Borelli faisait arriver directement le fluide nerveux
(1) Voy. plus haut, p.
à résultait la fermentation
par les canalicules des nerfs, et le sang par les artères, d’o explosive. — Sténon (Myol. spectmen, pe 63 ; De musc., p. 24), rejetant les esprits animaux, pensait qu'il suffit de l'action de l'âme sur le cerveau pour que l'im-
pression SC communique aux muscles par ja vertu dynamique des nerfs. Quant aux
| juvements involontaires il s’abstient, n'ayant rien à dire de certain,
Shh IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.
ainsi que le pensait Malpighi (que notre auteur suit en partie), concourent à la formation du lait; sa complète élahoration (broïement, mélange intime) et son expulsion ont lieu mécan® quement par les actions et réactions des organes de la glande mammaire ; ces organes, par leur texture, sont en rapport d@ structure, de figure avec les particules à sécréter et à mettre en réserve dans des canaux appropriés. C’est une loi commune pou toutes les opérations qui s’accomplissent dans les glandes, que l'adaptation de la texture de la glande avec le liquide à séparer du sang ($ 301 et suiv.).
Non-seulement Mazino soutient quê le fœtus respire danse sein de sa mère, mais encore il prétend (4) que c’est au moment où le poumon a acquis toute sa perfection que le fœtus fait effort par la respiration pour s'échapper, et que c’est là la cause pre: mière de l’accouchement; il y ajoute un plus grand besoin dé nourriture, une action et réaction plus vives des solides, un mouvement et un ressort plus prononcés des fluides ; et il prouve sa thèse par une multitude de calculs sur la forme de l’utéruset du fœtus. — Mais les accouchements qui se font assez longtemps avant terme, et où ne peut être invoquée aucune de ces CIrcon=« stances, comment les expliquer? Mazino ne soulève même pas l'objection; il se contente de dire que, si l'hypothèse n’est pas vraie, elle est au moins la plus probable de toutes celles qu'on peut imaginer ; cela lui suffit.
Je laisse de côté les opuscules sur le pouls et les urineë, où je nai rien trouvé à noter de bien saillant ni de bien nouveau après tous les autres mécaniciens, et j'arrive à la théorie méca® nique des maladies et des médicaments.
Puisque le mouvement est l’âme du monde, au rapport des philosophes anciens, on ne peut pas s’occuper des maladies, sans étudier d’abord le mouvement des fluides et du sang en particulier. Il y a dans le sang trois espèces de mouvement, celui de pression ou d’impulsion; un autre de séparation (sécrétion), un trois siènie d’assimilation (nutrition) (2). Le premier est produit par
(1) De respirat. foetus, dissert. 7.
(2) Voy. plus haut, Guglielmini, p.818 |
MAZINO. =— PATHOLOGIE. 8h45
cœur, par les artères, par la force élastique dont sont douées (F3) certaines particules ; ce mouvement est calculé mathématiquement d’après la forme conique des vaisseaux, leurs angles, Jeurs courbes et la structure des tuniques, comme Guglielmini et Bernoulli l'avaient fait. Si ce mouvement est troublé (quand toutes Jesparticules ne sont pas dans un équilibre statique parfait), si par exemple les particules sulfureuses affluent dans certaines parties, viennent les fiévres aiguës et ardentes sans frisson, tandisque se manifestent des fièvres avec frisson lorsque ce sont les particules salines qui prédominent (& 5 et 6); quand c'est la lymphe, surgissent les fièvres lentes ou lymphatiques (vOY. p. 8h6).
Lorsque la force de vibration ou la force élastique des glandes Me correspond pas exactement à Ja force de la systole, alors se produit un trouble dans le mouvement de séparation où de sécrélion, et des maladies correspondantes se produisent ($ 8, 11 el suiv.). Si les particules ont été dissoutes par le mouvement de pression, et que mécaniquement dans les glandes il s’est opéré une séparation des substances inutiles d'avec les utiles, alors commence le mouvement d'assimilation ou de nutrition (K13). Nous avons vu plus haut (p. 8h3-8hh), quels sont pour Mazino le sens et la portée de ce mot; il ne fait ici que développer cette définition et la justifier.
Cest par des causes analogues à celles que Mazino a invoquées plus haut pour expliquer les fièvres, qu'il rend compte des maladies du poumon. Par exemple, dans un air marécageux et impur les particules du sang et de la lymphe, privées de lumicre, sont moins agitées, moins atténuées; elles engorgent les canaux; de là l'inflammation ou l'hydropisie du poumon ( 25).
C'est aussi quand le sang, considéré dans l’ensemble du corps, aperdu son innocence (expulsa innocentia ; innocuité), c'est-àdire quand le sang n'a plus ses qualités neutres et vivifiantes, les particules élant viciées dans leur élasticité, leur densité, leur Chaleur active, que se déclarent les autres maladies ($ 27 et 32). Les affections des sens et celles du système nerveux sont principalement rapportées à une altération des fibres nerveuses, eu égard à leur contraction et distension {pars I, $ A et
8h6 IATROMÉCANISME. “— ÉCOLE ITALIENNE.
suiv.), altération qui se communique aux membranes ou fib avec lesquelles elles sont en connexion ; de sorte que la douleu (un raisonnement probable a donné à Mazino la hardiesse de le soupçonner) vient d’un désordre (mauvaise direction de mouvés ment, défaut de parallélisme des fibres, changement dans l'inelis paison naturelle des angles formés par l'assemblage des fibres) dans les fibres membraneuses qui enveloppent les parties solides des nerfs, et conséquemment des fibres nerveuses elles-mêmes ainsi que des autres auxquelles ces membranes adhèrent étroites ment (1).
La mélancolie, la manie et toutes les maladies dites des sens internes sont rattachées à un défaut d'équilibre dans l’action dés fibres du cerveau ou du cervelet.
Vivre c’est se mouvoir ; nous mourons quand fluides et solides perdent le mouvement ; la santé, c’est l'égalité et l’isochronisiné des mouvements des fluides et des solides; la maladie c’est J6 désordre, l'inégalité, l’asymétrie de ces mouvements. La fièvre, qui est la maladie par excellence, la plus universelle, est ui mouvement asymétrique de mixture des éléments de la masse du sang avec un excès ou un défaut de vélocité proportionnelle dés fluides et des solides (2); les divers degrés de cet excès ou de défaut expliquent la diversité des fièvres (3).
