‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 162 sur 260 · CHIMISME ET MÉCANISME · texte numérisé non relu

CHIMISME ET MÉCANISME

et le siége précis de ces altérations chimiques et physiques des humeurs (1). Nous nageons dans un véritable cloaque. — Quant à la subdivision des genres en espèces, elle va à l'infini.

De tout cela qu’est-il resté ? trés-peu de chose dans la médecine scientifique, mais beaucoup dans la médecine populaire.

Sylvius fait un mélange du chimisme et du mécanisme. Nous avons déjà vu (p. 565), que la mécanique joue dans l’obstruction un rôle prépondérant pour la production de l’ascite. Quant à l'hydropisie en général, quelle qu’elle soit, la cause seconde la plus fréquente, la plus puissante, doit être attribuce également à l'obstruction, mais la cause première est chimique : les sucs blancs, en devenant trop visqueux par suite de leurs altérations chimiques intrinsèques, engorgent les vaisseaux qui se rompent ou s’éraillent ; lorsqu'ils sont, au contraire, trop séreux, alors ils s’échappent à travers les tuniques. Sylvius soutient d’ailleurs que la matière de l’hydropisie est fournie non par les artères ou les veines, mais par les lymphatiques et les lactées: les artères et les veines ne peuvent produire que l'inflammation et la suppuration, parce qu’elles ne contiennent pas seulement du sérum (2). Il convient donc de combattre l’hydropisie par les correctifs des sucs, par les corroborants des vaisseaux, par l'expulsion médicale (diurétiques, sueurs, évacuants) ou chirurgicale (paracentèse) de la matière extravasée.

Vous voyez donc, Messieurs, quelle distance sépare la théorie

tions, p. 560 ct suiv., Methodus medendi, 1, xxx, et Apperdix ad Prazim, tract, NI, SS 73 et suiv,

(1) Voyez Praxis med., I, xvnr et suiv.

(2) Append. ad Praxim, NI, $ 2, 25 et suiv., et 43 et suiv. — Cependant Sylvius paraît admettre ($ 40 et suiv.) que le sérum s'échappe assez facilement des vaisseaux; mais ce n’est pas pour produire directement l’hydropisie, c’est, au contraire, pour aider à la guérison de l’hydropisie par les sucurs, lesquelles se produisent, tantôt naturellement, tantôt contre nature, mais toujours aux dépens du sérum du sang. — Nous avons déjà montré plus haut quelle idée Sylvius se faisait des sécrétions à propos du lait (p. 562, note 4). — Aux 29-37, notre auteur explique à moitié bien à moitié mal pourquoi, dans les hydropisies, les pieds gonflent pendant la station et se dégorgent pendant le décubitus, tandis que c'est le contraire pour l’œdème de la face, ;

mécanico-chimique de Sylvius de celle des modernes touchant la formation des hydropisies. IL ignore absolument l'influence des affections du cœur, comme du reste on lignorait de son temps, sur la production de cette maladie; il retranche justement aux vaisseaux la part qu’ils y prennent mécaniquement où dynami-

quement; et même sur le rôle des reins il est moins ayancé que Van Helmont.

L'homme qui use volontiers de cette forme de rhétorique, je soupçonne, je suppose, est au fond le plus affirmatif des dogmatiques : cependant il n’a pas craint d'écrire ces deux phrases : « N’admettez rien pour vrai, dans la médecine où dans les sciences naturelles, qui ne soit démontré vrai, ou qui ne soit confirmé par l'expérience à l’aide des sens externes (1). — Je n'ai pas livré à la jeunesse mes opinions, mes suppositions, mes doutes comme fondements de la médecine, mais j'ai proposé des conclusions qui ressortent de mes expériments (2) fermes, inébranlables, et bases solides de notre science (3). » — Cest ce même homme qui se pose comme praticien par excellence (practicus), comme clinicien (c/nicus), en opposition aux magistri doctorales ou medici cathedrales et theoretici de son temps (4).

En résumé, malgré d'incontestables mérites, et, en certains points, une réelle supériorité sur Van Helmont, je ne comprends pas, je l'avoue, le grand état qu'on fait de Sylvius. J'ai pu au moins m’indigner contre Paracelse et m'irriter contre Yan Helmont ; quelque chose me soutenait, m’excitail: mais Sylvius est d’une monotonie désespérante (5) : pas de relief, rien

(4) Disput. IX, 27; cf. Append. ad Praxim, tract. V, 288, 414 et tract. VIT, 278, 279.

(2) C'est sans doute d’après ses expériments qu'il conclut, par exemple, que les fièvres viennent de l’obstruction résultant de l'altération des sucs, car il a trouvé, à l’autopsie, les organes empâtés! Quandildit que les fièvres malignes tiennent à VPalcalinité des sucs et à la grande fluidité du sang, cela résulte pour lui non d’expériences et d'observations fermes, inébranlables, mais de pures vues de l'esprit,

(3) CE. Praef. ad lector., 5; Disput. med., I, 1.

(a) Append. ad Praxim; tract. VI, 64, 62, 252.

(5) Sprengel a remarqué, non sans raison, que le système de Sylvius était trop simple et trop bien enchaîné pour être vrai, On pourrait faire la même réflexion à

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