaires (non alimentaires) de la crème se putréfient par le ferment stercoral, et sont privées de la vie moyenne et de l’Archée ; tandis que la transmutation s'opère seulement sur les parties homogènes... L'excrément diffère essentiellement de la nourriture mâchée. Il ne faut pas croire que la seule chaleur puisse, en peu d'heures, putréfier ce que la chaleur n’a pas non plus changé en une crème quelconque ; ce n'est qu'aux ferments propres des cuisines que cette putréfaction est due. Donc la nourriture n’est pleinement transmutée que lorsque, après avoir dompté son Archée, notre Archée vital fait son apparition, armé d’un pouvoir absolu sur lé premier (cum plena vassallatione prioris). C’est ainsi en effet, que tout le vin se change en vinaigre, tout le vif argent en or, tout l'œuf en poulet, tout le sang en aliment ultime. Je pense donc qu’on se trompe en disant qu'il n'y a pas d’aliment sans excrément. » ($ 49-51.)
« Nous nous nourrissons par les choses identiques à celles dont nous Sommes formés; or nous ne sommes pas formés de crème. L’estomac n'est pas nourri d’une autre matière que les autres membranes qui n’ont pas de crème. La crème ne reçoit la vie que par les degrés du sang, et l'éstomac ne peut se nourrir d'un aliment qui n’est pas encore vital (2). La crème est un élément liquéfié, ayant encore l’Archée et les propriétés de l'aliment ; mais les parties spermatiques et les similaires de la première constitution ne peuvent se nourrir d'une liqueur non encore changée en l'espèce humaine. Les veines ne sont pas dispersées dans l'estomac pour
(4) Suivent des coniparaisons tirées des opérations chimiques ou du développement et de l'éclosion de l’œuf.
(2) C'est-à-dire que l'aliment doit lui revenir comme aux autres membres, etqu'il ne se nourrit pas immédiatement des aliments qu’il recoit et auxquels il à fait subir une première digestion.
sucer le sang, mais pour répandre l'aliment ; or, elles ne contiennent point de crème. » ($ 52.)
« La crème, tombant du pylore dans le duodénum, aussitôt saisie, dans sa sphère d'activité, par l’insufflation du fiel, change son acidité en salure, et sa partie la plus aqueuse devient séparable de celle qui est plus pure, et elle est attirée par les reins. D'où il résulte que l'urine est assez salée, et le sang moins (4).» ($ 56.) :
« Ainsi, la troisième digestion se fait sous la présidence du ferment du foie, qui, par une odeur cachée de gaz (?), commence la sanguification, dans son estomac du mésentère, et l’achève dans la veine cave. » (S 59.)
« La quatrième digestion s’accomplit dans le cœur et dans son artère (aorte); durant cette Opération, le sang rubicond et plus épais de la veine cave s’élabore, devient plus jaune et manifestement volatil. En effet, le Cœur à une oreille de chaque côté, et au ventricule gauche une artère qui bat, insérée par un grand tronc, afin que par une double manœuvre elle attire fortement le sang à travers la cloison qui se trouve entre les deux ventricules, au milieu du cœur. Rappelez-vous ici ce que j'ai dit ailleurs (2) de la porosité de la cloison qui sépare les ventricules du cœur, et comment le sang ne reflue pas du sinus gauche dans le droit, mais seulement l’esprit de vie, comme à travers un crible serré. Cest donc la quatrième digestion, manifestée par la couleur et la consistance de ce qui est digéré, qui distingue le sang du foie du sang artériel.
« La cinquième digestion transmute le sang artériel en l’esprit vital de l’Archée; j'en ai parlé dans l'écrit Sur le Blas humain et dans celui Sur l'esprit de vie. Je n'ai pu me satisfaire entièrement relativement à un point (3), à savoir si dans le sang jécoraire (quoique, après avoir dépassé le mésentère, il ait acquis le summum de sa perfection) il yavait quelque esprit (!) ; mais ce sang m'a toujours fait l'effet d’une certaine masse mu: miale et de matière ex qua (4), mais qui ne doit pas être tenue encore Pour un sang vital parfait. Car si le sang de la veine cave avait mendié cet esprit au foie, l'oreille droite du Cœur serait inutile; cependant elle n’a pas d’autre but, dans son Opération incessante, que d'attirer du ventricule gauche quelque partie de l'esprit hors de la cloison du cœur, ain que le sang commence à être vivifié dans la veine cave, près du cœur, Pär la participation de cet esprit ; Mais Comme on trouve à gauche une
(4) Ce paragraphe et le suivant sont en partie dirigés contre Paracelse.
(2) Voyez page 486. De ce passage et des $$ 62-63, il résulte que les porosités interventriculaires servent à la fois et par deux courants opposés, à (tamiser lé sang et l'esprit.
(3) Ce n’est pas un point seulement, dans toute cette théorie, qui ne nous satiss fait pas; l'erreur y est perpétuelle et l'absurdité fréquente.
(4) Une matière dont on tirera quelque chose,
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE. -— DIGESTION. h97
oreille, et en outre un grand tronc de l'artère, il en résulte qu'il y a une plus grande attraction du côté du ventricule gauche, et qu’en conséquence le sang veineux reçoit peu d'esprit vital (1). » (8S 60-63.)
« Je ne fais pas de différence entre ce qui est animal et ce qui est vital. En effet, dans un navire, le gouvernail est confié à un seul homme, et on ne pourrait sans confusion en charger plusieurs; aïnsi, dans le sinus du cerveau, je n’admets pas pour l'esprit animal une digestion nouvelle. De même que l’esprit ne diffère pas spécifiquement de lui-même dans tous les organes des sens, et dans ceux qui exécutent les mouvements, quoique les sensations diffèrent entre elles par l'espèce et le mouvement, de même, je crois que vouloir imaginer plusieurs Archées dans l'homme, c’est introduire la confusion (2)... Les excréments et les dissimilaires n'existent ni dans la quatrième ni dans la cinquième digestion, et il n’en
. provient aucun. Il est donc faux qu’il y ait un excrément dans tout aliment. Le sang et l'esprit se rencontrent dans une unité vitale et univoque. Si quelques restes des premières digestions envahissent les artères ou y naissent, ce n’est qu'un mouvement morbide troublé et confus. Mais je ne parle ici que des digestions ordinaires. » (88 64-66.)
« La sixième et dernière digestion (nutrition ou intussusception) se fait dans la cuisine particulière de chaque membre; or il y a autant d’estomacs que de membres à nourrir. Dans cette digestion, l'esprit particulier à chaque lieu se cuit à lui-même son aliment (3). » (S 67.)
« Les veines, quoiqu’elles soient le vaisseau de l’aliment préparé pour la cuisine des solides, ne sont pas cependant la cuisine des solides. Chaque solide a sa cuisine propre en lui-même. Donc le eruor etle sang nesubissent d’altération que s’ils sont misen contact avec les solides, parce qu’ils sont transmutés par la propriété des solides en semence crue, mais non d’euxmêmes à l'extrémité des veines (4). Ensuite le mucilago spermatique n'est pas versé (irroratur) par les veines dans les solides, car le mucilagineux nes'accorde guère avec la rosée; mais le sang ténu et fluide, et le cruor,
(4) Un peu plus loin, il dit qu'il n’y a pas d'esprit hépatique dans le foie ; il n’admet qu'un esprit de l’économie vitale, car le sang coule, il est vrai, entre les fibres des muscles et devient chair, mais il passe (éranscendit) non facilement pour nourrir les viscères et les fibres de la chair. En effet, un convalescent exténué reprend aisément sa chair; il n’en est pas de même quand l’exténuation est la suite d’une maladie d’un viscère. — Il est difficile de bien saisir la liaison des idées.
(2) Je m'explique ailleurs (p. 485, note 4) sur cette phrase. Van Helmont ne se montre pas ordinairement aussi avare de créations inutiles.
(3) Une partie de ce paragraphe et Les suivants sont dirigés contre les théories des anciens et de Paracelse sur la nutrition.
(4) Ceci se rapproche un peu plus de nos idées que celles de Galien, réfutées ici même et dans d’autres passages.
tombent dans la cuisine de chacun, sang et cruor qui ne sont transmutés que par le ferment local. En troisième lieu, il n’y a pas, comme on l'a imaginé, des endroits creux (inania loca) avides de rosée. Quatrièmemen, l'aliment n’est pas appliqué aux solides sous forme de rosée qui, peu aus paravant, élait un mucilage. Enfin, cette rosée ne s’unit ni ne s’assimile aux solides ; mais tout ce qui s’assimile à eux s'assimile durant les années d’accroissement ; dans la suite, comme le cruor et le sang se sont glissés dans les solides par une succion naturelle qui se continue, ils y sont là même digérés, adaptés, et disparaissent enfin par diaphérèse. » ($ 68.)
Pathologie générale. — Je suivrai, pour cette partie de notre étude sur Van Helmont, le procédé que j'ai adopté pour l'exposé de ses idées touchant la digestion; en d’autres termes, je ras: semblerai et je grouperai systématiquement les divers passages qui sont relatifs à la maladie en général, aux causes eflicientes et occasionnelles, par suite, à la nature même de la maladie, à ses symptômes, à ses produits, à ses terminaisons, enfin au siège des diverses maladies.