Le frisson est une corrugation des parties externes ; l'hor ripilation est un mouvement inégal avec secousse (concussi0) de la peau par l'accroissement du froid ; le »igor n’est que l'hors ripilation augmentée et permanente (4). L'intermittence (N 14e suiv.) tient à l’une de ces trois causes (5) : 1° quoique la masse du sang semble pendant l'intermission rentrer, à peu prés complétement, dans l’état le plus parfait, cependant il arrive que, par suite des altérations du chyle et des humeurs propres
(1) Pitcairne, Elemienta medicinae, 1, vu, 2, définit la douleur : une sensation de solution de continuité violente et rapide dans les nerfs, les membranes, Ies &s naux et les muscles.
(2) « Cum inaequali aut dissimili excessu vel defectu proportionis velocitatis fluidorum et solidorum. » ;
(3) De febribus in genere, dissert, I, 1, 2.
(4) Diss. TI, 10. Les numéros se continuent dans la suite des dissertations.
(5) Voy. plus haut, p. 759,
MAZINO. — PATHOLOGIE. : 847
diverses glandes intestinales, des éléments hétérogènes qui ent déjà ou qui entrent dans la masse du sang, s’y mêlent, Mquoiqu'ils soient, à tous égards, dans un degré d’infériorité frapport aux éléments homogènes, ils sont capables dans tiMemps donné rallumer la fièvre ; — 2° quoique la masse du sang puraisse homogène durant l’intermission, il se peut néanmoins élle ne soit pas absolument ni uniforme ni égale dans de ti espaces des artères et des veines qui se terminent aux glandes, à cause des mouvements asymétriques de ces glandes Quiséparent (sécrétent), à des époques diverses et contrairement ordre naturel, des sucs hétérogènes ; — 3° dans l'état naturel, “cause de l'isochronisme des pulsations du cœur, des artè- Yes et dés glandes, il est certain que dans des temps déterminés Minaura nécessairement un nombre déterminé de circulations; Mimloi ct l'ordre du mouvement des éléments de cette même masse seront donc égaux, et la séparation de ces mêmes éléments dans les glandes se fera à des époques fixes et déterminées.
Voici par exemple comment Mazino explique les fièvres interittentes quotidiennes :
Si un grand nombre de corps hétérogénes.., par un défaut de la nature, s'accumulent dans le sang, dans la lymphe et le suc nerveux, au point d’arrèter.constamment en vingt-quatre heures la vélocité du sang dans beaucoup de tronçons des plus petits vaisseaux, dans l’intérieur de beaucoup de glandes, de sorte Que même dans les plus grands tronçons lavitesse de la masse du sang est diminuée, avec une pression déterminée des corps élisuisques et non élastiques, avec une action et une réaction —inécales des vaisseaux et des fluides et presque universelles, d’où nent des mixtions vicieuses et à conire-sens, avec l'affection
du froid désignée par le nombre 42 et de la chaleur désignée par le nombre 43, il se produira des fièvres quotidiennes homotones et régulières. »
Quant aux médicaments, c’est par li que je termine l'analyse très-sommaire de l'œuvre de Mazino, suivant la doctrine de Boyle, acceptée et développée par Mazino, ils agissent d’une façon générale par leurs effluves ; leurs actions particulières
848 JATROMÉCANISME. —- ÉCOLE ITALIENNE.
tiennent à la figure ou cristallisation de ces effluves et au rapport de cette figure avec celle des corps au contact desquels arrivah les effluves ({ 26 et suiv.). Les détails ne sont pas nécessaires pour juger une pareille théorie,
Je suis loin, Messieurs, d’avoir épuisé la liste des iatromécani* ciens italiens ; mais j’ai voulu seulement vous signaler les prin cipaux, ceux dans les ouvrages desquels toute la doctrine est représentée ; les autres auteurs ne font guère que développer Ou exagérer quelques points de cette doctrine. D'ailleurs, il en est quelques-uns que je n’ai pas pu me procurer malgré toutes mes recherches et dont je ne connais les écrits que par Haller, suivi en partie par de Renzi. Même Haller ne les à pas tous vus ni analysés. Or, vous le savez, je n’aime guère à parler des ouvrages que je n’ai pas lus. Ainsi je ne saurais rien vous dire de particulier touchant Scaramucci, Céreula tion du sang, 1672; Mouvement du cœur, 1689; Théorèmes familiers de médecine mécanique, 1695; — Maiteo Georgi, Traité de l’homme, âme et corps, 1718 ; — G. Poleni, Lettres à Grandi, 1724, où il confirme les idées de Bernoulli sur les muscles ; — Santanielli, Lucubrations physico-mécaniques, 1698: Toutefois, sur ce dernier, j'ai appris par l’ancien catalogue manuscrit de la Bibliothèque impériale (catalogue écrit de la main du Père Clément), que son ouvrage en sept livres avait été condamné par un décret de la Congrégation de l’Index, en date du 27 octobre 1701, et qu’en conséquence il figure parmi les desiderata de ladite bibliothèque. Il n’est donc pas étonnant que je n’aie pu rencontrer ce livre nulle part. Borelli, professeur aux Écoles pies, avait pris ses précautions, en mettant son livre sous la sauvegarde des censeurs ; Bellini avait évité de s'engager dans les passages dangereux ; on sait que Baglivi avait désavoué d'avance tout ce qui dans sa doctrine s’écarterait de l’orthodoxie.
ME: Suite de l’histoire de la doctrine iatromécanique. — École anglaise : Pitcairne, W. Cole, Keïll, Mead, Robertson, Ridley, etc.
MESSIEURS
M719, Junken, publiant le livre de J. de Sandris Sur l’état g (voy. plus haut, p. 842), s’écriait: « Si quelqu'un cherche médecins habiles, qu'il aille en Italie! C’est là qu’on trouve Shommes qui savent révéler les secrets de la nature et déüiller les causes cachées des maladies par les principes tirés la mécanique ». De fait, c’est par l'Italie que l'Angleterre, la ande et certainement aussi l'Allemagne, ont été initices à jatromécanisme. Mais Boerhaave et Hoffmann se sont approprié
dissant. Partout, du reste, l’iatromécanisme conduit au solidisme écoutes ses nuances; c'était la conséquence naturelle. Le disme domine dans la seconde moitié du xvri° siècle, et mène par des voies différentes à Brown, à Rasori et à Broussais. “olidisme, quoiqu'il soit assez étroit, devient entre les ins de quelques médecins une théorie plus physiologique que iromécanisme.
