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ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE À PARIS

| encore manucrits, les matériaux de son cours de lan VI à Pan MIIL (1); toutefois Goulin était plutôtun érudit qu’un historien.

….\u"Gollége de France l'histoire des sciences médicales était, vers la-même époque, représentée, non dans la chaire de médecine; mais dans celle de philosophie ancienne, par Bosquillon, qui expliquait et commentait Hippocrate avec une connaissance plus étendue du grec que de la médecine.

Ia plusieurs raisons qui expliquent le peu de faveur ou du momsepeu de succès et la chute de l’enseignement de l'his- (one je n'en veux indiquer que trois : deux fondamentales, tirées-de l'état même où se trouvaient la médecine et l’histoire ; une accessoire.

Nidlamédecine ni l'histoire n’élaient assez avancées pour se prèter de mutuelles lumières ; on était trop près de la médecine ancienne pour la bien comprendre; on en avait trop souffert pour amuser avec impartialité. Le champ de lobservation était encore trop limité, et l'interprétation des textes était trop arbitraire ou trop systématique pour qu'on püt établir de fructueuses comparaisons: D'un autre côté, l'enseignement de la médecine était si neuf, la génération présente était si mal préparée, les besoins étaient si urgents, qu'il fallait courir au plus pressé, et rechercher instruction clinique qui fait les praticiens, avant de songer aux avantages des études historiques qui constituent le savant etqui donnent au praticien confiance et sûreté. Ceux que leurooûtentrainaitvers ces études n'avaient eu ni le loisir ni le récucillement indispensables pour s’y préparer avec fruit; les connaissances préliminaires et les vues générales leur faisaient également défaut; l'érudition et la critique n’avaient ni déblayé niéclairéla-route, et l’on se trainait péniblement dans les ornières du passé.

Unenseisnement qui pouvait à peine se défendre par ses propresforces ne put résister longtemps aux attaques violentes dontlavieile médecine, et par conséquent l’histoire, était

(1) Mes manuscrits de Goulin, au nombre de 30 vol. in-f° et in-A°, sont conservés à la bibliothèque de la ville de Reims.

l’objet de la part de l'impétueux réformateur, qui à toutes les pages de son Examen des doctrines médicales, répétait : La médecine, c’est moi. Broussais ne pouvait souffrir de rival ni dans 4 le passé ni dans le présent ; la gloire d'Hippocrate ou de Galien

l'offusquait presque autant que l’offensaient la renommée et la résistance de Laennec, de Chomel ou de M. Louis. Ses disciples,

Qui avaient alors le haut du pavé, joignant leurs anathèmes, il de-

meura convenu que l’histoire ne servait à rien autre chose qu’à

surcharger les étudiants et à gêner les professeurs.

Lorsqu’en 1830 on voulut réparer l'injustice et le dommage causés par l’ordonnance de 1823, on remit à l’ordre du jour la chaire d’histoire de la médecine ; mais l’ancien titulaire était mort, et, à vrai dire, on n'avait sous la main personne pour le remplacer; d’ailleurs les circonstances n'étaient pas beaucoup plus favorables en 1830 qu’en 1823, et les choses en restèrent là jusqu’en 1837, où M. Dezeimeris, bibliothécaire de la Faculté, réclama énergiquement, et avec toutes sortes de droits pour lui-même, devant la Faculté et auprés du ministre, le rétablissement de la chaire d'histoire : les questions de personnes semblent avoir prévalu en cette occasion sur les questions de principes ; la chaire ne fut pas instituée.

Dans sa séance du 3 novembre 1845, le congrès médical vint en aide, sinon à M. Dezeimeris, du moins à la réorganisation de l'enseignement historique dans les facultés; tout semblait alors préparé pour le succès de cette nouvelle démarche; mais les apparences sont souvent trompeuses, et parmi les vœux, en grand nombre, que le congrès avait exprimés, celui de la création d’une chaire d'histoire n’est pas le seul que l'autorité supérieure n’exauça pas; dé légitimes ambitions avaient été mises en éveil, aucune ne fut satisfaite.

En 1859, la Faculté de médecine, consuliée par M. Rouland, alors ministre de l'instruction publique, sur la question de savoir s’il existait des lacunes dans l’enseignement et s’il y avait lieu à les combler, répondit, par l'organe de M. Gavarret, remplaçant le doyen empêché (1), qu’il n'y avait pas de bonnes raisons pour

(1) Voyez la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 13 mai 1859,

introduire officiellement dans la Faculté l’enseignement de spécialtés auxquelles le ministre faisait une allusion évidente dans saMletire.du 15 janvier ; le rapport insistait au contraire sur les avantages que pouvait offrir la création d’une chaire d’histoire dela-médecine. Comme la Faculté proposait ce qu’on ne lui de- Mmandaitpas etrefusait les cadeaux qu'on avait grand désir de ludfaire, on ne voulut ni lui donner trop d’ennuis en introduisant des-spécialistes dans son sein, ni lui causer trop de plaisir en lui accordant un professeur d'histoire.

