ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE A PARIS
1789; cb nos professeurs de la fin du xvm° siècle ne ressemblent guéreaux Docteurs-régents qui traitaient Louis XIV ou Louis XV.
Aumoment où le Comité de l'instruction publique réorganisait l'École de santé, on ne voulut ni maintenir, comme autrefois; la suprématie de l'autorité sur la nature, ni rompre avec lamradition, comme on l’a fait depuis; en conséquence, aux dix-soptchaires dans lesquelles siégeaient les plus illustres représentants des théories nouvelles et de la pratique moderne, onadjoignit une dix-huitième chaire où l’on réunit, en instituant deux professeurs, la médecine légale et V'histoire de la médecine, association singulière qui réduisait la médecine légale ebhistoire de la médecine à de fort mesquines proportions ; mais alors On ne pouvait pas avoir une idée bien nette de la dignilésebde l'étendue de ces deux sections de l’enseignement. Il paraît toutefois qu'on voulut, au moins sur deux points, établir une compensation; car, peu de temps aprés l’institution de ces cours jumeaux, le bibliothécaire de l’École, Pierre Sue, fut chargé d'enseigner la Bibliographie médicale (1), et le directeur Phouret reçut la double mission d’expliquer la Doctrine d'Hippocrate et de commenter les faits qu’on observe rarement dans la pratique (CZnique des cas rares).
Hieraucune des-branches de l'érudition médicale n’était officiellement représentée, et en 1794 l'École comptait trois cours historiques; encore Phouret n’était pas satisfait. À la rentrée solennelle de l’École, le 14 octobre 1799, après avoir célébré les avantages de lhistoire de la médecine, « si recommandable
(4)Séance-publique-de l'École de santé, discours du citoyen Sue (Sur l'utilité dematibliognapliemmédicale) 25 xendém, an IV (17 octobre 1795) : Éloge de la Santé beaucoup dephraseset beaucoup d'erreurs sur Hippocrate ; comparaison dequelquesthéoriesmodernes avec celles du médecin de Cos ; attaques contre la chimiatniesutilitépour histoire de la médecine des livres non médicaux, même descouvrases sublimes de Voltaire et de Rousseau que la nation reconnaissante doibMirenplacendloffice dans la bibliothèque de l'École. Sue prouve qu'il ne connaît guère les ouvrages de nos maîtres en médecine, mais en même temps il ne,saitni dans quels livres non médicaux il faut chercher notre histoire, ni quel genre de services ils peuvent rendre. — Au 27 germinal an VI (16 avril 4798), Suesevibdans Lobligation de défendre son cours, près des membres du Corps législatif, contre les insinuations malveillontes du citoyen Calës,
ke INTRODUCTION.
par les uüles exemples qu'elle nous propose, plus instructive peut-être par les erreurs qu’elle nous apprend à éviter que par les enseignements qu’elle transmet; si féconde au moins par les germes d’émulation qu’elle répand », l’insatiable directeur réclamait une chaire de philosophie de la médecine, « de cette science mère qui devait rendre de si grands services à l’art médical en lui apprenant à perfectionner les différentes méthodes de l’enseignement ». Mais Thouret choisissait mal son moment. Le pouvoir, qui voulait favoriser les provinces, ne se montrait pas très-disposé à augmenter la prépondérance de l'École de Paris, et la chaire ne fut pas créée.
Le cours sur la doctrine d'Hippocrate finit avec Thouret, en 1809; celui de bibliographie, supprimé en 1808 par suite d’une permutation, fut rétabli dès les premiers temps de la Restauration (1816), en faveur du bibliothécaire Moreau (de la Sarthe); quant à la chaire d'histoire, réunie (d’après l’A/manach royal) en 4824 à la chaire de bibliographie, elle subsista jusqu’aux fâcheuses ordonnances de 1822 et 1823 qui sacrifiérent l’École à des préventions mal fondées CL
Cet enseignement de l'histoire, créé à très-bonne intention,
n’a pas rendu de très-grands services ; il n’a laissé que de faibles traces et de plus faibles souvenirs. L'Histoire de la médecine clinique de Mahon (1804) est de peu de valeur ; les Discours de Cabanis (1804) Sur les révolutions de la médecine sont pius ornés que solides; les opuscules de Sue attestent plus de bonne volonté que d’érudition ; je ne sache pas que Leclerc ait jamais rien écrit sur l’histoire de la médecine; Moreau (de la Sarthe) ne s’est guère occupé que de ces questions générales et creuses que l’on appelait alors et que l’on appelle encore philosophie médicale ; Lassus a publié, mais en 1783, un essai estimable Sur les découvertes faites en anatomie (2) ; Goulin seul paraît avoir pris sa tâche au sérieux, puisqu'il a laissé en cinq volumes in-folio,
(1) La discussion récemment soulevée au Séuat (juin 1868) à prouvé que certaines personnes, enflammées d’un zèle plus ardent que réfléchi, provoqueraient volontiers 1e renouvellement de l'École, comme aux beaux jours de la Restauration.
(2) Lassus, Essai ou Discours historique et critique sur les découvertes faites en anatomie par les anciens et par les modernes, Paris, 1783, in-8,