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BERNOULLI. — PHYSIOLOGIE

En Bernoulli a réformé Borelli sur deux points de la théorie du uvément musculaire. Il a mieux déterminé la courbe que forment Les petits espaces qui appartiennent aux fibrilles des musés, espaces qui sont pressés uniformément et perpendiculairement par l'aura élastique (1), et il a calculé plus exactement les “raisons ou les causes des forces pour chaque degré de dilatation des fibres, eu égard au poids à soulever (2). — Entre autres causes de la paralysie (qu’on ne doit point attribuer uniquement, comme Je prétend le vulgaire, à un arrêt de l'influx des esprits animaux), Bilreconnaissait l'extrème mollésse des particules qui constituent | l'esprit animal, ou la trop grande dureté des globules sanguins, car dans Jun et l’autre cas il se produit soil la diminution, soit J'abolition de l’effervescence nécessaire pour exciter le mouvement musculaire (3). On y voit aussi qu’il expliquait beaucoup de maladies par des causes analogues, par exemple l’hydropisie lympanite par le trop d'acuité ou d’âcreté des particules des esprits animaux (4). Quant à l'effervescence, Bernoulli montre qu'en soi (reapse) elle ne diflère pas de la fermentation (5). Sans se préoccuper des acides et des alcalis, il affirme qu'il y a trois genres d'effervescence : mélange de deux corps fluides ; d’un

Fe (1) « Curvaturam, quam induunt spatiola ad fibrillas musculorum pertinentia, hu clastica undique aequaliter et ad perpendiculum pressa, rectius détermi- Masse, » — Bernoulli à calculé plus rigoureusement qu'on ne l'avait fait avant lui Jexpansion des fluides élastiques.

ke (2) « Rationes virium musculorum pro ‘singulis gradibus dilatationis fibrarum, . habito respectu ad pondera tollenda, exactius quam Borellus subduxisse. » . (3) Voy. Editoris praefatio en tète des deux dissertations, De motu musculorum (Basin, 1697) ct De effervescentia el fermentatione (Basil., 1690); réimprimées à la suite de Micheloiti, Venel., 4724. — Voy. plus loin, p. 836 suiv. —On doit con- Sulter encore : P. Ant. Michelotti Apologia in qua Jo. Bernoullium motricis fibrae in musculorum motu inflatae curvaturam rectissime supputasse defenditur, et Ric. Mead (ou plutôt Pemberton d’après Haller), objectionibus respondetur, etc. Yenet., 1727, in-A°. À Ja suite, Rari ex utero morbi hisloria una cum necessapus medicis animadversionibus à Michelotto perscripta (p- 33-45). Il s’agit probablement d’une hystérique qui a vécu plusieurs années presque Sans boire ni manger, et en présentant une succession de symptômes étranges. — On pense que c’est Bernoulli lui-même qui est l’auteur de l'Apologie. (4) Edit. praef, — Ci. De motu muscul., $ 8.

(5) Edit. praef. Noy. aussi Dissert. de efferv., Praef., $ 8 et.

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corps solide et d’un corps fluide ; de deux corps solides ait l'intervention d'un moteur. Dans ce phénomène, il y à un corp agens, dont les particules tétraèdres sont comprises dans quatié triangles à côtés égaux (quatuor trianqulis isopleuris compres henduntur), et un corpus patiens ; les particules de ce COTpS On la forme de tétraèdres dont les bases sont opposées (/orman telraedorum bases mutuo obvertentium) (1). Le sang dans lé naturel ne fermente pas, mais seulement dans certaines affections du genre des putrides, et pour les mouvements des muscles YO: lontaires ou involontaires, où se produit, par l’expansion dé l'air sous l'influence de la mutuelle réaction des particules di sang et du fluide nerveux, un bouillonnement, et en comté quence le renflement (enflatio) des vésicules musculaires (2), Avec Bernoulli, Borelli, Bellini, Cowper, Perrault, etc., en raisol d’une expérience de Sténon sur les mouvements des muscles | en dépit des objections d’Astruc (Motus muscul., 1710), Miche* lotti (3) soutenait que l’influx nerveux ne suffit pas pour le mot vement musculaire, et qu’il y faut ajouter l’afflux du sang. Dans une troisième dissertation, publiée à Groningue en 1699, sous le titre De nutritione, J. Bernoulli a calculé les pertes que fait le corps par la perspiration insensible, et le temps qué meltent à se reproduire par la nutrition les particules enlevées par la perspiration. Il soutient que les parties solides se réparent comme les fluides ; il pense que l'a/iment arrive à la base des fibres, qu’il est poussé dans leur intérieur et qu'il nourrit par

* une violente impulsion. Daniel Bernoulli, fils de Jean, a fait des

recherches sur la respiration, sur le mouvement des muscles dt

(4) Voy. Editor. praef., et Dissert, de efferv., &$ 2, 5 et 10 et suiv. (la numéro-

tation n’est pas régulière, mais je la respecte). Cf. sur le rôle de l'air qui existe

l'état comprimé dans les corps et dans leurs particules, $ 43 et suiv.

(2) Voy. Edit. praef. et De motu muscul., $ 5 : « Quando innumerae guttulae [fluidi nervei] per totam musculi molem, quae instar spongiae semper humectit est, simul ejiciuntur ex orificiis nervulorum, tunc earum particulae tenuissimaé spiculis suis subtilissimis impactae in particulas sanguineas tenuiores easdemdif fringunt, et insito aeri condensato exitum praebent, qui se expandendo ebullitio= nem... producit. »

(3) Animad. Il ad Keïllium, éd. Venise, 1721, p. 82 suiv. — De sep fluid, in corpore animali, p. 297 et suiv.

