IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE
grande prédilection pour la chimiatrie; mais ila bien fall reconnaîtré, devant vous, Messieurs, qu'il y avait là un SeCOUIS pour la physiologie, une nouvelle idée thérapeutique à suivr® et une nouvelle officine à exploiter. À Poursuivant la revue des obstacles semés sur la route de cel qui veut devenir un bon médecin, Baglivi donne sur la lectun des conseils presque toujours sages, quelquefois puérils ; j'en re lève un qui conduirait tout droit à lempirisme, s’il était pris à lettre : — «Sachez, jeunes gens, que vous ne trouverez pas M [ivre plus instructif que le malade lui-même (E) : la maladie, li ! vous savez observer diligemment, vous apprendra bientôt etra . pidement beaucoup de choses dignes d’être retenues et que peut | être ne vous fournirait pas une lecture de plusieurs années. » ME leurs (2), notre auteur avait fait une recommandation plis acceptable en disant qu’il ne fautpas lire avec avidité plus qu'on ne peut digérer, mais qu'il faut régler, mesurer leslectures, et} joindre par conversationle commentaire d'hommes doctes. Autait les bons livres nous enseignent vite, autant les mauvais nous fonb désapprendre. Enfin Baglivi donne encore un autre correctif à su
vres, ce n’est pas une raison pour la croire indifféremment applicable dans tous.les cas ; nous ne la croyons utile que dans les fièvres où l’excessive ébullition du sang, sa quantité trop grande, ou un engorgement qui se déclare dans quelques VISCÉTES préparent à l’économie les dangers les plus graves, tels que le délire, l'insomni, jes inflammations viscérales, de pénibles serrements d'estomac ou de poitrine, difficulté de la respiration, la suspension du cours des humeurs dans quelques organes, la rupture des vaisseaux et mille autres accidents qui arriveraient bièn vite, et même nécessairement, si l’on ne se hâtait de les prévenir par une évacualioi sanguine. Cette évacuation, d’ailleurs, n'a pas seulement pour résultat la suppression des accidents dont nous venons de parler; mais la masse elle-même du sangen ébullition se trouve ainsi ramenée à un type modéré de mouvement, qui suffit pour opérer en temps convenable la dépuration et l’excrétion de la matière morbide» (trad. Boucher).
(4) 1, vu, 9, Ailleurs (IL, n, 4), il veut un empirisme raisonné, fécondé (expe= riundi ratio intellectu fermentata). Pour lui (IL, 1 et 1) la médecine première, OÙ histoire des maladies, ne doit pas dépasser l’exacte description des phénomèness, c’est presque une question d'histoire naturelle, une science sui generis, Comme il l'appelle, et indépendante. Quant à la médecine seconde , ou thérapeutique il invoque à son aide d’autres sciences et d’autres arts.
(2) I, vs, 1.
proposition trop absolue (1) :— « Quelque lettré quesoit un médécin, il né guérira jamais les malades s’il ne joint la pratique à l'étude. » Il exige beaucoup de prudence et de patience, aussi bien dans l'enseignement que dans la pratique de la médecine (2).
L'École de Cos, dit Baglivi (Prax. IL, nr, 1), a de tout temps joui d'autant d'estime que d'autorité ; il faut la prendre pour guide . dans la méthode d'observer les malades et de recueillir les obser- Yations. En conséquence, mais étendant un peu le point de vue hippocratique, ilréclame quatre conditions pour une bonne histoire desmaladies : recueillir un nombre infini de cas particuliers, les 10 les mürir et les digérer dans son esprit; enfin en tirer Mine série de préceptes et d’axiomes généraux. Le développement lde ces quatre propositions rentre plus dans le genre scolastique que dans la méthode médicale, qui tend de plus en plus à s’affranchir des cadres factices, et qui, dans l'analyse des cas multiples soumis à l'observation, trouve rarement de ces formules générales aphoristiques si fort en faveur auprès des anciens.
Dans les prolégomènes du traité De la fibre motrice et malade (K2), là où justement il s’éloigne le plus d'Hippocrate, là où il met le solidisme au-dessus de l’humorisme, Baglivi s’écrie : Cltudiants en médecine, tout ce que je vous dis est confirmé par l'expérience ; je vous exhorle à étudier toujours Hippocrate ; lui Seul a pu montrer ce que c’est que le savoir, ce que c’est que d'être versé dans l’art de guérir les malades : retenez ses pré- Ceples, je vous en conjure, et suivant l'intelligence que vous a départie la divine Sagesse, conformez-y votre pratique. Je suis convaincu que vous ne serez jamais trompés ni dans vos espérances ni dans vos opinions (3). »
Voilà donc qui est bien convenu : l'unique, le vrai guide, c’est Hippocrate ; mais comment accorder les préceptes de l'École de Cos avec ceux de l’École iatromécanicienne? — Rien de plus in-
()L vi, 10. Voy. aussi chap. var sur les défauts que présentent les commen- {aires rédigés sur les observations médicales ou sur les ouvrages des anciens maîtres par des médecins qui n’ont pas de dectrines et ne sont pas praticiens.
(2)41, 1x : De febribus malignis et mesentericis, p. 67.
(8) Moy. aussi Specimen reliq. libror. de fibra motrice, cap.n.
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génieux que la transition ou le moyen de conciliation imagii par Baglivi : cela vaut la peine d’être cité (4). ù « En lisant assidûment Hippocrate (2), comme j'en ai Phabk tude, j'ai remarqué que pour le traitement des maladies il prés crit surtout les bains, les frictions, l'exercice, les onctions, less cautérisations, l’incision des parties jusqu'aux 0$, les ablutions, la purgation de la tête par les sternutatoires, les lotions de tête, les vellications, les succussions et auires remèdes semble bles qui exercent leur action sur les parties solides du corps hu main (3). Comme c’est pour ces parties que de tels remèdes sont immédiatement employés, et non pour les fluides, si ce n’est pal l'intermédiaire des solides, je ne concevais pas encore la raison dé ces remèdes, me demandant pourquoi, la maladie existant el 8e cachantsouvent dans les fluides, on emploie des remèdes qui, OÙ conviennent peu aux fluides, où ne leur conviennent qu’à l’aide des solides sur lesquels ils s'impriment. Hippocrate donnait aussi trés-peu de remèdes par la bouche, si l’on excepte l’elléboreweb ë Fr (4) Prolegomena speciminis fibrae motr., etc, : Animadv. in theoricen vetereiis 4-h. Dans la Praæis medica (X, 1x, 7), son premier ouvrage (1696), si je none trompe, Baglivi, moins avancé dans les voics du solidisme, fait quelques concessions à l’humorisme, mais tout en déclarant que jamais les médecins ne verront clai dans les fluides de l’économie animale, et que jamais où n’en connaîtra l'éxatti composition. — La physiologie actuelle et la chimie donnent chaque jour, heureis sement, un éclatant démenti à cette prédiction'intéressée. — L'ouvrage Suit fibre motrice et malade devait avoir quatre livres. Le premier seul parait avoir reçu la dernière main; des autres nous n'avons qu’une esquisse. Du reste, au début du premier livre, Baglivi donne le plan de tout le traité qui devait embrasser l'an tomie, la physiologie et la pathologie de la fibre ou des solides, Dans la pathologies tout se réduit à une question de tension ou de relàchement contre nature, que cel tienne directement à la fibre ou secondairement aux vices des humeurs et du fluide nerveux, On doit regretter de ne pas posséder les études que Baglivi avait faitesavce point de vue sur les maladies aiguës ou chroniques. Dans le premier livre l'auteur s’occupe comme Bellini des séémuli, mais il les considère comme de vrais irritants. C’est un pas de plus. ‘4 (2) Je n’ai pas besoin de faire remarquer que Baglivi, prenant la Collection hippo= cratique en bloc, ne distingue pas les prescriptions qui appartiennent aux diverses écoles représentées dans cette Collection. L'usage du lait et du petit-lait; pan exemple, est une méthode Cnidienne.
