‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 176 sur 260 · COLUMBUS, CÉSALPIN · texte numérisé non relu

COLUMBUS, CÉSALPIN

Quelques années plus tard, en 1559, Realdus Columbus (4) écrit: (Le sang ne passe pas à travers la cloison interventriculire, mais il est porté du ventricule droit au poumon où il est alténué (mélé avec l'air); de là, il est entraîné avec l'air dans leventricule gauche par les anastomoses établies entre les artères pulmonaires et les veines pulmonaires. » Golombus s’attribue formellement le mérite de cette découverte, dont personne, suivant lui, n'avait encore parlé (2).

Il est vraiment bien étrange de voir deux auteurs contemporains arriver, sans se copier, au même résultat, et trouver la moitié d’une même vérité (3) en cherchant à démontrer la même erreur, c’est-à-dire la formation de lesprit vital! Maïs, sans preuve positive, comment admettre le plagiat?

Voici, du reste, un troisième auteur, Césalpin (4), en faveur duquel on vient revendiquer non-seulement la circulation pulmonaire, mais la circulation générale; cet auteur ne cite non plusni Servet ni Columbus. À propos de Césalpin, je me sépare dela plupart des historiens de la circulation, de M. Flourens en particulier. Césalpin a décrit la petite circulation, et même il a trouvé Le mot cérculatio, cela est certain; mais il n’a pas conau

(LM Derre anatomica, lib. VIT, p. 177, éd. de 1559, in-f°.

(2)@Arteriam venalem (veine pulmonaire) factam esse ut sanguinem cum acre mixtuma pulmonibus afferat ad sinistrum cordis ventriculum. Quod tam verum est quamquod verissimum; nam non modo si cadavera inspicis, sed si viva ctiam amimahia;hanc arteriam in omnibus sanguine refertam invenies, quod nullo pacto eveniretsi obaerem duntaxat et vapores constructa fuisset. »— P.178, et p. 479 il sünsurgencontre ceux qui jurent sur les livres de Galien comme sur les Évangiles.

(8) Pourla petite circulation, Colombus dépasse Servet ; il rejette la communicatiominterventriculaire. Il sait de plus, comme plus tard Harvey l’a établi, que le cœur etes artères se dilatent ct se resserrent dans un ordre inverse; que Le cœur s’élèvectsemblese dilater pendant la diastole; puisqu’enfin il ajoute, ce qui doit lui assuren une grande place dans notre histoire, que les vivisections en apprennent plus en un. jour que trois mois de lecture des livres de Galien.

(MA propos de Césalpin, j’ai trouvé, dans un volume qui m'appartient et qui porté la signature de ce célèbre médecin philosophe, une preuve curieuse de la dépendance.où l'Église tenait encore les savants à la fin du xvi siècle : « Concedilulicentia D Andreae Cisalpini.artis medicae doctori tenendi, et legendi hunc

la grande circulation (1), cela ne me semble ‘pas moins certain.

Cherchons d’abord les preuves de cette assertion dans la doctrine générale de Césalpin ‘sur la structure et les usages du cœur. Césalpin est péripatéticien, et en cette qualité il soutient avec son maître Aristote que tous les vaisseaux, veines et artères, viennent du cœur et que les nerfs en viennent aussi, opinions vivement combattues par Galien. Par conséquent, tout ce que nous trouvons de bon ou de mauvais dans notre auteur touchant les mouvements du sang vient du désir de démontrer non pas une thèse physiologique, mais plutôt une thèse philosophique : la parfaite vérité des assertions d’Aristote. Sans doute, un texte isolé peut donner le change; mais l’ensemble des passages où Gésalpin parle du sang ne peut laisser aucun doute sur l'ignorance où il était de la grande circulation. J'ai Cru, Messieurs, qu'il n’y avait rien de mieux que de traduire ces passages et de les mettre sous vos yeux :

« Il ressort (2), de ce que nous avons dit, que le cœur est le principe non-seulement des veines [comme des artères], mais aussi des nerfs. Ce sentiment a été combattu surtout par Galien autant par des injures que par des raisonnements. Il pensait, en effet, avec Platon, que l’âme avait un triple principat distingué par les facultés et par les lieux; il a done placé dans le foie, qu’il regarde comme le principe du sang et des veines, la faculté nourricière qui distribue l'aliment à tout le corps; il a voulu établir dans le cerveau la faculté sensitive et celles qui regardent la connaissance et le mouvement : c’est ce qu'il appelle la faculté animale; en conséquence, il regarde le cerveau comme le principe des nerf, attendu que le sentiment et le mouvement se font par eux. Maïs comme il ne restait aucune partie de l’âme qui ne fût pas comprise dans ces deux facultés, et afin d’assigner au cœur un principat quelconque, il imagina la faculté vitale dont l'office serait de régler les pulsations du cœur et des

artères, comme si la vie n’était pas surtout une opération de l’âme nourricière. »

librum. Romae, die 45 Martii 4595. » Signé : F' P. Jo® Saragosa Mr et socius Rmi MagTi sacri palatii. — Or, ce livre n’est autre chose qu'une suite de figures de plantes, de Dioscoride, avec les noms grecs, latins, allemands (72 Dioscoridis Historiam herbarum certissima adaptatio, cum earumdem iconum nomenclaturis, ete. Argentorati, 1543, in-f°); volume, du reste, aussi rare que précieux.

(4) Voyez p. 59% et suiv.