Pour mieux saisir le sens de la doctrine de Van Helmont, il faut rappeler les principes les plus généraux de sa pathologie, qui, sous le nom d’Archéisme, ne diffère pas sensiblement des principes de la doctrine vitaliste, laquelle, ne se contentant ni de l'âme, ni de son dédoublement, ni du corps, imagine uñ ou plusieurs ééres ou principes particuliers et intermédiaires pour expliquer la vie et la maladie (1).
(4) Van Helmont distingue, mais non pas toujours très- nettement, l'Archée de l’dme sensitive : il le place à un rang inférieur, car il est son portier (voy. p. 492; note 2). Cette âme reçoit, par délégation de l'âme immortelle (mens immortalis) qu'elle renferme comme dans une silique, où comme dans un noyau, le regünen vitae et les facultés vitales dont l'Archée est le lien commun; son siége central est le duumvirat (voyez p. 483, note 2, ct Sedes animue $S 28 -39, p. 238. lei Cest l'orifice de l'estomac qui est le siége central). «Il est, dit-il ailleurs, hors-de contess tation que toutes les maladies, en s’insurgeant contre les puissances de Pâme sensis tive, attaquent immédiatement cette âme caduque et mortelle ; la luttese fait d’abord sentir à l’Archée, portier de lame (animae janitor), et pénètre ensuite jusqu'a noyau de l’âme.» — D'un autre côté, la Nature joue aussi son rôle : il semble que l'Archée était plus spécialement chargé de soutenir le conflit qui produit la maladie, tandis que la Nature, sollicitée, dirigée, ravivée, non par elle-mème ou par ses pro pres forces, mais sous l’action de médicaments énergiques, avait pour mission dé trancher le différend en rétablissant l'ordre, c’est-à-dire la santé. (Voyez Confir:
Pour les anciens, et en raison de leurs théories humorales, la maladie est le travail d'élimination de la matière morbide, travail placé sous la direction de forces hypothétiques ; pour les vitalistes, c’est un combat entre le principe vital et la matière morbide (1). Gela revient si exactement au même (voy. p. 514) que l’on comprend difficilement comment Van Helmont a pu faire avec tant d’acharnement la guerre à la définition galénique, sous prétexte qu’en une définition de la maladie ce n’est pas seulement la question de mots, mais le salut des malades qui se trouvent engagés, comme si le salut de ces mêmes malades était assuré par les définitions et les catégories de Van Helmont. — Nous le verrons bien tout à l'heure.
M. Bouchut(2) termine les extraits qu'il a empruntés à M. Bordes-Pagès (3) par cette phrase : «Pour être juste envers ce génie méconnu de ses contemporains, l'histoire doit le pla-
matur morborum sedes in anima sensitiva, p. 447-454, et particulièrement & 2, n° 10, p. 448.) — Ge naturisme n’est pas compromettant. — La doctrine de l’Archée vient de Paracelse, avec des modifications. — (Voy. plus haut, p. 399 et suiv.)
(4) Dans Natura contrariorum nescia, 37-40, p. 138-141, Van Helmont cherche à établir qu’il n’y a point de principes opposés dans la nature et en nous, ou point de forces contraires. l’une à l’autre (contrarielates). La génération n’est point l'opposé de la corruption, ni le petit du graud, ni le courbe du droit, ni le froid du chaud; ce sont des manières d’être absolues en soi. Il définit ainsi la Nature: « La Nature est cet ordre, cette volonté de Dieu (jussus Dei) par laquelle une chose est ce qu’elle est, et fait, mais à propos, ce qu’il lui a été ordonné de faire. » (89, p. 140. — Voy. aussi Physica, 2, n° 14, p. 38). La maladie n’est donc pas un combat entre principes opposés, par exemple, entre le chaud et le froid, la santé et la maladie, la maladie et le remède. La crise n’est pas un jugement, et si là nature est médicatrice, elle devrait l'être par sa bonté et non par ses qualités batailleuses (Voy. /gn. hospes, 71-72, p. 399), — Cependant la lutte de l’Archée contre la maladie est bien un combat entre deux ébres opposés; d’ailleurs Van Helñnont, dâns Ignotus hospes, 63, p. 392, dit: « Quoique la maladie, quant à ses causes, soit naturelle, pour ce qui nous regarde cependant, elle est toujours contre nature, tant parce qu’elle tire son principe du Blas exotique (principe de mouvement local et altératif ; voyez Blas meteor., 1-5, p. 65), que parce qu’elle porte et suscite d'elle-même un Blas hostile. » * (2) Histoire de la médecine et des doctrines médicales, p. 408.
(3) Revue indépendante, 4846. — Adoptant La même méthode que pour Para celse, M. Bouchut juge Van Helmont seulement d’après les extraits fort insuffisants de M. Bordes-Pagès.
cer au premier rang de la phalange de ceux qui ont contribué eux progrès du naturisme. » D'abord il faudrait savoir si les progrès du naturisme sont un progrès pour la pathologie; et en second lieu, il reste à prouver que Van Helmont était naturiste. Cela ne ressort pas clairement de ses écrits ; le contraire même est plus probable; on ne voit, en effet, nulle part que Van Helmont ait accordé à la nature assez de force, de prévoyance et d'intelligence pour lui abandonner, soit la direction des phénomènes organiques, car il a accepté l’Archée, soit la conduite du traitement, car il ne se contente pas de donner à la nature une espèce de béquille pour la soutenir dans sa marche thérapeutique (1) ; il possède au contraire un arsenal pharmaceu-
(4) Voyez Ignotus hospes, 89, p. 404: « La nature abattue, comme dans la lèpre, l'asthme, l’hydropisie, ne peut jamais se relever d'elle-même ; mais ce ne serait pas même assez dese relever, car si les nerfs ne sont pas raffermis, la rechute est facile, » (Voy. aussi les 88 56-58, p. 197, 198, où le naturisme n’est pas moins mitigé et restreint.) —Catarrhi deliramenta, 1, p. 346 : « La nature est médicatrice des maladies, et le médecin est son ministre ; mais cela s'entend des maladies que la nature guérit toute seule, sponte sua; pour les autres, où la nature succombe et ne peut plus se relever, le médecin a été créé par Dieu, et alors il n’est plus seulement minister, sed interpres, rector et herus praepotens.» — C'est à propos du régime et des répugnances de l’estomac que dans Victus ratio, 26, p. 366, il est dit: «IL faut servir la nature (ancillandum) et non lui commander.» — Cf. Natura contrariorum nescia, 39-40, p. 140, où il semble combattre tour à tour la doctrine des crises par celle de la nature médicatrice, et la nature médicatrice par les crises. {Voyez plus haut, p. 499, note 1.) —De febribus, xt, 17, 18, p. 772: « Le bon médecin doit négliger les crises, car ce n’est pas la nature qui fait la crise, si ce n’est à certains jours, lorsqu'elle porte seule le fardeau ; le vrai médecin doit donc se rendre maître de la maladie avant la crise, etc.» Cf. xvir, 8, p. 785. — Dans Potestas medicaminum, 17 et Al, p. 379 et 384, un ouvrage révélé de Dieu en songe, il a vu etreconnu que la nature doit être énergiquement aidée pour se relever. — Enfin, dans Scholae humorist. pass. deceptio, 88, p. 802, il est dit qu'il faut non détruire la nature médicatrice par les saignées et les évacuations, mais la relever et la soutenir par des médicaments et des médicaments actifs, ce qui revient tout simplement à dire qu’il faut non pas ruiner les forces, mais les entretenir et les augmenter, non pas tuer, mais guérir le malade.— Il y a même à relever un passage curieux de Pleura furens, 9, p.348, où la nature et la vie semblent une même chose: « La vie estla nature, qui seule guérit les maladies; si elle fait défaut, le médecin lève les épau= les ; donc il ne faut pas saigner pour ne pas affaiblir la vie. » Ge n’est vraiment pas là ce qu’on décore du nom de niturisme, une docirine que chacun vante, que personne ne suit et qui n’est jamais définie rigoureusement.
tiquetrès-bien monté. La phalange à laquelle Van Helmont apparient, c’est celle des vitalistes ; il a tous les défauts et tombe dans toutes les erreurs de la secte, mais il en offre aussi quelquesuns des bons côtés. Le seul mérite du vitalisme, el ce mérite ne manque pas absolument dans l'œuvre de Van Helmont, c'est qu’il a conduit, en mettant de côté, bien entendu, le principe particulier et surajouté dans l’organisme (Archée ou principe vital), Vers V'étude des propriétés inhérentes à la matière organisée (L), ce qui est le vrai naturisme. Cest un progrès sur les facultés naturelles de Galien, une réponse anticipée à V'iatromécanisme ; une théorie plus physiologique que l'animisme. Enfin, en raison de cette proposition émise par Van Helmont, que l'état de santé el l'état de maladie dépendent également de Y'action d’une force vitale, le vitalisme est une préparation indirecte, lointaine, il est vrai, réelle cependant, quoique aucun vitaliste n’en ait eu nettement conscience, à la doctrine actuelle qui fait delaphysiologie pathologique un domaine de la physiologie normale. Mais précisément cette doctrine a eu pour résultat de détruire les derniers vestiges de l'ontologisme pathologique, qui est la conséquence naturelle d’un système où la force vitale est elle-même un être particulier dont la violation par une puissance hostile engendre un monstre, c'est-à-dire, la maladie, un être réel et substantiel (2).