(3) Nous avons vu plus haut (p. 769 et suiv.) que Bellini considérait ces divers moyens, et d’autres analogues, comme des stimuli succédanés de la saignée.
lépetit-lait ou le lait dans beaucoup de maladies. De nos jours, comme guidés par lui, la plupart des Indiens et des Orientaux Hiitent les maladies par les cautérisations et les piqûres d’aiguilles, témoin Ten Rhyne et le très-docte Alpin, dans son livre Dé la médecine égyptienne. Après avoir fait ces réflexions, je sopçonnai que lillustre vieillard nourrissait dans son esprit quelque spéculation secrète sur les solides qu'il s'est abstenu de dévoiler à ceux qui sont venus aprés lui (car il a dit en passant quelque chose sur les maladies, la force et la puissance des 50lides) et qu’il s’est conformé à cette spéculation pour les remèdes Que j'ai cités. Comme j'ai à peine trouvé chez les anciens et les Modernes, lorsqu'ils traitent des causes des maladies, quelque chose qui: se rapporte aux solides, mais seulement beaucoup de fulilités et de rêveries relativement aux fluides, j'ai résolu, vu laridité d’une matière qui n’est point encore familière à nos doc- {eurs, d'observer moi-même l'usage, la force et la puissance des Solides dans un corps vivant, sain Où malade, et cela par les expériences sur la fibre motrice des animaux vivants, surtout par une patiente et constante observation des symptômes chez les malades. Je crois fermement, en effet, qu'on ne peut connaitre l'usage, la force et la puissance des solides d’une partie sans avoir noté et observé les accidents qui S’Y produisent quand elle ésLaffectée de maladie ; on ne saurait déterminer l'usage et la Structure d’un viscère, après qu'une maladie, un squirrhe ou Une obstruction l’auront altéré, qu’en notant d'abord les symplômes de la maladie, puis en examinant avec soin les viscères à Vaide de la dissection après la mort. En conséquence, je me livrai (out entier à l'observation des symptômes morbides el à l’aulopsie des cadavres des malades morts dans ces conditions (1); et je me persuadai de plus en plus que V'action des solides était plus puissante que celle des fluides pour la production des maladies (2), et que c’était une grande négligence de Ja part de beau-
(4) Quelles que soient les conclusions de Baglivi, et quelque défectueuses que Soient ses nécropsies, il y à loin de sa méthode, qui est la bonne, à celle de Bellini qui est la plus mauvaise.
(2) Baglivi poursuit la démonstration dans tout le reste du chapitre par d’assez Mauvais arguments tirés de la clinique et même d'Hippocrate. — Dans De fibra
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coup de médecins d’avoir laissé de côté jusqu'ici un sujet si gra sans y donner l'attention voulue (4). »
Pour démontrer sa proposition, Baglivi ne trouve rien de miett que d’invoquer en preuve ce qui se passe dans certaines ma ladies de la tête : « L'observation des plaies de tête, dit-il, nous fera connaître mieux que toute autre chose la force et la puissance des solides. Celui qui est affecté d’une blessure à la tête est cons sidéré comme sain et sans lésion du suc nerveux, ni des acides ficuifs ou des autres molécules imaginaires des fluides (2). Ainsi on observe souventà la tête une partie médullaire du cerveau pourrie et pleine de pus, quoique le malade ne souffre d’aucun accident dé léthargeus, de délire, de convulsions, etc. » On peut même enlever celte partie gâtée avec pleine sécurité pour la guérison.
motrice, lib. I, t. I, p. 378, Baglivi insiste encore sur ce point, et il ajoute cependait cette proposition digne de remarque, à savoir que la fibre peut être excitée, tendue, mise en insurrection soit par l'extérieur comme chez un jeune homme que le moindre attouchement faisait tomber en syncope avec des horripilations très-prononcéess soit à l’intérieur par la titillation des fluides circulants, et ayant perdu leur qualité anodine. I ne faut pas trop exalter les fluides, mais en tenir compte, quoique les “solides aient le pas sur eux. «Vous prescrivez un diaphorétique à un malade, afinde donner aux fluides de nouveaux et violents mouvements; mais que la fibre du me lade soit, naturellement ou par suite de la maladie, tendue, crispée et qu’ellene cède pas facilement au fluide dont le mouvement a été accéléré, qu’elle lui résisté même, vous verrez alors que le fluide fait violence aux viscères et aux parties inter nes, ct, selon les diverses parties qu’il traverse, il se produit différents symptômes, des douleurs, du délire, des insomnies, des convulsions, etc. Nous avons fréquemment observé tout cela, lorsque, contre certaines maladies aiguës et inflammatoires, dans lesquelles on pouvait supposer une crispation excessive des solides, on prescrit contre-temps, c’est-à-dire quand la maladie est encore crue, et lorsque les solides ne sont pas relèchés convenablement, des remèdes purgatifs, diaphorétiques ct« spiritueux. Aussi, dans la pleurésie, il ne faut jamais attendre les crachats sans avoir relâché auparavant, par les remèdes convenables, les solides et les fluides de à partie enflammée. Ce que nous disons de la pleurésie, on doit l'appliquer à toutes { les autres maladies aiguës.» — Voy. aussi Praxis medica, 1, 1x: De febribus genere. — C'est en des termes différents, mais pour le fond même, une doctrine hippocratique.
(4) Baglivi (Anat. fibre ar., etc., t. If, p. 63) exhale les mêmes plaintes sur les conséquences fâcheuses qui ne leu. dans le traitement des maladies, de ce que les médecins négligent les solides. Là encore, cependant, il fait quelques concessions à la médecine chimique, mais il s'élève contre l'abus des boissons aqueuses, (2) Voy. des réflexions analogues dans De anatome fibrarum, etc., t. IL, p.66,
Après cet exemple, où il s’agit probablement d’une hernie du “cerveau à travers une fracture du crâne, et non, je pense, d’un fungus de la dure-mère, Baglivi veut établir par d’autres faits pathologiques qui se rapportent aux parties solides membraneuses, combien, au contraire, leur lésion est dangereuse. Les blessures des muscles temporaux, lesquels sont recouverts par lépéricrâne, qui est une prolongation de la dure-mèére (1), sont foujours graves, presque toujours mortelles. De même, dans les blessures de la tête, quand les méninges sont touchées Qu viciées, les mouvements convulsifs, le délire, le tremblement, ne se font pas attendre; il a également observé que si, dans les blessures de tête, on emploie les vésicants pour éloigner le létharaus, les malades allaient aussitôt plus mal (2). Puisque le délire, comme le prouve l'ouverture de tant de cadavres, est causé par linflammation des méninges, il n’y a pas lieu de s'étonner que l'emploi des vésicants nuise à ceux qui sont pris de délire plutôt qu'ilne les soulage. En effet, le délire vient de la partie solide des méninges irritées, crispées et enflammées; le sel aigu et caustique des cantharides, s’y mêlant, irrite et augmente le délire. Baglivi dremarqué encore que les vésicants, dans le délire, nuisent plus tux hommes qu'aux femmes, parce que la fibre des femmes est plus molle, plus flexible et moins disposée à la crispation que celle de l'homme, dont la fibre est dure et plus tendue (3).
(4) Œétait l'opinion de beaucoup d’anatomistes de ce temps, qui partagéaient cette erreur avec Galien.
(2) Voy. son ouvrage Sur l'usage et l'abus des vésicatotres.
(3) Dans De anat. fibrar., etc, À, IL, p. 56 et suiv., Baglivi établit les degrés dela tonicité des fibres musculaires et membraneuses d’après l’âge, les tempéraments, les sexes, les divers états de la vie. Il ajoute quelques propositions peu galantes ét peu spiritualistes. « Les femmes et les enfants, parce que leurs fibres, surtout celles du cerveau, sont trop molles et trop relächées, passent pour être absolument incapables de trouver et d'enseigner la vérité. Nous voyons que tout est vain et Variable dans leurs pensées et leurs desseins instables et inconstants. Les passions de âme, quoique la cause en soit légère, les abattent ; on des voit se désespérer et se limenter sans motif grave ; les choses sensibles et curieuses les attirent et les dominent. Les femmes aussi, à cause de cette mollesse des fibres, sont ingénieuses dans 1és choses d'apparence : l'élégance du parler, Le soin dans l'habillement; elles ont d’une manière exquise le sens du goût et de l’odorat, et l'observation fastidieuse des cérémonies leur est naturelle. Il en est tout autrement pour les hommes d’un âge mûr;
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En présence de ces accidents, Baglivi ne connaît pas d'autre indication à remplir que de relâcher la fibre par la saignée et la médication émolliente ; il en cite divers cas ici et dans la deuxième dissertation de ses Dissertationes varit arqumenti.
