COMMENT LE SANG CIRCULE D'APRÈS LES MODERNES
quejose affirmer, c’est que lui était en possession de la méthode quivdécouvre, et que ses devanciers ne l’avaient pas. Ce que j'ose affirmer encore, c’est qu'avant lui, personne, notez bien ce mot personne, n’avait eu la notion du grand cercle : ni Vésale, quiavait fermé la cloison interventriculaire ouverte par Galien, ii Fabrice et ses émules, qui avaient vu les valvules des veines, nimServel, ni Columbo, ni même Césalpin, qui connaissaient enpartie la petite circulation. Nous le prouverons tout à l'heure. “nächons donc, Messieurs, de bien marquer ensemble pourquoi découverte dé la circulation a été si longtemps retardée, par quelle méthode elle à été faite, et comment elle a été jugée, ac- Cueillie et définitivement triomphante. Pour fixer les limites de la discussion et montrer la distance qui sépare la doctrine actuelle de la doctrine ancienne touchant la circulation du sang, détérminons nettement les deux points extrêmes; en d’autres termes, énumérons les principaux détails de la circulation harvéienne, = ils n’ont pas changé depuis 1628, — et rappelons les théories de Galien sur les mouvements du sang.
Le cœur est composé de quatre cavités : deux charnues, qu’on nomme ventricules; deux membraneuses, qu’on appelle oreillertes. Ces cavités sont disposées de telle façon qu'il y a pour ainsi dire deux cœurs, l’un à droite, l’autre à gauche, composés chacun d’une oreillette qui forme l'étage supérieur, et d’un ventricule qui forme l'étage inférieur. Les ventricules commumiquent de haut en bas avec les oreillettes , mais ni les oreillettes miles -ventricules ne communiquent latéralement (1). Le cœur gauche est destiné au sang artériel, le cœur droit au sang veieux Prenons le cœur, et dans le cœur le ventricule gauche, commepoint de départ du mouvement du sang. Ce liquide, lancé dans lé tronc commun de toutes les artères du corps, je Veux dire dans l'aorte, arrive dans l'intimité des tissus à l’extrémMité des plus petits ramuscules de l'arbre artériel; ces ramusculess’abouchent avec les plus petites radicules de l'arbre veineux, lesquelles, en se réunissant de proche en proche, forment
(4)"Ghez le fœtus, les oreillettes communiquent largement entre elles par le trou dit dé Botal; le canal artériel établit également une communication entre l'aorte et l'artère pulmonaire,
deux trones volumineux, l’un pour la partie supérieure du corps, l'autre pour la partie inférieure (veines caves). La veine cave inférieure passe à travers le foie. Toutes deux se rejoignent dans la poitrine, au niveau de l'oreillette droite du cœur, et versent dans cette cavité le sang qui revient de la périphérie au centre, chargé des résidus de la nutrition. De loreillette droite le sang passe dans le ventricule droit, d’où il est envoyé aux poumons par un vaisseau qui se ramifie dans le même sens que les artères (artère pulmonaire; pour les anciens, artère veineuse). À l'ex trémité de ces ramifications, il est repris par d’autres vaisseaux dont les radicules, se réunissant de proche en proche dans l’imtérieur du poumon, à la manière des veines, le ramènent par quatre troncs (veines pulmonaires; pour les anciens, veine ar: térieuse) dans l'oreillette gauche, laquelle le fait passer à son tour dans le ventricule gauche, où nous lavons pris. Le sang arrive au poumon impur, noir et mort, pour ainsi parler; il en ressort purifié, rutilant et vivifié par le contact de l'air.
La seule théorie complète qui nous soit arrivée de l’antiquité sur les fonctions du système vasculaire et sur la marche du sang est celle de Galien; elle est presque en tout point l’opposé de celle des modernes, et a été adoptée sans contestation, saul pour la petite circulation, jusqu'à Harvey, c’est-à-dire jusqu’au xvu° siècle.
Toutes les veines naissent du foie, toutes les artères naissent du cœur. Galien donne même plusieurs raisons anatomiques el physiologiques pour que les veines ne puissent pas venir d'ail: leurs que du foie. Par conséquent, il y a deux veines caves qui toutes deux partent du foie, l’une inférieure ou descendante, qui fournit jusqu'aux extrémités des orteils; l’autre supérieure ou ascendante, qui se ramifie jusqu'au sommet de la tête; elle ne fait que toucher, comme à un diverticulum, à l'oreillette droite pour y verser le sang destiné à nourrir le cœur etle poumon. Les veines contiennent le vrai sang, c'est-à-dire l'aliment, qui, arrivant du canal intestinal par les veines mésaraïques (1),
(4) Lesquelles sont le siége d’un double courant, puisqu'elles amènent l'aliment au foie et qu’elles reçoivent pour la nourriture des organes digestifs le sang pur que leur envoie le foie,