“L'école italienne s'appuie sur Descartes, au moins autant que Galilée, quoiqu’on ait prétendu le contraire par suite de prééntionsnationales (1) ; du moins elle est surtout mécanique (2); l (L)nJe ne dis pas qu’on ait adopté en Italie toutes les explications de Descartes, ais j'affirme qu’on s’est laissé entrainer par l'exemple qu'il avait si malheureusement donné, de faire de la mécanique au lieu de physiologie et de pathologie. , ) Au xyu et au xviue siècle, l’iatromécanisme n’a eu en France, où dominait Soit la” tradition hippocratico-galénique, soit, mais au second plan, la chimiaurie, DAREMBERG: 54
850 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE.
\Jécole anglaise se rattache particulièrement à Newton ; elle eme \prunte beaucoup d'explications à la physique, et pour la phys siologie, elle repose sur un fond plus solide. Un peu effraÿés des conséquences matérialistes de liatromécanisme, certains médecins anglais, Nichols, Porterfield, etc., suivant en cel l'exemple de Sauvages, ont tâché de sauver les droits delà psychologie. Mais ce n’est certes pasle chef de l'École anglais, Pitcairne, qui a pris de telles précautions.
Au xvn® siècle, les deux représentants les plus connus de Pid tromécanisme en Angleterre, sont l'Écoseais Archibald Pitcairne, (1652-1713, Pitcarnius en latin); William Gole (docteur en 1666); et Keill (1676- 1749), né aussi en Écosse. Pitcairne a suivi les errements de Bellini, et il a été l’un des maîtres de Boerhaaye, alors qu'il demeurait à Leyde. Pitcairne, impitoyable adyers saire des hypothèses d'autrui, est fort er pour les
, siennes. [l pense (4) que la médecine a précédé la philosophie, que les médecins n’ont jamais rien retiré de bon de leur coms merce avec les philosophes, et que les méthodes des uns et des | autres sont complétement dissemblables; car les unes partent dé 1 suppositions, de l’apriori, les autres du fait et de l'observation, Il nie qu’il y ait aucun ferment dans les glandes, et affirme que tous les pores et orifices des vaisseaux des glandes et des parties du corps ont même figure, c'est-à-dire circulaire, mais non pas même dimension (2), et que la médecine fondée sur les propos sitions contraires est mensongère et nuisible. C’est l’action dû poumon, l’impulsion du cœur, et la compression opérée par les plus petites artères, qui réduisent le sang en particules extrême ment ténues ; 1l n’y a pas besoin de faire intervenir des ferments
que de rares partisans : Chirac, par exemple, Astruc, Quesnay, Hecquet, Sauvages, pour ne citer que les plus importants; encore leur système n'est-il pas exemple beaucoup de mélanges. Les travaux de Ch. Perrault ou de Dodart se rapportent, est vrai, à la mécanique animale, mais on ne saurait dire de ces deux savants que ce sont des iatromécaniciens. -
(1) Oratio qua ostenditur medicinam ab omni philosophorum secta esse hiberams dans Opuscula, éd. de Rotterdam, 4744 : c’est toujours l’édition que je cite.
(2) Orat, qua ostenditur, ete., p. 8, et De circulat. sang. per vasa ris p. 28, 30, 31.
PITCAIRNE. — PHYSIOLOGIE, 851
pour cela. Il est également d’avis qu'il n'ya entre les extrémités désartéres et les racines des veines aucun corps ou tissu intermédiaires ; la marche du sang est calculée par le rapport de la force ducœur, de la résistance des angles et du diamètre des vaisseaux. Pitcairne rapporte ou a fait des expériences; mais elles sont insuffisantes, et il en tire des conclusions qu’elles ne comportent pas.
lci je répéterai volontiers avec M, Marey (1), que les expériences rigoureuses sont le seul moyen d’arriver à la solution de tous les problèmes qui intéressent la marche du sang; mais je ne voudrais pas ajouter avec lui que les idées émises sur de tels sujets, et qui ne sont que des erreurs ou des hypothèses, ne méritent pas d’être mentionnées. Je voudrais, au contraire, qu’un homme aussi ingénieux, aussi habile, aussi versé dans les sciences physiques et mathématiques que l’est mon savant confrère et collègue, reprît toutes les idées émises par les iatromécaniciens, ebmontrât ce qu’elles ont d’absolument faux, et ce qui peut encore entrer dans le domaine actuel de la science (quae sunt bona, quae sunt mala, quae pessima), et surtout ce que la méthode a de vicieux en soi. Pour ma part, je serais heureux de lui fournir tous les textes qui pourraient élucider ces difficiles questions. - Après avoir discuté les opinions alors en faveur sur la digestion, et en particulier celle d’un ferment, Pitcairne (2) soutient que ce sont les efforts des fibres de l'estomac, joints à ceux du diaphragme et des muscles de l’abdomen, qui résolvent, désagrégent, et préparent, pour être mélées au sang, les substances alimentaires compactes ; d'où il résulte que le chyle n’est pas aussi atténué que le sang, lequel reçoit sa dernière façon, son morcellement, son atténuation définitive dans le poumon. Les arguments qu'il donne à l'appui de cette manière de voir sont aussi mauvais que ceux qu’il combat dans les théories des autres auteurs; ici même il oublietout àla fois la méthode d'observation, la méthode expérimentale, et parfois la fidélité à lalogique; après quoi, il écrit un discours où il veut du même coup délivrer ses concitoyens de
(1) Physiologie médicale de la circulation du sang, p, 153. (2) De motu quo cibi in ventriculo rediquntur ad formam sanguin reficienda idoneam, p. 74 et suiv.
