BOERHAAVE
utela première partie du xVHF siècle : Boërhaave (1668-1738),
ffmann (1640-1742), Stahl (1660-1734). Les premiers travaux
“de Boerhaave (à l'exception de sa Thèse, d’un discours sur Épi- Mure et d’une Disputatio de distinctione mentis a corpore, 1690)
appartiennent au commencement du xvin siècle; Sa théorie est Vécho d’un iatromécanisme (1) mêlé d’hippocratisme et de chi- Mniarie (2) à peu près comme celui de Baglivi. Quant à Hoffmann, son système est tout au moins un solidisme très-franc, greffé sur liatromécanisme, et très- manifestement opposé à une doctrine qui, véritable métempsychose de V Archéisme, se produisait pour la première fois avec éclat en Allemagne dans les écrits de son rival, Stahl. Nous ne pouvons donc pas achever Yhistoire de Miitromécanisme sans nous OCCUper de Boerhaave et d'Hoff-
. maun.
“Je nai pas besoin de vous rappeler, Messieurs, de quels honmeurs, de quels hommages, de quel respect Boerhaave a été mcniouré durant Sa vie (3); vous savez {ous que l'affluence des éludiants était telle à Leyde, qu’on fut obligé d’abattre les rem-
ML) J'ai rappelé plus haut (p. 850), que Pitcairne, pendant son séjour à Leyde, dvait été un des maîtres de Boerhaave. :
(2) Boérhaave a publié, en 1701, son Oratio de commendando studio Rippocratico; en 4701, une autre Oratio de usu ratiocini mechanict in medicina ; enfin, pour ichever le dessin de sa doctrine, un troisième discours en 1718 : De chemia suos érores empurgante. — Sa Thèse (4693) a pour titre : De utilitate inspiciendorum in aggris encrementorum ut signorum (urines, faeces, crachats).
(3) L'OUratio in memoriam Boerhaavii de Schultens, 4739, 4°, est fatigante par unenthousiasme convulsifethaletant. Cette Oratio commence, se continue etfinit par des points d'exclamation. La Vie que de la Mettrie a jointe à sa traduction des Fastitutions de médecine est beaucoup plus calme et plus instructive. — Quelle réserve “dansles paroles, mais quelle admiration, quelle reconnaissance bien senties éclatent à chaque ligne de la brève appréciation de Haller! On ex peut dire autant de l’Éloge d prononcé par Fontenelle. — Parmi les autres biographies, je signalerai. celles de
Burton, Londres, 1743, 8°; de Ebert, Iéna, 1843. — On sait que le célèbre pro- “fesseur de Leyde avait été destiné au ministère évangélique, et qu'entre autres rai- Sons (une accusation de spinosisme) qui l'ont décidé à embrasser la carrière médi-
cale, on doit probablement compter la guérison qu'il avait opérée sur lui-même d'un ulcère à la jambe. — De mème Van Helmont (voy. plus haut, p. 469), fier de s'être guéri de la gale, en dépit de tous les Galénistes, s'était fait aussitôt étudiant
en médecine, :
890 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE HOLLANDAISE.
parts de la ville pour y bâtir des maisons ; vous avez également lu que des extrémités du monde on écrivait à M. Boerhaaell Europe; enfin vous n’ignorez pas les prodigieux éloges qu'on faits de cet homme illustre après sa mort. A Dieu ne plaise queje veuille ici troubler ses mânes, ni donner une fausse note dans ce concert de louanges dont le bruit arrive jusqu’à nos oreilles Cependant je ne puis pas, je l'avoue en toute franchise, mer pliquer cet enthousiasme universel par les écrits de Boerhaave, même par ses deux ouvrages réputés classiques : les Anstife ‘tions de médecine (premiére édition 4708), et les Aphorisn@ (première édition 1709). Il faut que la renommée sans égale de Boerhaave lui soit venue de la noblesse de son caractéré, de la simplicité de ses mœurs, de son désintéressement, de ses vertus, du vif sentiment de ses devoirs, de son immense és dition, de l'élégance, de la lucidité de son enseignement, "él sans doute aussi des succès de sa pratique, quoi qu’en aienttli * d'injustes critiques appartenant à l’école de Bordeu. Dans les Aphorismes et dans les Institutions il n'y a ni profondeur, ni rien qui dépasse la mesure ordinaire de l'esprit humains ni la forme n’est nouvelle (1), ni la doctrine n’est sublimewet, inouïe ; il me semble même que le commentaire du disciple Van :Swieten vaut beaucoup mieux que le texte du maître. A lire Van Swieten on se sent plus instruit, plus praticien qu'après avoir lu Boerhaave. Les cinq premières sections des Aphorismes d'Hippocrate ont bien plus de grandeur, attestent une réflexion “plus pénétrante et un esprit plus élevé. Galien, si l’on en exceple les explications exégétiques et les renseignements historiques, à l'inverse de Van Swieten, a plutôt affaibli l'effet des Aphorismes qu’il n’en a augmenté l'éclat. : | Je ne voudrais pas rester dans le schisme sans tranquilliser ma Conscience en vous entraînant à ma suite, Lisons donc ensemble quelquès pages des Institutions et des Aphorismes, les deux ouvrages les plus renommés de Boerhaave.