GUGLIELMINI. — PHYSIOLOGIE, 817

Pcours des liquides dans les canaux inanimés et dans les vais- Caux vivants. Il reconnaît là des différences essentielles.

Guslielmini (1655-1710), d'abord professeur des sciences ma- (ématiques à l'archigymnase de Bologne, sa ville natale, fut “nsuite appelé à Padoue, où il exerça la charge de surintendant dés eaux, qu'il avait déjà occupée à Bologne, et celle de profes- Soir de physiologie médicale pratique (1); en 1702, il prenait la | Uécession de Pomp. Saccus, professeur de médecine théorique ; iMvait reçu le bonnet de docteur en médecine et en philosophie Avingt-deux ans. Ses ouvrages sont nombreux et ont été réunis deux volumes in-4°, imprimés sur deux colonnes (2). La plus grande partie de ces écrits concerne l’'hydraulique, l'astronomie, liminéralogie, la chimie. Nous nous occuperons, bien entendu, de ceux-là seulement qui sont consacrés à la médecine (3), ou

ml) Dans la préface au traité De salibus, Guglielmini nous apprend que dans celte Chaire il s’est adonné tout entier à trouver les véritables principes, ou, comme mOidit, les éléments du corps, des médicaments, et généralement de tout ce qui Compose on altère les parties solides et liquides, doctrine des éléments dont on n'avait jamais cessé de s'occuper, mais d’après unê méthode vicieuse. Ne trouvant aucun Secours efficace ni dans Descartes, ni dans Démocrite, Platon ou Aristote, il s’est tourné du côté de la chimie ; il reconnaît les services qu’elle a rendus, mais elle He peut que dissoudre par ses procédés d'analyse, et même on n’est pas sûr que les Corps éxistent encet état dans l'organisme. «Qui pourra, s'écrie-t-il, trouver avec la chimie la gravité des corps, la force élastique de l'air, les effets du mouvement des Humeurs, dérivés de la structure des glandes et des muscles, du principe sensitif des fibres charnues et des nerfs ? » Aussi a-t-il pensé qu’il fallait, sans délaisser la chimie, recourir à l'étude physique et anatomique des éléments, de leurs mouvements, de Murs actions, d'après les lois de la mécanique. C'est comme spécimen qu'il a publié kon traité sur les sels.

(2) Domini Gulielmini.… Opera omnia mathematica, hydraulica, medica et physicay accessit Vita autoris a J.-B. Morgagni… scripta : Genevae, 4749, avec portrait Pour quelques ouvrages écrits en italien, on a donné la traduction latine. (3) L'Exercitatio de idearum vitis, correctione et usu ad statuendam et inquirendam morborum naturam, est un traité très-verbeux, purement dialectique, Ouilest surtout question de l'adaptation du langage aux idées qu’on veut exprimer Suivant que l'on considère un sujet à tel ou tel point de vue, et des catégories logiques qui conduisent à de bonnes définitions. On aura une idée exacte de la méthode dél'anteur en lisant le $ 36, où il est question des caractères différentiels de la maladie, de la santé, ct de leurs rapports avec l'intégrité ou la lésion des fonctions. DAREMBERGe : 52

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plutôt à la physiologie, eten particulier de l'Exercitatio physicos medica de sanguinis natura et constitutione. Le sang est le prin« cipe actif de toutes les opérations de l'organisme ; pour que le sang puisse suffire à cette tâche, il doit être dans son état naturel, eu égard à sa quantité, à son mouvement total ou partiel, à la diversité des parties qui le composent, à leurs proportions, à Jeur figure, à leur masse. Pour que le sang circule de proche en proche et d’une façon continue, pour qu'il n’y ait pas dans les vaisseaux de ces vides qui laissent passage à l'air ou à d’autres substances incompatibles avec le sang et qui causent de si graves désordres, il importe que les artères soient toujours remplies exactement, quelle que soit la quantité relative du liquide ; leur texture (l’auteur admet pour les artères trois tuniques, avec Sténon et Willis) et leurs propriétés s’y prêtent merveilleusement. Il ya trois mouvements dans le sang : le circulaire, où #moêus totius, qui vient du cœur (1); le motus agitativus où non in toto sed in partibus ($ 18), où encore confusivus, turbativus, qui s'êx plique par les courbes des vaisseaux, par la gravité des parties, c’est-à-dire par leur densité et par la compression qu’elles exercent, par l'influence de la respiration, par l’action de la matière éthérée, subtile, s'il est vrai qu'elle pénètre tout le corps, comme le veut Descartes; enfin le mous. fermentativus, qui diffère du précédent et qui existe dans l’état naturel où dans l'état contre nature, suivant que le sang se irouve en des conditions particulières placées sous la dépendance de la réacs tion ou de la prédominance de certaines substances hétérogènes

— Dans De sanguinis natura, ete., $ 66, Guglielmini annonce un traité De nalurd et causis febrium, qui n’a jamais été rédigé ou qui n’a pas vu lé jour. Cette der= nière supposition est admissible ; car, ainsi que je m'en suis assuré par mes propres yeux, et que M. Püccinotti l'a prouvé dans son Histoire de la médecine, les biblios thèques italiennes renferment un grand nombre d'ouvrages inédits de médecins illustres des trois derniers siècles.

