‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 175 sur 260 · SERVET · texte numérisé non relu

SERVET

Cestbien Harvey seul qui a vu que tout le sang veineux passe parle poumon pour revenir dans l'aorte.

Onsaitque Servet a payé de sa vie sur un bûcher allumé par Calvinles propositions théologiques hétérodoxes qui se lisaient dans le fameux livre intitulé : Christianismi restitutio, où appatait pour la première fois une ébauche de la petite circulation. fl Sagissait-en effet, dans cet ouvrage, de démontrer que, conformémentautexie de l'Écriture, l'4me est dans le sang ; que, souflée par Dieu à.travers la bouche et les narines, elle est allée se loger dansleventricule gauche, pour de là prendre un second domicile aufoieC'est-pour les besoins de cette belle démonstration que Servetaélé amené à parler de l’arrivée du sang et de l’air dans le cœur, ainsi, à ses hérésies religieuses il ajoutait une hérésie médicale; car, tout incomplète qu’elle se montre dans l'ouvrage de Servet, la petite circulation devait passer, aux yeux de beaucoup de médecins, pour une véritable hérésie. D'où lui est venue cette connaissance « inouïe » jusqu'alors ? Certainement de trois choses dont on peut supposer l'ordre de succession d’après l’ordre même de l'exposition : il a vw, cela ne paraît guère douteux, en ouvrant desanimaux vivants (car les vivisections étaient alors fort à la mode), ilavu la marche et l'agitation du sang à travers « le long circuit ».des poumons, lesquels sont toujours en mouvement; — la démonstration anatomique est fouruie ensuite par les anasto-

…moses-des deux ordres de vaisseaux cardiaco-puhnonaires; — puis leraisonnement, s'ajoutant à l’observation, apporte ia confirmation du tout: ce raisonnement, c’est que l'artère pulmonaire est tropvolumineuse et envoie trop de sang pour n'être que la nourricedes-poumons, car, de cette façon, le cœur ne serait plus sous la dépendance des poumons (1) ! J'espère ne pas me laisser abu- Se par un système historique préconçu, en ne trouvant, pas plus actuellement pour Servet que je ne le trouverai tout à l'heure pour Harvey, une influence première, immédiate, directe, incontestable de l'anatomie pour la réforme de la physiologie; c'est

(L}MGalien pensait bien aussi qu'il arrive dans l’aorte du sang à travers. les pou mons-seulement, il n'en admettait pas autant et il ne le faisait pas arriver de la même manière.

presque toujours l'observation des phénomènes qui précède la réforme de la physiologie et subsidiairement celle de l'anatomie (1).

(4) Voici en entier le passage de Servet : .« L'esprit vital a son origine dans le ventricule gauche du cœur, et ce sont les poumons qui contribuent le plus à sa génération. C’est un esprit ténu, élaboré par la force de la chaleur, jaunûtre, d'une puissance ignée ; c’est comme lavapeur transparente du sangle plus pur, laquelle contient ensoi la substance de l’eau, de l'air et du feu. ILest produit par le mélange, dans les poumons, de l'air inspiré avec le sang subtilement élaboré que le ventricule droit du cœur communique au ventricule gauche. Mais cette communication ne se fait pas [entièrement], comme on lecroit communément [et comme Galien l'avait imaginé], à travers la cloison du cœur. Par un artifice admirable, le sang subtil, partant du ventricule droit du cœur, est mis en mouvement en passant par les poumons ; il y est préparé et prend une couleur jaune, puis la veine artérieuse le transmet à l'artère veineuse; dans cette dernière artère, il se mêle à l’air inspiré, et, par l'expiration, il est purifié de matières fuligineuses. Enfin, tout le mélange est attiré par diastole du ventricule gauche du cœur, préparation convenable pour la production de l'esprit vital. — Que la communication et la préparation se fassent ainsi par les poumons, on en a la preuve dans les conjonctions diverses (anastomoses)et la communication de la veine artérieuse avec l'artère veineuse dans les poumons. Le fait est confirmé d’abord par le volume remarquable de la veine artérieuse; elle n'aurait pas été créée aussi ample et n’enverrait pas en si grande abondance du cœur aux poumons le sang le plus pur seulement pour leur nourriture, et de cette façon le cœur ne serait plus le serviteur des poumons ; puis, ce fait surtout établi-si l'on considère ‘que, dans l'embryon, les poumons tirent d’ailleurs leur subsistance, car les membranules ou valvules du cœur ne s'ouvrent qu'après la naissance, ainsi que l'enseigne Galien. C'est donc pour un autre usage qu'au moment de la naissance le sang s’épanche si abondamment du cœur dans les poumons. Puis, ce n’est pas un air pur, mais un air mélangé de sang que les poumons envoient au cœur par l'artère veiueuse : donc le mélange se fait dans les poumons. C’est des poumons, non du cœur, que le sang spiritueux reçoit cette couleur jaune. Il n’y à pas, dans le ventricule gauche du cœur, place pour un mélange si grand et si abondant, et l'élaboration de la couleur jaune n'y serait pas suffisante. Enfin, la cloison interventriculaire, n’ayant ni vaisseaux ni facultés, n’est point apte à celte communication et à cette élaboration, quoiqu’elle puisse cependant laisser transsuder quelque chose. Ainsi que dans le foie se fait la transfusion de la veine porte à la veine cave, en vue du sang, par le même artifice se produit dans le poumon, en vue de l'air, la transfusion de la veine artéricuse dans l'artère veineuse. Si l'on compare ce que je viens de dire avec ce que Galien écrit, dans les livres VI et VII De l'usage des parties, on resfera convaincu que Galien était dans l'erreur. » — Servet regarde les capillaires comme une espèce particulière de vaisseaux, et il pense que les nerfs sont canaliculés pour s’anastomoser avec les artères et en recevoir l'esprit; puis, aux Crreurs de Galien il ajoute de nouvelles erreurs, comme M. Flourens luimême le remarque,

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