(1) On peut citer une proposition remarquable sur la vie des muscles, mais qui, malheureusement pour Van Helmont, n’aboutit encore à rien, parce qu’elle ne repose pas sur des données expérimentales et scientifiques. Le fait est vrai, l'explication est mauvaise et stérile. À propos des convulsions chez les épileptiques, notre auteur dit: « Que si le mouvement spasmodique involontaire persiste encore. on ne doit pas tant en attribuer la cause à l'âme qu’à la vie propre aux musclés, laquelle, ainsi que je l'ai enseigné ailleurs, se montre souvent encore quelque temps après la mort, comme il arrive aussi que le tétanos persiste longtemps après la mort; de sorte que, quoique la vie des muscles découle de l’âme sensitive, elle reçoit cependant une certaine vertu propre, ainsi que la persistance dans le lieu (oct statio ; rigidité, fixité ou mieux tonicité). — Confrmatur morborum sedes in anima sensit., 5, p. 449; cf. Vita multiplex in homine, p. 579.
(2) Si on lit avec attention Jgnotus hospes morbus, 61 et suiv., p- 398, je ne crois pas qu'il soit possible de voir autre chose dans ce passage capital (Of. tbid., 40; Ortus imaginis morbosae, 2; De febribus, Xi, 2-3, p. 774) que de la pure ontologie. Dans le même opuscule, 54, p.397, il blâme les anciens de considérer la maladie comme une simple qualité, et non comme étant matérielle, — Van Helmont
De la maladie en. général. — « Dieu n’a pas fait la mort; cela est de foi : donc l’homme est devenu mortel autrement que par Dieu. Et comme le but où tendent et se terminent la plupart des maladies est la mort elle-même, laquelle n’est autre chose que l'extinction de la vie, il en. résulte que la maladie et la mort sont diamétralement opposées à la vie (1); d'où il suit que toute maladie agit immédiatement sur la vie; maïs elle ne peut rien sur la vie si elle n’est appliquée et mêlée à la vie. Cependant l'ennemi maladie ne s'applique point indistinctement à la vie sans qu'auparavant il n'ait assiégé quelque partie de la vie et se soit implanté totalement ou partiellement dans la vie elle-même. Après quoi, la partie de la vie envahie ou vaineue se retire du souffle (aura) vital, et cette partie vaincue et dégénérée devient hostile à la partie de la vie subsistante et encore en possession de son intégrité. Il s'ensuit alors nécessairement que toute maladie, de même qu'elle trouve sa matière dans le souffle organique de la vie, matière au moyen de laquelle elle attaque la vie de plus près et plus profondément, trouve sa cause efficiente dans la même lumière vitale. Et ainsi la maladie, en possession de la matière et de la cause efficiente, demeure autour de la vie. Il importe peu que ce principe morbide (contagio) soit produit par des causes occasionnelles ou par une déviation de la vie engendrée dans l’intérieur de l’Archée (2); il suffit qu'ici, dans les deux cas, la vie soit le principal objectif (objectum) pour la maladie hostile. Comme la vie elle- même est un étre lumineux (3), elle n’agit que par l'organe du souffle vital, ou par l’Archée comme intermédiaire (medium) entre la lumière de la vie qui vient du Père des lumières, et le corps. Mais l’action de ce souffle ou de cet Archée n'est pas différente de celle que tout esprit séminal exerce sur la masse qui lui est soumise, c'est-à-dire en lui imprimant une marque où idée sigillaire, laquelle sait ce qu’elle doit faire et dans quelle direction. Donc toute maladie a une marque sigillaire, et comme un acte séminal qui sait ce qu’il doit faire (4). »
n’est pas toujours aussi positif; mais M. Rommelaere s’écarte de la vérité quand il affirme (p. 370 et 382), contrairement à l’opinion généralement reçue, et à la majorité des textes (j’en pourrais citer d’autres, voy. par ex. De ideis morb., 30, p. 435), que Van Helmont n’est pas ontologisle. On doit reconnaître que rien n’est plus obscur que la manière dont Van Helmont concevait la maladie en général ; néanmoins, les passages que je viens de rapporter sont trop explicites, dans la question spéciale de l’ontologisme, pour n’en pas tenir rigoureusement compte,
(4) Voy. p. 511.
(2) Voy. p. 509.
(8) « La vie en soi est une certaine intégrité lumineuse avec laquelle la maladie ne peut pas cohabiter ; de sorte que la maladie ne subsiste que dans un vice de la vie ou dans une vie dégénérée. » 1gnot. hospes morb., 40, p. 394.
.. (4) Ignot. hospes morb., 8-10, p. 394.
Ce passage contient, en substance, la théorie de Van Helmont (et certes on ne saurait dire que ce soit là de la pathologie générale appuyée sur la physiologie et la clinique) touchant l'essence et l'origine première des maladies. Les extraits suivant(s serviront de commentaire, car il faut pénétrer encore plus avant pour savoir précisément sur quels fondements repose une telle théorie.
Ce que n’est pas la maladie; ce qui nest pas une maladie. — « La maladie n’est ni une diathèse ni un accident lésant Les fonctions, c’est encore bien moins cette lésion elle-même, provenant du combat des causes nuisibles contre les puissances qui nous gouvernent. La maladie est un étre réel, ayant une cause matérielle et une cause efficiente, provoquées elles-mêmes par les causes occasionnelles (1). »
« J’expose maintenant tout au long la doctrine inouïe de l'être morbifique, afin que les médecins apprennent à regarder les maladies dans leur source, et cessent de se laisser tromper par les opinions païennes (2). La maladie n’est donc pas une certaine intempérie des qualités élémentaires, niune victoire émanant de leur lutte continuelle, comme les galénistes l'ont rêvé jusqu'ici; ni une des quatre humeurs fictives dépassant sa crase et s’égalant aux quatre éléments (aequiparatus); ni une matière quelconque dégénérée, suscitée par l'impression des éléments. Toute matière excrémentitielle est soit une matière nue (simple) précédant la maladie, et par conséquent cause occasionnelle de la maladie; soit le produit de la maladie (voy. p. 543) résultant de l'erreur des parties, etainsi un certain effet postérieur de la maladie, quoique ensuite il produise occasionnellement une autre maladie, ou qu’il réveille et aggrave une cause (maladie) précédente. La maladie n’est pas non plus une qualité mauvaise produite par le poison où la contagion d’une matière autre et nuisible. Ces défauts (peccata) accusent seulement la présence du mal, non un effet, dépendant de là seulement occasionnellement. La maladie est done un certain être né, après qu'une puissance étrangère nuisible à violé le principe vital, pénétré jusqu'à sa force, et,en y pénétrant, excité l’Archée à lindignation, à la fureur, à la crainte, lesquelles passions excitent une idée semblable à elles (3).» s
« Le calcul n’est pas une maladie ; c’est la lithiase primaire (H), et la vé-
(4) Ignot. hospes morb., 40, p. 394.
(2) Expression paracelsique.
(3) Ortus imaginis morbosae, À, p. LA. :
(4) C'est-à-dire, la maladie est la puissance formatrice, Vidée génératrice des calculs, ce qui équivaut en partie à ce que nous appelons diathèse (voy. p. 507, note 3). Par analogie, sans doute, Van Helmont soutient ici, non sans raison (voy. p. 512, note 1), que la maladie existe toujours en nous dans les intervalles des ac-
‘cès de la fièvre ou des attaques de l’épilepsie et de Ia goutte.
50h VAN HELMONT.
ritable maladie Duelech, est l’idée elle-même entée radicalement danses puissances de l’Archée des reins ou de la vessie. Cette idée n'existe pas chez les gens en santé ; en conséquence elle ne produit pas, n’excite pas, nesépare pas régulièrement chez eux parl’urine, laquelle contienten elle matériellement ce qui est nécessaire au Duelech (1), le calcul ou le gravier qui sy trouveen puissance prochaine. Mais les ferments [calculeux] une fois introduits dans l’Archée des reins et des parties qui en dépendent, son idée active (actuans) et efformante s’y établit, parce que la puissance prochaine était à l’état latent dans la matière. C’est ainsi que se forment le calcul ou le gravier qui sont les produits de la véritable lithiase (2). Cette idée qui habite dans l’Archée, enté dans ces parties, est le séparateur morbifique et l'artisan qui commande à la faculté propre de cet organe et la gouverne suivant ses errements déréglés. En effet, au-dessus de cette faculté innée et vitale des reins, se trouve la puissance des idées séminale et fermentale : le produit qui procède de cette maladie primitive dans la voie de la génération est le monstre Duelech lui-même. Cela est également prouvé par deux propositions : l’une, que toute maladie est dans l’être vivant, et par conséquent dans l’Archée moteur, et non dans l'être mort par lui-même et inerte (3); l’autre, que la maladie est un être substantiel, existant en nous par lui-même. D’où je conclus que la maladie, à l'instar des autres êtres naturels, procède du non être à l’être et naît séminalement (4). »
Qu'est-ce que la maladie? — Maintenant que nous savons ce qu’il ne faut pas considérer comme étant /a maladie, cherchons à deviner (car c’est le mot dont il convient ici de se servir, tant les idées sont vagues et parfois contradictoires) ce que Van Helmont considérait comme étant réellement la maladie. Ce qui ressort le plus clairement de toute la théorie nouvelle (£heoria inaudita), c’est que la maladie est un éfre, ainsi que nous avons déjà cherché à l’établir plus haut (5).