(2) Quaestiones peripat., V, 8; Venet., 4593, in-4, p. 446 vo,

Après avoir rappelé les principaux arguments à l’aide desquels Galien s'efforce de prouver que le foie est l'organe de la sanguification, Césalpin continue :

«Galien (1) prétend que le sang arrive à un état parfait, après sa préparation par le foie, de façon à pouvoir nourrir le foie lui-même ; quant nous, nous accordons qu'il se fait là le genre d’aliment appelé auctivum parAristole, mais non celui qu'on nomme nutritivum, et qui donne l'être. Déplus; nous avons démontré, d'après Aristote, que cette préparation se faisait non-seulement dans le foie, mais encore dans toutes les veines. Doncle-foie aide la coction en embrassant les veines dans sa masse, Car c'estainsi qu'il conserve plus longtemps la chaleur qui lui vient du cœur, Chaleur par laquelle se fait toute coction (cf, p. 608). Nous accordons aussi quela nature a formé un vaisseau spécial pour recevoir le sang nutritif

LArrivé a coction: c'est l'artère aorte ; mais il n’est pas nécessaire qu'elle

retourne du cœur à la veine cave; celle-ci, en effet, contient l'aliment auctivum, lequel se perfectionne à cause de sa continuité avec le cœur!»

“Ainsi du cœur part une paire de vaisseaux, la veine cave et l'aorte. Le sang auctivus formé par les aliments #onte par la Yeine cave au cœur, s’y transforme en sang nutritious, el de là descend aux parties par l'aorte. Mais à la périphérie les deux Sangssne se continuent pas, ne yont pas d’un vaisseau à l’autre, Festent isolés chacun dans ses conduits; en un mot le sang ne circule pas.

Est-ce clair ? et peut-on nier plus formellement la circulation générale ?

Onvne manquera pas de m'objecter triomphalement cette phrase.du traité Des plantes (1) : « Nous voyons que, dans les animaux, l'aliment est conduit par les veines au cœur, comme à Vofficine de la chaleur, et qu'après y avoir reçu la dernière perfchionil est distribué dans tout le corps, par le moyen des erféres,-Sous l'action de l'esprit, qui est engendré dans le cœur durméme aliment. » On ajoutera même (ici je copie M. Flourens)..« Césalpin va plus loin encore; il lie d’un trait rapide les deux phénomènes ensemble : la circulation pulmonaire et la circulation générale. La disposition du cœur est telle, dit Césal-

(A) Quaest, perip., p. 419.

(2) De Plantis, 1, 2; Florent., 4583, p. 8.

pin, que le sang passe nécessairement de la veine cave dans le veniricule droit, du ventricule droit dans le poumon, du poumon dans le ventricule gauche, du ventricule gauche dans l'aorte: de sorte donc qu’il y a un mouvement perpétuel de la veine cave par le cœur, et par les poumons dans l'aorte. Tous ces passages sont admirables, surtout le dernier. » Quelque admirables que soient ces passages, jy vois bien la circulation pulmonaire que tout le monde à cette époque découvrait; mais le #rait qui réunit les deux circulations est en effet si rapide qu’il échappe à mes regards. Je vois que le sang va de la veine cave au cœur, puis aux poumons, puis dans l'aorte; mais je ne vois pas plus ici que dans le texte du traité Des plañtes, qu’il revienne des artères dans la veine cave; il ne manque que cela pour que les deux circulations soient liées, mais cela manque absolument. La preuve, je la tire de cette page 234 des Questions médicales (Liv. IE, chap. xvni), à laquelle M. Flourens nous renvoie. Écouter, Messieurs, et je vous laisse juges :

«Il serait curieux de rechercher pourquoi les veines liées se gonflent au-dessous de la ligature, non au-dessus (4) ; ce que l'expérience apprend aux personnes qui saignent. Mais il aurait dû en être autrement si le mouvement du sang et de l'esprit se fait des viscères dans tout le corps (2); car, le passage étant intercepté, ce mouvement est arrûté : le gonflement des veines aurait donc dû se montrer au-dessus du lien, Aristote résout-il la difficulté en disant (De somn., chap. nr) : « Ce qui est évaporé doit être poussé quelque part, puisrevenir sur lui-même, commele flux etle reflux del’ Euripe; la nature de la chaleur animale est d’être portée vers les parties supérieures, d’où elle redescend vers le bas. » Ainsi parle Aristote. Pour expliquer ce passage — il faut savoir que la nature a préparé les conduits du cœur de façon que l’intromission se fasse par la veine cave, dans le ventricule droit, où s'ouvre l'issue vers le poumon; qu’il y a, en outre, par le poumon, une autre entrée dans le ventricule gauche du cœur, où s'ouvre également une issue vers l'artère aorte, le retour étant fermé par des membranes placées aux embouchures des vaisseaux. Il ya ainsi une sorte de mouvement perpétuel de la veine cave par le cœur et les poumons dans l’artère aorte — (8), ainsi que nous l'avons expliqué dans

(1) I s’agit, bien entendu, du bras ou du pied, non du col.

(2) C'est-à-dire si le sang veineux part du centre ou du cœur pour se rendre à la périphérie. Voyez p. 599.

