W. COLE. — DES SÉCRÉTIONS
“manquent alors de ton, il n’est pas étonnant que dans plusieurs de ces maladies le quinquina réussisse aussi bien que dans les fié- Wresintermittentes (1).
Gole à aussi publié, en 1674, un traité De secretione animali, dans lequel il montre qu’il n’y a pas de fonction dont la connaissance importe plus au médecin, soit pour la conservation de la santé, soit pour le traitement des maladies, soit pour établir la Nérité de liatromécanisme, que la simplicité et la grandeur des procédés employés par la nature. Il s'excuse de n'avoir pas refait : Jlésexpériences physiologiques ou vérifié les observations anatomiques qui font l’étonnement du siècle, parce qu’il n’y aurait Hien pu ajouter ou qu'elles suffisent à son sujet (2), et d’user volontiers de conjectures, car la théorie des sécrétions a été jusqu'alors à peine ébauchée (Préface).
L'ouvrage est très-dialectique : Gole subdivise les sécrétions élsecretiones ad privatum (nutrition de chaque partie), et ad Publicum usum ; les sécrétions qui servent à un usage public Sont smples ou mnélangées ; on appelle aussi les simples perfectves, parce qu’elles servent à l'entretien et à la perfection de lorganisme ; elles sont constituées par le chyle et le suc nerveux (3); les mélangées sont dites excrétives ou dépuratives, attendu qu’elles séparent un fluide qui s'échappe du corps comme excrémentitiel ; les excrétives regardent à leur tour la conservation de l'espèce (sperme, lait), ou celle de l'individu (urine, faeces, elc.). Enfin, parmi les excrélives, il ÿ en a aussi de
(1) On sait, en effet, que le quinquina ou le sulfate de kinine est un puissant modificateur, non-seulement dans les fièvres intermittentes ou rémittentes, mais dansune foule d’autres affections, soit névralgiques, soit inflammatoires (le rhumatisme par exemple), et dans plusicurs dyscrasies, ou maladies chroniques,
(2) Cependant, il dit au chap. v, qu'il ale premier deviné d'abord, puis reconnu dlinspection, la nature glanduleuse de la surface interne de l'intestin grêle et du duodénum. Peyer et Brunner ont en effet écrit après la publication du traité de Cole. — On peut dire seulement que leurs recherches ont bien plus de précision que celles de l’auteur anglais (voy. plus haut, p. 69).
(3) Pour la défense duquel il soutient, dans le chap. ur, une discussion spéciale contre les téméraires auteurs qui en niaient l'existence, ou du moins qui la met- {aient en doute.
DAREMRERG. 55
866 TATROMÉCANISME: — ÉCOLE ANGLAISE.
réductives, comme est la bile, parce qu’elles sont en partie utiles, en partie excrémentitielles. Elles agissent comme ferments par leur partie utile. Cela n’est pas bien nouveau; on trouve à peu près les mêmes divisions à propos des glandes dans Wharton (lb)! Notre auteur admet aussi des sécrétions contre nature : la mas tière de l'hydropisie ; le pus (chap. n).
À lire attentivement le cinquième chapitre, on voit que las: crétion n’est pour Cole, à peu près comme pour Willis (2) qu'une fermentation (3) qui exige dans la masse du chyle ou du sang certaines conditions particulières, et, dans les canaux excréteus (partie mécanique de Ja doctrine), des conditions correspondantes (grandeuret figure des pores). Lasécrétion réclame un mouvement etunmouvement plus accéléré dans le fluide à sécréter, un volume etuneformespéciales, une mesure dansle degré de l’effervescence, pour que les fluides ne deviennent pastrop subtils et ne s'exorè: tent pas avant le moment et par d’autres lieux que ceux qui son! fixés par la nature. Les sécrétions simples ou perfectives s’opérent par simple percolation où filtrage (chap. vi et va); quant aux sécrétions mixtes et mélangées, elles exigent particulièrement l'intervention d’un ferment (chap. vni.—Voy. encore chap. IX), il les appelle aussi des secretiones praecipitatoriae (chap. XV):
Les Tentamina medico-physica, de Keïll (4), sont (1673-1719)
(4) Voy. plus haut, p. 641 et note 2.
(2) Descartes est tenu aussi en grand honneur par Cole. (3) Gette fermentation est produite, soit par l'air lui-même qui existe dans le
sang, soit par les principes nitreux, acides, ete., qui s’y trouvent; sans oublier l'in fluenice des sues nerveux qui abondent dans les glandes, en raison de la multitude des ramuscules nerveux distribués à profusion dans ces glandes par l'imagination des iatromécaniciens (voy. chap. IX, %, x1); ces sucs agissent surtout par l'agitation qu'ils donnent au sang (chap. xn1).
