ANTAGONISTES DE HARVEY
qui l'entend à Londres soit trois fois heureux. Quant à nous, nous écrivons à Venise. » |
Ne suffira-t-il pas aussi de vous rappeler l'aristotélicien Caspar Hoffmann (1), qui mérita, par un profond mépris pour la cir- Qulation, de recevoir de Guy Patin le titre demon bon ami, Hoffmann, en présence duquel Harvey avait pris Ja peine de démünfrer le mouvement circulaire du sang; — Franzosius (2), qui proteste à la fois de son respect pour Aristote et Galien et de sà tolérance pour les recherches modernes, pourvu qu’elles ne contrarient pas trop les anciennes, et « qu’elles n’aient point la pré: tention de reposer uniquement sur l'inspection anatomique à (aussin’en use-t-il guère de cette inspection pour réfuter Harvey); = Joannes a T'urre (3), à qui sa conscience ne perinet pas de supporter plus longtemps le scandale causé par Harvey, Pecquet; Partholin et tous ces misérables novateurs qui abusent de leur Savoir pour troubler le foie (4) et le cœur, le vieux Galien, les Vieilles écoles, et pour ruiner tant de « dogmes succulents » et jant de « magnifiques thèses ». Il est de ceux qui croient que c’est parñsuite d’un état contre nature et douloureux que les veines se gonflént au-dessous de la ligature: Mais quand elles se gonflent au-dessus pour les jugulaires?.. Notre auteur ne va ni aussi Join ni aussi haut!
“Quant à Riolan (5); le fils, ce fut le plus savant des adversaires dé Harvey; mais aussi l'un des plus passionnés et des plus systémaätiques : tout démonsirateur d'anatomie qu'il était; le célèbre
(4) Particulièrement dans son commentaire Sur l'Usage des parties de Galien, éldanssson Apologie pour le même Galien,
@)MDe motu cordis et sanguinis in animalibus pro Aristotele et Galeno (justementfort difficiles à concilier sur cette question) advs anatom. neotericos: Veronae, in-4,s. d: (1652).
(3) Desanguinis officina, motu ac usu Libri tres, in quibus opiniones de sangquifiat: loco, de cireulatione sanguinis.…. lactisque genesi.ss. ventilantur et oppughantur, ut adveterum tandem placita contra dicta pro posse reducantur, Mediol.; 4666, in-A.
(4) Voyez plus loin, à propos desgvaisseaux lymphatiques, les fanérailles du foie ébsonépitaphe par Bartholin ; sa résurrection et son apothéose par Jean de la Torre.
(5) Dans ses Opuscula anatomica nova, 1649, et Opusc. varia el nova, 1652. — Moy. aussises autres Opusc. nova anatomica — et physiol., 4653, 1658, contre Aselli, et la doctrine de Pecquet, qui rétire au foie ses anciennes fonctions,
professeur, « fort bon groshomme et fortmordant naturellement», comme disait Guy Patin, n’oppose que des raisonnements à Harvey et récuse a priori la valeur de ses expériences ; c’est aussi lui qui trouvait que la nature avait changé depuis Galien, puisque les dissections (faites sur les animaux) ne concordaient plus avec celles des modernes (faites sur des hommes). — Je ne puis pas oublier non plus de mentionner Folius (L), grand admirateur de Parisanus. Pour avoir peut-être vu une anomalie, ou exercé quelque violence à l’aide d’un stylet, ce médecin croit à une sorte de persistance du érou oval (appelé aussi trou de Botal, quoique Galien l'ait connu), et qui met chez le fœtus les deux oreillettes en communication; il en conclut, trouvant trop longue la route ouverte par Columbus, que c’est par là et par un autre petit pertuis placé à côté, que s'opère le passage du sang du cœur droit dans le cœur gauche; il prétend, en outre, avoir démontré l'existence d’un conduit à travers lequel le chyle se porte des vaisseaux chylifères au foie (2)! Cependant Folius passait pour un grand anatomiste!
Enfin, je veux rappeler encore Magnassius (3): il tient, avec Columbus et même avec Harvey, contre Galien, pour sa bonne explication de plusieurs des mouvements du cœur ; Mais il ne voit dans le cœur que la fabrication des esprits en vue du cerveau, et dans les artères que le mouvement et la distribution
. de ces esprits; il ne semble avoir aucune idée de la vraie circulation : rien de plus étrange qu’un pareil compromis entre les opinions anciennes et les opinions modernes.
Je ne ferai pas à Guy Patin l’affront de relever dans ses lettres
(1) Sanguinis a dextro in sinistrum Cordis ventriculum facilis reperta via, etc. Venetiis, 1639, in-4. Je possède ui exemplaire qui a appartenu au célèbre Caspar Hoffmann, un des adversaires de Harvey (voy. p. 645).— J'ailu intégralement, non sans dégoût, tous ces ouvrages et d’autres encore que je passe sous silence; je ne regrette pas, cependant, le temps que j'y ai consacré, puisque jy ai appris jusqu'où l'esprit de routine et l’aveuglement des écoles peuvent reculer les limites de la sottise humaine, et quelles entraves ils peuvent apporter aux progrès des sciences!
(2) IL affirme avoir reconnu le premier les vaisseaux chylifères chez les hommes, à Venise.
(8) Disquisit, phys, de motu cordis et cerebri, Paris, 1663, in-4 ; volume rare que Haller n’a pas vu, mais que j'ai trouvé à la Faculté de médecine,