(4) Ge sont, Gugliehnini le fait remarquer, ses contemporains Borelli et Bellini qui ont démontré comment le mouvement du saug est confinu, même quand il s'échappe au dehors, bicn que le moteur et les artères aient des mouvements el apparence intermittents. Guglielmini reprend et développe cette démonstration (87-17); mais (S 12) il professe sur le passage du sang des artères aux veines une “opinion analogue à célle de Harvey (voy. p. 612) L

GUGLIELMINI. —— PHYSIOLOGIE, 819

quisle constituent ($ 19 et suiv.), lesquelles parties peuvent vaier par leur figure, leurs proportions; toutes circonstances qui facilitent ou entravent la circulation et les sécrétions, et qui haintiennent le sang dans son état normal ou l’en écartent. L'auteur examine le rôle de l'air dans l’économie : l'air est encore plus nécessaire à la vie que l'aliment, puisque l’animal meurt plus vite de la suppression de l'air que de celle de l’aliment. La vie générale dépend essentiellement de la vie parti- Culière du cerveau, laquelle tient au sang pourvu d’un fluide aérien, que ce viscère communique à toutes les parties ($ 32). Gulielmini pense que les esprits animaux viennent principalement del'aliment et non pas seulement de la respiration, comme les an- Giensle croyaient; il est même tenté de croire que l'air, en agitant fortement le sang, ne fait que favoriser la séparation de ce liquide d'avec les esprits; c’est ce qu’on appelle vitalisatio (K 33-34). Après cela, Guglielmini s’enquiert de la formation de l'aliment; il donne, par hypothèse plus que par analyse, la composition du chyle ($38) : une partie trés-pure, une autre excrémentitielle, une ‘troisième qui n’est autre chose que les sels des ferments et com- \mune aux deux autres parties. Ce liquide pénètre dans les chyli. fères et les lymphatiques pour se rendre au canal thoracique et à Vanneau de Bils, centre de tous les vaisseaux lymphatiques (1). Arrivant à étudier la composition du sang, Guglielmini déclare (56, p. 35) que le sang est un fluide aqueux, dans lequel on ren- Contre, émmediate confusae, des particules salines dans des états, avec des figures, et sous un volume variables; des filaments d'une substance blanche, concrescible (séamina albidae concres- Gibilis substantiae ; fibrine); les globules rouges ou plano-ovalia torpuscula (2), des parcelles sulfureuses (su/furis ramenta) qui proviennent immédiatement, soit des parties constitu- Mives du sang, soit du chyle; des molécules nées fortuitement de la combinaison des matières précitées; des particules du chyle qui ne sont pas fondues avec la masse; enfin des particules d'air qui arrivent les plus épaisses avec le chyle, les (4), Cf. $ 38-39, Comme on voit, notre auteur est fort arriéré, puisqu'il croi

encore aux inventions imaginaires de Bils (voy. p. 640, note 1). (2) Voy. plus haut, Leeuwenhoëck, p: 685 et suiv.

‘820 TATROMÉCANISME. — ÉCÔLE ITALIENNE.

plus ténues par la respiration, ei qui échappent à toute ands lyse (1); car, aussitôt que le sang est extravasé, ces particules rentrent dans la masse aérienne. IL y a de plus un caput mor= tuum composé d'huile, d’esprits et de terre. Dans le sérum seul, dont le menstrue est de l’eau pure, résident l'essence et Pacte vité du vrai sang ($ 58, 64); les sels ne servent qu’à la fermenta tion ($ 64). Les globules sont partie intégrante, mais non esse tielle du sang; ils servent d’abord à colorer le sang en rouge, ils ont probablement un autre usage supérieur; l’auteur aime mieux ne pas hasarder de conjectures à ce sujet ($ 62).

La fibrine ne sert pas à l'augmentation et à la nutrition des parties solides, mais à unir les diverses parties du sang et àle préserver de diffluence; la nature en avait besoin aussi pour qué dans la coction stomaco-duodénale les aliments ne fussent pas amenés à leur parfaite résolution, car à travers les premicres voies l'aliment aurait pu se perdre, sinon en totalité, au moins en grande partie; elle s’est contentée d’un état qui permit à l'al -ment d'arriver aux chylifères. Guglielmini se proposait même de montrer l'utilité de la fibrine dans un traité Sur la nature @t les causes de la fièvre; elle ne doit être ni trop ferme ni trop diffluente. Je passe sous silence les usages des autres parties du sang, ce serait fatiguer inutilement l'attention et surcharger la mémoire. Il suffit de ce que j'ai dit pour montrer jusqu'où peut aller l'imagination d’un mathématicien, d’un physicien fort savant du reste, qui s’obstine à étudier la vie sans le secours de la chimie organique ni des expériences biologiques.

Cependant en 4702, dans un discours tenu à Padoue et où il défend le raisonnement en médecine contre l’empirisne, où en même temps, en se fondant sur le dire de Galien, il vante l'in: tervention constante des sciences physiques, Guglielmini s’écriait fièrement : La physiologie, c’est-à-dire la science naturelle de l’homme, ne doit pas être construite sur les dogmes d’Aristote et de Galien, de Platon, de Descartes, ou d'Épicure, mais confor mément aux lois de la vérité (2).

(4) L'auteur ($ 54 ) s'appuie sur les dires de Bellini, son grand ami et homme très-ingénieux.

(2) Pro theoria medica adversus-empiricam sectam praelectio.