« La maladie est un être réellement subsistant dans un principe invisible, être doué de propriétés diverses ; mais ce n’est pas une intempérie
(4) Il n’est pas même vrai que l’urine normale contienne en elle et en puissance tout ce qu’il faut pour passer à l’acte et former le Duelech-Calcul,
(2) Voyez ci-après p. 518 et 519.
(3) Voyez le & 25 de De ideis morbosis, et plus loin, p. 544.
(4) De ideis morbosis, 28-30, p. 435. On ne peut rien imaginer de plus scolastique, ni rien où l'erreur manifeste côtoie de plus près l'apparence de la vérité,
(5) Voy. p. 504, note 2 ; ci-dessus, lignes 19-22, et p. 507, note 3.
ou une diathèse née du combat des contraires, du mélange, du degré et de la concomitance des humeurs fictives (1). » :
D'où vient et comment se forme la maladie? — Nous demanderons au texte même de Van Helmont une réponse à cette question ; mais il est besoin d'entourer cette réponse de quelques commentaires et de quelques rapprochements.
Pour que naisse une maladie, il faut simultanément des idées et une semence dans laquelle les idées sont incluses, puis un Archée qui se trouble et des désordres qui s’ensuivent. Mais d'où viennent, comment se forment ces idées séminales morbides, quoi de réel se cache sous ce langage énigmatique? Ge sont de pures créations imaginaires de Van Helmont, et dont il paraît croire que ce sont des créations primordiales (2), qui de la puissance passent à l’acte en raison de circonstances spéciales déterminatives, mais circonstances que nulle part il n'indique clairement. La définition qu’il en donne le prouve et montre qu'il a sans doute quelque ressouvenir de la doctrine de Platon (3). Les idées séminales, dit-il, dans tout le système du monde, sont le principe initial, excitateur (inchoativum) de tout Blas (lui-même autre principe moteur) des semences, des générations, des changements. Il ajoute que les idées sont formées (/ormatae, déterminées) par l'Archée (4), non moins que par la vertu imaginative : il cherche même à le démontrer par la terreur que l’Archée
(4) De ideis morb., 36,p. 437; voyez aussi Ignotus hospes morb., 73, p. 400 ; In puncto vitae subject., p. 495; Progreditur ad morbor. cognit., 14, p. 430.
(2) « Comme les idées séminales et primitives, mises dans la semence par les père et mère, sont la figure d’un homme, d’un animal, d’une plante, ainsi les idées d'inclinations, d’affections, déterminent la physionomie et les traits du visage humain, lesquels se modifient ensuite par les idées postérieures de mœurs, d’habitudes, ete. » (De ideis morb., 20, 241, p. 434.) — « Quoique Timaginé (imaginatum) ne soit d'abord qu’un être de raison, il ne demeure cependant pas tel. Car. la phantaisie est une force sigillifère; on l’a appelée jusqu'ici imaginative, parce qu’elle forme les images ou l'idée des choses conçues et les caractérise dans son esprit vital: par suite, cette idée devient un être spirituel (de Za nature des esprits), Séminal et pouvant exécuter des choses importantes. » (De ideis morb.,2, 3, p. 431.)
(3) Voy. Progred. ad, morb. cogn., 15, p. 430.
(4) Où l’Archée prend-il ces idées, comment leur donne-t-il une forme? Autant de problèmes laissés sans solution.
ressent immédiatement, instinctivement à l'attouchement d’un cadavre; avant même que l'imagination ait conscience de là mort, ila conçu ainsi l'idée de la peur en vertu de sa propre el libre faculté, pour devenir alors le jouet de la tyrannie de ces idées (1). C’est précisément comme cela que se forment les maladies, comme on le voit par les extraits suivants.
Voici d’abord un passage où la diversité et la puissance des idées sont présentées de façon qu’il soit au moins facile de saisir comment ces idées une fois admises, agissent en nous :
« Je dois expliquer comment les idées qui se produisent chez l’homme ont une si grande force (2), que souvent elles causent la maladie, même la mort à celui dans l'imagination duquel elles sont nées. Reprenons donc: 4° Les idées naïssent dans l'imagination par la pensée; 2° elles impriment leur image sur l'esprit de vie; 8°ce sont des milieux opératifs (esse media operativa) à l'aide desquels l’âme meut et gouverne le corps; h° ce sont des images séminales; 5°elles sont graduées d'après la puissance et la force de l'imagination; 6° c'est pour cela que l'embryon humain peut se trans former en monstres d'espèces diverses; 7° tout homme par des images tristes, effrayantes, etc. s’imprègne de poisons séminaux qui produisent la peste ou toute autre maladie violente (voy. p. 480, note 4); 8° les idées s’échappentaussihors du corps de celui chez qui elles naissent. Car quoique Vimage conçue par une femme grosse se réfléchisse régulièrement sur le fœtus, même au dernier jour de la gestation, il est cependant certain que le fœtus a sa vie propre, son âme et son être. Il résulte donc de c qui a été dit, que non-seulement il y a dans lesidées une très-grande puis sance pour opérer, mais encore (parce qu'elles sont séminales) pour pé: nétrer et opérer naturellement toute chose. En effet, si la matière séminale ne contient pas une idée conductrice el formatrice, formée par le générateur, la semence par elle-même demeure stérile. Enfin, ce n'est pas dans l’âme humaine que ces idées doivent être immédiatement, mais immédiatement dans l'Archée, lorsqu'il produit son mouvement (npes tum faciens) ; autrement l’Archée serait dépouillé de toute action, Opéra tion, ou propagation. Donc des idées viennent toute motion et action de la nature, tant dans les remèdes que dans les poisons (3). »
(1) Ortus imaginis morb., 14, 45, p. LAS.
(2) « Si on s'étonne qu'il y ait dans l'Archée idéifié (ideatus) et dans les idées séminales une efficacité si grande qu'elle puisse produire les maladies etla mort etle= même, c’est qu’on n’a pas encore reconnu que l'origine naturelle de toute chose se trouve, par la partie idéale, dans une semence quelconque. » (Progr: ad morb. cognit., 8, p. 429.)
(3) De ideis morbosis, 19,p."434.
« Toute matière visible et étrangère, qu’elle vienne du dehors ou qu’elle naisse d'elle-même intérieurement, lors même qu'elle n’est plus qu'un liquide séparé, résidu de la nutrition des solides, et distincte, elle existe cependant toujours avec son nom propre, SOUS forme occasionnelle, comme cause irritante (1), qu’il s'agisse d'une maladie primitive ou que ce soit un produit et un résultat de celle-ci, déterminant dans lArchée un nouvel orage, une maladie nouvelle. Donc toute maladie est consommée (réalisée) de l'esprit enormonticon par les idées conçues dans le propre subjectum de l'Archée, C'est par influence de celui-ci que fout corps vivant, et non le corps mort, est attaqué par les maladies (2). »
Voyons de quels éléments se compose la maladie.
« Comme tous les êtres dans la nature, la maladie se compose de la matière (3) et de l’efficient. En effet, l'Archée efficient, en travaillant par ses exarthroses (4) passionnelles, et engendrant les idées de ses perturbations (car tout ce quise produit dans la nature vient des idées incluses
(4) Voyez plus loin, p. 516 et suiv., la théorie des causes occasionnelles.
(2) De ideis morbos., 24, 25, p. 435.
(3) « Tout ce qui naît vient d'une semence, et toute semence tire son quelque chose de l'idée inhérente à son esprit. — La maladie, qui germe des idées comme de son principe séminal efficient, se revêt d’une matière qui lui convient et qu’elle emprunte à l’Archée, puis devient un être réel, à la manière des autres êtres naturels. » (Progred. ad morb. cognit., 14, p. 430.) I semble que matière de la maladie correspond à semence de la maladie. Mais qui où quoi fournit cetle semence ? — Voici encore un passage qu'on peut rapprocher du précédent : «Toute mäladie est nécessairement un acte idéal efficient de la puissance vitale, se couvrant comme d’un vêtement de la matière archéale et acquérant une forme vitale et substantielle selon le plus ou moins de lenteur et de vitesse des semences idéales. » ({n puncto vitae subject. inhaesion. morb., p.426.)—Dansfgnotus hospes, 33, 34, p. 393, on lit: « Quant à la matière occasionnelle, soit qu'elle vienne du dehors, sait qu'elle se produise à l’intérieur, qu’elle soit coagulable, putréfiable, vaporeuse enfin ou consistante, ce n’est jamais qu’occasionnellement qu’elle émeut l'Archée, lui cause de l'irritation et l’excite de diverses manières. C’est sous l'in fluence de cette perturbation que nait l'idée qui façonne (ow dispose) une certaine partie de l'Archée. Et de ce mélange de la matière de V'Archée et de l’idée séminale déjà dite, comme d’une cause efficiente, nait toute maladie séminale. » — Voyez aussi plus haut, p. 503, Ignot. hospes, 40. — Diathèse n'a pas dans ce paragraphe son sens habituel d'état morbide constitutionnel, car Van Helmont appelle diathèse soit les troubles fonctionnels qui sont la conséquence de la maladie, et non la maladie elle-même, soit même les produits (voy. plus loin, p. 513 et 519) de la maladie. — Of. Progred, ad morb. cognit., 2, p. 428,
(4) Passionum (passionem dans le texte) exarthrosis, luxation : sans doute La rise au dehors, la manifestation, peut-être même le désordre de ses passions.