(3) C'est le texte cité plus haut par M. Flourens.

s péripatéticiennes (1). Mais comme dans la veille le mouvement aleur naturelle se fait au dehors, c'est-à-dire vers les organes des anse sommeil au dedans, c’est-à-dire vers le cœur, on en condeé“dans la veille l'esprit et le sang se portent en abondance aux “c'est, en effet, le chemin vers les nerfs (2), tandis que dans le ilMa chaleur retourne au cœur par les veines, non par les artères ; l'entrée naturelle dans le cœur se fait par la veine cave, non par (3). Dans le sommeil, la chaleur naturelle se porte moins vers les dress au réveil, elle s'y précipite avec véhémence. Il n’en est pas de desveines, car elles sont plus gonflées pendant le sommeil que intla veille, ainsi qu'on le voit par les veines des mains. Dans le ven effet, la chaleur naturelle passe des artères dans les veines par la ication que l'on nomme anastomose, et des veines au cœur (4). Mais, mémeque l'ascension (eundatio) du sang vers les parties supérieures four vers les partiesinférieures, en forme de flux et de reflux (5), inifestes dans le sommeil et dans la veille, ainsi ce mouv ement ne L pus dans toute partie du Corps où, soit une ligature, soit toute

être alors le sang retourne-t-il à son principe pour ne pas périr ction (6). »

ïlement, Messieurs, il n’y a pas trace en ce passage de

ël 3

on générale (7), mais à chaque ligne se dresse un à celte circulation. C'est toujours l’antique flux et reflux veines d’un côté et dans les artères de l’autre.

Gésalpin mis hors de cause pour la grande circulation.

m otiva, quaë nervis perfcit suos motus, in corde est. Tbidem et appetitus Sbprincipium motus (Aristot.)..... Ex quibus est manifestum primum coresse. Quaest. perip., V, 3, p. 116. Voyez aussi V, 6.

trouvera plus loin le commentaire de cette phrase.

ea chaleur vitale et non le sang qui passe des artères dans les

apitre a été écrit pour prouver que, dans l’angine, /a suffocation ne urs D oi des veines, mais Pinterception de celles qui se porte, à à cause de leur excellence et de leur grandeur.

ju'on n'en trouve dans Galien lorsqu'il dit que, durant le sommeil,

nastom ses un petit échange de sang et d’air entre les veines ct FA herchait tous les expédients pour remplir les artères.— Voy. dans une réponse, mais insuffisante, de Steinheim contre les revenpar Chimenz en faveur de Césalpin contre Harvey.

Je le trouve encore fort en défaut pour la petite, puisqu’en un passage (4) où il parle de cette circulation, il laisse persister deux monstrueuses erreurs galéniques, le double courant dans

la veine pulmonaire et le passage d’une certaine quantité de sang à travers la cloison interventriculaire.

Après une vigoureuse sortie, mais appuyée seulement par des raisonnements plus ou moins subtils, contre la théorie de Galien

touchant les mouvements du poumon, du cœur et des artères, Césalpin poursuit :

« La nature (2) a déployé toute son industrie en donnant des poumons aux animaux terrestres, et des branchies aux animaux aquatiques, afin de modérer la chaleur du sang sans nuire au cœur. Elle a entouré le cœur pour sa défense, comme d’une capsule, de la membrane du péricarde ; puis attirant vers les poumons ou les bronches le sang chaud et le restituant ensuite au cœur, elle l’a refroidi dans ce trajet, par le contact de l'air froid ou de l’eau. Le poumon donc, puisant au veniricule droit du cœur, par une veine semblable aux artères, un sang bouillonnant, et le rendant par anastomose à l'artère veineuse qui se dirige vers le ventricule gauche du cœur, faisant cireuler l'air froid par les canaux de la trachée-artère, lesquels s'étendent le long de l'artère veineuse, sans cependant communiquer avec elle, comme le pensait Galien, le tempère par ce contact. La dissection confirme cette circulation (céroulatio) du sang qui part du veutricule droit du cœur, et par les poumons retourne au ventricule gauche (3).

* « Le vaisseau du ventricule droit bat (pulsat) dans le poumon, carilreçoit quelque chose du cœur droit comme la grande artère reçoit également du cœur gauche, et sa substance est de même nature. Mais le vaisseau du ventricule gauche n’a point de pulsations, parce que son office est seulement d'introduire, et sa substance est semblable à celle des autres veines. Il n’y a que deux membranes à son embouchure, et non trois, parce que le mouvement contraire n'était pas là aussi dangereux, et pouvait même devenir utile, ce mouvement se faisant vers l’endroit de la réfrigération (4)... Tout est donc dans un ordre admirable: en effet,

(A) Quaest. perip., V, , p. 125 et suiv.

(2) Quaest. perip., V, 4, p. 125 v°.

(8) Après cela, vient une discussion sur le nom qu’on doit donner aux vaisseaux cardiaco-pulmonaires et sur leur structure.

(4) Encore la consécration de l’erreur qui donne deux courants à Ja vetne pulmos nare, Vun pour l'arrivée du sang et de l’air, l’autre pour la sortie des fuliginosités. -

Comme le sang doit s'échauffer dans le cœur pour devenir un aliment parfait, ilest transmis d'abord dans le ventricule droit, qui contient un sangericore plus épais, puis dans le gauche, où le sang est déjà plus pur; ensuite, pour la réfrigération, il est envoyé du ventricule droit au gau- Che, partie par la cloison médiane (cloison interventriculaire) (1), partie à fraversles poumons. Le poumon trouve ainsi une nourriture suffisante : mais on ne peut admettre qu'il consomme tout le sang qu'il reçoit; sa Substance, en effet, ne serait pas, COMME nous la voyons, rare et légère elle s'assimilait une si grande quantité d’aliment ! »

Ensomme, de tous les précurseurs de Harvey, Césalpin est le moins compromettant pour sa gloire, Puis, la justice commande deremarquer encore que, d’après la théorie de Césalpin, une partie du sang aucfivus passe très-positivement par la cloison médiane pour devenir dans le cœur gauche sang nutritivus, où du moins pour s'y mêler avec ce sang, de sorte que la petite circultion serait chez lui plus défectueuse que chez Servet.