«Les accidents, continue Baglivi, qu’on observe à l’approche du délire ou dans le délire, tels que la rétraction des hypochon: dres vers l’intérieur, prouvent manifestement que la fibre des méninges ainsi affectée crispe et contracte à la fois le système des membranes, les parties et tous les viscères qui naissent des membranes, lesquelles sont régies par la dure-mère, dont elles tirent leur origine (4). Aussi Hippocrate (2) enseigne-t-1l, en plusieurs endroits, que la rétraction des hypochondres, que lé bulbe des veux devenu immobile et comme changé en pierre que la langue bégayante et presque toujours enflée, aride et sèche, qu’un sentiment de tension et de rigueur dans tout le corps, présagent le délire. Dans le délire, les fibres des glandes sécrêtent peu. Si à la douleur de tête se joint une diminution de la sécrétion des humeurs, de l'urine, par exemple, de la sueur, de la salive, des excrémenits, le délire est proche, surtout si les médecins font un usage immodéré des diaphorétiques et des alexipharmaques ignés et trop violents, destinés, comme ils le disent, à réfréner la maligenité, laquelle, le plus souvent, est 1mas ginaire et fausse, au point que beaucoup encourent un mal plus grave, la mort même, non à cause de cette malignité, mais par
.les remèdes qu’on leur donne pour la combattre. Prudentik pauca. »
leur esprit atteint sa perfection depuis trente jusqu’à quarante ans; les fibres ayant alors la solidité et la maturité voulues, ils jugent et délibèrent avec réflexion et sagesse; comme leur espril n’est pas distrait de son œuvre par les choses sensibles et extérieures, ils sont plus aptes que les autres à chercher et à enseigner la vérité, La douleur et la volupté ont moins de prise à cet âge ; les passions de l’âme ainsi que les injures les émeuvent et les effrayent moins ; ils vont même courageusement aus devant, comme il convient àun homme doué d’un esprit généreux et constant.»
(1) Nous verrons plus loin que la dure-mère est, pour Baglivi, la partie du corps qui tient soussa dépendance presque toutes les manifestations du système nerveux et fibreux (muscles et tissu fibreux proprement dit).
(2) En aucune occasion, Baglivi ne manque de ranger «le divin » Hippocratede son parti, ;
Baglivi, disciple fervent de l'iatromécanisme, est le vrai préturseur de cette école solidiste qui en est, pour ainsi parler, la Conséquence naturelle, et qui est venue à sa suite en Angleterre,
mn italie, plus tard en France, par une voie plus détournée.
Les remarques qui précèdent nous ont déjà appris que Baglivi, Mit solidiste qu'il est, tout opposé qu'il se montre parfois à la chimiatrie, ne rejette cependant pas absolument, ni en théorie Mirén pratique, lhumorisme et les remèdes chimiques. Il en donne une nouvelle preuve dans sa manière de considérer les tumeurs (L).
(De même, dit-il, qu’il est impossible de guérir extérieurement de tumeur causée par la contraction douloureuse des fibres, si Aiparavant on ne lui oppose les anodins, les fomentations et (bains ; ainsi nous ne pourrons dégager le cours des fluides
fnterceptés intérieurement par la violence de la douleur, ni faire disparaître Les tumeurs qui en proviennent, avant d'avoir adouci lvéhémente crispation des fibres par les huileux, les anodins étles humectants employés en dedans et au dehors. Ge n’est pas Seulement la trop grande contraction des fibres qui cause Îles lumeurs, c’est aussi le trop grand relâchement qui produit les fumeurs dites froides et indolentes, tumeurs dues non au fluide, Mais à la fibre. Le traitement de ces tumeurs demande des remèdes qui, en rendant à la partie la tonicilé, la solidité et la force perdues, dégagent le cours. intercepté des humeurs, et le rendent facile et coulant; tels sont les amers, les aromatiques, les
amaro-astringents et les préparations de fer, dont les anciens Se servaient avec succès dans le traitement des écrouelles et des
{1} De anatome fibr., etc., te II, p. 69. Voy. aussi Canones de medicina Solido- Pum, ad rectum statices uSum, 214, 29 : La mort naturelle est produite par l’aridité bla dessiccation des solides, par la salure et Vévaporation des liquides, — Les solides Serélablissent par un bain d'eau tiède; les liquides par La transpiration insensible, par des aliments d’un bon suc, pris modérément et selon que le demandent les forces dela nature affaiblies dans la vieillesse. — Il y à une route royale de la peau au ventre, et une autre du ventre à la peau; les humeurs et les maladies s’y succèdent mutuellement. Les douleurs du ventre se terminent en douleurs des articulations, éboice versa. Il y a également des successions et des.permutations de la vessie au ventre, du ventre à la vessié, ici à cause du voisinage, là en raison d’une certaine despumation générale et commune faite à travers des filtres.
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tumeurs indolentes. De nos jours aussi on emploie avec le mêms succés ces remèdes dans les affections chroniques des viscères,
qu'on attribue au relâchement de la tonicité des solides. Les
préparations de fer, en effet, surtout le fer pur réduit en poudre impalpable, et donné à la dose de 8 grains ou plus (1), absorbent l'acide stomacal et guérissent le relâchement des parties, rl chement dans lequel résident souvent, pour les maladies chroni* ques, la force et l’âme (vis efanima) de la maladie. Le relâchement ou l’atonie des parties produit quelquefois des tumeurs et des douleurs périodiques; les fibres de ces parties étant distendues et disjointes par une longue maladie ; l’ordre des solides étant alors rompu, les sucs commencent à s’y amasser et y adhèrent quand ils sont en grande abondance, de façon qu’ils ne pete
vent être reçus ou rejetés par la partie, ils tourmentent le ma
lade, à des époques fixes, sous l’apparence de douleurs et dé tumeurs. Il faut donc admettre que les tumeurs ont deux causes
soit un vice du fluide dont la crase troublée par les particule
épaisses, acides et visqueuses, ou âcres, aiguës et salines qui su abondent en lui, le rend incapable de circuler; soit un vice des fibres chargées de favoriser le cours des sucs par leur oscillation; lorsqu'elles sont ou trop tendues et contractées, ou au contraité relâchées, indolentes et comme paralysées. Que si l’on ne pèse avec soin tout cela dans les maladies, je pense qu’on ne pourra jamais instituer un traitement conformément à la raison.»
Toutefois Baglivi ne perd pas une occasion de marquer
prédilection pour les explications mécaniques et solidistes ; iMem
prouve manifestement dans le passage suivant tiré des Canones ($ 28) touchant l’action intime des médicaments :
«I est difficile de se rendre compte de la manière mécanique dont agissent les médicaments dans le traitement des maladies,
si l’on n’a pas la connaissance de la statique des solides et dés
liquides, ainsi que celle de l'équilibre de leurs forces et de leurs résistances réciproques; car on doit regarder comme des fictions
(1) L'auteur ajoute : « Chalybs enim quo magis arte solvitur, eo infirmior teAsh ditur sua virtus.» Sans doute il entend que si le fer est dissous chimiquementil
perd de sa vertu naturelle.
qu'on enseigne dans les écoles sur les qualités premières des emêdes. La vertu et le pouvoir des remèdes résident plus dans Limouvement, la figure et le poids de leurs particules les plus
fues que dans la pompe et dans la prétendue activité de leurs “qualités élémentaires. »
M Avec Baglivi les deux plateaux de la balance sont rarement en “équilibre, malgré son intention de se tenir à une égale distance éexagérations. Tantôt on le croit exclusivement solidiste el tantôt il fait une place considérable aux humeurs dans la production des maladies (1). Même dans ce dernier cas, il s'efforce déranger les explications sous les formules de l’iatromécanisme (2); mais toujours on peut remarquer que le sens médical, \: que Baglivi possède à un haut degré (3), le préserve des pratiques 1! Misardées et téméraires. Jusqu'ici c’est surtout des solides qu'il a él question. Toutefois, outre ce qui vient d’être rapporté des Mineurs, nous trouvons encore, dans le dixième chapitre (Des indications thérapeutiques) du livre second de la Pratique médicale, quelques réflexions intéressantes qui se rapportent plus particulièrement aux humeurs.
(1) « Primas itaque obtinere videtur solidum supra fluidum, quam contra, » Dissert, varii argumenti, 11, fine. «Aussi on ne s’étonnera pas, dit-il, que j’attribue mux solides beaucoup plus de puissance que ne l'ont fait mes devanciers. » IL fait cependant une concession au milieu de cette même dissertation : « Non excludo Hmen fluidorum potestatem, nam vita in utrorumque mixtione et aequilibrio posita est, » :
(2) Baglivi (Praxis medica, K,1x, $ 3, n° 5) veut que pour bien instituer le Hratement des fièvres, on s’enquière de l’état du sang à l'effet de déterminer s’il est : agité, ténu, inflammable, coagulable, lent, malin; c’est de là qu'on tire les indica-
lions. À la fin du n° 8, il ajoute: «D'après les médecins mécaniciens, et surtout après l'expérience, plus savante encore que tous les mécaniciens, il est établi que Jissaignée peut résoudre les stagnations d’humeurs commençantes, et apaiser d'emblée leur trop grand orgasme. » - (5) Par exemple, il a compris toutes les difficultés que présentent les maladies depoitrine. On voit à ses exclamations combien il serait heureux d’avoir quelque Moyen de diagnostic: — Oh! combien il est difficile de guérir les maladies du poumon ! combien difficile de les reconnaître et de donner un pronostic! Les plus “habiles, les princes de la médecine, s’y trompent (Prawis medica, , 1x, De pleuri-
tide). — 1 a trouvé (Ibid.) à l'autopsie des tubercules qui n'avaient pas, pendant de Jongues années, donné signe de leur présence, et qui tout à coup se révélaient après me pleurésie on une fièvre, et tuaient le malade.