(4) Je doune en entier le titre du volume, car ce titre en indique exactement le contenu ct nous montre l'importance des sujets traités: Jac. Keillii Tentamina medico-physica quinque : de sanguinis quantitate ; de velocitate sanguinis; den cordis ad sanguine per tofum corpus propellendum ; de secretione anÿmali ; de motu musculari. Quibus accedit medicina statica britannica, complectens tabulas perspis rationem excretionemque per singulos menses exhibentes ; observationes unius anni continui ad singulos menses ; observationes variorum annorum ; aphorismos sta= ticos ; disquisitiones duas de frigoris suscepti causa ; de corporis animati vi attras
KEILI, — PHYSIOLOGIE. 867
généralement considérés comme marquant une ère nouvelle dans physiologie iatromécanique. Keill passe pour un esprit critique, sévère, judicieux. Sans doute il tâche d'échapper aux idées avenlüreuses, mais 1l est loin d’y réussir toujours. Par exemple, s’il ramène à quelques onces, huit à douze (1), la force du cœur que Borelli estimait à 135 000 livres, il tombe aussitôt (2) dans une éxagération non moins grande ; il évalue le poids du sang, chez un homme qui pèse 160 livres, à au moins 100 livres; il compte la partie solide des os pour 10 livres, la graisse pour 17; le reste des 60 livres appartient sans doute aux viscères ou du moins à quelques-uns et peut-être aussi aux fibres pleines. Il est vrai, abord, que sous le nom de sang, Keiïll comprend toutes les humeurs contenues dans des canaux et dépendant plus ou moins directement du cœur, et ensuite qu’il résulte pour lui des décou- Vertes anatomiques de son temps, que le corps, sans excepterles os, So compose uniquement de vaisseaux. Cependant, même avec celte manière de voir, l'évaluation n’en demeurerait pas moins de beaucoup au-dessus de la vérité, car il semble que la masse du contenant l’emporterait encore sur la masse du contenu. Avant Keïll, lui-même le remarque, on admettait assez généralement dans le corps humain une moyenne de 25 livres; aujourd’hui on compte environ 16 livres dans un corps du poids total de 130 livres, proportion qui reste à peu près la même chez les divers animaux. Keill se fonde, pour ses évaluations, sur des observations fibuleuses d’hémorrhagies, sur des calculs & priori, et sur des raisonnements que ne confirme aucune expérience, enfin sur des rapports imaginaires de volume et de poids entre les fibres proprement dites et les vaisseaux qu’on croyait composés à leur tour.
fente. — La première édition a été imprimée à Londres, en 1718. Celle que je possède est de Leyde, 1730, in-4°, Elle est plus complète, Keill a encore publié une Anatomie, en 14698, qui, d'après Haller, car je n'ai pas vu le livre, est un bon résumé : et un traité Sur les sécrétions (An account of animal secretions, etc. : 1708). La doctrine en est, d’après Haller, résumée dans les Tentamina.
(1) Tentamen XIL. —C'est à peu près, mais un peu au-dessous, l'évaluation moderne. Le ventricule gauche, à chaque pulsation, chez un adulte, pesant 70 kilogr., effectue un travail qui équivaut à un poids d’environ 400 grammes.
(2) Voy. Tentamen 1.
868 IATROMÉCANISME. -—— ÉCOLE ANGLAISE.
d’un entrelacement d’autres petits vaisseaux, ce qu’il ne faut paÿ confondre avec nos vasa vasorum. 4
Faute d'instruments et d'expériences directes, Keill (1) donné également de fausses notions eur la vitesse du sang : dans l'aorte” le sang parcourt un chemin équivalent à 5,233 pieds en une” heure et sept minutes, tandis que dans les aus petits vaisseaux la route ne dépasse pas, dans le même temps, un pied (2). Keilh tire même de là des conséquences qui ne sont pas contenues
(4) Tentamen 11.