NOUS savons à présent ce que Césalpin ne connaissait pas ou connaissait mal; il reste à indiquer maintenant comment il concevaitles mouvements du sang. Nous trouvons ces renseignementsau chapitre 11 du livre V des Quesfions péripatéticiennes :

Iiv.a deux sortes d’aliment : le nuérifif (nutriens), celui qui entretient la vie, qui a la vertu plastique, et l’augmentatif (augens), celui qui fournit pour ainsi dire la matière première, mais qui, par lui-même, n’est pas propre à la nutrition; à ces deux aliments correspondent deux ordres de vaisseaux. L'aliment aucfivum.ou augens est fourni par les organes digestifs, où 1l est déja un.peucuit par l’action que le cœur exerce encore sur leurs Vaisseaux ; de ces organes il arrive au foie, mais sans s’y épan- Cher, el de là aux veines caves. La coction s'opère peu à peu de manière suivante, qui est aussi une espèce de demi-circulation : Échaleur du cœur commence l'opération dans l'estomac, en- “ile, se servant comme de racines des veines qui partent du tube digestif, elle accompagne de proche en proche l'aliment auctidumiusqu'à la source de la chaleur, c’est-à-dire jusqu’au cœur.

(4) Moilà qui compromet singulièrement la théorie de la petite cirenlation et qui estrun recul par rapport à Servet, surtout par rapport à Columbus, sans compter que Césalpin oublie àce sujet la polémique de Vésale contre Galien.

Plus le sang monte, plus il se perfectionne, et c’est dans le cœur qu’il reçoit sa dernière façon avant de pénétrer dans l'aorte, d’où il se répand dans tout le corps pour le nourrir. Voy. p.117 w.

Dans tout cela, rien qui ressemble à notre circulation; le sang qui est dans les veines n’est pas le détritus de celui qui a serviÀ la nutrition et qui passe des artères dans les veines : ce sang es le produit dela digestion; il est déjà un aliment, loin d’être une décomposition; incessamment fourni par les substances alimen: taires, il vient incessamment se perfectionner dans le cœur avantk de passer dans l'aorte. Il y a bien une partie de cercle, mais non pas un cercle complet, puisqu'il n’y a pas reprise des matériaux d’un système vasculaire par l’autre système; la dépendance qui existe au centre, c’est-à-dire au cœur, n'existe pas à la périphé: rie. La phrase du traité De plantis ne dit rien de plus; il suffit de lencadrer comme il convient et ne pas la laisser sans son commentaire naturel.

Je n'ai pas besoin d’ ISISTEE maintenant sur les erreurs anato-# miques qui sont communes à Césalpin et à Aristote (1), ni sur les lacunes de sa théorie; la cause me paraît gagnée Re ment contre la dialectique, la physiologie et même l’anatomiel du célèbre péripatéticien. | . Voici Harvey ! Comme au jour de la création, le chaos sd

débrouille, la lumière se sépare des ténèbres. Harvey regardef longtemps, et il finit par voir; il cherche avec patience, et il . finit par trouver; il fait peu d’expériences, mais elles sont déciAk sives; il use des raisonnemenis, mais ils sont concluants. | I y à deux parties dans l’Exercitatio anatomica de motu cor dis et sanquinis circulatione (2): détruire les erreurs anciennes, édifier les vérités nouvelles; la première partie est renfermée (1) Par exemple, l'existence d’un ventricule médian, très-petit, et qui est logé dans la cloison à gauche. - Î

(2) On ne parle ici que de la première Exercitatio, car les deux autres sont diri | gées contre Riolan, L'édition princeps de la première Exercitatio est de Francfort 1628 ; mais, depuis neuf ans et plus, Harvey avait démontré la circulation devanté les membres du Collége des médecins de Londres; il semble même qu’il l’aité enseignée encore plus tôt dans ses leçons d'anatomie. (Voyez la Préface à Am gent.)

HARVEY. 605 uestout entière dans le Prologue, la seconde forme le livre

la ordre des matières dans l'Exercitatio, mais ce n’est dre des recherches. La première phrase du livre prouve “es“objections faites à l’ancienne doctrine ont suivi et non écédé les expériences. Après avoir lu le Prologue, on mise défendre de cette réflexion, que tous les argue Harvey n'auraient jamais pu suffire à ébranler lautodé Galien et à créer une doctrine nouvelle; mais, quand on Pavrivé à la fin de la seconde partie, on ne peut que s’écrier ateur lui même : « Voilà qui est aussi clair que le jour. » ère de science, les meilleurs raisonnements (et ceux de étaient justes d'ordinaire) ne sauraient égaler la force rative de bonnes expériences ou de faits bien observés. Mainsi qu'après la découverte de Harvey les plus beaux raiis n’ont pas réussinon plus à empêcher le sang de cirtes adversaires de la circulation ont même si bien comeur des expériences qu'ils n’en ont presque pas parlé. quelques réflexions tirées de la dédicace de Harvey à “président du Collége des médecins de Londres, réqui prouvent à la fois la candeur et l'élévation de ce Spmit, qui a pris tant ct de si délicates précautions pour à la vérité.