852 IATROMÉCANISME, — ÉCOLE ANGLAISE.
la crédulité, de la /oi brute (1), et faire la guerre à la manie d'innover; quant à lui, il ne s’en rapporte qu’à l’évidence (2). L'application de la théorie physiologique de Piteairne à la méde | cine pratique se trouve en partie dans la dissertation De curatione febrium quae per evacuationes instituitur; Pitcairne y rattachelles causes et la guérison des fièvres au trouble, au rétablissement, l'augmentation, naturelle ou provoquée par les médicaments, dé | toutes les évacuations naturelles et particulièrement de la transpis ration cutanée (3), d’après la théorie de Sanctorius, qu'adopte ef qu'il tâche de fortifier par toutes sortes deraisonnements et de cal* culs où lobservation clinique n’a rien à voir. De là à combattre les théories pathogéniques fondées sur l’antagonisme des alcalis et des acides, il n’y a qu’un pas, et c’est ce pas que Pitcairne fran: chit dans sa Dissertatio brevis de opera quam praestant CON POrA acida vel alcalica in curatione morborum. Autant vaudrait dire, à son avis, que toutes les maladies sont engendrées par le ter restre et guéries par le céleste, ou réciproquement. Il n’y a que l'usage et l'expérience qui apprennent que tel médicament guérit plutôt que tel autre. Il n’y a pas une seule évacuation qui ne puisse être excitée par les acides aussi bien que par les alcalis or, comme les maladies sont engendrées par les vices des excré tions, il en résulte que l’on ne peut les attribuer exactement ni aux alcalis ni aux acides.
Beaucoup de maladies sont de plus guéries par les émissions sanguines ; orla saignée n’a rien à faire aveclesalcalis oulesacides: il en est de même du quinquina, dont l’action ne peut être expli-
(4) Pitcairne, qui, en toute occasion, se moque des préjugés religieux et médi- Caux, croit à la vertu des remèdes les plus ridicules, de la poudre de crâne d'homme, en particulier, contre l’'épilepsie ct la paralysie: De variolis, p. 162.— Dans la variole, il prodigue la saignée ; il rappelle les pustules par les vésicatoires à la nuque. =
(2) Solutio problematis de inventoribus, p. 86, 87 et 88. Voy. aussi p. 94, où Pitcairne fait celte sage remarque qu’Hippocrate et ceux qui l'ont suivi ont parlé, avant Harvey, de la circulation comme des gens qui ne la connaissent pas, comme en ont aussi parlé ceux qui l'ont niée après Harvey. Il réfute victorieusement les âuteurs qui pensent qu'Hippocrate connaissait la circulation.
(8) Voy. particulièrement, p, 426 et suiv.
PITGAIRNE. — PATHOLOGIE, 853
Quéenni par les acides ni par les alcalis, puisque les substances acides ou alcalines sont loin d'exercer sur les fiévres la même inuence que lui. Enfin, d’après les théorèmes de Boyle, il Nexisle aucune fermentation dans le sang; les plantes qu’on prend par la bouche, quelque acides qu'elles soient, deviennent älcalines par l’action de l’estomac, du poumon et du cœur ; donc, iln'est pas possible que les acides ou les alcalis soient jamais la Cause des maladies, ou leur remède. L’iatromécanisme ne pou- Vaitpas avoir plus étrangement, plus faussement raison contre la chémiatrie !
Mais ce qui dépasse encore, s’il se peut, l’étrangeté de la théoré de la fièvre, c’est l’étrangeté de la théorie du flux menstruel qui, dans les Observationes de fluxu menstruo, est attribué à la disposition des vaisseaux utérins qui n'ont pas de soutien et offrent d'autant moins de résistance chez la femelle de l'homme qu'elle jouit de la station droite. Il faut lire toutes ces Observa-
Miones pour juger combien sont reculées les limites de l'absurde
chez les théoriciens qui ne font attention ni aux inconséquences, Maux impossibilités, et qui, dans le cas présent, ne tiennent même pas compte de la périodicité pour le flux menstruel. Pitcairne attribue aussi l’origine de la syphilis aux troubles de la pérspiration si fréquente chez les Orientaux; comme les Orien- Aux suent plus facilement que les Européens, les sudorifiques végétaux leur suffisent ; aux habitants du Nord, il faut des sublances plus lourdes, le mercure (1)!
Dans ce même opuscule, il rappelle, à propos du mercure, les expériences qui prouvent que des poisons peuvent être donnés Mparla bouche sans causer aucune nuisance, tandis qu’ils tuent si Mnles met en contact avec une plaie récente ; et il ajoute qu'en conséquence il a pu administrer impunément de l’arsenic à des individus tourmentés par des douleurs intenses du ventre. Mais
(4) De ingressu morhi qui venerea lues appellatur : c’est là qu'il écrit cettephrase passablement irrévérencieuse à propos de la contagion, $ 9 : «Ex his sequitur plus quam esse barbarum et indignum hominibus, moremillum, cives honestissimos qui sacerdotes plerosque e faece plebis homines habent inimicos, levissimis de Causis domi suae se continere cogendi, iisque aqua et igni interdicendi, quamwvis nullo contagio infecti, »
* l'imagination. Il faut secouer le joug des philosophes, suivant
physique insensée. Si, au contraire, on est versé dans les sciences {exactes, particulièrement dans les mathématiques, on comprendra la vanité des qualités occultes, et qu’il n’y a rien autre à contain | tre en toutes choses que leurs mutuelles relations, les lois elles
854 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE.
cet exemple est mal choisi, car l’arsenic empoisonne aussi par la bouche qu’introduit dans le torrent de la circulation,#0i par une surface dénudée, ou absorbante, soit par les injection hypodermiques. #
La nosographie de Pitcairne (De divisione morborum) estdign
résolu ce noble problème : une maladie étant donnée, en trouvet le remède. » Après quoi, il ajoute avec Ovide, en son XV: livrédés Métamorphoses :
Jamque opus exegi.
Le complément de la doctrine médicale de Pitcairne nous
et enseignement) de cette incertitude qu’on ne souffrirait pas sil s'agissait des affaires et de la fortune, incertitude qui tient 41 que; tout en apprenant aux autres à éviter les fautes des anciens, on y retombe sans cesse, en prenant pour la réalité les fruits
lesquels les maladies viennent des dieux et des astres, et qui ot transporté dans la médecine la théologie, l'astronomie et uté
propriétés de leurs forces par lesquelles on peut les changer ot être changé par elles. Ce qui incombe aux médecins, c’est d connaître les forces du corps, celles des maladies et des médicas ments ; alors l'adage, inventé quand on ne savait pas de physe que: Ubi incipit medicus ibi desinit physicus, n'aura plus dé«
(1) Elementa medicinae physico-mathematica, libris duobus, quorum Cprior] theoriam, posterior praxim exhibet. Higae Comitum 4718, ouvrage posthume. = Dans le premier livre, l’auteur suit l'ordre, mais non toutes les idées de Sennert; dans le second, la méthode de Rivière. Dans mes citations, le premier chiffre indique le livre, le deuxième le Chapitre, le troisième les paragraphes,
- PITCAIRNE: — PATHOLOGIE: 855
Son d'être, et l'on ne verra plus les noms des héros de la méde effacés dé la mémoire des hommes comme ceux des s0phistes.