(2) Voy:, sur les évaluations modernes, Marey, PAystologie de la circulationsdt
sang, P- 452 suiv. — Bryan Robinson dans sa Dissertation sur la quantiténde la transpiration et des autres excrétions du corps, trad. Lfavirotte], Paris, 4749, Ja suite du Pharmacien moderne, par Langrish, s’en référant à son traité de I! Éco= nomie animale et à de nouvelles expériences, émet cette proposition vraie, peut-être, s'il s'agit de canaux artificiels, mais qui serait à vérifier pour les vaisseaux : CSi une personne en santé est dans une situation donnée vespectivement à l'horizon, vitesse avec laquelle le sang coule du ventricule gauche dans laorte, est en raisoil sous-doublée du diamètre de l’aorte; et si son corps est parfaitement bien propors tionné, et que son cœur soit libre des influences qui pourraient le troubler,là vitesse avec laquelle le sang coule du cœur dans l'aorte cst en raison sous-qua druplée de la longueur du torps... En sorte que le sang coule du cœur dans l'aorte des personnes bien proportionnées, qui ont 72 pouces de haut, et dont le cœur n'est pas troublé, avec une vitesse qui lui ferait parcourir 15,48 pouces dans une minute Une table permet d'établir des proportions pour toutes les tailles. — Dans ce même traité, Robinson fait voir que la transpiration, en Angleterre, en [rlande, dans la Caroline méridionale, est beaucoup plus grande le jour que la nuit, tandis que, d'après Sanctorius, c'est le contraire en Italie. C’est donc une grande erreur dt prendre pour absolument vrai cet aphorisme de Sanctorius et d’autres de même nature. Cependant on lui a de grandes obligations pour avoir ouvert la voie, = Robinson pense que l'excès d'acide de Pair distend les globules du saug veineux dans les fièvres inflammatoires (d’où la teinte noire ou noirâtre, comme dans la putréfaction), tandis qu'il les resserre dans l’état de santé, d’où la couleur rutilante, ou violet-indigo du second ordre. Dans la proposition 24 de l'Économie animale, ile est dit que l'acide de l'air, par son mélange avec le sang dans les poumons, conserves la vie en dissolvant, en atténuant le sang et en lui conservant sa chaleur. — De nombreuses expériences faites par l’auteur sur. lui-même, sur d’autres personnes, et sur des animaux. relativement à la proportion .des aliments solides et liquides avoe la transpiration normale, les urines et les selles, sont résumées en une suite de tableaux statistiques. On trouve aussi des recherches sur le poids proportionnel du cœur et du foie avec le corps chez divers animaux. Voy. p. 881, où il est encore question de Robinson. .
KEILL. — PHYSIOLOGIE. 869
frés-légitimement dans les prémisses ; surtout il cherche à les justifier par des raisonnements inacceptables (1).
Keill (2) admet, avec Borelli et Guglielmini, que les muscles Sont composés de fibres et de fibrilles, que les fibrilles sont con- Slituées par des vésicules enchaînées les unes aux autres, et dont Je gonflement, volontaire ou involontaire, par le sang et le suc nerveux, donne lieu à la contraction et aux mouvements. Voilà, dit-il, qui est certain ; ce qui l’est moins, c’est la manière dont se produit ce gonflement (énflatio). Par une suite de raisonnements, fondés en partie sur les causes finales, Keiïll décide qu’il faut ajouter des globules d'air au sang et au fluide nerveux, globüles soigneusement enfermés dans une membranule d’où ils ne peuvent pas s'évader. Get air est fourni par le sang qui en contient beaucoup, comme le démontre la machine pneumatique (8).
est en vertu d’une attraction particulière que ces globules s’in- Snuent dans les vésicules. À lire attentivement cette partie du cinquième Tentamen, il n’est guère possible de douter que lauteur a pris pour des globules aériens, soit certains globules saneuins (peut-être les blancs), soit le point lumineux des globules rouges, qu'il a vus au microscope dans les capillaires (4).
(1) « Pour renouveler entièrement la quantité et la nature du Sang, il faut user souvent et pendant longtemps des médicaments, la marche du sang étant d'autant plus lente qu’il atteint un point plus éloigné de quelque grande artère ; puis, dans Jes parties extrêmes, le sang ne peut se mêler que tardivement avec les médicaments. Comme le cours du sang à travers les glandes qui reçoivent les artères issues immédiatement d’un tronc volumineux, est beaucoup plus accéléré et plus rapide, il se peut qu'une grande partie des médicaments soit évacuée en peu de temps; ce nest donc pas tant la grande quantité de médicaments que leur usage répété qui renouvellera la nature du sang. Il ressort aussi de là que lorsqu'on croit expédient de modifier le sang à l’aide des eaux minérales, on doit en boire fréquemment Gtnon beaucoup à la fois; si en effet ces eaux sont räpidement expulsées par les évacuations, on n’atteint pas le but qu’on se propose. Quand on les ingurgile dans un petit espace de temps, elles ne se mêlent qu'avec une faible partie du sang, alors l'économie animale en est nécessairement troublée. »
(2) Tentamen N.