Oulm d'abord protéger sa découverte contre les objections s’en la confirmant devant les membres du Gollége par ences et des dissections avant de la mettre au grand jqu’on le lui demandât depuis longtemps. Son livre est “la raison de le dire) où l’on ait tracé une nouvelle mgetoù l’on ait montré qu’il revient sur lui-même. une marque d'arrogance de se mellre ainsi en Opposi« és plus doctes et les plus habiles de l'antiquité et des rues si lon n'avait pas cu l’appui d’une ässemblée me que l’est celle des médecins de Londres. Harurles vrais amis de la philosophie, qui ne peuvent lis de la vérité. Quel esprit assez étroit (quis tam Mi} pour croire que la science et l’art de la médecine Mbarrivés si parfaits par la tradition qu’il ne reste rien à

faire, ni à l’habileté ni aux soins du temps présent? Mais la part que nous ignorons est plus grande que celle que nous savons ce n’est pas la peine de se faire philosophe pour abdiquer l’indépendance de son esprit, et jurer aveuglément par les anciens. Qui serait assez stupide, assez insensé pour nier la lumière du Jour en plein midi, c’est-à-dire le progrès constant des sciences? L’anatomie et la physiologie s’apprennent non dans les livres, mais par les dissections et par les expériences, non d’après les. opinions des philosophes, mais d’après l'observation de lorganisme. Sans rien retrancher du mérite des anciens, sans vouloir énirer en lice avec ses maîtres en anatomie, Harvey ne cherche que la vérité; d'est à cela qu'il a consacré tous ses efforts, qu’il a consommé toute son huile. Ce qu'il souhaite, c’est d’être agréable aux honnêtes gens, favorablement accueilli par les savants, utile, enfin, à la république des lettres.

Jamais auteur n’a pris plus de précautions pour mettre sa personne et son livre à l'abri de tout reproche de précipitation, d’irrévérence, d’ingratitude, de légèreté ou de malveillance, ni apporté plus de soin à multiplier et à établir ses preuves.

Pourquoi faut-il qu’une ombre vienne s'étendre sur un coin de ce tableau? Harvey sait bien qu'on découvrira encore beaucoup de choses; mais ce qu’il a trouvé doit suffire pour le moment, le reste viendra après lui (1). Il dirait volontiers, comme plus tard Fontenelle : « Ces inventions sont irop jeunes, et moi je suis trop vieux pour que je puisse leur faire ma cour. » Le fait est que Harvey n’a rien Compris à la découverte d’Aselli (2), contre laquelle il manifeste sa mauvaise humeur, et qu'il se montre des plus injustes contre celle de Pecquet (3), « qui n’est pas suffisamment établie, et qu’il n’a pas le temps d'examiner, soit en raison de son âge, soit faute de liberté d’esprit à cause des troubles qui agitent l'Angleterre. » Cependant, comment entendre le cours circulaire du sang si l'on n’a pas le moyen,

(4) Voy. les deux Lettres à Horstius, 1654-55, (2) Voy. les lettres précitées et Exercit, II ad Riolanum. (3) Lettre à Morison, 1652. — attaque Pecquet par des raisonnements de

même force que ceux qu’on a opposés à la circulation. Voilà bien les imperfections de l'esprit humain,

énse passant du foie, d'alimenter ce liquide par un apport continuel dans des vaisseaux spéciaux ?

Les modernes ont ajouté plusieurs preuves à celles que Haryeya données de la circulation, mais on n’a détruit aucune des siennes. Ses expériences et les conclusions qu’il en a tirées pour établir que tout le sang passe incessamment par le poumon pour aller d’un ventricule à l’autre, et que tout ce qui reste du sang contenu dans je système artériel, après avoir servi à la nutrition, es repris par le système veineux pour être ramené au cœur, afin de se purifier ei de redevenir propre à entretenir la vie dans l'organisme, ses expériences, dis-je, et ses conclusions ont été rapportées dans presque toutes les histoires de la circulation; on les trouvera particulièrement, en France, dans les monographies de Bérard, Béclard et Flourens. Je ne les reproduirai donc pas, préférant insister sur quelques points particuliers.

La distribution du livre de Harvey ne laisse aucun duute sur lavoie qu'il a suivie pour arriver à la circulation. De très-bonne heure, il avait demandé non pas aux livres (non per libros alio- “umque scripla), mais à l'observation personnelle (per auto- Dsium), sur des animaux vivants qu’il avait la grande habitude de disséquer, de lui faire connaître comment se meut le cœur et quelles utilités ont ses mouvements. C’est la physiologie en action qui le guide, ce n’est pas l'anatomie morte qui lui révèle aucun de ces mystères. Il lui semble d'abord, ainsi qu’à Fracastor, queles mouvements du cœur sont connus de Dieu seul, tant ils se succédent avec rapidité et paraissent se méler comme les éclats de la foudre. Cependant, usant chaque jour de plus de soin, multipliant les recherches, variant les animaux, confrontant les 0b- Servalions, il finit par atteindre le but ; il sort triomphant de ce labyrinthe ; il a distingué la systole, la diastole et le repos! Voilà, Messieurs, comment se font les grandes découvertes; la patience est le premier instrument du génie.

Une fois maître de son sujet, Harvey fait des observations de plus en plus délicates : il remarque (ce que déjà Columbo avait de Son côté entrevu) que, pendant la contraction (systole), le cœur semble se contourner en spirale (quasi sese leviter contorquere)

que, dans cette espèce d’érection, durant laquelle il diminué de largeur et s’allonge, il s'élève en pointe et vient frapper la poitrine ; qu'il se durcit à la manière des muscles lorsqu'ils entrent en action; qu’il blanchit, tandis qu’au repos il reprend sa Couleur naturelle. Au moment de la systole, ce ne sont pas

seulement les fibres droites qui concourent, mais tout le système :

des petits muscles intra-ventriculaires (colonnes charnues). La Contraction du cœur coïncide avee la dilatation des artères, qui reçoivent le sang comme les outres dans lesquelles on verse de l’eau, et non pas comme des soufflets qui aspirent et s'étendent quand le cœur est lui-même en diastole. Cela est Juste la vérité, et juste le contraire de l’opinion ancienne ; cette proposition est confirmée par quelques expériences sur le pouls et sur le jet du sang des artères ou de la veine artérieuse ouverte au moment de la contraction du ventricule gauche ou du ventricule droit. Il ya quare mouvements distincts eu égard au lieu et non eu égard au temps où ils se passent; les deux oreillettes se contractent ensemble, et ensemble aussi se contractent les deux ventricules, mais après les oreillettes : ainsi quatre parois en mouvement, mais deux par deux.