“Quel dommage que de si belles paroles servent d'introduction Mraité de médecine où trop souvent l'imagination joue prément un rôle qui ne laisse pas beaucoup de place à la réalité ! La médecine est l’art de prolonger la vie indéfiniment En Ja maladie est un effort pour mourir ; la murt est le sumiin des maladies; la vie indéfiniment longue est celle qui est “exempte de maladie, e’est-à-dire exemple d'un effort infini vers Mmmort; en d’autres termes, une vie très-saine. Mais comme cut mourir un jour ou Pautre, au mot énfini substituéz, “jins la pratique, le mot défini: En d’autres termes, la méde- “eine est l’art de rendre la vie homogène et toujours semblable à elle-même; cest là l'ndolence du corps ou l'absence de toute souffrance (il, 1, 2-4). Cest trop demander à la médecine, et, quoi qu'en dise notre auteur, je préfère la vieille définition : La médecine est l'art de conserver la santé présente et de la ré- “hablir quand on l’a perdue (4). == Lés tempéraments (au nombre “(é trois : bilieux, mélancolique et pituiteux ; le tempérament nouin d'est que la pléthore) sont produits par l'inexacte proportion des éléments du saug et par conséquent par les vices de mu; sécrétion normale des fluides, attendu qu'ils sont essentielle mirent ct primitivement des liquides et non des canaux (2). Les tempéraments sont un corimencement de maladie (caps HE, 1:7): La chaleur innée n’est que le résaltat dé l’attrition du sang dans son Mouvement naturel; humide radical estlesang lui-même; il ya dans le sang aucune fermentation vraie, au sens de Willis, ptis- “qu'il n'y à jamais dans le sang dégagement d'esprit ardent ou d'esprit-de-vin (cap. 1v). Quelqués-unes dé ces propositions sont à peu près vraies, mais les raisons assignées pour les établir sont presque toujours boiteuses:
… (4) L'auteur critique presque toujours les opinions des autres; ef même temps
qu'il cherche à établir les siennes.
…. (2) On peut bien supposer cepen
‘quelque altération dans les canaux pour expliquer less
reste, Pitcairne ne voit dans ka structure du corps que canaux ef fluides:
dant, mème en restant fidèle à'iatromécanisme,
écrétions anomaless — Du
856 IATROMÉCANISME: — ÉCOLE ANGLAISE.
Dans le chapitre v, intitulé De l’économie animale, l'aute applique les lois de la mécanique et de l’hydrostatique aux diva ses fonctions ; ainsi la digestion est le broiement des alimentsen particules impalpables, toutes homogènes ; le suc gasiriquene sert qu’à amollir les aliments ($ # et suiv.) (1). La faculté vitale des anciens est la force musculaire du cœur qui pousse le sang dans tout le corps ; la faculté naturelle est la force issue de la circulation et qui se manifeste par toutes les sécrétions opéréess dans l’universalité du corps, excepté celle des sucs nerveux om des esprits animaux, qui est sous la dépendance de la facultés animale, laquelle s'exerce sur le sang qui circule dans l’encé phale ($ 55 et suiv.). Le mouvement est produit par l’afilux du suc nerveux dans les muscles, et les sensations par le reflux (refluxus) des esprits animaux à la racine des nerfs dans le cer veau ($ 71).
Le cœur et le cerveau, les artères et les nerfs sont dans lew fœtus formés en même temps, quel que soit le mouvement quik s'opère dans les particules de la semence et la place qu’elles occupent ; la semence, non l'œuf, contient en germe et formés" cœur, cerveau, nerf, artères (£héorie de l’évolution, voy. p. 766); il y a des animalcules mâles et d’autres femelles (8 77-78).
Puisque la santé consiste en une bonne circulation du sang, Ja maladie n’est qu'une circulation augmentée ou diminuée, soit dans tout le corps, soit dans quelques-unes de ses parties (I, vr,1). Les crises, au sens d'Hippocrate (3° ou 7° jour, ou un nombre composé de 8 et de 7), c’est-à-dire suivant des jours réglés, n'existent que dans l'imagination des Français ou des Italiens imbus de vieilles doctrines, et des Écossais qui les ont fréquentés (2). La crise est une coction et expulsion d’une matière morbifique par une glande quelconque (cutanée, intestinale, rénale, etc.) qui s’opère en plus ou moins de temps suivant les pays, car les pays influent sur la formation et la rapidité d’expul-
(1) Aux $ 9-49 sont rapportées des expériences comparatives sur la cosgues du sang artériel et veineux mis en contact avec diverses substances. ÿ
(2) D’après Baglivi (Praæis med., IL, xu, 5), les crises, quoiqu’elles soient des mouvements constants de la nature, varient suivant les saisons, les localités, le genre de vie, le tempérament des malades, l'âge et le sexe.
PITCAIRNE. — PATHOLOGIE. 857
Sondes matières morbides, Pitcairne souhaiterait ane statistique éMacleet comparée pour décider la question du temps (wir, 1-7). — Les indications thérapeutiques se tirent de ce qui est dans Lanimal (e re étre animal) ou hors (e re extra) de l'animal. Si destdune chose hors de Panimal, mais dans son corps (distinction plus que subtile), c’est-à-dire dans l'estomac ou les intestins, iMaut faire vomir et purger. On doit distinguer les maladies propres à l'estomac et aux intestins de celles qui sont sympto- Haliques d’altération d’autres parties en connexion avec les vis- (res: par exemple, du foie dans une diarrhée prolongée; auquel Si faut donner aussi des sudorifiques, afin d’évacuer les liquies qui surabondent par suite de la dilatation des canaux biliaires, causée par les efforts importuns du sang que provoque la suppression ‘de la transpiration cutanée. Si l'indication est prise intra animal, elle est alors tirée du sang arlériel ou veineux, allendu que les maladies viennent du mouvement augmenté ou idlenti de ce liquide; car tout changement dans la texture ou léSqualités du sang sugmente où diminue ses mouvements. Si l'indication est tirée e re intra animal, mais qu’elle ne se rap- Dorte pas aux artères et aux veines, elle regarde la diminution Ou l'accroissement des sécrétions. Si la cause morbifique n’est contenue ni dans le tube intestinal ni dans les vaisseaux, et que cependant elle soit dans le corps, si elle est extravasée dans lés-viscéres, alors le mal est incurable puisqu'elle n’a pas de Voie naturelle pour être expulsée. L’extravasation se fait-elle à la périphérie du corps, par exemple dans la poitrine (empyème), le chirurgien doit intervenir (1, vr, 9-12).