(3) Le sang, à l’état normal, ne contient pas d'air en nature, mais des gaz (oxygène, azote, acide carbonique) qui existent dans ce liquide soit à l'état de complète dissolution, soit sous celui de simple combinaison.
(4) «Les particules dusang s'aitirent mutuellementavec une grande force ; et les
870 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE,
Mais jusqu'ici, direz-vous, Messieurs, on ne voit pas que soient. justifiés les éloges donnés à Keill, ni en quoi il se distingue dé autres jatromécaniciens. D'abord Keill, dans la Séatica britde nica (1), à réformé Sanctorius en plus d’un point eta étendu, par des observations bien faites, le domaine de la statique : il montre l'importance qu’il y a à entretenir les fonctions de la peau, et les heureux résultats qu’on obtient en agissant sur cette membrane, surtout pour les maladies chroniques ; à ce propos il vante, n0M sans raison, plusieurs des pratiques usitées par les médecins mé thodiques (2). Keïll a trouvé presque la vérité pour la force du cœur; enfin il a introduit dans la physiologie l’idée newtoniennes de l'attraction pour expliquer les sécrétions ; il prépare de loin les voies aux Stevenson, aux Nicolas et Bryan Robinson, à Clifton Wintringham, dont les uns font intervenir, soit un éther, soit l'électricité, et dont les autres commencent à avoir quelque soupçon des propriétés spéciales de la matière or qu nisée, en même temps qu’ils substituent (Stevenson) des explica tions chimiques aux explications mécaniques pour la production de la chaleur animale.
globules sont formés par cette attraction des particules du sang. Lorsque, pour mon agrément, j'ai examiné au microscope le cours du sang, j'ai plusieurs fois observé que le globule sanguin comprimé dans les passages les plus étroits des vaisseaux prenait la forme sphéroïde; puis qu'après sa sortie de ces passages, porté dans uns lieu moins étroit, il reprenait, par suite de son élasticité innée, sa première forme sphérique. fl me paraît très-vraisemblablé que ces modifications, dans la forme, sont dues à un globule aérien, revêtu d’une légère membrane sanguine (p. 100). »
(1) D’après des principes que semble Ini avoir en païtie empruntés Robinson. — Voy. plus haut, p. 862, note 2.
(2) On lit à ce propos, dans Désquisitio de vi attrahente, p. 198: « La commu nauté du lit intéresse fortement la santé: il y a en effet une grande attraction entre des corps nus couchés sous les mêmes couvertures et placés l’un à côté de l’autre: ils se réchauffent mutuellement et sont enveloppés comme d’un nuage du soufile chaud de la perspiration. La plus grande partie de la vie se passant ainsi, rien d'étonnant que des corps unis parle mariage se communiquent mutuellement leurs qualités. Dans cette union, le pruritus se propage ; la matière qui s'échappe d’un corps souillé, affecte de la maladie vénérienne celui qui est sain (il faut plus que le coucher côte à côte. — Bocrhaave, Apa. 1440, croit aussi aux effluves vénériens). Dans cette union, enfin, l’ardente jeunesse réchauffe la vieillesse, et l’on voit languir et s’étioler la jeune fille aux chairs succulentes, rapprochée d'un vieil= lard desséché. » Mais pourquoi deux effets si différents dans deux cas semblables ?
KEILL. — PHYSIOLOGIE. s 871
Cest dans le quatrième Tentamen que se {rouve l'exposé de la doctrine de Keill sur les sécrétions.
Lesang est un fluide saturé de divers corpuscules, dont les is sallirent mutuellement, tandis que d’autres attirent les par- Vicules du sang et y adhèrent, c'est par ceile attraction que le Sig est susceptible de coagulalion; que le sérum surnage, et que la quantité de sérum répond à la force de l'attraction ; bien plus les corpuscules du sérum s'unissent mutuellement, si quelque partie de l’humide est chassée par la chaleur; enfin Pet l'union diverse des corpuscules qui forme les difféfents liquides aptes à la sécrétion par les glandes. Tout se passe done ici en vertu des lois qui président à la cohésion des particules matérielles (p. 50).