Harvey a voulu déterminer, par des expériences minutieuses (aujourd’hui elles laissent cependant quelque chose à désirer), quelle est la dernière partie vivante, l’ulimuun moriens dans le cœur (1); mais ce qui est encore plus finement observé, c’est le frémissement ou le mouvement oscillatoire du sang qui survit aux battements ultimes des parois qui le contiennent: c'est aussi la révivification momentanée du cœur sous l'influence d'agents excitateurs. L’anatomie comparée lui à appris aussi qu’il y à toujours une trace d’oreillette partout où il y a vestige de ventricule. Il a comparé, et cette comparaison a été reprise tout récemment, la succession des mouvements du cœur et des vaisseaux à ceux de la déglutition:; enfin, mais malheureusement il ne s’esl pas arrêté à cette remarque, il a entendu le bruit du Cœur, le passage du sang, en appliquant son oreille sur la région

(1) I conclut à l'oreillette droite. Les résultats des observations actuelles varient

suivant l'espèce d'animal, les milieux, le genre de mort ct diverses autres circon-

stances, »

précordiale. C’est seulement après avoir fait ces expériences, Gesobservations, qu’il en cherche le contrôle et la confirmation dans.la disposition anatomique des valvules du cœur. L’anatomie dusystème vasculaire chez le fœtus vient lui fournir ensuite une nouvelle espèce de démonstration.

Pa théorie de la respiration et de l’hématose est encore bien imparfate; Harvey attribue plus de pouvoir au cœur qu’aux poumons; il n'a pas bien compris l’action de l'air pour rendre au sang la vertu, la vie, qu’il avait perdues en quittant les artères pour revenir par les veines.

Ilne suffisait pas d’avoir étudié les mouvements du cœur, il convenait de suivre le sang depuis le ventricule gauche et de prouver qu'il n’a pas un flux et reflux, comme l’Euripe, ainsi quelle soutenaient les anciens. C’est alors que Harvey hésite, qu’il serecucille, dans la crainte d’exciter la jalousie en avançant des choses si nouvelles qu’elles renversent les anciens dogmes auxquels on s’était attaché comme à une seconde nature, à une nature factice. Mais, a/ea jacta est, s'écrie Harvey, tantilavait con- Science de son œuvre ; il faut marcher en avant et mettre son espoir dans les amis de la vérité et dans la bonne foi des savants.

Je laisse la parole à Harvey (1); on verra comment, après avoir constalé la petite circulation, il découvre la grande. Ici le raisonnement semble avoir devancé l’observation des phénomênes: toutefois Harvey se hâte de donner une démonstration expérimentale. L'étude de la structure des partiesintervient, ilest ral, mais secondairement, dans ce raisonnement; l’observation eblexpérimentation ont encore le pas sur les données que peut fournir l'anatomie toute seule.

@Uonsidérant souvent, à part moi, la grande abondance du sang, quejavais reconnue tant par la dissection et par l'ouverture des artres sur les animaux vivants, par la symétrie et l’ampleur des ventricules du cœur et des vaisseaux qui y entrent ou qui en sortent (2), que

(1) Exercitat., I, 8. >

(2)Mici,-un tribut payé à la vieille idée « que la nature ne fait rien en vain », mas.un tribut payé pour la forme, car Harvey dit ailleurs, en parlant des disposi tions.propres à expliquer la circulation: « Îlla autem vera esse vel falsa sensus nos

fncerc debet certiores, non ratio; «)rcbia, non mentis agilatio, »

par l’artifice si bien réglé des valvules, des fibres, et de tout le reste de la structure du cœur, enfin, par bien d'autres raisons; considérant, dis-je, combien est abondant le sang transmis [au cœur], combien cette transmission est rapide, je me demandai si [incessamment épuisé] le sang pouvait [incessamment] être renouvelé par l'aliment ingéré; je compris alors que les veines seraient épuisées et vides, et d'autre part, que les artères se rompraient par l'invasion d’une trop grande quantité de sang, si par quelque chemin ce sang ne retournait pas des artères dans les veines, et n’arrivait pas jusqu'au ventricule droit du cœur.

« Je commençai aussi à croire que peut-être le sang avait un certain mouvement circulaire; plus tard, je reconnus que ce mouvement existait réellement, et que le sang sortant du cœur se répandait par les artères dans toutes les parties du corps, sous l'impulsion du ventricule gauche du cœur(comme dans les poumons par la veine artérieuse [artère pulmonaire] sous l'impulsion du ventricule droit), et qu’ensuite par les petites veines, il arrivait dans la veine caye, jusqu’à l'oreillette droite, de la même manière qu'il est ramené des poumons par l’artère veineuse (veines pulmonaires), au ventricule gauche, ainsi que je viens de le dire.»