dans les semences et se propage par elles (4); autrement les progrès de Ja nature, manquant d’un directeurinterne, se feraient à l’aventure); l’'Ar: chée, dis-je, a soin de disposer quelque portion de sa substance selonles fins, hostiles à lui et au tout, qu’il s’est proposées dans cette aliénation de lui-même (2). Et par cela même que la matière est arrivée au terme pro= posé à l’idée efficiente, la maladie est née. Et cela est si vrai, que toute maladie séminale consiste en l'acte réel qui cause la mauvaise disposition de sa matière congéniale (c’est-à-dire de ce qui produit le-mouvement initial, impetum fuciens), et qui nous est appliquée (8). »
« La maladie est un certain être né après qu’une certaine puissance nuisible étrangère a violé le principe (initium) vital, pénétré sa force et excité ainsi la colère, la fureur, la crainte de l’Archée, L’anxiété et la contrariété causées par ces perturbations font naître une idée semblable à elles, et une image, fruit de l'imagination (4). Gette image se forse, s’imprime et se grave promptement dans lPArchée; et, recouverte de lui comme d'un vêtement, la maladie fait bientôt son entrée en scène, com= posée d’un corps archéal (5) et d’une idée efficiente (6). »
« De même que la santé consiste dans une vie régulière, ainsi la maladie vient d’une vie lésée. La vie subsiste uniquement et prochainement dans le siége de l'âme; mais l'âme n’opère en dehors d'elle-même que par la vertu d’un organe, son serviteur, qui est le souffle vital de l’Archée (7). »
Complément de la théorie des idées archéales, — « J'ai déjà parlé des
(1) « Comme aucune des choses constituées ne se fait originellement par ellemême, nécessairement les puissances des choses morbides et des choses vitales dépendent des idées du générateur lui-même (d’où les maladies héréditaires) ou de l’Archée engendré, » (Progr. ad morb. cognit., 12, p. 429.)
(2) Voyez Progred. ad morb. cognit., 44, p. 430 : « Vita quidem est ab anima, ideoque et primae constitutionis praemissus character ; sed morbus a confusionibus ac perturbationibus impuri Archei prodiit, sibique radicaliter insertus, sic perman:
sit deinceps inseparabilis, nimirum quoad potentiam formativam idearum infirmarum. »
(3) Ignot, hospes, 41-49, p. 394.
(4) « Imaginem imaginando debitam (?):» D’après lgnotus hospes, 94, p. 405,16 images morbides fabriquées par l’Archée ne sont d’abord que de purs produits de l'esprit et incorporelles, après quoi elles se revêtent du corps de l’Archée.
(5) C’est donc ici l'Archée qui est matière et l’idée qui est efficient. — Dans Ignotus hospes morb., 94, p. 405 : «La matière immédiate et interne de la maladie est prise de la masse de l’Archée lui-même. »
(6). Ortus imag. morb., 2, p. 441.
(7) Ortus ünag. morb., 3, 4, p. 442.1 est dit au 8 9 (voy. p. 480, note 4, et p. 506) que la peur de la peste crée la peste, comme la tristesse que cause là pauvreté fait naître les scrofules !
idées humaines (1) d’affections, d’inclinations, de passions et de perturbalions ; mais je n'ai pas assezinsisté sur les idées archéales, alors que lArchée, emporté, sort lui-même de ses bornes, et, comme Protée, prend plaisir à se transformer. De même, en effet, que la passion de celui qui engendre implante ‘dans la semence les idées régulières (d’où l'Archée tive tout son Plas), tout le désordre sensuel et voluptueux, par suite de l'impureté de la nature, doit être attribué à la concupiscence, dont on ne se dépouille jamais entièrement tant qu’on demeure dans cette chair de péché, car elle est attachée à la nature souillée par les passions. L’Archée s’atiriste en quelque sorte, s’irrite, est pris de haine, d'inquiétude, de désespoir, et devient à charge à lui-même, quoique Vhomme ne soit pour rien dans ces mouvements et ne les ait point sentis en lui. Il se fait dans l’Archée des débordements qui n’ont pas de nom, parce qu'ils lui sont propres et qu'ils n’ont point d’affinité avec les perturbations humaines ; d’où il résulte que les images excentriques et virulentes produisent de vrais poisons. Ce sont pour ainsi dire des affictions qui naissent spontanément et rongent la vie comme les mites rongent un vêtement, ainsi que parle le Sage. C’est à ces idées sans nom qu'est due l'apparition d’une maladie qui est demeurée à l’état latent, où qui a un caractère héréditaire... Il est certain que les irrégularités propres à l’Archée qui naissent en dehors du commerce de l'organisme et de l'âme, ne se font nullement sentir dans l’homme... Dans la passion, l'âme est en quelque sorte hors d'elle-même et se retire pour ainsi parler pendant que l’Archée imprime son image sans la participation de l'imagination (2)...
«L’Archée, en tombant dans les désordres luxurieux qui lui sont propres, tout entier impatient, devient en quelque sorte furieux, et tantôt laisse échapper les rênes du régime [de la nutrition?], lequel ne peut jamais chômer, tantôt les ressaisit, quelquefois agit avec négligence et devient à charge à lui-même ; rassasié même de voluptés, cet être tout à fait irralionnel (déraïsonnable) (3) se forge des tourments. Par suite de Vinterruption dans le travail des digestions, l'humeur alimentaire, retenue trop longtemps pendant la sixième période (nutrition où intususception, voy. p. 497), produit un ferment étranger par suite de l’exubérance de la digestion, et n’atteint pas son but (4). Alors l'Archée, comme
(4) Voy. plus haut, p. 506. !
(2) Puis on entrevoit, à travers un flux de paroles, une théorie de l'influence du moral sur le physique, mais fort exagérée ef, parfois, des plus étranges. = (3) Cemment expliquer, dans un tel être, toutes les facultés, les puissances, souvent l'intelligence que Van Helmont lui reconnait ? À cela il n’y a rien d'étonnant, car Van Helmont, pour ne pas rester en arrière des saintes Écritures, accorde une sorte d'intelligence au sang. (De magnet, vuiner. curat., 163, p. 617.)
(&) On voit ailleurs, p. 483, note 2, que, pour Van Helmont, la cause seconde, où
effrayé ei se repentant de son incurie première, meut de nouveau toutes choses. Mais je ne puis expliquer d’une manière satisfaisante les moyens dont l’Archée se sert pour accomplir ses excentricités spontanées, ni dépeindre avec justesse les idées qui en naissent, puisqu'elles sont invi sibles, imperceptibles, et produites dans l’abstraction de l’Archée par les fonctions corporelles. Je ne sais pas, en effet, de quelle façon It principes (énitia) séminaux expriment leurs qualités. J’en suis réduità des conjectures tirées du semblable ; c’est par la Comparaison de ce qui est régulier dans l’homme que je les ai faites; qu'un autre plus jüdi cieux se charge du soin d’en donner l'explication (4)... Pour arriver la paix nécessaire à vos études et au traitement des malades, cherche et vous trouverez (2). »
« La maladie (3) est un être existant réellement dans le corps, formé
mème le siége des maladies se trouve dans le duumvirat, foyer des digestions & centre de tous les êtres vitaux qu'il a imaginés.
(4) A la bonne heure, voilà qui est parler d’or! Van Helmont lui-même, se pers dant dans les labyrinthes de son imagination, ne sait plus ni d’où viennent les idées ou les semences, ni comment elles ont tant d'efficacité. Alors, il ne fallait pas se mettre en si grands frais pour faire revivre ces idées et ces semences.
(2) De morbis archeal., 7-10, p. 438 et suiv.—. II suppose même qu’on pourrät peut-être trouver un arcane unique pour s'opposer à toutes les irrégularités de V'Archée. — Jamais on ne me persuadera que, sous cet étrange langage, se cachéht des idées sublimes de pathologie générale, car tout cela est dit a priori et ne réposé pas sur l’idée que les mouvements physiologiques de la vie peuvent, sous certaines influences, se changer en mouvements pathologiques: l’Archée est un être qui fâche ou s’apaise, ou reste calme, comme se fâche, s’apaise ou reste calme l’homme considéré dans son moi. C’est en vain aussi qu'on voudrait distinguer nettemeil les maladies séminales des maladies archéales. Le passage suivant prouve quelles idées de Van Helmont sout des plus confuses à cet égard; cela résulte de la mul tiplicité de ses êtres : « Dans toutes les maladies séminales, je trouve une matière vecasionnelle qui, comme un hôte violent et emporté, viole le droit d’hospitalité el trouble l'économie. Je constate aussi que l’Archée est troublé dans chaque malt die; d’où je considère, en effet, une autre matière interne de la maladie, à savoir, la partie de l’Archée qu’elle à souillée par sa propre déviation (exorbitatté, comme exarthrosis, voy. p. 507, note 4), et dans laquelle partie elle a introduit l’idée de sa perturbation et la cause séminale efficiente de la maladie. » (Ignot, hosp. morb., 43, p. 395.)