GUGLIELMINI. —. PHYSIOLOGIE, 821

Gi presque rien ne sert dans le sang à l'accroissement et à la nutrition des parties, d’où vient que animal croît et se nourrit? Voici la réponse; on la trouve au K 63 :

« La plupart des médecins attribuent à la fibre sanguine l'acéroissement et la nutrition de l'animal; mais cela ne peut pas se soutenir, car notre corps n’est qu'un lacis de vaisseaux (j'appelle ainsi tout canal destiné à contenir où à transporter des liquides, les nerfs aussi bien que les vaisseaux sanguins) qui sont tissus de membranes ou filaments nerveux (/breux ?); d'où il résulte d'abord que toutes les parties de notre corps, Sans excepter les 0s, relèvent, dans la formation première, du genre nerveux; et, en second lieu, que leur accroissement, lequel s'opère par 2ntussusception, doit provenir du suc nerveux et non du sang; d'ailleurs les parties qui apparaissent au début sont l’épine (cafina) et les rudiments du cerveau, et non pas le cœur. De plus, nn, n'est-il pas plus conforme aux opérations de la nature, Qui recherche toujours la simplicité, d’avoir un principe homogène pour constituer un organisme également homogène, plutôt que de confier ce soin à un liquide composé de tant de parties diverses? Donc le sang ni ne forme immédiatement les parties, ni ne leur donne l'accroissement ; il ne fait que contribuer indirecjement à leur nutrition. Les parties sont dites nourries (nutritae dicuntur partes), quand elles jouissent de leur volume requis, qu'elles sont gonflées par un suc nécessaire à l’accomplissement régulier et continu de leurs fonctions, suc d’où dépend leur Horce, leur consistance, etc. Ce suc (qui agit, comme on le voit, Mécaniquement et à l'instar d'un remplissage), doit être approprié à chaque partie; il est fourni par le sang qui comble les “intervalles vides, les porosités, mais ne se changé pas en la sub- Stance des parties, comme le veut l'opinion vulgaire. Sans cesse poussé par le mouvement circulatoire, il s’écoule et se renouvelle “ans cesse, à moins cependant qu’il ne doive ajouter quelque comprincipe (comprincipium ) d’une grande subtilité et tout à fait différent de la fibre du sang, comprincipe par lequel le suc nerveux soit soudé (/erruminetur), dans certaines parlies, dans Jes os par exemple, et se condensé dans les cartilages. » … [n'ya pas lieu à imaginer une chaleur innée avec les anciens,

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ni une lamime vitale avec les Cartésiens ; c’est le sang qui développe la chaleur, animale par les esprits nitro-sulfureux qui y sont contenus (K 73-75). Nous avons vu plus haut quel rôle le sang joue dans la nutrition, il lui reste un dernier office à remplir ($ 78, 79), c’est de fournir la matière des sécrétions et du fluide nerveux. Ge double travail se fait dans les glandes : le sang Y arrive par les artères ; une partie en est reprise par les bouches des veines, une autre se répand dans les lacunes qui séparent les artères des veines (car notre auteur ne connaît pas où n’admet pas les capillaires) ; cétte partie se divise en deux : l'une pénètre pour former un suc nouveau à travers les nerfs qui se ramifeñt dans les glandes parallèlement aux artères ; l’autre s’échappe pat les canaux excréteurs de la glande, sécrétion dont la matière varie en raison de la structure (vésiculaire ou tubuleuse) des glandes, de la forme et de la dimension des pores ouvert (énsculptos) sur les membranes sécrétoires, lesquelles font office de cribles. De ces matières sécrétées ($ 80) les unes sont excrés mentitielles, attendu qu’elles ne sont utiles en rien au sang, par exemple l’urine, la sueur ; les autres servent à quelque chose aprés leur excrétion, la bile, la salive, le sue pancréatique ; les troisièmes, enfin, ne sont ni excrémentitielles ni inutiles, mais elles Sérvent aux fonctions, comme le suc nerveux et la lymphe. On à grand tort de tenir toutes ces matières pour des ferments: car, les unes sont condamnées à l'expulsion complète, les autrés servent à des opérations mécaniques ; les troisièmes seules, celles qui servent à la première coction et qui rentrent dans le sang, peuvent recevoir le nom de ferments (1).

= Ajoutons enfin que, après avoir étudié la génération du sang dans l’érnbryon etla conversion du chyle en sañg, conversion ôu assimilation qui se fait pour certaines parties du chyle plus vite, et pour d’autres plus lentement, et à laquelle le poumon ne paraît prendre qu’une part indirecte, Guglielmini couronne son œuvre (dissertationis coronis) par l'examen de ce problème qu'enveloppe une extrême difficulté : comment se fait-il, puisque le

(4) Voy. plus loin, une théorie presque identique et différant seulement par les termes, longuement établie par le médecin anglais Cole.

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fangest sans cesse renouvelé par le chyle, qu'avec l’âge la masse dusang languisse à ce point qu’elle devient impropre ä ses usages naturels et que mort s'ensuit ?

Voici l'explication : lhématose ou transsubstantiation du chyle énsang requiert les conditions suivantes ($ 84) : que le chyle Soit arrivé à un état parfait ; que le sang soit bien purgé par les Sécrétions de toutes les parties excrémentitielles, que le cœur ditune force suffisante pour agiter convenablement le sang ; que air respiré soit très-pur afin de vitaliser le sang. Quand ces con- Aiions manquent, il survient des désordres dans l'économie ; par exemple il est évident que les sécrétions ne peuvent plus accomplir réguliérement, par suite du relâchement ou de l’enérassement des parties ; cela se fait peu à peu, d’abord insensiblement, parce que la nature, suivant le proverbe, n’attache pas Ses opérations avec un fil, et qu’elle abonde en ressources ; {oufelois il arrive un moment où les glandes sont tellement altérées que la machine s'arrête.