Les Institutiones embrassent la physiologie générale et spé
(1) Ce qui a surtout contribué à l'immense popularité de ces deux ouyrages, c’est l’enchaînement rigoureux et la clarté des propositions aphoristiques.
BOERHAAVE. — PHYSIOLOGIÉ. 891
diale, avec les notions d'anatomie nécessaires pour comprendre mécanisme des fonctions (1); la pathologie, la sémiotique, l’hygiène, la thérapeutique générales. Get ouvrage s'ouvre par une équisse de l’histoire de la médecine ; et quand ilarrive à Harvey, Poërhaave s’écrie : « Désormais la médecine peut être cultivée en dehors de toute secte, car elle est dirigée maintenant par des mlicouvertes certaines faites dans l'anatomie, la botanique, la chimie, la physique, la mécanique et par les faits de la pratique (prop. 19). » Certes on ne saurait contester ni le nombre ni la grandeur de ces découvertes au temps de Boerhaave; mais, omme on l’a vu, l'usage qu’en ont fait les médecins, sans éxcepter Boerhaave lui-même, prouve bien que les plus belles inventions en anatomie, en physiologie et même en mécanique, neservent pas beaucoup à l’avancement de la médecine, quand une clinique sérieuse ne vient pas en aide, et quand, loin de rester dans la voie de l’observation et de l’expérience, on met précisément à profit ces inventions, soit pour appuyer des hypothèses déjà anciennes, soit pour en former de nouvelles sur la physiologie ou la pathologie. Il semble en vérité que les grands ! anatomistes et les grands physiologistes du xvir siècle, ainsi que | les promoteurs du progrès des sciences positives, n’ont pas eu | d'autre office que de permettre aux médecins de se livrer à tous | Jés écarts de leur imagination. Gela tient certainement à ce que les médecins, depuis longtemps habitués à raisonner et non pas dobserver, acceptaient, souvent sans les comprendre, et toujours sans les vérifier, les résultats de recherches qui devaient leur ouvrir les yeux et leur révéler la vraie méthode.
Boerhaave insiste avec juste raison sur la distinction du moral el du physique, tout en montrant l’étroite union et les mutuelles sympathies du corps et de l'âme; mais il ne veut pas qu'en médecine on se mette en quête ni des dernières causes ni des premiers principes ; il faut s’en tenir à l'expérience. Puis,
(4) Les descriptions anatomiques sont tirées à peu près exclusivement des auteurs classiques du temps. — Boerhaave avait assisté aux cours de Nuck ; il avait fait aussi quelques dissections, mais il avait appris l'anatomie surtout dans les livres. — Les Tistitutiones sont une nouvelle preuve dé l'impuissance de la meilleure anatomie
pour réformer la physiologie, quand les observations et les expériences n’interviennent pas directement.
892 IATROMÉCANISME, — ÉCOLE HOLLANDAISE.
dès le début de la physiologie, il nous montre dans le corps hu - main tout un assemblage de pièces mécaniques (1), au milieu desquelles l'âme ne trouve pas grande place.
« Les solides (2) sont ou des vaisseaux qui contiennent Jos hu: meurs, ou des instruments tellement construits, figurés et liés entre eux, qu’il se peut faire, par leur fabrique particulière, cértains mouvements déterminés, s’il survient une cause mou*
vante. On trouve en effet dans le corps des appuis, des colonnes, | des poutres, des bastions, des téguments, des coins, des leviers, des aides de levier, des poulies, des cordes, des pressoirs, des souflets, des cribles, des filtres, des canaux, des auges, des réservoirs. La faculté d'exécuter ces mouvements par le moyen de ces instruments s'appelle fonction; ce n’est que par des lois mécaniques que ces fonctions se font, et ce n’est que par ces lois qu’on peut les expliquer. — Les parties fluides sont contenues dans les solides, mues, déterminées dans leur mouvement, mêlées, séparées, changées. Elles meuvent les vaisseaux avec les instruments qui sont liés avec eux; usent, changent leurs parois, et réparent les pertes qu’elles y ont causées. Ces actions se font selon les lois hydrostatiques, hydrauliques et mécaniques. On doit donc les expliquer conformément à ces lois, quand on est venu à bout de connaître auparavant la nature de chaque hu meur en particulier, et les actions qui en dépendent uniquement, autant qu’on peut les découvrir par toutes sortes d'expériences,» (Apb. 40 et 41.)
Plusieurs forces concourent à la digestion (Aph. 58 et suiv.): d'abord une opération préliminaire, la mastication; puis les forces chimiques : salive et sucs gastriques qui + 7, un commencement de fermentation ou de putréfaction; les. forces mécaniques, c'est-à-dire la compression opérée sur les aliments par la vigoureuse contraction des tuniques très-résistantes de l'estomac; ces forces sont mises certainement au premier rang par Boerhaave, surtout chez certains animaux et chez l’homme, principalement en ce qui concerne les aliments solides, dont il
(1) Ce passage semble imité de Baglivi. — Voy. plus baut, p. 786, (2) J'emprunte la traduction donnée par de la Mettrie, Paris, 4740, 2 vol. in-42, pour les citations un peu longues.