OUVRE AUX ÉLÈVES LES PORTES DES HOPITAUX
‘contre quoi on puisse s’emporter, rien non plus qui excite parfois l'admiration ; rien qu'une série de propositions aphoristiques, enchaînées les unes aux autres par une suite de raisonnements factices, car ces propositions reposent bien plutôt sur des hypothèses qu’elles ne sont puisées dans les réalités.
Nous voulons cependant donner acte à Sylvius de la déclaration suivante :
« Lorsque, il y a cinq ans et plus, je fus appelé à professer la médecine, je ne négligeai rien et j'employai toutes les forces de mon industrie et de mon esprit pour hâter les progrès de mes auditeurs et en faire de bons médecins. Dans mon enseignement je ne me suis pas contenté de les précéder dans la voie que j'avais suivie pour la recherche et la connaissance de la vérité, mais je les ai, pour ainsi dire, conduits par la main à la pratique médicale en usant d’une méthode inconnue à Leyde et. peut-être ailleurs, c'est-à-dire en les menant chaque jour à l'hôpital public pour visiter les malades. Là j'ai mis devant leurs yeux les symptômes des maladies, je leur ai fait entendre les plaintes des malades, puis je leur demandais leur avis et les raisons de leur avis sur chaque affection observée, sur ses causes et son traitement dogmatique (rationnel), et, chaque fois qu’il y avait désaccord entre eux, je conciliais le différend en leur suggérant diverses raisons aussi solides qu’il était possible ; puis j'interposais mon jugement sur chaque point. Avec moi, ils constataient les heureux résultats du traitement, quand Dieu accordait à nos soins le retour de la santé, ou bien ils assistaient à l'examen des cadavres, quand le malade payait l’inévitable tribut à la mort (1). »
Si le professeur de Leyde n’a pas su profiter, pour améliorer son système, de cette heureuse et féconde idée de forcer la porte des hôpitaux en faveur des élèves (comme on l'avait déjà fait à Utrecht), du moins il a donné un exemple qui ne sera pas perdu, et -qui commande notre reconnaissance. Quoique celle porte doive rester longtemps encore entrebäillée, elle finira par s'ouvrir à deux battants pour laisser passer les vrais réformateurs de la pathologie.
propos de Broussais. La nature west pas si simple ni si méthodique, au moins dans ce que nous connaissons de ses secrets.
(1) Epistola.apologetica, p. 907, Cette Epistola porte la date de 1664,
572 FORTUNE DE L'IATROCHIMIE AU XVIIe SIÈCLE,
Ni Paracelse n’a le premier imaginé la chimiatrie, c’est-à-dire l'application de la chimie ou de l’alchimie à la médecine (L); ni Van Helmont n’est l'inventeur des procédés d’analyse qu’il met en usage; peut-être même n’a-t-il pas tous les mérites qu’on lui prête pour l'emploi plus méthodique des médicaments chimiques. Si je parcours l'Histoire de la chimie, de M. Hoefer (2), je trouve plus d’un précurseur de Paracelse au xvr° siècle, et de Van Helmont au xwir. La chimie technique a fait entre Paracelse et Van Helmont de notables progrès; entre Van Helmont et Sylvius, qui profite d’une longue suite de recherches plus ou moins réguliérement dirigées, il y a aussi quelques noms que l’histoire n’a pas oubliés ; enfin, parmi les contemporains de Van Helmont et de Sylvius, on trouve des médecins ou des chimistes qui ne sont les élôves ni de l'un ni de l’autre, En plaçant ainsi ces deux hommes dans leur milieu respectif, on peut les apprécier à leur juste valeur.
C'est de 1624 à 1644 que Van Helmont a publié ses principaux ouvrages ; ch bien! (sans parler des travaux de Bernard Palissy, travaux qui s’éloignent de notre sujet), en 1568 dans sa Magie naturelle, et surtout, en 1608, dans son traité De a dishllation, J.-B. Porta, au milieu de toutes sortes de preuves d’une assez grande ignorance des véritables procédés scientifiques, donne néanmoins plusieurs détails très-précis sur diverses opérations chimiques et dont Van Helmont a sans doute profité.
Dans un ouvrage trés-rare (3), imprimé à Venise en 1592 (Della vecchia et nuova medicina), et où l’or potable joue un grand rôle, Bratti conseille beaucoup de remèdes chimiques, et célèbre la supériorité de la nouvelle médecine sur l’ancienne.
En 1624, Thomas Reinesius, à la fois traditionnaliste et chimisle, publiait sa Chimiatria, où, vantant l'heureuse intervention de la chimie dans la médecine, il cherchait à montrer que le$ anciens employaient beaucoup de remèdes métalliques, et que Galien avait même remarqué l’utilité qu’il y aurait à séparer
(4) Voyez plus haut, p.865, note 1, etp. 545, note 8.
(2) Deuxième édition. Paris, 4868-69, 2 vol. in-8. Cette histoire a été notable-
ment améliorée dans la seconde édition. C’est un livre sérieux et vraiment instructif, (8) li se trouve àla bibliothèque Masarine, Haller ne l’a pas vu,