…Une-des premières pensées de M. Rayer en entrant à la Faculté comme doyen et comme professeur fut de tirer profit de cette mémorable délibération de 1859; et il n’a pas manqué, quand\les circonstances lui parurent favorables, de mettre sous les Yeux du nouveau ministre de l'instruction publique, M. Duruy, Pauteur justement renommé de l'Histoire des Romains et de Pbsioire de la Grèce, le fondateur du cours d’histoire générale à l'École polytechnique, les motifs pressants, les arguments décisifs qui ne permettaient pas, suivant lui, de retarder plus longtemps une création toujours ajournée par des fins de non-recevoir. Il ne paraît pas, cette fois, que la requête du doyen ait été appuyée par la Faculté, c’est ainsi que le mimstre s'est décidé à instituer au Collége de France un enseignementque l'École de médecine avait réclamé et dont elle ne se souciait plus.

Je ne connais pas le texte du rapport que M. Rayer a dû présenter à l'appui de sa demande, mais je suis bien certain d’en rendre au moins le sens dans les considérations que je désire vous soumettre maintenant sur l'utilité de l’histoire de la médecine :

La médecine à un passé des plus glorieux ; le génie de la Grèce et le génie de Rome ont été mis à son service par les meilleurs écrivains ou les auteurs les plus savants : Hippocrate, Héro- …phile, Gelse, Rufus, Soranus, Galien ; — puis, lorsqu'on croit que les sciences et les lettres se sont perdues dans les décombres de l'empire romain, l’histoire, mieux informée, nous montre la médecine scientifique toujours debout, et produisant, sinon des

chefs-d’œuvre, au moins des ouvrages considérables où la tradition se perpétue et se développe dans des écrits originaux, dans des compilations ou dans des traductions qui sont comme les derniers reflets de la grande antiquité. Les Arabes nous apportent ensuite tout un corps de doctrines empruntées aux Grecs, et qui servit à l’éducation médicale de la seconde période du moyen âge. Les Écoles se constituent; elles ajoutent chaque jour quelque observation nouvelle au fonds primitif; enfin quand la Renaissance ramène à la lumière les textes grecs et latins, les médecins prennent partout la direction du mouvement scientifique et littéraire.

S'il n’y avait dans l’enseignement de l’histoire de la médecine d’autre intérêt que de montrer aux élèves cet imposant spectacle du développement continu de la science depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, l’atilité d’un tel enseignement serait déjà pleinement justifiée ; mais à côté de ces raisons générales et spéculatives, on peut faire intervenir d’autres arguments non moins considérables et d’une application pratique plus immédiate.

Les observations en médecine ne ressemblent pas aux observations en physique ou en chimie : dans ces deux dernières sciences les phénomènes, parfaitement définis et fixes, se Teproduisent à volonté; au contraire, en médecine les phénomènes organiques, physiologiques ou morbides, portent trop fortement l'empreinte des lieux, des temps, des races, des tempéraments, des saisons, des circonstances de toute nature ; ils sont trop incessamment modifiés par les mouvements de la vie pour que l’observation d'aujourd'hui ressemble exactement à l'observation d'hier. On ne peut ni créer de toutes pièces une pneumonie, ni se flatter d’en voir deux cas identiques ; nous ne sommes pas maîtres du terrain, et pour qu’il ne manque pas absolument sous nos pas, il faut avoir, non pas la prétention de tout refaire chaque jour, mais la volonté ferme de profiter de l'expérience du temps passé, en la soumettant à un contrôle sévère. C’est là ce qui constitue une partie de la critique historique.

Quand on parcourt les Observations, trop peu nombreuses du

resle, que nous ont laissées les anciens, ou les recueils plus riches que nous devons aux auteurs de la Renaissance et des témps rapprochés de nous, il n’est pas malaisé d'y découvrir poules maladies les plus simples des différences considérables dans leurs manifestations, différences qui, rapprochées des phé- Homèénes que nous avons sous les yeux, éclairent à la fois le diagnostic et la thérapeutique. Ainsi, soit pour tracer le tableau réel completd'une maladie, soit pour en avoir le signalement plus authentique, soit enfin pour la traiter avec plus de chances desucees, il importe de retrouver par l’histoire les diverses formes sous lesquelles elle se produit et les divers agents thérapeuliques qu'on a mis en usage, suivant les temps et suivant les climats ou les saisons. Cette pathologie comparée, qui embrasse léSmaladies sporadiques aussi bien que les maladies épidémiques, est une des faces les plus curieuses et les plus instructives de l’histoire.