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La véritable base de la pratique, ce sont les indications; né fois qu’elles sont trouvées, les médicaments soffrent d'en mêmes. Jusqu'à présent, la science des indications, tirée def plus vaines théories, repose sur les plus trompeuses hypor / thèses (L). Voyez plutôt les galénistes, ils ne songent qu’à ét
! cuer une des humeurs peccantes (2). Après les galénistes/t sont les médecins qui poursuivent le « triste fantôme des acides et des alcalis, » quoiqu’on ne süût ni quel acide produisait Jé# maladies, ni quel alcali les guérissait. Mille causes donner naissance aux maladies, même en restant dans le cercle dès humeurs qui agissent en vertu d’une qualité spéciale qu’elles acquièrent. Comment, par exemple, ne pas tenir compte dei principes coagulants, dissolvants, relâchants, astringents?
(4) Comme tous les sectaires, Baglivi proteste de son aversion pour les uypothè, et de son goût pour la seule expérience ou pour l'observation: « IL n’est pas rares dit-il, d’arranger dans son cabinet de fort belles idées, qui semblent parfaitement conformes à la raison, et que l’on peut regarder comme certaines. Essayez un pe de les mettre en pratique, et vous en verrez sur-le-champ l'impossibilité, l’absurdité
el.
de remèdes, qui paraissent au premier abord inutiles ou déraisonnables, soil qu’elles ne rentrent pas parfaitement dans nos hypothèses, soit que nos connais” sances ne nous permettent point d'en donner quelque raison suffisante ; soumettos les cependant au creuset de la pratique et de l'expérience, et vous y trouverez li fois des moyens sûrs et pleins d'utilité. Laissons donc à la pratique et à la théorielih place qne chacune d'elles doit occuper dans la science ; c’est le meilleur moyell
même. Ily a une foule de choses, au contraire, en fait de traitement surtoub
selon nous, de donner à la médecine l'appui dont elle a besoin, et la force quidoil lélever au-dessus de ce qu’elle a toujours été (Praxis med., T, xx, 7 ; trad, Bots cher. « En ce quime concerne, dit Baglivi » (Praxis med., 1, x, 40), je me tiens aux hypothèses tant qu’elles me paraissent suivre exactement les traces demi nature; pour peu qu’elles s'en écartent, je les laisse et je suis la nature, quid notre meilleur guide, » — Les médicaments guérissent, non les hypothèses (Ibid, 11, x, 3). Aussitôt Baglivi ajoute pour mieux prouver qu’il ne fait pas d’hypothèsesiu presque toujours ces médicaments guérissent sans produire aucune évacuation sens sible, mais seulement en rendant aux fluides malades et aux solides leton di l'énergie qu'ils avaient perdus. — Enfin il dit (I6id., IE, x, 6): « Totus sum in be servando, » 4 (2) Il est possible que Baglivi ait raison contre ceux qu'il appelle les galénistes des deux derniers siècles; mais il est certain que pour Galien les indicationsems brassaient beaucoup plus de choses que les quatre humeurs cardinales. Ses (one mentaires sur Hippocrate, ses ouvrages sur la thérapeutique le prouvent surabous damment, On n’est presque jamais juste envers ses adversaires. :
“Il y à des maladies, et en grand nombre, qui n'ont pas kifäutre cause qu'une sorte de modification dans la texture natu- “ielle ou dans Varrangement des parties élémentaires qui constiduent l'une des humeurs de l’économie; cette modification elleième peut être le produit d’une influence externe, mais elle peut dépendre aussi d’une agitation intestine, d’une action réciproque des solides sur les fluides, en vertu de laquelle tout change dans les molécules élémentaires, le mouvement, la forme “et les rapports ; et c’est là une source abondante de maladies. Or, dans ce cas-là, qu'importe la nature des médicaments ? Chauds ou froids, acides ou alcalins, doués de vertus semblables ou de vertus contraires, administrés à l'intérieur ou bien à lextérieur, pourvu qu'ils soient en état de rendre aux fluides ou aux solides le ton et l’arrangement qu'ils ont perdus, soyez sûrs qu'ils Sont parfaitement propres à cuérir l'espèce de maladie dont mous parlons.
«est là ce qui explique une anomalie singulière, dont nous Sommes témoins à chaque pas. On voit tous les jours, par exemple, une seule et même maladie céder également bien à des médicaments chauds et à des médicaments froids; à des remèdes ét même à des méthodes absolument contraires. D'un autre côté, Veau de Spa, dont la juste réputation est faite depuis si longtemps, dans les cas de suppressions de règles, l’eau de Spa, di- NOus-nous, au témoignage de Henri de Heers, est encore le plus sûr et le meilleur moyen d'arrêter les pertes, on de modérer l'écoulement exagéré des règles. On en pourrait dire autant, du reste, de la plupart des autres remèdes » (trad. Boucher).
- Suivant Baglivi, les indications se tirent, en premier lieu, des symptômes dominants, puis de la nature, de la cause et de la violence de la maladie. C'est à peu près ce qu'avait dit Galien.
Ilne suffit pas d'affirmer qu'un remède est spécifique contre telle ou telle maladie, par exemple le lait contre l'acrimonie, 1e évacuants contre les excès d’humeurs, la saignée contre la pléthore ; il faut encore tenir compte de mille circonstances accessoires ou principales, savoir la meilleure manière d’administrer lé remède, le temps de la maladie ou même de l’année où lon peut l'adminisirer, et connaître toutes les règles à suivre; la
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même maladie réclame des médicaments très-divers, et les mêmes médicaments agissent de différentes manières (1). j « Les remèdes spécifiques sont particulièrement nécessaires dans les maladies chroniques. Quelle est, en effet, la cause de ces maladies ? Un épaississement, une élaboration incomplète des humeurs, et, la plupart du temps, une lésion des solides orgax niques bien plutôt que des fluides. La nature, habituellement étouffée sous le poids d’un mal qui ne finit pas, n’a plus léner gie nécessaire pour opérer la coction et la dépuration de la ma
(1) Certainement, Baglivi va beaucoup trop loin, et tombe dans le faux, lorsque (Prazis med., T, 1x : De lue venerea et morbis glandul.) il veut établir des différences de siége ou de symptômes assez profondes dans le mal vénérien, suivant les positions sociales, ou le sexe des individus qui en sont affectés : « Quand le mal vénérien s’est fixé pendant longtemps sur quelque organe, il en diminue le ton dt. l'énergie. J’ai vu, par exemple, un homme tomber dans l'impuissance absolue des organes de la génération à la suite d’une gonorrhée chronique; chez un autre, til ulcère aux parties génitales eut exactement le même résultat, Les professions diffé rentes, les diverses positions sociales font varier également le siége des symplômes syphilitiques, qui semblent avoir, suivant les circonstances, des organes de prédin lection. Ainsi, les hommes de peine et les gens du peuple, obligés de gagndm chaque jour le pain qui doit Les nourrir, ont les articulations généralement affaiblitss par la fatigue d’un travail incessant. Que ces hommes soient soumis à l'infection vénérienne, et vous verrez chez eux le mal se fixer sur les articulations avec unes sorte de préférence, précisément à cause de la fatigue toute spéciale de ces organes Aussi, dans cette condition de la vie, c’est habituellement sous la forme de douleurs articulaires, de paralysies ou autres maladies des articulations que se manifesles l'affection syphilitique. Chez les hommes de lettres ou de cabinet, dont la tête cs généralement épuisée par l'étude, c’est la tête qui devient le siége principal del maladie, et la syphilis, dans ce cas, se traduit ordinairement par des affections cérés brales. Les musiciens, au contraire, dont les poumons chaque jour en jeu offrents par cela seul moins de résistance à la maladie, voient chez eux la syphilis assiégers pour ainsi dire cet organe ct ne s’en éloigner jamais ! Quant aux femmes, celles du. peuple comme celles du monde, les habitudes sédentaires ou même l'oisiveté qui. leur sont habituelles amassent aux environs du mésentère une grande quanbités d’humeurs crues et épaisses dont la présence finit par éteindre le ton de cet organcon aussi est-ce là que se manifeste plus spécialement la syphilis chez les femmes 4 En général, toutes les personnes qui vivent au sein du luxe et du loisir, quand elles ont contracté la syphilis, deviennent habituellement la proie d'accidents de he même nature : cesont des crudités, des obstructions, de l’inappétence, de la päleur.