La fièvre est une circulation dont la rapidité est augmentée lmiformément, c’est-à-dire également dans des temps égaux (1,1). Le sang devient alors plus rare, c'est-à-dire que ses parties sont moins cohérentes : d’où la chaleur; devenu plus rapide, le sang se trouve en plus grande abondance dans certaines parties du système vasculaire : d’où la distension et la douleur; et Ainsi de tous les autres symptômes ou complications des fièvres (2 etsuiv.) : ainsi, les hémorrhagies viennent de l'extrême di- Jalation des vaisseaux ; les pustules, de ce qu’une petite partie du Sang peut seule s’extravaser vers la peau (N 7-8).
858 IATROMÉCANISME, — ÉCOLE ANGLAISE.
La fièvre légitime continue est impitoyablement traitée par saignée et les vésicatoires, attendu que ce sont les deux remê qui combattent le mieux la raréfaction du sang. Il est vrai que pendant la saignée la rapidité du sang augmente, mais clle cessi peu après l’émission sanguine (1). Donc, avant que soit trouvé, car il ne l’est pas encore, un médicament qui combaite immédias tement la raréfaction du sang et son mouvement précipité, onits sistera sur la saignée. On doit éviter les sudorifiques qui agissent précisément en sens contraire de l'indication remplie par la sai gnée, à moins qu'il n’y ait des signes de coction dans les urines; dans ce cas, il ne s’agit pas d’une fièvre légitime ; elle est jointe à une autre qui dépend d’une matière épaisse. 4
La fièvre intermittente résulte d’une matière épaisse qui Sa joute à la cause de la fièvre simple ; en conséquence, on doit sais gner, faire vomir et donner les médicaments amers où le (jui quina qu’on appelle à tort fébrifuges, mais qu’on devrait nornmér alténuants où apéritifs, car ils sont opposés à la maladie pro: duite par la matière épaisse, maladie qui accompagne où excité la fièvre (33-37) (2).
On voit, ce me semble, par cet échantillon, avec quel inflexible logique Pitcairne a pu et dù expliquer mécaniques ment toutes les autres maladies : la manie (3) par la fluidité du sang; toutes les inflammations par la stase du sang dans lé artères; les maladies de estomac par la plénitude ou la vacuité de ce viscère. La théorie lui échappe plus d’une fois lorsqu'il s’agit de.thérapeutique ; il prend les remèdes de toutes mains el sous toutes les formes, sans trop se soucier s’ils concordent où non avec la cause organique supposée de la maladie ; ik suit alors ou la tradition, ou même l’empirisme, tant il est difficile de mettre la thérapeutique en accord avec des théoriestrès-limitées ; il faut, pour cela, avoir, comme Broussais, rompu en visière avec le passé
(4) Voy. plus haut, Bellini, p. 776.
(2) « Medicamentum febrifugum quale vulgo (sed male) appellatur, quod febri intermittenti, qua {ali, opponitur » (LE, 1, 37-44).
(3) Ia vu (IE, v, 8) des épileptiques qui, durant l’accès, avaient. consciente d'eux-mêmes; un de ses malades, pendant qu’on lui faisait des onctions, cherchait à réciter des vers de Juvénal (Sätiré De adipta),
Je présent, et oser dire : « La médecine c’est moi.» Pitcairne Mine foule de recettes plus ou moins rationnelles ; il en donne
ême, lui si sévère contre le profanum vulqus, qui rentrent dans dimédecine populaire : par exemple, la poudre de crâne humain, urde vers de terre grillés, contre les convulsions qui viennent dinanition (IL, v, 22), contre la pleurésie et la péripneumonie. Parmi les prescriptions choisies, on remarque une infusion qui Joit combattre la stagnation et où il entre, comme ingrédient “principal, de la fiente chaude de cochon de lait ou de cheval châlré (IL, xiv, 18); ce qui n'empêche pas Pitcairne de traiter .({23) de rêveurs et de crédules les médecins qui préconisent esprit de sel urineux tiré du sang humain (voy. note 4, p. 852).
La lecture des divers chapitres consacrés à chaque maladie énparticulier n’est cependant pas dénuée d'intérêt (1); car on y éncontre quelques bonnes prescriptions et surtout plusieurs ob- Sérvations tirées de la pratique de Pitcairne. Pour chaque maladie milles sont rangées a capite ad calcer) on trouve la définition filrenvoie volontiers à Rivière pour les signes) et le traitement.
William Cole écrivait à peu près en même temps que Pitcairne ; Son ouvrage Sur les fièvres intermittentes (2) porte: la date de 1693. Cest un livre entièrement médical, dont la physiologie ftromathématique fournit les principes pathologiques et thérapeutiques. Cole tient son Aypothèse sur la cause des fièvres en si grande estime, il la croit si vraisemblable qu'il commence par se défendre de plagiat à l'égard de Mundius et de Borelli qui avaient éxprimé à peu près les mêmes idées, mais dont il ne connaissait pas les ouvrages ; exerçant à la campagne, et chargé d’une nombreuse clientèle, le temps lui manquait pour lire les nouveautés
(1) Je remarque ceci en passant (11, xxx, 2): Quand l'accouchement est rendu difficile, non par l’abaftement des forces, mais par une position vicieuse où Pétrôitésse des parties, c’est l'affaire du chirurgien, de la sage-femme, où du mari.