Les exemples ne manqueraient pas pour prouver combien lhistoire a rendu ou peut rendre de services à la pratique, car l'histoire n’a pas seulement la vertu négative que lui attribuait Diiouret:; il ne lui suffit pas de faire éviter des erreurs, ce qui serait déjäun grand mérite ; elle a de plus la prétention justifiée de donner des enseignements positifs. |

Hstce"un médecin praticien ou un médecin historien qui à démontré que les fièvres décrites par Hippocrate dans les Épidémies sont non pas des fièvres malignes où typhoides, comme on l'avait cru, mais des fièvresrémrtentes ou pseudo-continues, demémenature-que celles qu'on observe encore dans les pays chauds Non,-cemest point un médecin praticien ; car en arri- Vant sur les côtes de la Grèce et de l'Algérie, nos médecins militairesne savaient trop à quelles maladies ils avaient affaire; c’est Lunmédecin historien, c'est à M. Littré qu'on doit cette assimiltionrigoureuse et inattendue. — C'est encore M. Littré, et non pas un simple médecin praticien, qui à reconnu dans V Épidémie de Oorinthe, décrite par Hippocrate, diverses espèces d’angine accompagnées de ces paralysies consécutives sur lesquelles l'atténtion est éveillée depuis quelques années seulement. — Qui a établi par des témoignages authentiques l'influence de la ligature

de la carotide dans le traitement de certaines maladies ? Ce n’est pas non plus un médecin praticien, mais un bibliographe distingué, M. Dezeimeris. — Entre les mains de M. Malgaigne, qui a remis en honneur l’histoire de la chirurgie, le traité d'Hippocrate Sur les fractures et les luxations est devenu pour ainsi dire un traité moderne, — Enfin, un des émules de M. Malgaigne, M. Pétrequin, de Lyon, a retrouvé dans les anciens des méthodes de traitement ou des thèses de pathologie chirurgicale qui passent aujourd’hui pour nouvelles. — Si l’on s’était souvenu que Galien a fait de trés-belles expériences sur le système nerveux, on n'aurait peut-être pas attendu si longtemps pour remettre en honneur la distinction des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment. — Si l'on avait plus soigneusement consulté les archives de la médecine, on aurait depuis longtemps trouvé dans Hippocrate les germes de l’auscultation ; — dans Rufus, dans Soranus, dans Héliodore et dans Galien la torsion des artères; — dans Hérophile et dans Rufus toute une théorie des mouvements du pouls, mouvements qu'on apprécie aujourd’hui à l’aide d'instruments ingénieux ; — dans vingt auteurs anciens et du moyen âge l'emploi d’anesthésiques puissants; — dans Héliodore le traitement par l’excision des rétrécissements de lurêthre ; — dans Antyllus la preuve que l'extraction de la cata= racte était une opération familière aux anciens ; — dans Albucasis l'opération par succion de cette cataracte, opération que M. Laugier à imaginée de nouveau; — dans un écrit salernitain la mention de capsules slutineuses destinées à dissimuler le mauvais goût de certains médicaments. — La description de l’érysipèle typhoïde gangréneux et épidémique; celle de la phihisie aiguë sous forme endémique, se lisent tout au long dans Hippocrate ; et pour parler de temps beaucoup plus rapprochés de nous, c’est-à-dire de quelques mois, on a vu combien l’histoire a efficacement aidé à résoudre le problème soulevé à l’Académie de médecine par les discussions sur la variole et sur la vaccine chez l’homme et chez les animaux.

Ge n’est pas la faute de l'histoire, mais la faute des médecins, si l’histoire ne rend pas plus de services à la médecine. Qu’on l'interroge avec persévérance et avec discernement, et il n’est

pas un point important de la science ou de l’art sur lequel elle ne fournisse une réponse décisive ou un renseignement utile.