La démonstration ultérieure du mouvement circulaire repose sur trois arguments que Harvey appuie par des calculs célèbres et par des expériences ingénieuses (1). Ges trois arguments sont : Le sang arrive sous l'impulsion du cœur en telle abondance, d’une . manière si continue et sans solution de continuité, de la veine cave dans les artères, qu’il ne peut pas être fourni par les aliments (2), et de telle sorte qu’il passerait tout entier en peu de temps [des veines dans les artères. — En second lieu, le sang, continuellement, uniformément poussé par les artères dans les membres et les parties, y entre en beaucoup plus grande quantité qu’il ne ! faut pour leur nutrition, ou que la masse ‘totale n’en pourrait fournir; — enfin et semblablement, de chaque membre, les veines raménent perpétuellement le sang au cœur.Ce qui prouve, dit Harvey un peu plus loin, que les artères ne reçoivent rien des veines, mais au contraire que les veines reçoivent des artères, c’est qu’à la mort, c’est-à-dire après le dernier coup de piston, les artères sont vides, parce qu’elles ont tout envoyé aux veines

(4) Chap. 1x et suiv.

(2) 46 assumptis suppeditari. — C'est-à-dire que les aliments ingérés ne suffi raient pas à le remplacer, au fur et à mesure qu’il s’épuise, s’il se consumait sur place et s'il ne revenait pas sur lui-mêtne, |

qui se remplissent et qui n’ont plus la force de pousser vers le cœur ce qu'elles on! reçu.

Ainsi qu’on le voit, dans ces preuves de la circulation génétale, le raisonnement joue un rôle assez important, mais cest un raisonnement dont lobservation directe et les expériences (1) sont le vrai point de départ. Quoi qu’il en soit, et quelque spécieux que paraissent les arguments de Harvey, en les isolant bien entendu des expériences et de l'observation, on pou- Vaiby répondre, et l’on y a répondu suffisamment en apparence pour faire prendre le change à beaucoup d’esprits prévenus. Soyez-en donc bien convaincus, Messieurs, c’est par la méthode expérimentale et non par les procédés logiques qu’on a découvert lcireulation, la petite comme la grande.

Nous voici arrivés à un point délicat de cette histoire de lvcireulation. Le célèbre physicien Boyle assure qu’il tenait de Harvey lui-même que la première idée de la circulation lui fut inspirée par la découverte de Fabrice (2). Ce serait donc la disposition des valvules, leur forme, leur nombre, leur place, qui auraient été le germe de la découverte de la circulation; en d'autres termes, c'est à l’anatomie que reviendrait le premier honneur d'avoir réformé la physiologie. Mais, à l’assertion de Boyle, reproduite par la plupart des historiens de la circulation, ilMfaut opposer le silence absolu de Harvey lui-même sur cette particularité dans son Exercitatio 1°, notamment dans le chapitre treize, où il parle des valvules, décrites pour la première fois par Fabrice d'Acquapendente, « très-habile anatomiste et très-vénérable vieillard », ou peut-être par Jac. Sylvius, d’après Riolan. Iest évident que l'argument tiré de la disposition des valvules .

(L}MPar exemple, la ligature de la veine cave ou de l'aorte au-dessous du cœur ; louverture ou la ligature des vaisseaux cardiaco-pulmonaires ; la ligature des veines pour la saignée.

(2)MiMfaut noter ici que M, Flourens a réduit à néant les prétentions élevées en faveur de Sarpi pour la découverte des valvules et d'une partie de la circulation. M\ledocteur Brullé de Dijon, dans une Note pour servir à l'histoire de la découvertedetarcireulation ; Dijon, 1854 (Extraits des Mémoires de l'Académie), est du même avis.

n’est qu'un argument confirmatif (4), venu après beaucoup d’autres que j'ai déjà fait connaître ou seulement indiqués, et auquel il ne semble pas que Harvey, pas plus que Fabrice, ait pensé tout d’abord, bien que lui, Harvey, ait trouvé des valvules là où son maître n’en avait pas indiqué. L’argument n’a été accepté comme valable, ou même pris en considération, par le physiologiste anglais qu'après des expériences décisives rapportées dans ce même chapitre treize.

Harvey mérite qu’on tienne compte de son silence comme de ses paroles, et l’on peut supposer que Boyle a été mal ou incomplétement servi par ses souvenirs.

On sait déjà que Harvey s’est montré peu favorable aux découvertes touchant le système des vaisseaux chylifères et lymphatiques ; il faut ajouter, quoiqu'il en coûte de signaler des lacunes dans une aussi belle œuvre, l'ignorance singulière où était Harvey du mode de communication des artères et des veines dans l'intimité des tissus.

«Je dis (2), peut-être avec trop d’audace, que ni Galien ni Riolan n’ont jamais vu par aucune expérience les anastomoses sensibles, et n’ont jamais pu les démontrer par les sens. Pour moi, j'ai cherché avec tout le soin

(1) De même, au chap. xvr, la circulation est confirmée par la marche et les effets du poison ou des médicaments. Dans ce chapitre est le germe de la réforme médicale qui doit, plus tard, correspondre à la découverte de Harvey.

(2) Voyez sa deuxième Exercitatio, dirigée contre Riolan. — Dans cette Erercitatio et dans la troisième il défend pied à pied, et parfois à l’aide de preuves nouvelles, sa découverte contre les raisonnements ou les faits faussement allégués par Riolan; il le traite, dans la première, avec beaucoup de respect; c’est, du reste, le seul de ses adversaires auquel il ait daigné répondre; dans la deuxième, au contraire, il est très-vif, trop vif, puisque lui-même se refusait à l'évidence pour les recherches d'Aselli et de Pecquet. IL écrit à Horstius, en 4654-55 : P/ane constat, eum (Riolanum) magno conatu magnas nugas egisse. Voyez aussi sa lettre à Slegel (1654): Invicta semper lveritas discipulum docuit superare magistrum. Dans ces deux Exercitationes, dans la seconde surtout, on trouve des réflexions curieuses et déjà fort avancées sur le siége de la chaleur animale (les artères el non pas le cœur) et sur les esprits à propos desquels on relève la phrase suivante : Vulgo enim scioli cum causas assignare haud norunt, dicunt statim a spiritibus hoc fiert, Pour lui, les esprits sont dans le sang, mais ils n’en sont pas séparables. 11 insiste aussi sur ce point que le sang ne peut pas revenir des veines aux artères, excepté pour la petite circulation (passe du sang de l'artère pulmonaire dans les veines pulmonaires),