(2) Novae hypotheseos ad explicanda febrium intérmittentium symptomata et fypos exogitatue hypotyposis. Una cum aetiologia remediorum ; speciatim vero de Curatione per corticem peruvianum. Accessit Dissertatiuncula de intestinorum motu peristaltico. Londini, 1693, in-8°. — Cole démontre dans la Disserlatiuncula, écrite primitivement en anglais en 1676, que les fibres prétendues annulaires des intestins sont réellement enroulées en spirales,
860 IATROMÉCANISME, — ÉCOLE ANGLAISE.
scientifiques, et même, le temps ne lui eûüt-il pas fait défaut serait difficilement procuré les Ouvrages de ces deux autétrs Une fois averti et mis en possession de ces livres par un dés amis, Gibbons, “hrorum Magnus heluo, il s’est empressé de sat faire une légitime curiosité, et de réparer sa faute involontaire, Mais il n’a pas eu ni à briser sa plume, ni à jeter son livreal feu. Mundius et Borelli n’avaient aperçu qu’une ombre de la vérité, qu'une parcelle de la vraie théorie !
Si Mundius dans sa Biochrestologia seu commentarii de a vitali, etc. (1680) avait, dit Cole, en sa préface, considéréà théorie des fièvres plus profondément, s’il s’en était bien pénétré, il n’en aurait pas simplement parlé en quelques lignes en aurait donné une explication plus détaillée, telle que la demans dait l'importance du sujet. Mundius suppose, ex passant, quels matière des fièvres intermittentes, quoiqu’elle soit fournie par le sang, réside dans le fluide qui baigne le cerveau et la moelle épinière, entre en fermentation, excite et contracte les mem: branes, et par cette contraction est poussée dans les nerfs: d'où le frisson et le tremblement.
Il croit que, par suite de cette commotion, le fluide est de nouveau chassé des nerfs, puis est porté dans la masse sanguine par les conduits de la lymphe, où, excitant de nouveaux troubles, il fait naître l’effervescence fébrile qui s’'apaise après quelques heures, la matière fébrile étant exclue par les pores. Alors succède l’apyrexie jusqu’à ce qu'un aliment fébrile nouveau et suË fisant s’accumule dans le même foyer. Cela, affirme Cole, est loin de satisfaire un esprit avide au moins de probabilités!
Quant au sentiment de Borelli (oy. plus haut, p. 759), il s’éloigne plus encore de celui de Cole, en ce qu’il place le foyer de la fièvre non dans le cerveau lui-même ou dans le système nerveux en général, mais dans quelques glandes obstruées ; en conséquence il suppose que les extrémités des petits nerfs placés dans ces glandes Sont, par la même raison et la même nécessité, obstruées de telle sorte qu’elles ne peuvent verser leur suc, et que ce suc, amassé peu à peu par suite de ce retard, entre en fermentation et prend des qualités mauvaises è puis, le mal se transmettant d’abord au cerveau, ensuite au
pet au sang, chaque symptôme se montre suivant son ordre. le accuse Borelli d’obscurité, et de n’avoir pas suffisamrendu compte de tout ce qui se passe dans les fièvres. à nous, nous passons condamnation sur l'obscurité, mais trouvons qu’il ne s’est que trop étendu en ses explications. ons donc si celles de Cole sont plus claires et plus complètes. es quatre premiers chapitres sont consacrés à la critique ésopinions qui ont précédé celle de notre auteur, Sur le siège es causes des fièvres intermittentes ; à exposer les conditions président à la formation des fièvres (la matière doit en fre puissante sinon volumineuse, universelle, rapide en ses uvements, prompie à disparaitre et à revenir, Ct propre sur- À rendre compte de tous les symptômes, conditions que ne iplit aucune des autres théories) ; à prouver que le suc Yeux est l'agent principal de la nutrition (4) ; enfin à établir es désordres du suc nerveux suffisent à tout expliquer. là dit, en quatre-vingt-quinze pages, Cole propose sa vicüse hypothèse : Il arrive que, soit par suite de Pocclunades pores, les effluves sont retenus et rejetés dans la se sanguine (ce qui est une occasion très-fréquente de fièvres inérmittentes et de beaucoup d’autres maladies) ; soit par une nomalie quelconque dans lune ou l’autre des causes non nalules (aliments, boissons, exercices, ete.), quelque matière (ferentescible ou non) contraire aux fonctions naturelles est adse dans le sang ou se produit en lui (2).
Mn fiétte matière est assezténue pour être admise par | nerfs répandues partout dans l'écorce du cerveau, et pour pénéer à travers les tubes nerveux ; elle perd peu à peu sa lenteur
es racines des
(D« Nutritionis voce intelligendam censeo clectivam appositionent materiae
dicujus, in corporis viventis substantiam, sive ad deperditae instaurationem, sive inaugmentum à natura praestitum. » — Car il n'existe pas de différence essentielle entre les facultés nutritives ct auctrices. Inutile d'ajouter que, pour Cole, lanutrition ésbune fonction à peu près entièrement mécanique. — Voy. plus haut, p. 824, la Théorie de Guglielmini.
(2) Cette matière ne doit pas être d'une espèce ou d’un degré capable de relàcher entièrement la crase naturelle du sang; car, S'il en était ainsi, la fièvre
deviendrait continue.
862 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE.