On attribue à Guglielmini deux opuscules dont l'un (Epistola de Dondonelli bello civilimedico) est publié sous le nom de Julius Monilienus, et l’autre (Symposium medicum, sive quaestio convivalis de usu mathematum in arte medica) sous celui de Donwellini. Dans le premier, on regrette l'autorité dont jouissaient autrefois universellement les anciens; on déplore les guerres Pécharnées (1) que se font les médecins (exactement comme au temps présent), non par amour de la vérité, mais pour le plaisir de se perdre les uns les autres de réputation, chacun avec l’espérance de se grandir dans la renommée publique, d'arriver à là fortune et de faire prévaloir les opinions de son école, le tout qu grand détriment de l'art ei des bonnes doctrines. L'auteur conclut qu’il est difficile d'accorder les modernes avec les anciens, et plus difficile de réconcilier les modernes entre eux, surtout quand il y a des rivalités de clocher; « car, pour se servir d’une Le de Galien, on ferait plutôt renier Moïse par un juif, et le

Christ par un chrétien, qu’on n'arriverait à faire renoncer un phi-

(4) Digladiantur invicem professores ; digladiantur et thinict,

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| losophe ou un médecin à sa secte. » Guglielmini lui-même en es malheureusement la preuve. 14 {Dans le second opuscule, Donzellini, en un dialogue à la façon de Plutarque, se moque des chimistes qui veulent, à l'exemple de Tachenius, se rattacher à Hippocrate (1) ; il n’approuve ni les /paracelsistes, ni les helmontiens, ni les galénistes, puis il prend hardiment la défense de la médecine mécanique ; cependant il veut qu’on réunisse les connaissances anatomiques, physiques, mécaniques, avec la pratique des analyses chimiques. L'auteur fait plus loin la part de chacune de ces sciences dans la constitte tion de la médecine, en ramenant le tout sons le joug des mathématiques, à lexemple de Borelli et de Bellini, qui semblent en cela les échos lointains de Galien, si fort partisan des sciences exactes et qui s’en sert si habilement. La nature n’est rien qu'un vaste ouvrage mécanique de Dieu, et les activités (activitates) du corps, rien que l'exécution des lois que le Créateur a imposées (indixit) à la matière, et qui sont les fondements des diverses sciences. De même que les lois de la nature ne peuvent pas man quer de leur effet (su carere effectu), ainsi les déductions légitimes des principes mathématiques doivent nécessairement exprimer ces mêmes effets. Personne ne conteste que le corps humain, ses actes, ses souffrances (passiones) doivent se rapporter aux choses naturelles (ad naturalia). Si donc la médecine théorique et pratique a pour objet les corps, leurs actions et passions, elle doit nécessairement être mathématique pour acquérir une exacte notion de ce dont elle s'occupe et s’acquifter ponctuellement de ce qu’elle est chargée de faire. La nécessité, le hasard, l’'empirisme, ont pu mener la médecine à un cer: tain degré d'avancement, mais ce sont les mathématiques qui seules la perfectionneront, comme il est arrivé pour une foule d’arts et d’inventions.

Une des parties les plus neuves et les plus instructives du dits logue est celle où Donsellini fait la part de ce que les théoriciens. (pour l'exactitude des raisonnements) et les praticiens (pour la sûreté des méthodes et des explications) peuvent emprunter légi=

(4) Voy. plus haut, p. 576,

GUGLIELMINT. 825

limement à la médecine mécanique ; l'exemple des Borelli, des Bellini, des Pitcairne est là, dit-il, pour le prouver ! Il est impossible, d’être bon théoricien à moins qu'on ne soit mécaniien. Cependant Donsellini reconnaît qu'il ÿ a plus d’une expli- (alion relative, soit aux Causes des maladies, soit à l'action de moyens thérapeutiques, qui échappent à l'empire des théories mathématico - mécaniques, et qui rentrent dans celui de la chimie.

Jusage des mathématiques, dit en outre l'auteur (p. 509 et suiv.), n’est pas le même en médecine que sur leur propre domaine. Considérées en elles-mêmes, elles doivent déterminer chaque chose eu égard à la quantité ; au contraire, en médecine, cela n’est ni exigé ni nécessaire : il suffit que l'attention (considératio soit dirigée vers la découverte des causes, vers le mode des lésions, vers la manière d’agir des médicaments (1), pour lesquelles choses l’abstraction n’est pas requise ; du moins cette utilité est à peine comparable à celle qui ressort des abstractions quitendent vers une mesure précise. La médecine, en effet, ne peut pas prétendre à une telle rigueur ; mais d'application des mathématiques est toujours le plus sûr moyen d'arriver à cette précision cherchée. D'ailleurs la mort est pour nous la termipaison fatale, tandis que les nombres ne périssent pas.

L'application des mathématiques à la médecine date, comme Y'auteur le fait remarquer, de Descartes (2) ct de Gassendi ; il laurait pu ajouter, de Galilée. Rien n’est plus curieux que d’en- Mjondre l’un des interlocuteurs, Anaximandre, énumérer avec €s-

Mprit et non sans malice les diverses phases par lesquelles a passé Ha médecine en soixante ans avant d'arriver à la présente constitution (p. 518, 519).

€ ANAXIMANDRE : ( Dis-moi, je te prie, Cléobule, quand cessera

() Voy. p. 535, où la détermination des causes de maladies et l'administration prudente des médicaments sont appelées les deux pôles de la médecine, et où l’on essaye d'arriver à ces résultats par l'emploi des mathématiques et de la mécanique.