possible ces anastomoses, et j'ai perdu bien du temps et de l’huile dans celle recherche, sans pouvoir trouver ces vaisseaux (capillaires), c'est-à-dire ceux à l’aide desquels on. prétend que s’abouchent les artères avec les veines; je l'apprendrais volontiers de ceux qui vantent tant Galien, qu’ils osent jurer par ses paroles.

»Nile foie, ni la rate, ni les poumons, ni les reins, n’ont présenté d'anastomoses, même après qu'ils ont été soumis à l’ébullition et que le parenchyme, devenu friable, put être isolé avec une aiguille de toutes les fibres des vaisseaux, si bien que je pouvais voir nettement les plus petits détails, J’ose donc affirmer qu’il n’y a pas d’anastomoses, soit de la veine porte avec la veine cave, des artères avec les veines, ou des rameaux capillaires du canal cholédoche qui sont dispersés avec les veines Sur toute la partie concave du foie. Tout ce qu’on peut voir dans un foie récemment enlevé, c'est que les racines dela veine cave rampant sur la partie convexe du foie, ont des tuniques criblées de petits pertuis, et préparées comme dans une sentine, pour recevoir le sang qui dégoutte; les rameaux de la veine porte ne se comportent pas ainsi, mais ils se partagenten ramuscules, de façon que chaque groupe, l’un du côté de la face concave, l'autre du côté de la face convexe, s'étend de part et d'autre jusqu'au lobe central (umbo) du viscère, sans anastomose, »

Harvey ne trouve de véritables anastomoses des artères avec les veines que pour le plexus choroïde, les vaisseaux spermatiques et les vaisseaux ombilicaux; partout ailleurs, suivant lui(2), la communication nécessaire entre les artères et les veines so fait de la manière suivante : « Les petites artères, qui sont toujours au moins du double ou du triple plus petites que les veines qu'elles accompagnent, et vers lesquelles elles se dirigent peu à peu,se perdent entre les tuniques des veines. Je croirais donc que lésang qu'elles amènent se glisse dans les tuniques des veines, et qu'ilarrive ce qu’on observe dans la conjonction des uretéres dvec la vessie, et du canal biliaire (canal cholédoque) avec l'intestin duodénum. »

Ainsi voilà des espèces de vasa vasorum imaginés gratuitement pour remplacer les anastomoses connues, ou du moins légitime- Mient supposées par les anciens et qui devront être, peu d’années après Harvey, démontrées à l’aide des injections et du microscope.

Non-seulement Harvey ignore les voies que la nature a pré-

(L)M Lettre à Slégel, avril 1651.

parées pour faire passer le sang des artères dans les veines, mais, égaré par son opposition contre Aselli et Pecquet, lui si âpre contre Galien, conserve la vieille et fatale erreur du double courant, établi, de par la théorie descauses finales, dans les veines mésaraïiques, pour porter l'aliment (1) au foie et en rapporter la nourriture aux intestins (2).

Malgré quelques faiblesses de caractère, qui se trahissent encore plus par l'indifférence que par l'envie pour les découvertes d’autrui, et malgré de graves erreurs consacrées où coniser: vées dans son ouvrage, Harvey reste le plus grand génie du xv1° siècle, et son livre est le plus beau fleuron de la médecine. Il n’y a en ce siècle qu’un autre ouvrage qu’on puisse comparer aux Exercitationes de motu cordis et sançquinis circulatione ; cet Ouvrage à pourtitre : Exercitationes de generatione anima lium, et pour auteur Harvey.

Ah ! Messieurs, après avoir célébré la gloire de Harvey et les œuvres de la médecine expérimentale, je n’ai vraiment plus le Courage de mettre en parallèle avec les lumineuses expériences du physiologiste anglais les obscurs raisoïnements d'un Primerose (3), qui a employé quatorze jours à écrire un libelle contre la circulation, dont la découverte avait demandé plus de douze ans; de Primerose, qui, affectant de ne croire qu'au visible, se moque d'Aselli aussi bien que de Harvey, et provoque une décision du roi Charles II en sa faveur ; — d’un Parisanus (4), qui a écrit cette phrase, témoignage honteux de la stupidité humaine : € Ajoutez que Harvey prétend que le pouls provient du sang envoyé dans l'aorte, et qu'il en résulte [à la région du cœur] une pulsation etun certain bruit que nous autres, pauvres sourds, ni aucun des médecins de Venise ne pouvons entendre : que celui

(1) Exercitat. 1, 16 ; Lettre à Morison, mai 4652.

(2) Seulement, pour Galien, c’est le foie, et pour Harvey, c’est le cœur qui transforme cet aliment en vrai sang.

(3) Exercitationes et animadoérsiones in Uibrum Harvaeï, Lond., 4630, in-4 ; réimprimé plusieurs fois. Voy. aussi ses Réponses à Wallaeus et à H. Regius. Ces livres sont si mauvais que l’auteur n’a pas même eu l’approbation de Riolan,

(4) De cordis et sanquinis motione ad Harvaeum et contra eum ; 1633, et plusieurs fois réimprimé ; fait partie de ses Nobiles Exercitationes (pars altera).

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