des fièvres mésentériques lentes, des phthisies, des hydropisies, tout ce qui fait enfin le cortége des maladies du mésentère, »
BAGLIVI. — PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 80i
jiére peccante; il faut donc que le médecin éteigne lui-même Jespèce morbide au moyen de quelque médication spéciale ; ou bien, il faut relever le ton de l'organisme avec des médicaments Spiritueux, analeptiques et amers; de cette façon, l’économie, délivrée de sa torpeur, peut à la fin secouer elle-même le joug si lourd que la maladie faisait peser sur elle. Voilà sans doute pour- Quoi, dans la pratique, on voit aujourd'hui si souvent les modernes avec leurs médications spiritueuses, volatiles ou excitänies, réussir si bien dans les maladies chroniques et si mal dans les maladies aiguës. Dans celles-ci, en effet, les fermentalions se faisant avec énergie et promptitude, et les solides ayant généralement leur intégrité de fonctions, la nature n’a besoin de rien, ou du moins elle a besoin de peu de chose pour opérer elle-même la coction rapide, l’épuration de la matière peccante et pour en débarrasser l’économie au moyen des éva- Guations qu’elle sait choisir mieux que personne.
«Cependant, lorsque les maladies aiguës ont leur source première dans quelque modification inconnue de latmosphèére, ou dans un changement de constitution médicale, le meilleur moyen et le plus sûr pour trouver des médicaments qui puissent combattre et étouffer cette espèce nouvelle, c’est l'observation attentive et répétée des résultats, bons où mauvais : on voit tous lés jours des remèdes qui, dans une épidémie donnée et sous l'influence d’une constitution médicale particulière, font autant débien qu’ils font de mal dans une épidémie différente et sous l'influence d’une autre constitution.
«Puisque nous en sommes sur le sujet des maladies aiguës, essayons de monirer en. passant comhien est grave l'erreur de ces médecins qui viennent tourmenter les maladies aiguës et inflammatoires, et qui font si bien, avec tous leurs remèdes, que nature enfin, ne sachant plus que faire, tiraillée d’un côté par la maladie, de l’autre par les médicaments, doit finir nécessairement par succomber dans la lutte. Ces résultats n’ont rien que de naturel. Examinons, en effet, la marche des maladies aiguës, celle des fièvres surtout : fort souvent elles guérissent toutes seules ; c’est ce qu’on voit tous les jours chez les pauvres etles gens de la campagne (l); ce même houillonnement des hu-
802 JATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.
meurs, qui est la source de la fièvre, est aussi le moyen détermine en un temps donné la coction et l'élimination de matière morbide. Or, cette élimination, c’est à la nature seu qu'il appartient de la faire, et voilà pourquoi le traitement fièvres aiguës est un écueil où les médecins échouent mille 0 plus souvent et plus dangereusement qu'ailleurs. Une si gran quantité de remèdes, ou des remèdes donnés avec si peu dem thode finissent par jeter dans les mouvements si réguliers de nature le trouble et le désordre ; au lieu de diminuer, la fi augmente, les crises n'arrivent pas au moment déterminé, et malade, trop faible pour résister à tant d’'assauts, va tout drok la mort ou aux maladies chroniques (Praxis med.., I, xt; 520 Trad. Boucher). » ;
Afin de compléter l’histoire des plus importantes parties dela doctrine physiologique et pathologique de Baglivi, ou mieux p en donner en quelque sorte la quintescence, le nœud, le lien com mun, il nous faut rappeler son opinion aussi fausse que célè ü
° sur les mouvements de la dure-mère, lesoscif/lations des solide les ondulations des liquides (1), qui en sont la conséquence, nion qui se lit au chapitre cinquième du premier livre dur trait
« De fibra motrice specimen. Après avoir rapporté de curieu observations ou expériences faites, soit par lui seul, soit en come pagnie de son ami Pacchioni, et ;de Pallili, pour reconnaitr
structure de la fibre chez divers animaux, même chez les p sons (chap. 1); après avoir établi, comme Borelli, mais quelques nuances, que le cerveau et le cœur par le fluide nerve et le fluide sanguin (2) président aux mouvements (chap. 1 notre auteur arrive à comparer les mouvements du cœur ay ceux de la dure-mère, qu’il appelle le cœur du cerveau el au un diaphragme ($), Vu son organisation, sou action Comprimal
(A) Canones de med. solidor., 34 et A7.
(2) Au chapitre VI, on lit : «Il est indubitable et certain que toute sensation tout mouvement dépendent de la mutuelle union ou relation (mulua consensione) du cœur et du cerveau. Le cœur envoie le sang au cerveau, et le cerveau le ‘fuit nerveux au cœur, par un perpétuel échange.
(3) Voy. Disserts varü arqum,; U, À, I, pe 682.
ét son mouvement de diastole et desystole. Même, d'observations faites sur un enfant hydrocéphalique, sur des individus porteurs defractures du crâne, enfin d'expériences sur les animaux (4), Baglivi conclut que ces mouvemenis innés, c’est-à-dire contempo-
rains de la formation du fœtus, viennent, non pas des artères (cependant 1l a constaté l’isochronisme des mouvemenis de la méninge et du battement des artères), ni des nerfs qu’on suppose Syramifier, ni d'autre chose, mais uniquement d'elle-même ei de sa structure.
À quoi sert ce mouvement de la dure-mère ? Il est le moteur premier de tous les mouvements normaux ou pathologiques de lorganisme, en raison de la continuité des oscillations de la mé-. linge à travers les fibres, et en raison de la coniractilité de ces fibres (2), qui à leur tour agissent sur les liquides, quand ces liquides n’irritent pas directement la fibre : c'est là ce qui explique
(4)\11 faut lire toutes ces expériences (voy. par ex. les Experimenta, dans De fibra motrice specunen, 1), faites en pure perte par Baglivi, mais qui peuvent servir, dunautre point de vue, aux physiologistes modernes.
(2) «De même que les petites statues mécaniques exécutent divers et admirables Mouvements des mains, des pieds, de la tête et de tout le corps sans l'impulsion d'aucun fluide, mais seulement par l’assemblage spécial des solides et la connexion variée du ressort des roues et des cylindres, etc., comme on le voit aussi dans les horloges, pourquoi ne pourrions-nous pas cousidérer les fibres humaines comme autant de petits et nombreux leviers, lesquels, à la moindre impulsion du fluide, acquièrent degré de mouyement qui va toujours en croissant et se propage en un instant à fraversla continuité des parties? Et pourquoi n’admettrions-nous pas que cette force presque merveilleuse des solides se mouvant eux-mêmes, consiste plus dans Varrangement particulier de cylindres, de fuseaux et de roues, pour ainsi parler, que dauscette grande activité qu'on attribue gratuitement et sans preuve certaine aux esprits animaux ? J'avoue sans peine que le fluide nerveux donne la première im pulsion, la première excitation au mouvement; mais la force considérable qui éstnécessaire à l'exécution des mouvements dépend du mécanisme particulier des
fibres et en reçoit sa continuité et son accroissement... Ainsi, la fibre des sens étant “bouchée par les objets externes, l'impression du mouvement arrivera plus vite au cerveau par la continuité de ses plus petites parties que par la continuité des plusspetites parties du. liquide coulant en lui ou derrière lui; et ainsi les fonctions des-sens s’expliqueront plus facilement par l’oscillation et la collision rapide du solide avec le solide que par l’ondulation du fluide faisant effort sur Je solide (De fibra motrice specimen, 1, vu, p. 384-385). » Voyez aussi les chapitres suivants vuretix, et Dissert var arqums, Dissert, IL:
804 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.
toute la physiologie et toute la pathologie ; c’est là aussi ce qui donne une si grande supériorité aux solides sur les fluides. Puis Baglivi s'écrie (chap. 1x, init.) : « On croira difficilement combien les explications données dans ce chapitre auront d'uts lité pour l'avancement de la pratique médicale, et combien elles jettent de lumiére sur la connaissance et le traitement des mal dies, surtout en tant qu’elles sont guéries sans aucune évacuation de matière (1), mais en relâchant les solides trop crispés, trop tendus, et en les crispant quand ils sont trop relâchés (2) : car ces deux vices des solides pervertissent et troublent d'une manière étonnante la nature et le cours des fluides. De là, pour de nome breuses maladies, l'occasion de se produire, maladies que les médecins vulgaires attribuent immédiatement aux fluides, tandis qu’elles viennent en réalité des solides, causes premières de leur invasion, comme s’en assurera le médecin qui lira avec un esprit équitable et impartial cet essai sur la mécanique des 50lides, écrit pour illustrer l’histoire et la nalure des maladies. » Voici maintenant quelques extraits où l’auteur cherche à mettre d'accord le cours du fluide nerveux et les mouvements
(4) Voy. plus haut, p. 764, une opinion analogue dans Borelli.