(2) On remarquera que Descartes, en sa prétendue qualité de médecin ct de “physiologiste, n’a exercé que peu d'influence sur la médecine en France, tandis que celle ninfluence a été très-puissante à l'étranger, même en Italie, quoi qu'on en Aitdit, car il y à plusieurs Cartésiens parmi les iatromécaniciens de la Péninstile.

| il n’était question dans les écoles que du chaud inné, du radical

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et jusqu'où ira cette manie d'innover dans Vart médical, manié si fortement enracinée dans l'esprit des hommes. Il y a soixanté ans, quand j'étais jeune (et ce n’est pas sans chagrin que je re: monte si haut), lorsque je m'adonnai à l'étude de la médecine,

humide, des qualités premières et autres choses semblabless pour l'anatomie, on suivait Riolan ou Vesling, auteurs nouveaux alors ; pour la botanique, J. Bauhin [Historia Plantarum, 1650; ou peut être le Prodromus, 1619] et l'Historia [plantarum] lugdunensis [de Daléchamps (?), 1587]; pour la pratique, Sennertet Rivière; quant à la pharmacie, on s’en Lenait aux Antidolaires età la Pharmacopoea dogmaticorum restituta de du Chesne [1607]; on allait, tout au plus, jusqu’à la Pharmacopée d’Augsbourg; la plupart du temps on s’en rapportait à Wecker [Antidot. generale et speciale, 1585, 1588] et à Renodeus [Renou, Dispensator. mes dicum, ete.. 1623]. On chuchotait (mussitabatur) sur la cireula tion du sang, mais les contradicteurs ne manquaient pas. À peine étais-je au courant de tout cela et avais-je débuté dans la prati: que, quand on commença à parler du système chimique de Van Helmont, puis de ceux de Sylvius et de Willis, qui imaginèrent de nouvelles idées sur les maladies, des méthodes et des remèdes nouveaux. Alors l'hypothèse sur l’alkali et l'acide se fit jour, et, comme un incendie, envahit bientôt presque toute l’Europe.Fil faut même dire la vérité, aucune ne fut plus prônée, et cela, comme je le crois, parce qu'étant bien fournie d’expériments nombreux, à la portée de tous, d’une préparation facile, elle suffisait à tout avec cela. Ainsi les poudres alkalines, regardées par plusieurs comme des cordiaux et des alexipharmaques, for: mérent au moins le tiers de la matière médicale, de même que les humeurs acides, après la proscription des quatre humeurs vulgaires, furent chargées de tout le fardeau des causes morhifiques.| Entre temps, les anatomistes donnèrent au corps humain

. deux fois plus de parties, pour ainsi dire, qu’il n’en avait aupa=

ravant, ét de nouveaux usages des viscères remplacèrent les ans ciens. Les botanistes ne restérent pas en arrière, apportant de l'Amérique, de l’Afrique, de l'Inde, de la Chine, des plantes inconnues prises à la surface de la terre ou tirées du fond de

BAZZICALUVE. — PHYSIOLOGIE. 827

Jücéan ; ils ontsi bien assemblé les familles que, par l'invention de dhsses, le changement de genres et l'assignation de certains camctères, beaucoup de plantes furent expulsées de leurs antiques démeures en recevant des dénominations diverses qu’on ignorait milya vingt ans. Les physiologistes même, s’imaginant qu’ils delient faire cause commune avec les physiciens, répudiant les idées d'Aristote, introduisirent dans la médecine les systèmes de Descartes et de Gassendi, systèmes qui ont été torturés au point qu'on ne sait sur quel fondement physiologique chaque médecin Mitreposer ses théories et institue son traitement. Cette diversité le doctrines n’était-elle pas suffisante pour tout confondre, sans tompter que les mathématiciens achevaient de tout embrouiller ? Situ comprends bien ce que j'ai dit, Ô Cléobule, tu resteras persuadé que tout cela ne vient pas du désir de faire marcher et de perfectionner l’art, mais d'une manie désordonnée de produire dés nouveautés et de l’envie immodérée d’une gloriole périssable. » ; “Guionue (p. 520) répond fort sensément à cel esprit chagrin : (Je veux comme toi la fin des nouveautés ; mais loin de croire qu'elles ont mis l'art sens dessus dessous (sus deque), je crois qu'elles lui ont profité en excitant les esprits et en lais- Sint quelque chose après elles; j'ai lu les anciens et les modernes et j'ai rempli mes cahiers de notes utiles; d’un autre côté, si l’on compare la pratique d’ aujourd’hui à celle d'autrefois, on restera convaincu qu’elle a fait de grands progrès. » Puis il djoute : « Maintenant que les mathématiques sont nos guides, nous marchons sur un terrain solide et qui ne changera plus!» L'histoire a donné un cruel démenti à cette conclusion toute naturelle de Cléobule, je veux dire de Donzellini.

La théorie d’Ascanio-Maria Bazzicaluve de Lucques (1) repose it peu près, comme celle de Borelli, sur la fermentation et sur

(L) Novum systema medico-mechanicum et nova tumorum methodus quorum homine comprehenduntur inflammationes omnes, intrinsecus, et extrinsecus adve- Mientes ; Parmae, 1704, in-A°. L'exemplaire dont je me suis servi porte la signafure de Buffon ; il est conservé dans la Réserve de la Bibliothèque Impériale. Ge livre est rare en France ; je n’ai même pas pu {trouver à l'acheter en Jialie,

828 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

les lois de la mécanique. Plus explicite encore que l’auteurdth traité Du mouvement des muscles, l'auteur du Système médico mécanique déclare que la fermentation (ou l’effervescence, ou Vébullition, ce qui est tout un pour lui comme pour Guglielmini)s date, dans le corps de l'animal, de la création même ; c’est pan juste mesure de la fermentation que se maintient la santé, et pat ses désordres que se produisent les maladies (1). Si la fermens tation est la cause de tous les mouvements organiques sains ol pervertis, les mouvements s’accomplissent suivant les lois delà mécanique et de l’hydraulique. Bazzicaluve suppose que toute là masse du sang est consiituée par des globules que séparent de petits espaces, etque cesglobules eux-mêmes résultent de l’assem blage de particules très-petites et hétérogènes, salines, sulfurew ses, tartareuses, nitreuses, spiritueuses (air élastique) et au tres (2).On peut croire de plus que, par suite du mouvement.du sang, et, par conséquent, de l’attrition ou de la collision des glo bules et de leurs particules constitutives, les particules 1gnées sont énucléées successivement, comme un noyau de cerise pressé par les doigts, en plus ou moins grande quantité, suivant la coms position et la force du sang, ou la densité et la résistanec qu’opa pose la capacité des tubes rauillaires. soit libres, soit obstrués. De la multiplicité et de l’intensité de ces espèces d’étincelles, lors-" qu’elles dépassent la mesure normale, résultent les maladies, en particulier linflammation, dont l'étendue et la gravité varient en raison du degré de l'incendie et de l’état des vaisseaux (3). Le côté mécanique de la théorie est, soi-disant, élucidé paru une suite de figures fantastiques où se trouve représentée la

(1) Lectori benevolo. — Voy. aussi prop. 5.