(3) « La maladie est un certain mal par rapport à la vie ; quoiqu’elle vienne du péché (voy. plus haut, p. 509, et plus loin, p. 516), ce n’est cependant pas un mal à l'instar du péché qui a pour cause une insuffisance à laquelle manque lespèce;le modeet l’ordre; mais la maladie vient de la cause efficiente séminale positives actuelle et réelle, avec semence, mode, espèce et ordre.» (Introd: diagnostic, 8, p. 424.)
par la matière et la semence interne efficiente, et qui s'était garanti jusque-là des causes occasionnelles ; car les commencements internes des choses constituent l'être lui-même et sont une portion inséparable de la quiddité essentielle. Ainsi, lorsque nous parlons de l’âme ou du corps humains, c’est avec raison que nous donnons à l’une et à l’autre le nom d'homme, quoique aucun des deux ne le renferme intégralement.
« Ainsi, la matière de la maladie est vraiment la maladie (1), de même aussi que sa semence efficiente est la maladie, quoiqu’elle ne soit pas proprement une maladie complète. Et, puisque la maladie n'existe que chez les vivants, non chez les morts (2), la vie est nécessairement la demeure immédiate de la maladie, son subjectum interne, enfin, l'artisan de la maladie (3). Comme la vie n’est pas du corps, ni essentiellement propre au corps, mais que le corps sans la vie n’est qu’un cadavre, et que la maladie est dans la vie, nécessairement aussi toute matière, domicile ou efficiente de la maladie, ne dépasse pas les limites de la vie, c’est-à-dire que toute maladie habite dans la case (intra capsam) de l'Archée, qui seul est le témoin immédiat, l’exécuteur, l’organe et l'asile de la vie. Les apostèmes, les ulcères, les souillures, les excréments sont seulement l’oceasion des maladies et de la mort, ou leurs derniers produits suscités pour jouer un rôle dans la nouvelle tragédie. On ne doit donc pas s'étonner que toutes les maladies s’évanouissent avec la vie, si la vie est le subjectum immédiat et la demeure des maladies. J'admire depuis longtemps que jusqu'ici aucun médecin n'ait su en quoi consistait l'essence des maladies (4) ! »
Je donne, comme complément et comme corollaire de la
(4) On lit un peu plus haut: « La santé et la maladie sont en contradiction. La vie éteinte n’est pas la maladie et n'admet pas la maladie en elle. À proprement parler, cette vie éteinte est le rien pur (merum nihil) et n’existant plus, tandis que la maladie est le quelque chose (Loc aliquid). »
(2) « Lamaladie est dans un être vivant et ainsi dans un Archée moteur, mais non dans un être mort par soi et privé de mouvement, » (De ideis morbosis, 29,p. 435.)
(3) Au milieu de cette logomachie, la maladie devient tout simplement ici une manifestation ou un désordre de la vie troublée. Voyez aussi De febribus 1,27, p. 744. Mais c’est une idée plus singulière encore de placer le siége ou presque la matière de la maladie dans une force. Si au moins on se contentait de dire que la force vitale agit dans tel ou tel sens, que la maladie est une modalité de la vie! J'avoue que mon esprit est réfractaire à toutes ces vagues conceptions qui n’ont, elles, aucune réalité substantielle, et auxquelles on s’efforce de donner une suite et une précision qu’elles n’ont pas. Une page de Sydenham vaut mieux que tout cela, non pas que Les hypothèses soient absentes des ouvrages de ce grand médecin, mais elles n’y sont qu’un accessoire : le clinicien perce toujours à travers.
(4) In puncto vitae subjectum inhaesionis morborum, p. 425. — Si au moins Van Helmont eût réussi à remplacer avantageusement les idées anciennes !
théorie sur la maladie, quelques autres extraits où Van Helmont tâche de distinguer les vraies maladies de ce qui n'estque le résultat ou le symptôme de la maladie (voy. p. 513).
« Les écoles considèrent aussi la maladie comme un produit neutre, qui se forme par l’activité de la cause et la résistance de notre nature. Moi, je dis que, dans la maladie, l'agent actif (formel, formale) et l'agent passifsont étrangers à nous dans cet acte. Je sais, par exemple, quele mal caduc, dans les jours de rémission, n’est pas moins réellement en nous que lorsque l'accès se manifeste (1). Jen’ignore pas non plus que la maladie est un être réel, substantiel, mais non pas relatif, non le simple rapport de l’agent actif en lutte contre l'agent passif, comme est le rapport des extrémités avec le milieu; que ce n’est pas non plus la conformité de la proportion ou de là disproportion entre les extrêmes. Je sais, en outre, que tout agent naturel est destiné à produire son semblable, excepté celui qui agit par Le Blas; or, j'ai appelé Blas, au commencement des Physica (2), la force motive sur place aussi bien que la force altérative, parce qu’elle n'avait pas de nom. Ainsi, le ciel engendre les météores, non des cieux. L'homme par le Blas volontaire, l’Archée par le Blas idéal et séminal, pro= duisent des altérations diverses. L'agent séminal désordonné, au moyen du Blas étranger, produit comme par avortement un monstre qui est proprement la maladie. Car, quoique la maladie, suivant ses causes, soit naturelle, à notre égard cependant elle est contre nature, tant parce qu'elle vient d’un Blas étranger que parce qu’elle porte un Blas hostile et suscité d'elle-même. Aussi ce monstre ne produit un monstre sem. blable à lui qu’en transmettant par les ferments sa semence contagieuse, faisant ainsi naître chez les autres, ou ailleurs (in aliis), des maladies par accidents (3). »
(1) « Qui niera que la maladie soit réellement présente aux heures de rémissiott (Silentium) dans la fièvre quarte, l’épilepsie, la manie ou la goutte, alors qu’on ne voit cependant aucune lésion des fonctions? Qui n’a observé, chez un convalescenty moins d'énergie et plus de faiblesse que dans l’ardeur du début de la maladie? IL m'a donc toujours paru déraisonnable de vouloir définir une chose essentielle= ment par des effets postérieurs et qui en sont séparables. » (Ign. hosp. morb., 56, p. 897.) Cela est vrai, mais cela ne prouve pas que Van Helmont ait eu une notion juste sur l’origine première et la nature de la maladie.
(2) La définition du Blas se trouve partout ailleurs que dans les Physica Aristo= telis et Galeni ignara (si c’est à ce traité que Van Helmont renvoie) ; du moins k nécessité d’un Blas n’est tirée qu’indirectement, dans cet opuscule, de l'insuffisance des théories anciennes sur le premier moteur, — Voyez surtout, p. 65, le Blas meteoron, et, p. 143, le Blas humanum.
(3) Ignotus hospes morb., 61-63, p. 398. — Voyez plus loin, p. 518-519, là trad, des 8$ 64-68 du même traité.
he ET EL
Symptômes et produits de la maladie. — Par produit de la maladie, Van Helmont entend une modification matérielle du corps, qui succède à la maladie et qui est reliée à celle-ci par un rapport de cause à effet. Les produits et les effets des maladies sont des générations séminales, dépendant tellement des semences qu'elles en reproduisent les propriétés (1).
Quant aux symptmes, ce sont, d’après Van Helmont, des accidents dus à une erreur ou à une fureur de nos facultés (2).
«La maladie prend son origine dans la matière de l’Archée, alors que, poussé par une idée étrangère, il s’'emporte contre nous à cause de l’injure qu’il croit avoir reçue des causes occasionnelles. L'action concomitante résultant de la déviation (exorbitatione) propre de l’efficient (comme la céphalalgie, le délire, etc.), n’est qu'un symptôme. Mais, pour tout ce qui se produit à la suite d’une maladie, soit à cause de la douleur, du spasme, du régime des parties, ou de l’action fermentale, si ce résidu subsiste réellement dans sa racine en soi, c’est un produit de la maladie. Parmi les produits, quelques-uns sont des effets ultimes laissés par la maladie, comme le squirrhe et l’hydropisie par lafièvre;ouils passent dans la catégorie du fiers esse, comme l'urine mucilagineuse chez les calculeux. Ces produits n’annoncent pas la transmission d’un autre mal, ni d’une matière morbifique ou de produits futurs; ils restent semblables à ce qui leur a donné naissance, car c’est par la contagion du ferment qu'ils s'étendent davantage, comme on le voit dans la teigne, la lèpre, le mal vénérien, etc. D'autres, pénétrant plus avant, se dilatent complétement et engendrent d'une manière irrégulière ; par exemple, l’apnée, la convulsion,etc., qui naissent de l'utérus ou de l'estomac (3). Ainsi, les douleurs causées par les acides produisent la diarrhée, les hémorrhoïdes, les dyssenteries et
autres maladies de ce genre. Par intervalles même, quand la semence des maladies est inactive, il se produit, d’un germe occulte de l’Archée, “quelque chose d’insolite et de discontinu (intermittent, discontinuum),
comme le mal caduc, la goutte, la manie, etc. (4). »
« La maladie n’est ni une intempérie des qualités élémentaires, ni le produit de l’une des quatre humeurs fictives, ni une certaine matière dégénérée suscitée par l'impression des éléments; mais toute matière
(1): Ignotus hospes morbus, 77, n° 9, p, 404.