et en sort plus active, activité produite à la fois par l'action puiss sante des sels volatils (sels qu'on peut soupçonner n'être autre chose que les esprits animaux, du moins jusqu'à ce qu'onait trouvé dans le corps quelque substance plus propre à remplit leurs fonctions et à qui l’on puisse appliquer cette dénominæ tion), par la collision des autres particules qui la composent quand elles changent de siége ; enfin par l'excitation de la chas leur qui rêgne dans toutes les parties. À son tour, cette matère exaltée réagit contre les particules naturellement contenues dans les nerfs, et les fait entrer également en insurrection. Blé peut être retenue paisiblement pendant plusieurs heures, mêmé plusieurs jours, dans les réceptacles, y circuler sans incomk vénient à cause de son faible volume, et pour d’autres raisons tout aussi ridicules; il en résulte des intermittences plus 0 moins prolongées ! Le retour de la fièvre (1), c’est-à-dire le nou» vel enclavement et la nouvelle exaltation, ramène les frissons“l les autres symptômes préliminaires de l’accès, lesquels commens cent principalement du côté de la moelle (comme il est naturel, puisque le point de départ est dans le cerveau et dans les nerf), pour se propager bientôt à tout l’ensemble des fibres qui ne sont pas autre chose que les dernières ramifications des nerfs (2). Lt
(4) « Comme l’atonie des glandes corticales du cerveau persiste après un premier paroxysme, qu'elles ne peuvent, à cause de leur mollesse, êlre modifiées en pet de temps, et que les fibres de tout le corps ne peuvent se dépouiller aussitôt d@ leur aptitude à recevoir la matière turgescible; d’un autre côté, comme le sérümt du sang, qui fournit leurs suppléments aux nerfs, doit envoyer un suc peu cone= nable, même après le premier paroxysine, à plus forte raison, dans le cours.de la maladie, il en résulte que, ce sérum fournissant sans cesse aux glandes cet aliment nouveau mais vicié, et celles-ci le recevant et le transmettant à toutes les fibres par l'entremise des nerfs, la matière d’un nouveau paroxysme s'amass® peu à peu, lequel, quand cette matière, après un certain intervalle, est arrivéeà maturité et au même degré que la première, répète la même scène. Or, cecise renouvelle jusqu’à ce que, soit les médicaments, soit le changement de température, soit l'intervention d’autres causes, en rendant à ces vaisseaux leur tonicité, dompte la dyscrasie morbide de la matière. » C’est en vain, ce me semble, et quoi queen dise Cole, qu’on chercherait des différences radicales entre cette théorie et celle dé Borelli; du reste, elles se valent l’une l'autre.
(2) Ces opinions sont très-voisines de celles de Baglivi et surtout de celles d’Hoffmann.
agitation qui en résulle amêne la chaleur; puis la matière onbide étant domptée, arrivent la détente et la sueur ! Tout récemment, deux médecins, l’un français, M. Diberder, orient (1), l’autre américain, M. Salisbury, de Cleveland dans io (2), ont voulu expliquer l'intermittence dans la fièvre, par “bation (période d’intermittence) et l'éclosion (période Qaccés) d'animalcules ou de sporules végétales. Le docteur Dider n’a émis qu’une hypothèse, tandis que le docteur Salisbury ne avoir démontré expérimentalement sa thèse. Je crains qu’il nsoit de l’hypothèse et dela prétendue démonstration, comme en est de la pure hypothèse de Cole. D'ailleurs l'intermittence nest pas spéciale à la fièvre, et je ne vois pas que l'explication “is deux ingénieux auteurs modernes puisse ne aux autres ëces d’intermittence, à celle de la névralgie par exemple. Là jhny à guère moyen de trouver la petite bête.
bi
hi jerminant le septième chapitre, où il s’est efforcé de rendre “compte, à l’aide des prémisses que vous connaissez, des différents miypesréguliers des fièvres; et des fiévresirrégulières, Gole s’écrie : « Je crois maintenant avoir donné quelque idée des fièvres ; mue si quelqu'un repousse mes opinions comme invraisemblables, je lui demanderai d'en proposer de plus probables, soit … parmi les hypothèses déjà mises en avant, soit tirées de son propre fonds; s'il le fait, je lui rendrai des actions de grâces, @r, avide que je suis de la vérité, je ne regretterai pas de m'être jnsiruit en vieillissant. »
| Eh bien, nous aussi, Messieurs, qui aimons la vérité, nous Souhaitons qu’on cherche encore des causes plus probables de la fièvreintermittente, que celles qu’on a proposées jusqu'ici, sans en excepter celles qui viennent de se produire à Lorient et Cleveland. Encore, à toutes ces explications préférerons-nous de bonnes études cliniques sur les causes occasionnelles, les formes diverses, les anomalies, les reliquats et le traitement des fiévres
intermittentes.
Il ne suffit pas de dire comment vient la fièvre, il importe
(1) Union médicale ; n° du 4 novembre 1869.
(2) Revue des cours scientifiques, n° du 6 novembre 1869,
864 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE,
surtout d'apprendre comment on la chasse. (est ce quefai William Cole dans le chapitre x, où il met au-dessus de ton l'écorce du Pérou (a/fiorem considerationem meretur). Sin moins il s'était attaché à imiter la réserve de Sydenham ! Oh not il faut qu'il sache avant tout comment agit le quinquina. Aussitôt que le quinquina a pénétré dans l'estomac il est sais et désagrégé par le suc gastrique qui suinte de la tunique glan duleuse du viscère. Les particules atténuées sont emportées pa le chyle dans le sang auquel il donne de la force, et dont elles changent peut-être aussi la crase. Par le sang elles arrivent aux glandes corticales du cerveau et pénètrentmême jusque dans la moelle cérébrale ; en raison de leur séjour, elles irritent les glandes, les invitent à se contracter et leur rendent ainsi le ton qu’elles ont perdu, ce qui permet à ces glandes d’expulser la m& tiére morbifique, ou de lui refuser l'entrée. Les particules les plus déliées et sublimées se mêlent au suc nerveux en le pénétrant comme autant de coins qui détruisent les cohésions ou associæ tions hétérogènes dans ce sue.
Pour que le kina ait le temps de produire tous ces effets, ildoït être administré assez longtemps avant le retour du paroxysmes Il importe également de soutenir l'effet du médicament par des" doses assez fortes et fréquemment répétées. Il se peut que lé médicament, en concentrant son action sur les nerfs de l'estomac; et en agissant par sympathie sur les autres nerfs, empêche le re: tour du paroxysme; mais ne vous y fiez pas trop, car cet effet est trop éphémère ; l’autre voie est plus certaine, et Cole daigne même nous apprendre comment on mène sûrement le quinquina en substance de l’estomac au cerveau. C’est en l’alcoolisant ou en l’acis dulant, suivant la méthode de Talbor (1), ou en y mêlant des amers (2): cela lui donne de la rigidité et augmente ses qualités styptiques, car les amers possèdent ces qualités au suprême degré, et c’est pour cela qu’avani la découverte de l’écorce du Pérou on les administrait quelquefois, non sans succès, contre les fièvres intermittentes légères. Commeles maladies chroniques se rattachent presque toutes au genre nerveux, que presque toutes les fibres (4) Voy. plus haut, p. 726, note 4. — En France on écrit Talbot.
(2) Après avoir débarrassé les premières voies avec des vomitifs minéraux ou . végétaux.