Après avoir rappelé les lois générales de l'attraction, Keill en fitune application spéciale à la sécrétion du sperme et de la bile, liquides trés-consistants (tenacissima), et qui sont tamisés (percolantur) au voisinage (?) du cœur, là où la force d'adhésion agit le plus puissamment.
« La bile devant se mêler au chyle qui va de l'estomac au duodénum, aucun lieu n’élait plus favorable pour la séparation de lbile d'avec le sang que celui où est placé Île foie (1). Mais si 1 foie avait reçu tout son sang directement des rameaux de l’arère cœliaque, les particules dont se compose la bile, tendant aveclenteur l'une versl’autre en raison du mouvement effervescent Intestin, ne se seraient jamais rencontrées ; c'eût été inutilement que la nature aurait placé ici le foie. S'écartant donc de la méfhode admise qui envoie le sang par les artères à toutes les parfes du corps, elle a imaginé la veine porte; cette veine ne vient (2) pas de la veine cave, comme toutes les autres, mais elle
Sort de toute la longueur des intestins, de l'épiploon, de l'estomac,
de la rate et du pancréas, afin de conduire au foie le sang apporté à ces parties par les artères cœliaques et mésentériques. Par cet artifice, le sang, conduit par un long détour, s’avance
(1) Keïll est assez partisan des causes finales ; on en trouve plus d'une preuve dans ses écrits. Cette considération est en général étrangère aux iatromathématiciens. (2) Keill oublie que les veines ne viennent pas de la veine cave, mais s’y rendent
de proche en proche.
872 JATROMÉCANISMNE. — ÉCOLE ANGLAISE.
lentement afin de donner aux particules dont l'union (opérée par la force de lattraction) doit engendrer la bile, le temps de
S'incorporer. C’est à cet office que la nature a destiné la veine
porte, dont les auteurs qui ont traité de l’économie animdk
n’ont tenu presque aucun compte, quoiqu’elle soit la plus remars
quable entre toutes (1) » (p. 63-64).
Cet exemple montre que, siKeill a mis en avant une idée now velle, l'attraction, il n’en a pas tiré un grand profit. Voici c@ qu'il pense de la sécrétion des esprits animaux : ces esprits lui semblent rentrer dans la calégorie de ces humeurs qui sont formées des plus petites particules du sang, puisqu'elles sont filtrées par les plus petites glandes.
L'économie animale tire un grand avantage de la distance con: sidérable qui sépare le cerveau du cœur. Autrement les parti cules du sang agitées par le poumon auraient pu obstruer les petits canaux des nerfs et pénétrer dans les glandes d’où sont sécré tés les esprits animaux. Il en résulterait infailliblement l’apoplexie, la paralysie et le léthargus.
Keiïll, ne voulant pas s'arrêter en si beau chemin, tâche d’ap pliquer sa théorie des sécrétions à la pathogénie. Le corps animé, dit-il (p. 87 et suiv.), est une machine dont les mouvements et les divers offices naissent, sont mis en action et sont régis par les sucs que le sang dans son circuit rejelte par ses pro: pres émonctoires. Sans ces SuCS, pas de coction des aliments, par conséquent pas d'entretien du sang ; le sang ne reçoit point l'impulsion du cœur, ne réagit pas surle cœur; point d’inspiration ni d'expiration de l'air vital, de perception dans les organes des sens; point de mouvement ou d’agilité dans les membres. Puisque les fluides qui sont régulièrement tirés du sang donnent au Corps animal la vie et la santé, Pourquoi une mauvaise sécré-
(1) Keill rappelle ici que le volume des branches artérielles d’un tronc surpasse le volume du tronc lui-même, et sur cela, il fonde toutes sortes de calculs relati vement à la proportionnalité des troncs et des rameaux des vaisseaux entéro-mésens tériques, pour en déduire le mode de sécrétion de la bile et des autres liquides,
suivant qu'ils réclament une plus où moins grande rapidité du sang, un plus ou moins grand éloignement du cœur.
KEILL, — PATHOLOGIE 875
“lionndes humeurs ne pourrait-elle pas causer des maladies ? Mais “quelque sécrétion dépasse la mesure normale ou s’écarle des \oiesnalurelles, il en résulie la diarrhée, des sueurs excessives, le (ibèle; que de tourments surgissent, quelle langueur atteint le Qorps et même l'âme! L’ictère, la suppression de l'urine et des henstrues montrent qu'il n’y a pas moins de péril lorsque les sétrétions pèchent par défaut; des maux aussi grands résultent (uchangement dans les qualités des sucs; tels sont la colique, Pirdeur d'urine, les ulcérations des intestins, des reins, de la Wéssie, et de la bouche elle-même par la vertu corrosive de la = salive.