(2) Ign. hosp. morb., 77, n° 7, p. 404.
(3) Dans Jus duumviratus, 46, p. 247, il est dit que l’estomac tient les clefs de l'utérus; la preuve est tirée de l’action des médicaments qui, ingérés dans l’estomac, provoquent rapidement l'expulsion du fœtus.
(4) Ignotus hospes morbus, 83, 84, p. 403, — Voy. aussi $ 40, p. 394.
54h VAN HELMONT.
excrémentitielle est, ou unematièresimple (nuda) précédant la maladie (1), et, par conséquent, cause occasionnelle de cette maladie, ou un produit de la maladie résultant de l'erreur (du désordre) des parties (2), et ainsi un certain effet postérieur de la maladie, quoique ensuite il puisse sus citer occasionnellement une autre maladie ou entretienne et aggrave la cause mauvaise antécédente (3). »
«Pour moi la maladie est un être substantiel, produit par les causes archéales matériellement et efficiemment. Mais j'appelle fruits et sym» ptômes la chaleur, le froid, et tout ce qui les accompagne, comme entièrement étrangers aux produits de la maladie. Souvent, en effet, on trouve beaucoup de symptômes dans une maladie furieuse, laquelle, cependant, se termine, dans beaucoup de cas, sans produit. On le constate dans les fièvres intermittentes (mais voy. plus bas). Il ne surgit pas, en effet, une maladie nouvelle, mais la nature tend seulement à se débarrasser d'un hôteimportun (voy. p. A99 et 519) ; sous cet effort, se montrent Jes fruits et les symptômes : assoupissements, chaleurs, frissons, douleurs; veilles, inquiétudes, vomissements, faiblesses, ete. Mais souvent aussi la maladie transforme {a matière de l'hôtellerie (convertit materiam hospitii), lorsque, par exemple, l’Archée, exeité par le ferment occasionnel, fait naître un nouveau produit; que la première maladie soit renfermée où non dans le terme du produit. Il n’est pas rare non plus que la maladie produise occasionnellement un monstre qui ne lui ressemble pas, par | exemple, lorsque les fièvres produisent l’hydropisie, la cataracte, le squirrhe, elc., car ce sont des produits des maladies par accident; el c’est une idée nouvelle venant de l’Archée qui en est la mère (4). »
«Le produit de la maladie diffère du symptôme en ce qu'étant un fruit, le symptôme demande, il est vrai, à V’Archée, autant qu’il esten lui, un adoucissement, mais non la guérison, car il disparaît avec la maladie. Jene vois pas que dans les écoles on ait fait mention du produit des maladies; on le confond ou avec le symptôme, ou bien on l’attribue à une nouvelle intempérie ou à un nouvel afflux d’humeurs (5).»
L'idée nouvelle de l’Arthée n’équivaut-elle pas à cette nou velle intempérie, à ce nouvel afflux d'humeurs ?
(1) On ne s’étonnera pas de trouver çà et là quelques répétitions, car les mêmes textes peuvent servir à plusieurs fins, et Van Helmont se répète sans cesse.
(2) Le produit correspond en partie aux lésions cadavériques, puisqu'il persiste après la mort, tandis que le sympiôme disparaît avec la vie: C’est bien là ce que les anciens appelaient l'ombre des maladies.
(3) Ortus imag. morb.;1,p. AM, et voyez plus haut, p. 507,
(4) Ignotus hospes morb., 73, p. 400.— Voy. plus haut, p: 513, la trad, des 8S 83, 84, et plus loin, p. 518-519, celle des SS 63-68 du même traité.
(5) Ignot. hospes morb., 74, p. 400:
De la mort comme terminaison des maladies. — « I] est hors de doute que toutes les maladies, en général, comme adversaires et ennemies des puissances de l’âme, attaquent aussi immédiatement l’âme caduque et mortelle (1), dans laquelle elles peuvent lancer leurs dards et qu’elles peuvent pénétrer, à cause de la similitude du symbole sublunaire ! Cette lutie commence dans l’Archée, portier de l'âme ; puis de là elles s’avancent plus avant et pénètrent jusqu'au noyau de l'âme (2). Les maladies qui viennent du dehors et comme en voyageuses sont soumises en qualité de clients à celte loi, comme celles qui naissent d’elles-mêmes à l’intérieur Où qui jaïllissent du silex archéal (3). »
« Puisqu’il est admis sans contestation que la maladie est un éfre existant en nous comme dans une hôtellerie, qu’elle est douée de propriétés particulières et de symptômes divers, nécessairement la maladie n’est pas du nombre des accidents, attendu qu’un accident ne dépend pas d'un autre accident combiné avec lui, et distinct de lui de toute son espèce. En effet, l'acidité ou l’amertume ne sont pas des propriétés de la blancheur, de la noirceur, de la légèreté ou de la chaleur; mais chaque qualité est ce qu’elle est en soi. Donc si la maladie est un étre, non un accident, si d'elle-même non-seulement elle tire des altérations, des dispositions diverses, des défaillances, mais encore qu’elle engendre des sub stances détournées du but que la nature leur a fixé, c’est dans la matière et son efficient interne ou séminal qu’elle doit nécessairement consister. Enfin, comme la maladie est dans la vie (internus ipsi vitae), il s'ensuit aussi que lamatière de la maladie est archéale, el que son efficient est vital. Pour parler plus clairement(l),toute maladie est nécessairement un acte idéal efficient de la puissance vitale, se couvrant comme d’un vêtement de la matière archéale, et acquérant la forme vitale et substantielle selon là lenteur ou la célérité des semences idéales. On ignorait tout cela jusqu'ici, etbien plus encore ce que je vais dire, m’appuyant sur cette thèse : Dieu n’a pas fait la mort. Il est tellement ennemi de la mort qu'il ne veut pas être appelé le Dieu des morts. Et bien que la mort se produise quelquelois sans maladie, le plus souvent cependant elle ne vient qu'à la suite d'une maladie ; tout le monde convient que cette mort est la fille des maladies, ou la cause seconde par laquelle et à cause de laquelle la vie s’éteint, c'est-à-dire la mort arrive (4)... Comme Dieu n’est pas l’auteur de la maladie, et quoiqu’elle ait une forme substantielle, elle ne possède d’autre vie, ou lumière vitale, que celle qu’elle reçoit de la vie elle-même. »
(£) Voyez p. 483 et 502,
(2) Le noyau de l’âme réside (Cf. p. 483), dans le duumvirat ; aussi Van Helmont place:t-il le siége des maladies chroniques ou radicales et des maladies aiguës dans ce même duumvirat.— Confirm.morb.sed., ete., 9, 10, p. 450.
(3) Confirm. morb. sedes in anima sensit., 2, n°5 40, 44, 42, p. 448.
(4) In puncto vitae subjectum inhaesionis morbor., p. 426.
Un peu plus loin et ailleurs (1), Van Helmont explique com: ment la maladie et la mort sont une conséquence du péché ori: ginel (2); comment elles ont l’une et l’autre leurs images passionnelles; puis il continue :
« C'estnécessairement d’une certaine semence que se produit tout ce qui naît ou est fait ; et toute semence tient cette propriété (hoc aliquid) d'une idée dont son esprit est doué. La maladie est un être réel, et se montre seulement chez les vivants. D'où il suit que, quoique la maladie attaque la vie, comme précurseur de la mort, elle nait cependant du principe vital, cause même de la vie, à savoir de la chair de péché. La mort néanmoins, et tout ce qui est mort, n’a pas de racines pour reproduire. La mort donc, qui est la fin ou la privation, n’a pas l'image séminale, et c’est ce qui la distingue des maladies [qui peuvent avoir des produits]. La vie, à la vérité, vient de l'âme; elle est le caractère qui précède la constitution première; mais la maladie est sortie des confusions et des perturbations d’un impur Archée; et radicalement insérée en lui, elle en reste désormais inséparable, à savoir quant à la puissance formatrice d'idées maladives. Ainsi la maladie, formée par les idées comme par son principe séminal efficient, se revêt d’une matière convenable qu’elle emprunte à l’Archée, et devient un être réel, à la manière des autres êtres naturels. Et comme l'idée est déjà formée dans l’Archée, elle se hâte d'agir et ne se repose point qu’elle n’ait souillé une partie de l’Archée, Dans cette idée naît de temps en lemps un ferment, comme le médium de la cause efficiente, par aversion de l’intégrité de la vie ; et à l’aide de ce ferment elle souille la partie grossière du corps ou du moins trouble l’économie des digestions (3). »
Causes des maladies. — Les maladies proviennent toutes primitivement d’un trouble de l’Archée. Ce trouble peut être déter-
(4) Voy. p. 510, note3.—Cf. Thesis, p. 545-5414 ; Mortis introitus, p. 512 etsuiv.
(2)«Quoïqu’on en rie, et pour me conformer à mon plan, j'ai dû, moi médecin, parler en moraliste, Et cela, non-seulement, en tant que les mauvaises dispositions de l'âme nuisent à la santé et la rendent chancelante, mais surtout parce que la maladie étant la fille du péché, on ne peut la bien connaître si on ignore la force de la concupiscence du péché, d’où le courant de la maladie arrive dans l’Archée par le canal des idées. » (De ideis morb., 18, p. 434.)