(2) Voy. le corollaire de la prop. 3, p. 44-47, sur la manière dont le sang recrute à l’aide du chyle, et sur les membranules des globules. Dans le poumon; ‘les particules sulfureuses, nitreuses, etc., du chyle pénètrent à travers les pores des membranules pour s'unir avec leurs congénères. Il semble aussi qu'il y a, pansuite de la pression, une espèce de transpiration ou d’éjaculation à travers les globules; non-seulement pour les particules ignées, mais pour les autres, toujours à left d'entretenir la fermentation. Voy. p. 816. — Quant aux sécrétions, elles s’opèrent dans les glandes par la rupture des membranules qui, suivant la force de la pression, laissent passer tel ou tel liquide.

(3) Lectori benevolo.

BAZZICALUVE. — PATHOLOGIE. 820

ichedes globules dans les artères (1). L'ensemble de ces vais- Maubavec l'aorte est comparé à un arbre dont les branches seenbdépouillées de leurs feuilles. La forme conique des artères, iltérioles ét capillaires détermine précisément, en vertu des lois débhydraulique, les efforts et la réflexion du sang pour se frayer “in diemin sous l'impulsion du cœur ; de ces efforts, augmentés jar la résistance des tuniques artérielles et la pression de l'air, “isulle l'énucléation des particules ignées qui entretiennent la inentation, c'est-à-dire la température du corps, quand tout se passe selon l’ordre naturel (2).

ru j Telle est l'idée qu’on doit se faire de la physiologie du Nouveau système médico-mécanique. Passons à la pathologie. Par le mot eur, Bazzicaluve entend toute espèce d'éminence ou d’éle- “üre, y compris l'inflammation que les anciens appelaient aussi mor (prop. 8 et 10) ; les tumeurs sont ou chaudes ou froides, “hi flatulentes ou mixtes ; e//es ne peuvent même être autrement. Les chaudes sont produites par une irop abondante séparation (éyregalio) des particules ignées trés-ardentes ; les froides, par insuffisance de cette séparation et par le peu de chaleur des par- Micules. Les tumeurs flatulentes proviennent de ce que dans quelque partie du corps la matière des globules peut être dépouillée de son élément humide, devenir viscido-siccior, s'arrêter, | donner lieu ainsi à une fermentation en raison de la prédominance des particules ignées et de la dilatation de l'air intérieur qui distend et brise lesmembranules environnantes. L’explication des tumeurs mixtes est naturellement un peu plus compliquée : Comme les globules sont composés de particules hétérogènes, s’il ÿa un arrêt du sang (consistentia sanguins), il séjourne dans quelque partie du corps, el, s'il se fait un mélange anomal des globules, si leur perspiration est troublée, s’il survient quelque pression externe qui déchire la membranule, alors, dans un tel désordre, il peut se produire un mélange contre nature des parti-

(1) Lecours du sang est accéléré dans les artérioles, à cause de la petitesse de leur lumière. C’est là une des hypothèses de Bazzicaluve, adoptée par Hoffmann, et “qui sépare Bazzicaluve des autres mécaniciens.

(2) Prop. 4, 2,3, 4 et 6.

830 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

cules hétérogènes, de sorte que les particules ignées ab0 dent dans certains espaces qui se prêtent à la fermentatid tandis que dans d’autres elles sont si gênées qu’elles ne peuvel pas se dégager. Par suite d’un mouvement de va-et-vient, lie meur sera donc alternativement froide, et chaude, ou en pari froide et en partie chaude (1). “4

Un effort trop violent des globules les uns sur les autres, c'ésr à-dire une trop grande condensation du sang (2), en fais jaillir les particules ignées, développe l’inflammation ; c’est là première cause ; il est même possible qu’il en résulte la ferment tion destructive par la putréfaction du sang, si cc liquide perd faculté de se mouvoir convenablement. Une autre cause (prop.{1), c’est la diminution des efforts du sang par suite de l’évacuatiof des parties liquides, ce qui donne alors libre carrière aux partis cules ignées qui trouvent de plus vastes espaces entre les globules trés-séparés les uns des autres (raritas sanguinis). En tous cas, ces phénomènes ne pourraient pas se produire, le sang ne pours rait pas être entravé dans sa marche, si les artérioles n’étaieil pas coniques (prop. 12). La fiêvre naît de l'inflammation ; @ effet, par suite de la stase, l’ébullition,-ou fermentation en excés, se propage à toute la masse du sang. Du reste, le sang doit êtté prédisposé à engendrer l’inflammation par l’âge, le tempérament, les saisons, le régime, les lieux, etc. (prop. 14); cela est établi en vertu de la doctrine d’Hippocrate tirée des Aphorismes, des Coaques, et d’ailleurs (3).