Ilne faut pas, du reste, faire consister uniquement l’histoire dela médecine dans l'examen de nos plus anciens monuments, et te lavoir jamais apparaître que chargée de la poudre séculaire des bibliothèques. L'histoire est de tous les temps, le livre qui a paru Mersera demain de son domaine. Le xvirr° siècle vient de fimrsle-connaissons-nous ? Savons-nous ce que nous devons et ce que nous pourrions encore emprunter à l’Académie de chirurgie, à la Société royale de médecine (1)? Qui lit maintenant Bichat, même Broussais, même l'immortel traité de Laennec Sur lauscultation ? Qui se souvient de Haller ou de Franck, de Sydenham ou de Stoll? Qui consulte aujourd’hui les anciens recueils périodiques français ou étrangers ? Savons-nous même exactement quels systèmes dominent à Berlin, à Florence, à Mienne-ou à Londres ? Connaissons-nous les faits qu’on observe enRussie, en Angleterre, en Hollande, en Amérique, en [talie où dans les colonies, quoique ni les journaux ni les publications de toute nature ne fassent défaut? Sortons-nous de nos hôpitaux et dépassons-nous les Manuels du médecin praticien? Cependant qui serait assez présomptueux dans une science d’observation pour prétendre sérieusement qu'il n’est l'élève de

(L)MILestresrettable que l'Académie de médecine, faute de ressources suffisantes, 1e puisse pas faire sortir de.ses cartons les papiers des deux compagnies dont elle à Clé insüituée Lhéritière: la Société de médecine, et surtout l’Académie de chi- Pungie Une. commissionterait aisément un bon choix au milieu de ces papiers dont jai le premier signalé l'importance, et réparerait ainsi les dommages que les

…(liSCuSSiOnS intestines ou.le malheur des temps ont faits à la science en ne permettantpas de publier en leur temps de très-précieux travaux. — La Société de chirurgie 1e rendrait pas un moindre service en donnant de nouvelles éditions des œuvres de nos plus srands.chirurgiens du xwmre siècle, et en réunissant les divers mémoires qu'ils sont-dispersés dans les recueils périodiques où il est, pour les médecins de Paris comme pour ceux de province, partois difficile de les trouver et toujours {rès-long de les.chercher. M. Guardia a donné, dans la Gazette médicale de Paris (année 1864, “AMfévrier 1865 et année 1868), une série d'articles intitulés : Les aulograpres det'Académie de chirurgie, tirés des Archives de l’Académie de méde- Cine M Verneuila aussi publié des Documents inédits tirés des Archives de l’an- Cienne Académie de chirurgie (Paris, 1860-1861). Deux fascicules, contenant diverses-pièces sur les polypes et la staphylorbaphie, ont seuls paru.

personne et quil ne doit rien qu'à ses propres recherches? Celui qui est maître aujourd'hui était disciple hier ; et pour me servir, en la détournant, d’une heureuse expression qu’on prête à Aristote : « toute science vient d’un œuf »; pour aucune il n’y a de génération spontanée.

Faire prévaloir tant et de si forts arguments, c’est tracer en même temps tout un programme; et quel programme, s’il faut s’y conformer rigoureusement! Réunir dans une seule chaire les connaissances médicales anciennes et modernes; tout lire, tout méditer, tout comparer, tout rassembler en des aperçus généraux, et préparer ainsi l'essor de l'avenir par le rapprochement incessant du passé et du présent !

Accepter sans réserve un tel programme après en avoir mesuré l'étendue et reconnu les difficultés, ce serait affecter une grande présomption; mais prétendre qu’on ignorait, quand on s’en est chargé, combien la tâche est lourde et périlleuse, ce serait montrer beaucoup d’imprévoyance et marquer peu de respect pour son auditoire. Peer ai recherché l’honneur qui m'est fait aujourd’hui, je n’avais point oublié le mot de Pline, € qu'il est aussi malaisé de donner de la nouveauté aux vieilles choses que de l'autorité aux nouvelles », mot profond qui rend plus difficile pour soi-même et moins exigeant pour les autres. Je savais donc à quoi, et dans quelles limites, je m’engageais; je n'ai certes pas plus le droit de me plaindre que la volonté de w’enorgueillir ; je ferai de mon mieux pour ne pas rester audessous de votre attente : voilà ce que je puis promettre sans trop de présomption et sans trop d'imprévoyance. Vous ferez le reste, Messieurs, et aussi les circonstances me viendront en aide,

Je vous indiquais tout à l'heure les raisons qui, suivant moi, n’ont pas permis que l’enseignement de l’histoire prit au commencement de ce siècle ni l'autorité ni l'importance qu’il comporte, je veux maintenant vous dire pourquoi cet enseignement ne peut manquer de réussir sinon par moi, du moins par d’autres ; je retrouve comme cause de succés précisément les motifs opposés à ceux que je signalais comme causes de discrédit.

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