(3) Progred. ad morb. cognit., 14, p. 430. — « Chaque partie reçoit souvent une impression fâcheuse qui nuit beaucoup à la digestion des membres ou l'intervertit. Dans ce cas, j'appelle cette mauvaise impression le bourreau du membre, l'obstacle à la digestion et le dépravateur de l'aliment ultime (nutrition); c’est au= tour de cela, en effet, que doit rouler tout l’art de guérir.» — Voy. aussi Catarrh. deliram. 2, p. 346; De febribus, x1, 5, p. 770.
miné par deux ordres de causes : es causes propres à l’Archée, celles qui troublent l’économie directement, sans l'intervention d’une cause occasionnelle étrangère; les causes externes à l’Archée. Sous cette dernière rubrique, on doit ranger l’action des médicaments, des poisons et de tous les corps que Van Helmont désigne allégoriquement en plusieurs passages sous le nom d’épine (1). On peut reconnaître deux ordres de maladies : des maladies archéales ou séminales, et des maladies dues à des causes occasionnelles (2).
Nous avons tâché jusqu’à présent de déterminer aussi nettement que possible ce qu’il faut entendre par les maladies qui proviennent des mouvements propres et, il faut bien ajouter, spontanés (3) de l’Archée réagissant contre les idées séminales morbides, dont l’origine n’est indiquée nulle part; il nous reste à donner quelques détails sur les maladies archéales occasionnelles, ou mieux encore sur les causes occasionnelles des maladies; il nous suffira pour cela d'emprunter à Van Helmont luimême un tableau de ces causes (4), avec la correction que M. Rommelaere y a apportée (p. 383) ; je complète ce tableau par quelques additions tirées des écrits où il est question des diverses classes de causes occasionnelles, et comme préambule je transcris deux passages, l’un tiré de l’Introductio diagnostica, l’autre del’Zgnotus hospes morbus.
(1) Voyez, par exemple, Peura furens, 13, p. 319. — Les blessures, les accidents traumatiques, l’oblitération des conduits naturels sont des maladies extrinsèques qui, suivant Van Helmont, ne rentrent pas dans le domaine de l’Archée (voy. par ex. Ignot. hospes, 31, p. 393). Cependant, comme une blessure peut troubler l’Archée autant que l'épine de la pleurésie, elle devient secondairement une maladie, — La cavité de l'ulcère, ou l’ulcération n’est pas la maladie ; la maladie c’est l’idée ou le ferment qui creuse l’ulcère. — M. Rommelaere {p. 464, 465) a cru reconnaître, dans Scabies et ulcera scholarum, 21-22, p. 258, que Vän Helmont avait entrevu d’une façon très-nette la membrane pyogénique ; mais j'avoue n'avoir rien trouvé qui y ressemble, et je passerais volontiers le livre à un chirurgien ; il serait peut-être plus heureux que moi.
(2) Cette division, admise avec raison par M. Spiess, quoiqu’elle ne soit pas toujours très-nette, est également acceptée par M. Rommelaere.
(3) Voy. plus haut, p. 508-510, la traduction du traité De morbis archeal., 7-10, et p.518, note 8. ;
(4) Morborum phalanx secundum causas occasionales, p. 452.
« J’appelle causes externes et occasionnelles celles qui ne découlent pas de la racine elle-même de la vie ; les autres causes (archéales) sont la maladie elle-même. Le pain, après la mastication et la déglutition, est encore externe parce qu'il peut être rejelé; il en est de même du chyle dans l’estomac : bien plus, lorsque le chyle nous a été assimilé (domeslicus factus), et qu’il est devenu citoyen intérieur de notre économie, cependant, s’il se sépare du vivant, s’il se précipite dans la cuisine des maladies, et passe ainsi à l’état d’hostilité, on doit encorele tenirpourexterne, au point de vue de la vie. Ainsi l'air pestilent attiré à l'intérieur, quoiqu'il y ait introduit son poison, et qu’il soit interne eu égard au corps, n’est pas encore interne au point de vue de la vie, et ce n’est pas encore non plus une maladie, car il ne contient la maladie qu'occasionnellement, et il ne se dépouille jamais de cette occasionnalité. Mais la peste existe lorsque l’Archée, s'appliquant la contagion, sépare du tout sa partie infectée : or c’est à chasser cette contagion que ce qui reste de l'Archée travaille avec anxiété, de peur que, à cause de l'union, la contagion n’y pénètre et n'y cause la mort. La même chose arrive à peu près dans les autres maladies. Car la vie n’est mise en danger prochainement que par un certain sien poison qui lui est Propre ef auquel elle a permis de s’introduire en elle (4). »
« Quant à la cause efficiente des maladies, il y a intérieurement une cause efficiente née par avortement (partu abortivo), par exemple la Cataracte dans l'œil, le calcul, la matière fébrile, laquelle Cause, quoiqu’elle soit dite, dans les écoles, cause efficiente morbifique immédiate et continente, n’est cependant que cause occasionnelle des maladies, et externe eu égard à la vie, dans laquelle est toujours toute maladie. Cette matière visible ne peut donc être regardée comme un véritable efficient, ni même comme une partie quelconque de l'essence matérielle intrinsèque de la maladie elle-même. Elle reste cause excilatrice et occasionnelle des maladies ; carsila matière efficiente etséminale doit atteindre immédiatement et pénétrer les facultés vitales et la vie elle-même, il faut de toute nécessité qu’en un point elle contienne le symbole de la vie. C'est ce qui se voit toujours dans les maladies séminales; en effet, comme la maladie n’a pas prise sur un cadavre, de même elle ne peut êlre que dans un vivant (2). Or, parmi les causes efficientes, il en est une qui est et demeure externe : comme le fer poussé par une force impulsive produit, dans la matière divisée, une maladie qui est dite blessure; de même est le froissement exercé dans la vessie par le calcul (3).
(1) Introd, diagn., 12, P. 425. — Tout cela, comme on voit, n’est pas frèssensé; du moins on comprend assez bien ce que l’auteur a voulu dire.
(2) «Rien, dans les parties contenantes, n’est détruit chez les vivants avant que la vie soit éteinte. » (Ignot. hosp. morb., 90, p. 404.) :
(3) « Les maladies externes, comme les blessures, et celles, quelles qu’elles soient,
« Quoique quelques -efficients externes aient des origines séminales (comme le calcul), eu égard cependant à la maladie qu’ils engendrent, ils n’ont pas de semences et sont extérieurs et étrangers à la maladie. Mais les causes efficientes internes occasionnelles ont une semence qui entretient la maladie suscitée par elles, et sont comprises dans la catégorie du in facto esse, comme on je voit dans la fièvre, l’apostème, eic. I] y a enfin des efficients occasionnels qui souillent par une propagation continue et fermentale, comme l’ulcère, l'ictère, etc.; d’autres sont internes occasionnels et dorment quelquefois longtemps, comme dans le mal caduc, la goutte, la manie, l'asthme, les fièvres, etc. Parmi les efficients internes occasionnels, quelques-uns travaillent incessamment à séparer la matière de notre COrps de la communion de la vie. S'il s’y joint un ferment (ce qu'Hippocrate, dans les maladies, appelle le divin), il se produit des colliquations. Mais, dans la fièvre, la matière occasionnelle efficiente, selon la double propriété dont elle est douée, excite l’Archée à la propulsion pour sa destruction (in consumptionem sui) (1). Aussi ne laissetelle aucun produit. après elle, à moins qu’une idée nouvelle n'ait découlé par accident de l’Archée devenu impuissant: COMME lorsque la fièvre engendre l'hydropisie (VOY. p- 514). Mais les douleurs, l’assoupissement, les veilles, Les défaillances, etc., ne sont que des symptômes ou des diathèses. L'efficient séminal produit le calcul, corps étranger, etse repose alors, quoique ensuite il cause par moment de la douleur et des mouvements nouveaux, les produits du calcul sont des excoriations et des maladies nouvelles, monstres différents de leur père. Car, à proprement parler, la génération du calcul n’est pas plus une maladie que le calcul lui-même, qui, en soi, est un composé naturel, mais morbifique à notre égard. Aussi se forme-t-il, même en dehors de la vie, dans le vase de nuit par la propriété qu'il a de se pétrifier (voy. p- 523). Cest donc une maladie monstrueuse et irrégulière, car c'est par accident et en dehors de la vie qu'elle se forme en nous (2). »
qui interceptent un conduit quelconque, n’ayant pas une origine séminale . et ne fournissant à l’Archée aucune cause d’excitation, appartiennent à une autre Mmonarchie, Mais pour les maladies séminales, il est plus conforme à la nature et au mouvement de supposer que l'esprit Archée, en tant que principe de la sensation et du mouvement, est immédiatement et prochainement atteint par les choses nuisibles, et que cette cause occasionnelle et l'Archée se rencontrent dans un point donné. D’où la maladie.» (Ignot. hosp., 31, 32, p. 293.)
(4) C'est là une idée voisine de celles de Galien. — Voy. aussi p. 499.
(2) Ignotus hospes morbus, 63-68, p. 398 et suiv. — Voy. p. 504, note 4.