On ne doit pas s'attendre ici, avec un auteur aussi décidément Systématique, que la thérapeutique sera en désaccord avec à pathogénie, Il y a donc deux indications à remplir (prop. 16}: séparer les uns des autres les globules qui, par suite de trop grands

(1) Dans la seconde partie du Systema, Bazzicaluve revient d’une façon générale Sur ces quatre espèces de tumeurs (prop. 47-24) qu'il se proposait d’étudier plts tard avec grands détails. 4

(2) «Auctus globulorum nisus inter se invicem, seu, quod idem est, visciditas sanguinis. »

(3) A la page 62, l’auteur ne paraît pas éloigné de partager l'opinion de qüelques physiologistes qui admettaient l'existence de conduits directs entre l'estomac ét les reins, pour expliquer dans l'urine la présence si rapide de la couleur et de l’odéttr, soit de la rhubarbe, soit d’autres substances ingérées dans l'estomac,

CRESCENZO. 831

eHoris et d’une trop grande tendance au rapprochement, à la cohésion (compactio), sont foulés les uns sur les autres (réfrigé- Hnts, désobstruants, et, parmi les désobstruants, la saignée, le plus près possible du côté malade, suivant le précepte de Bellini, tientle premier rang ; humectants, résolutifs); rapprocher les glo- Dules, s'ils sont trop distants les uns des autres (1); pour cela encore les réfrigérants, les résolutifs, les désobstruants, auxquels on adjoint les répercussifs et les incrassants, toutes indications remplies en s'appuyant encore sur les Aphorismes d'Hippocrate (2)< “Quant aux tumeurs froides (prop. 20), il faut les traiter par les Substances qui augmentent l’effervescence du sang; mais Bazzitaluve n'indique pas la série des médicaments ; il n’est pas plus éxplicite pour les tumeurs flatulentes, et pour les mixtes. Du reste, comme je l'ai indiqué plus haut (p. 830) dans une note, lauteur se proposait de revenir sur ce sujet ; mais, vous en Con Viendrez, Messieurs, ce que je viens de vous révéler de sa docline vous permettra de l’apprécier. s

Outre un traité des fièvres (3) que je n’ai pas pu me procurer, que Haller n’a pas vu, que de Renzi ne paraît pas avoir lu, dont Puccinotti ne donne que le titre, et dont Sprengel enfin dit Seulement que la théorie des fièvres y est expliquée par lhydraulique, Nicolas Crescenzo, de Naples, a écrit un autre ouvrage, encore moins connu que le Traité des fièvres, et où laphysiologie Mécanique joue un certain rôle (4). En sa qualité de professeur dé philosophie, Crescenzo veut que l'étude de la médecine soit

(1) On a va un peu plus haut que la raritas sanguinis est une des deux causes générales de l'inflammation.

(2) Voy., outre l'argument de la proposition 46, p. 115 : Hippocratis sententia ébpropositiones ad methodum medendi inflammationes.

(3) Voici le titre d’après Haller, Nic. Crescentit Tractatus medico physicus, in Quopolissimum febrium nova exponitur ratio. Neap. 4741, in-4°.

(4) Raggionamenti (au nombre de quatre) 2rtorno alla nuova medicina dell aqua, e come la prima volta introdotta ella fosse, difesa, € sostenutä in Napoli ; einterno al vero studio della medicina, e a una più sicura maniera di medicares Col aggiunta d'un breve melodo de praticarsi l’acqua anche da coloro, che non Son medici; Napoli, 4727, in-A°. Ge volume existe à la Bibliothèque impériale,

Haller le possédait, mais ne l'a pas analysé.

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‘ fortifiée par l'étude de la physique, de la logique et de la moralés cependant ilne semble pas qu'il soit besoin d’un tel appareil'dé science pour noyer les maladies, sinon les malades. C’est des Chine que vient la vraie médecine, celle qui consiste à faire uns gérer au malade plus ou moins d’eau froide. Au rapport du pêté Bartoli, dans son Histoire de l'Asie, les maladies les plus désess pérées ont été guéries sous ses yeux par ce simple traitements qui s’est d’abord répandu en Espagne (on en sait quelque chose par Gil-Blas) et de là en ltalie, où il fait merveille.

En Asie, en Amérique, en Afrique, on conserve encore, Diet merci, la connaissance des bons médicaments, parce qu’on n'y esl pas empesté par les écoles médicales ; mais, partout où exislé cette peste des écoles, comme en Europe, on accorde beaucoup trop de soin et de temps à toutes les connaissances médico-phys siques, ou physico-mécaniques, mathématiques (pour lesquelles il montre cependant un goût particulier), ou encore aujourd’hü à Naples, aux spéculations rhétorico-médicales (1) qui sont ui aliment à la curiosité philosophique, qui payent d'apparence, mais qui ne sont pas profitables à la thérapeutique. Crescenzo condamne la chimie, même l'anatomie, celle du moins qui montre trop de zèle et se livre à d’énuiles recherches ; d’où l'on voit bien que notre auteur était fort de l'avis de ceux que gours mande Sténon (2), ce qui ne l'empêche pas de dogmatiser lui même à oulrance.

Ce sont les écoles qui, en engendrant le scepticisme, ont perdu la médecine de réputation, et l’ont mise à Naples dans un si piteux état, que nombre de jeunes gens imberbes se permettent de médicamenter. Quant à lui, Crescenzo, il tient pour l’union dé la secte empirique et de la secle rationnelle ; il pense que la mé» decine a plus de certitude que beaucoup d’autres sciences, mais que de la certitude générale il ne faut pas conclure à la complète certitude dans les opérations particulières, comme cela arrive aussi dans d’autres sciences. Il préfère, pour l’enseignement, la

(4) P. 20. — Voy. p. 58-60 la conversation de Crescenzo avec un médecin beau parleur, mais dépourvu de toute science.

(2) Voy. plushaut, p. 676.

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