(2) « On peut s'assurer, par l'observation quotidienne des maladies dans les hôpis taux, que c’est la diversité de tonicité et de force dans la dure-mère qui dirige divers sement aussi le cours des fluides dans les parties sous-jacentes, et qui communique aux solides eux-mêmes leurs différents mouvements d’oscillation, Donc, si la tête est le siége d’une blessure, d’une douleur ou de torpeur, observez a ussitôt IS changements qui se produisent dans les parties inférieures, J'ai vu une femme septuagénaire souffrant d'un asthme aigu avec toux continuelle ; toutes les fois que de ses deux mains elle comprimait fortement le sommet de sa tête, aussilôt et pendant le temps que durait la pression, l'asthme et la toux catarrheuse"se calmaient; aussitôt qu'elle ôtait ses mains, le mal revenait. Peut-être cette forte pression des mains se faisait-elle sentir au péricrâne et successivement à la dures mère, qui lui donne naissance. Par ce moyen, la dure-mère prenant de la force de la tonicité, les mouvements des liquides étaient mieux dirigés dans les parties inférieures, ce qui faisait incontinent cesser l'asthme et la toux. Je ne vois pas qu’on puisse rendre raison de ce cas d’une manière plus probable. Ceci étanbadmis comme vrai, on ne doit certainement pas railler Les anciens, lorsque dans les diverses maladies de cette espèce ils appliquent sur la tête des cérats fortifiants pour arréten les fluxions, et empêcher, comme ils le disent, l’afflux des humeurs aux parties inférieures, » De fibra motrice specimen, , v, p. 342.
propres à la dure-mére, et où il tâche aussi de nouveau, par la clinique et par les expériences, de fortifier son opinion (1).
cbefluide nerveux, poussé à travers les nerfs vers les parties pa la continuelle circumpulsion de la dure-mère (mouvement systaltique ou successif), ne revient pas au cerveau par les vais- Séaux de retour, comme le sang vers le cœur par les veines, “mais il reste dans ces vaisseaux, y demeure et s’y perd; on peut croire que, pendant ce temps, il produit en eux de la vigueur, delartonicité, et qu’il leur donne du ressort, même une certaine inchnation occulte vers la systole et la diastole, et une grande facilité à se mouvoir. Comme la dure-mère est continue avec les parties, il arrive que, par une sorte d’ondulation, les mouve- “ments occultes systalliques ou successifs des parties se reflètent ébsautent, pour ainsi dire, sur la dure-mère (mouvement systaltique réflexe) et de celle-ci sur les parties, à cause de la continuelle fluctuation de ces mouvements (2). Par suite de l’équilibre ou proportion du mouvement successif de la dure- mère yers les parties, et réciproquement, la dure-mèére est le siége d'un effort continu de contraction et de ressort, outre que les artères de la dure-mère ou les nerfs qui viennent vers elle, sont pour beaucoup dans cette action, comme on le croit généralement (3). À cause de cela, c’est-à-dire par suite du défaut d'équilibre entre le mouvement de réflexion dans les parties Susdites, on voit souvent des mouvements convulsifs se manifesterdans les parties et se propager peu à peu jusqu'à la tête ; quelquefois aussi, commençant à la tête, ils descendent vers les parties (4).
(L)MVoy: aussi De motu meningum et oscillatione solidorum Philippo Hecquet Epistola.
(2)Voy: cependant p. 803, L. 5 suiv. Of. p. 802 et noie 2 de cette page.
(3) De fibra motrice specimen, T, v ; t. L, p. 339. :
(4}kcPour que les ordres de l'âme arrivent presque instantanément aux parties, leluide nerveux et les méninges reçoivent les impressions de la direction déterminée parlme et les transmettent aux parties par le mouvement systaltique déjà mentionné. Pour que les impressions faites par les objets extérieurs dans les sens externes soient perçues par l’âme, il faut que des sens ellés ârrivent au cerveau par lefluide nerveux, el aussi par les méninges elles-mêmes qui se prolongent dans les parties sensibles. Cela doit s’opérer par un mouvement différent du premier, mou-
806 JATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.
De la théorie des oscillations et des ondulations, il n’y ap loin à celle des sympathies, aussi Baglivi n’a pas manqués traiter ce sujet au point de vue de la mécanique. 1
« Qu'est-ce que le corps humain? Un faisceau de fibres mê
/ de mille manières, enchaïînées l’une à l’autre et se mou sous l'impulsion d’un fluide qui semble tenir, dans l'économie place du ressort en mécanique; admirable unité de structi
: d’où viennent ces sympathies de l’organisme célébrées pan grand Hippocrate [De l'aliment, 23] sous des noms variés Consensus unus, conspiratio una, consentientia omnia.
«Quand nous parlons de ces étonnantes sympathies organiques ce n’est pas que nous voulions défendre le vieux système vapeurs qui s'élèvent d’un organe vers un autre, système coms plétement abandonné par les modernes. Pour nous, toule syni pathie est le résultat direet de l’une des causes suivantes : Da bord, la contiguité des organes, comme cela se voit entre la plèvre et le diaphragme, la vessie et le reetum, etc.— En second lieu, communication des vaisseaux, et il y en a de plusieurs sortes celle qui fai un tout de chaque système, veineux, artériel, neb veux, et ainsi de suite, et celle qui unit ensemble des organt$ voisins, comme fait le canal cholédoque pour le foie et l'intestin — La troisième cause, enfin, d’où je fais dépendre les symp
thies organiques, c’est l’analogie et la continuité des substances, telle qu’on l’observe, par exemple, d’une façon merveilleuse entre toutes les parties membraneuses de l'économie. West ce connexion admirable qui produit, dans les opérations vitales, suite de phénomènes si prodigieux, si incompréhensibles, qé
vement que nous appelons réflexe, parce que c’est comme par réflexion qui -propage en un moment des parties au prémier mobile de la dure-mère, Afinqui ne s'élève pas de confusion entre les deux mouvements, c'est-à-dire entre les commerce avec les sens et vice versa, nous pensons que la nature a créé deux mé ninges (Baglivi ne connait pas l’arachnoïde ; s’il Veût connue, qu’en aurait-il fait?), dont l'une est destinée à recevoir les impressions des ordres de l’àmesel à les transmettre aux sens; l’autre à recevoir les impressions des parties faites « celles-ci par les objets extérieurs, et à les transmettre rapidement au cérveau, principal siége de l’âme. » De fibra motrice specimen, X, V, p. 344. — En laissant de côté les erreurs considérables qui déparent cette physiologie, on y pourrait peut-être
retrouver quelques germes des idées modernes sur les actions réflexes. +500
BAGLIVI. — RAMAZZINI. 807
Phonme na souvent qu'à s’humilier devant le mystère où s’enveloppe la nature.
CSi l'on admet une fois cette sympathie nécessaire, les signes fournis par des organes éloignés ne peuvent plus devenir pour lintelligence, lorsqu'elle poursuit la recherche des causes prochaines, une source d’illusion et d'erreur ; mais il n’en faut pas moins apporter dans cette recherche toute l'attention possible, arcest d'elle seule que dépend pour nous la connaissance plus Ou moins prompte, plus ou moins facile, des obscurs phénomènes
qui semblent se passer sur les limites de la nature; cette ai- {éntion est plus spécialement nécessaire encore, lorsque l’acfon d’une cause morbide s’exerce sur des organes revêlus, pour ainsi dire, de fonctions publiques, tels que le cœur, par exemple,le poumon, le cerveau, le système nerveux, dont les souffances, presque toujours, se traduisent par des symptômes qui Sont exactement les mêmes. Or, c’est ce qui se voit tous les jours, «iront dans les fièvres malignes, dont le foyer s'allume tantôt SüPun organe, tantôt sur l’autre, si bien que l'investigation des lésions fonctionnelles devient alors pour le médecin le seul moyen de s’y reconnaitre (Praxzis med., I, 1x, art. 8, n. 6 trad. Boucher).»
L'étude que nous venons de faire des œuvres de Borelli, de Bellini et de Baglivi nous a fourni la connaissance des principes de l'École iatromécanicienne pour la physiologie et la pathologie, car elle n’a rien imnové en anatomie : en Italie, on suivait Malpighi, et dans les autres pays, les anatomistes en renom. Il hous reste à vous indiquer les nuances, les rectifications ou “dditions qui se sont produites soit dans la Péninsule, soit “en Angleterre, en Hollande et en Allemagne, pour avoir, sinon Je tableau complet, du moins une esquisse suffisante de la doctrine. Cest, Messieurs, cette esquisse que nous allons essayer de vous présenter, en nous conformant à notre méthode habitüélle, c'est-à-dire en interrogeant les textes.