Keill cherche particulièrement à faire jaillir quelque lamière Sir la nature inconnue du diabète, sur ses symplômes et ses causes, afin de déterminer la véritable méthode de traitement. Lessymplômes qui précèdent le diabète sont des douleurs légères, Vigues, et des soubresauts des tendons, que suit bientôt une dHbondante émission d'urine, d’une saveur ‘douce comme du
Miel, glutineuse au toucher et de couleur pâle; puis viennent la soif, l'accélération du pouls, la langueur des esprits et une grande faiblesse; le tout croit et décroit selon la mesure de Pécoulement. La cause de cette maladie est évidemment quelquefois l'absorption quotidienne et en trop grande quantité d’une liqueur généreuse ; et plus cette boisson approche de la nature des esprits, plus elle est nuisible, en pénétrant le sérum d’un liquide spiritueux. Si cette cause n’est pas la seule, elle sert du moins à expliquer toutes les autres.
Les sels du sanget de l'urine ne se liquéfient pas dans l'esprit Vineux ; en d’autres termes, les particules quicomposent ces sels Sathirent elles-mêmes plus fortement qu’elles n’attirent les particules de ce fluide; chaque jour donc la quantité des sels retenus augmente en coulant abondamment dans les vaisseaux capillaires, enirritant les fibres de ces vaisseaux, d’où les douleurs et les ressaillements dans les parties charnues et les tendons. Dès que lesérum du sang, entouré de globules sanguins, se trouve saturé, les sels, entrant en contact avec les globules, les tirent de tous côtés, lesdissolvent et divisent l’ensemble du sang. La partie rouge du sang, liquéfiée dans le sérum, et poussée à travers les
874 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ANGLAISE.
glandes des reins, donne à l'urine une douceur pareille à celle que le vinaigre reçoit de la litharge, en s’incorporant aux sels é] en changeant leurs figures et leurs propriétés.
N’êtes-vous pas en effet, Messieurs, éblouis par ces raisons qui s "échappent de la théorie des sécrétions. ,
Voici qui est plus raisonnable : « Une évacuation excessive die minue les autres sécrétions; ainsi, une abondante émissions d'urine devra produire la suppression de 14 salive et du fluide” dérivé par les nerfs; c’est pour cela que ceux qui souffrent du. diabète, sont, suivant la quantité d’urine excrétée, ju lan, sussent, et qu’ils perdent leurs forces. »
Mais bientôt la théorie reprend ses droits; c’est en vertu de cêlte théorie que l'indication thérapeutique consiste essentielles ment à obtenir la séparation (disjunctio) des sels et du coagus ‘lum sanguin; or, pour remplir cette indication, il n’y a vien dé mieux qu’une large absorption d’eau dont la quantité égale celles de lurine évacuée! De toutes les eaux celle qui sort du icrrain calcaire est préférable aux autres ; la chimie, en effet, démontre la faculté qu’elle possède d'attirer les sels urineux, Telle paraît être l’eau de la fontaine de Bristol.
C’est par cette méthode que Keill prétend avoir arraché àa mort un malade qui rendait par jour six conges d’urine.
Quelques noms (1) terminent la liste des médecins anglais de
(1) Cockburn passe, aux yeux de quelques auteurs, pour un iatromathémaliciens Après avoir lu son Oeconomia corporis animalis (ou physiologie du corps humain}, Lond., 4695, je pense avec Haller que cet ouvrage n’appartient à aucune sectes Cockburn est un homme éloigné de toute exagération, acceptant les opinions quil tient pour les mieux prouvées ou les plus probables, aussi bien les chimiques que les anatomiques, comme il dit. Pitcairne l’accuse de plagiat, mais je vois plutôt que Cockburn aréfuté la théorie de Pitcairne sur la trituration desaliments dans l’estomac, Cependant il dit que les particules subtiles de la bile pénètrent dans le chyle, « comme autant de coins, pour le rendre plus fluide. — Le sang n’est le siége d'au cune fermentation; c’est lui, considéré dans sa masse, qui nourrit le corps; Gockbum ie veut pas que, pour cette opération, on sépare le sang rouge comme inutile, etla lymphe plastique comme matière essentielle de la nutrition. — Le sang se meut pal
impulsion, et la chaleur lui est communiquée par le mouvement. — Le fœtus ne respire pas, etc. — Le même Cockburn à publié un livre intitulé The nature ani