. Bernard Ramazzini (1633-1714), de Modène, professeur à Padoue, collègue de Morgagni et de Vallisnieri, Ramazzini,
808 TATROMÉCANISME. .— ÉCOLE ITALIENNE.
médecin et fort versé dans les mathématiques, est un homme grande érudition, un écrivain élégant, mais âpre à la dispute(l} c’est surtout un éclectique quicherche et trouve partout des expli cations, dans le « divin maître » Hippocrate, comme dans Baillou, Sydenham, Sylvius de le Boe, Borelli, Bellini et Descartes. Onmén peut donc pas, avec Puccinolti (2), le ranger parmi les coryphée de l’iatromécanisme. Ge qui domine dans ses œuvres, c'est méthode de Sydenham pour l’observation des maladies (les Con stitutions ont été écrites avant la Praxis medica de Bagli)yh la doctrine de Sylvius pour la pathologie générale. fl
Il suffira de quelques remarques extraites de ses Constitution épidémiques et de ses Oraisons pour s’en convaincre. Dans Constitution médicale de 1690 ($ 26 et suiv.), Ramazzini explis que les fièvres intermiltentes ou rémittentes graves de calé constitution de façon à satisfaire toutes les sectes, ou du moisi" n’en mécontenter aucune. À
Dans ces fièvres, la masse du sang, ayant dégénéré de son état naturel de douceur et de fluidité, a acquis une consistance trop. grande; en eflet, la proportion manque entre la bile devenue languissante et le suc pancréatique qui l'emporte. D’après unén ingénieuse pensée du célèbre Sylvius, confirmée par des raisons
(4) À propos de la relation de l'accouchement ct de la mort d’une marquis publiée par Ramazzini en 1680, Haller compte une série d’au moins douze ati ques et répliques entre l’auteur et son antagoniste Moneglia. |
(2) Storia della medicina, vol. II, p.198 et suiv. Firenze, 1869. — Onen vi dire à peu près autant de Lancisi, Pami de Ramazzini, quoiqu'il admette la théorie mécanicienne des sécrétions (celle de Guglielmini, voy. plus loin, p. 822), et qu'il donne une place dans la médecine aux sciences exactes et à la mécanique, ent fondant sur ce texte de l'Ecriture : « Omnia in numero, pondere et meusura: 30100 mais il admet aussi la chimie. C’est surtout comme clinicien que Ramazzini mérite les éloges de l'historien. — Du moins, on doit remarquer, avec Puccinotti, que | Ramazzini, grâce à ses connaissances profondes en mathématiques et en hydrau: | lique, a rendu de vrais services en propageant l’usage des puits artésiens. Cesu lui aussi qui a décrit (De petrolaeo montis Zibinii) des sources de pétrole près den Modène ; il sait que le pétrole purifié donne une flamme brillante. Avant Rama zini, Fallope recommandait le pétrole pour les ulcères invétérés, el au temps de. Ramazzini on l’employait comme anthelmintique ; lui-même le prescrit contre cataines affections de la peau et contre beaucoup d’autres maladies (chez les animaux et chez l'homme), dont à} donne le détail, : +
RAMAZZINI. 809
aides expériences (!), c’est du ciel principalement que les esprits Volatils descendent sur la terre, tandis que de la terre, qui est templie de sucs minéraux, s'élèvent sans cesse des particules dtides. Aussi, comme dans la constitution pluvieuse et froide de l'année 1690, l’air manquait de parties volatiles et spiritueuses, él, d'un autre côté, était chargé de particules acides sorties d’une ère fangeuse et pour ainsi dire en fermentation, il n°y a pas lieu de s'étonner si, entrant dans l'organisme, ces sels ont produit la diathèse d’où est sortie une si grande quantité de fièvres. Ce qui prouve, au dire de Ramazzini, que la dyscrasie acide a prévalu en général sur la bilieuse et l’alkaline, c’est premièrement que, durant cette année, dans cette ample moisson de fièvres, il ne lui a point été donné d'observer aucune synoque, aucune fièvre andente ; en second lieu, que le plus souvent ces fièvres furent plutôt accompagnées d’une espèce de boulimie que d’une soif intense.
Dans une année qui fut marquée par beaucoup d’inégalités de lempérature, où les céréales et les autres aliments furent si viciés étsi pituiteux, où l’on fut réduit à manger beaucoup de poisson, ce n’est qu'au suc pancréatique et non à la bile qu’on peut attribuer tant de fièvres, car il n’y avait pas une matière suffisante pour engendrer une abondance de bile telle que toutes les fièvres fussent sous sa dépendance, comme on le croit généralement. Il ny a pas lieu à recourir non plus aux influx célestes, comme si les astres regardaient avec plus de malignité les habitants de la campagne que ceux de la ville, supposés moins coupables ; outre qu'il nest pas probable que les influx célestes aient pu être circonscrits dans un espace si étroit. On ne saurait pas davantage s'en prendre aux exhalaisons souterraines, puisqu'on n’avait pas éntendu parler de tremblement de terre, et que dans la grande plaine Cispadane et Transpadane, où exerçait Ramazzini , il n'existe ni antres, ni ouvertures charoniques par lesquels pourraient s'échapper de pernicieux effluves qui souilleraient Pair.
Pour ce qui est de la cause interne, qu'on appelle conjointe, continue notre auteur, elle ne devait être rapportée qu’à une pituite épaisse et visqueuse à laquelle adhérait un ferment acide. Cette pituite ou bien occupait l'estomac, comme le veut Etimüller,
810 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.
ou obstruait les conduits latéraux du pancréas, comme décide, Sylvius. Cette matière, transvasée dans les veines et mêlée aux parties spiritueuses du sang, excitait l’effervescence fébrilé” quelque affaiblie, en effet, et Hheussth que soit la masse di cruor, elle contient toujours, cependant, quelque chose d’huë leux et de sulfureux qui suffit à nourrir la flamme vitale. We foyer fébrile se trouvait donc hors des vaisseaux sanguins} comme dans toutes les fièvres périodiques ; autrement il sorai très-difficile de distinguer les fièvres intermittentes de celles qui sont vraiment continues, fièvres que le divin maître, Hippocrate, reconnaît sous le nom de feu (+59). On ne peut concevoir, en elfet, disait le savant Descartes (1. I, Ép. 519 — et 88; éd. Cousin, t. VII, p. 553), quelle peut être la cause du circuit, si ce n'es une certaine matière qui a besoin d'être mürie avant de së mêler à la masse sanguine, laquelle matière, poriée au cœun par les veines, peut exciter tant de troubles et soulever la Lém pête fébrile, tempête qui ne s’apaisera que quand cette matière hostile se dissipera, sous forme de sueur, és tout le corps. où sera expulsée par les voies urinaires.
Quoi qu'il en soit de ces explications cherchées avec tant de peine, l’épidémie, bien que générale et marquée par des réce dives, n’a pas fait de victimes; le mal cédait aux efforts de la nature bien plus qu'aux remèdes, dont aucun ne fut profitables pas même le quinquina, dont Ramazzini instruit, bien à tort, le procès à toute occasion, sous prétexte qu ‘il n'amène aucuñe évacuation de la matière morbide (4). Puis, à côté de ces larges, emprunts faits à l'humorisme et à la chimiatrie (2), Ramazsini
(4) Voyez, en particulier, Constitut, annorum 1692-1694, $ 56, et sa Dies epist. de abusw Chinaë, qui est une réaction contre le « nimius et impudens 12 » de cette écorce (Oratio nona). I est un peu plus juste dans l’Oratio quarta, = Dès ses débuts, Forti a dù combattre les exagérations de Ramazzini. On sait 4 justement Baglivi (voy. plus haut, p. 804 ct la note) appuyait sa doctrine solidiste en thérapeutique sur ce que la plupart des médicaments amenaient la guérison sans produire les évacuations recherchées par les humoristes.
(2) Dans la Constitutio urbana, 36, il rappelle l’aphorisme des médecins ner=
miétiques: « Alkalia per acida et acida per alkalia emendari, » Etimüller est ur de ses guides. : Ë
RAMAZZINI. 814
vante plusieurs explications de Bellini (& 49; Constit. urbana, (12) et la science de Borelli; cependant il blâme, dans sa qua- Wième Oraison, les hypothèses mises en avant par les écoles jour expliquer les fièvres; el il a prononcé un Discours irèsdns, le neuvième, sous ce litre : Theoricae medicinae nullum jus esse ut supra practicam dominatum affecte. Ramazzini passe, avec raison, POUF un três-habile observateur, car la théohe né l'aveugle pas à ce point qu'il méconnaisse les vérilables Garactères des maladies qu'il a sous les yeux. A cet égard, il égale les grands cliniciens du xvir siècle, et surpasse quelquefois Baglivi lui-même. On reconnaît bien aussi le praticien, l'obser-
| Valeur dans son livre Sur les maladies des artisans, Si souvent imprimé et traduit, et d’où, malgré les imperfections, qui tiennent surtout au défaut des moyens de diagnostic et à l’ab- Sence de la statistique, on peut encore tirer de bonnes notions.
Hippocrate ne nous à pas donné un tableau plus saisissant des angoisses et des embarras d'un médecin, en présence des maladies aiguës, que celui que retrace Ramazzini dans sa cinquième Oraison :
Le « Rien ne peut mieux donner une idée d’une maladie aiguë Mingercuse que la vue d’une tempête sur la mer. Figurez-vous un
navire battu des vents, en perdition, el les matelots inquiets cherchant à l'arracher aux flots. Le pilote prévoyant, non-seulement est toujours prêt contre un COUP de vent subit qui s’abat
urle navire; mais aussi, dans la prévision de signes menaçanis,
M soin de faire serrer les agrès et appuyer vigoureusement Sur les rames, comme autrefois Palinurus, célèbre nautonnier chanté par Virgile; il ordonne de replier les voiles, ou de les pré- Senter obliquement au vent pour diviser son impétuosité; il jette les ancres, tenant le gouvernail dans Sa main ; il a les yeux Wikés sur les cordages; il rassure les timides, et se prépare à fütter énergiquement contre les vents et la mer. Puis, s’il voit Ique la fureur de la tempête augmente, et que le naufrage paraisse Minminent, il fait alléger le navire et jeter à la mer non-seulenent les bagages qui ont le moins de valeur et les plus pesants, mais aussi les marchandises plus précieuses, apportées avec tant
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de peire et de soin des extrémités de la terre, comme s’il pensait pouvoir apaiser par ce sacrifice la colère de Neptune.
» Voyons maintenant le médecin affairé autour du malade luttant contre une maladie dangereuse ; n’agit-il pas commele pilote? D'abord il exhorte les assistants à remplir leurs devoirs: il puise avec sollicitude dans l'arsenal de la médecine : le pouls est dans sa main comme le gouvernail ; son regard ne quitte pas le visage du malade pour ne perdre aucun symptôme ; il foin l'espoir, apaise les cris et les gémissements des femmes: sil s'aperçoit que la tempête morbifique augmente, il allége le corps du malade du lest des bumeurs, par en haut et par en bas à l’aide de cathartiques et d’émétiques ; puis, recourant à la phlé: botomie, ancre de salut, il tire abondamment du sang en ou: vrant les veines, et, s’il le faut, les artères. Or, quoi de plus précieux que le sang, nectar vivifiant et ami de la nature, néces= saire, par-dessus loute chose, pour réparer les pertes quotidiennes de la vie et nourrir la lampe vitale?»
Après cette espèce de digression qui montre combien, même en Italie, au plus fort de la médecine iatromécanique, la chis miatrie d’une part, et surtout l’École bippocralique de l’autre, cherchaient à reprendre ou avaient conservé d’empire, nous devons revenir aux véritables iatromécaniciens.
L'ouvrage de J. de Sandris (1), professeur à l’université de Bologne, a été publié en 1696, in-A°, à Bologne. I paraît, on ne sait Pour quelle raison, que l’auteur avait retiré lui-même du commerce une partie de l'édition, ce qui avait rendu le livre trèsrare. Junken, qui nous apprend cette particularité, eut l’idée de la réimprimer à Francfort en 1712, in-8°, et celte édition n’est guère plus commune que l'édition originale. Du reste, ce traité n’a pas grande valeur, car on n'y rencontre, ni rien de bien nouveau, ni une doctrine arrêtée, mais, au contraire, beaucoup de vues très-étranges ; il semble, toutefois, une réaction de l’humorisme mécanique contre le solidisme de Baglivi. De San-
dris pense que, non-seulement le cœur gauche pousse violem-
(1) De naturati et Draeternatur
ah sanguinis statu specimina medica, cum tractatu de ventriculo et emeticis,
DE SANDRIS. 815
mMentle sang par sa contraction, mais que le sang lui-même ajoute à la puissance du cœur par son propre poids ou par une autre qualité ; il ajoute que les coins des petites particules du Sing, en s’insinuant dans les fibres des tuniques artérielles, Jéscontractent et resserrent les artères, de sorte que le sang Saide lui-même; ce qui n'empêche pas notre auteur d’ajouter que la force d’élasticité ou de contractilité des artères vient au Secours du cœur pour pousser le sang des grosses branches vers les extrémités capillaires, les mouvements des artères répondant exactement et synchroniquement aux mouvements du cœur. Enfin, les petites particules du sang se tiennent si bien qu'elles vibrent comme des verges roides, et cette vibration est Girculaire, passant des artères aux veines (p. 106-109). IL va presque jusqu’à nier (p. 110-142) la différence qui existe entre les veines et les artères, en invoquant, entre autres raisons, “elle-ci, que, si le sang artériel est moins dense et plus écarlate que le sang veineux, c’est parce qu'il est poussé plus violemment par le cœur. On ne peut être plus ignorant en 1696. De Sandris suppose (pp. 116-117) que le sang est, en raison de circonstances accidentelles, intumescent, et que celte intumescence se manifeste par le pouls. Avec Borelli, Willis et Boyle, il admet un fluide élastique dans les nerfs, non qu’il soit démontré, mais pour les besoins de la cause (pp. 128-181). Le chyle amené par les artères sous-clavières, par celles du bras et des mamelles, est d'abord confondu avec le sang; il s’en sépare dans le parcours pour devenir du lait dans les mamelles (p. 137). Sandris veut bien admettre (p. 145) que le sang est seul à fournir la liqueur Séminale, et que le suc nerveux n’y est pour rien; c’est pour lui une idée fondée sur l'amplitude des artères spermatiques; du reste, iladmet que le sang contient la matière active du suc nerveux.
Dans tout cela, on retrouve certainement les principes de la doctrine iatromathématique, quoique notre auteur melte sur le mème rang la chimie, la mécanique el anatomie (p. 153).
La pathologie est à la hauteur de la physiologie. Toutes les maladies sont expliquées par une perturbation dans la qualité, la quantité ou le mouvement du sang (1).
(4) A a page 165, il donne les raisons mécaniques (pesanteur) qui lui font soup-
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Voici, en conséquence, ce que c’est que la pneumonie ({) (lisez péripneumonie, car il est question de douleur pungitie, attendu que le poumon est sensible) : c’est une inflanimation, un érysipéle causé par la stagnation dans les poumons d'un sang, où le sang lui-même, le chyle et la lymphe ne sont pas intimement mélangés (p. 203). — Tout n’est pas aussi mauvais, Dieu merci; mais le bon est bien clairsemé : et cependant, à lire les histo riens de la médecine, on serait tenté de faire 1 un certain cas de J. de Sandris.
Les recherches que nous avons maintenant à signaler se rap: portent surtout aux mouvements des muscles, à la circulation des fluides et du sang en particulier, aux sécrétions, à la nutrition, à la fusion des théories de l’effervescence avec celle de la mécas nique, enfin à quelques points de pathologie. Ces recherches & rattachent très-directement à celles de Borelli, qu’elles confirment, qu’elles étendent ou qu’elles rectifient sur plusieurs points ims portanis. Cest là, avec le traité Du mouvement des muscles partie fondamentale du système physiologique des iatromécani ciens; c’est sur les démonstrations mathématiques et mécas niques que je veux de nouveau appeler l'attention des hommes spéciaux; elles sont dignes de leurs méditations, malgré les hys pothèses mal établies et d’évidentes erreurs qui tiennent à cette fatale idée que les mouvements vitaux sont purement méca® niques; idée qu’il appartenait sans doute à des mathématiciens de défendre, mais que les physiologistes doivent ramener dans les justes voies de l’expérimentation.
Jean Bernoulli (1667-1748), successivement professeur dé mathématiques # à Groningue et à Bâle, où il remplaça son frère Jacques, appartenait à une famille d’origine suisse, et quia donné à la république des lettres plusieurs savants illustres.
conner que le sang qui arrive au cerveau n’est pas dans les mêmes conditions qu celui qui part du cœur; au cerveau, il w’arrive que du sang sublimé!
(1) Daus cetle deuxième partie du traité, presque toutes les maladies sont passées en revue (causes et traitement).