STAHL. — LIBERTÉ DE PENSER
eux qui se distinguent par un plus grand mérite. Nous avons ne preuve bien saillante de ce fait dans certains écrits publiés depuis deux siècles et ayant tous pour titre : Défense de la vérité Migieuse. En effet, tandis que les uns préféraient demeurer dans une croyance calme, modeste et sans bruit, persuadés que lsvérités religieuses sont trop claires d’elles-mêmes pour avoir bésoin d'appeler l’éloquence à leur secours, les autres, entraînés Jaune opinion contraire, ne cessaient de publier à ce sujet des ouvrages fastidieux et de se livrer à des explications qu'on avait cent fois répétées.
M Ceux qui ne peuvent souffrir aucune défense ni aucune cen: Sire en pareille matière, profitent de ces circonstances pour inspirer des doutes aux personnes peu instruites, mais justes et Sins prévention, en leur disant que la cause religieuse 4 sans Gésse besoin des appuis de l’éloquence. Ils s’efforcent en même femps d'agir auprès des personnes plus expérimentées, en discréitant la science et les mœurs de ceux qui prennent intempestiveent la plume en sa faveur. C’est pourquoi, puisqu'on ne peut pis ou qu'on ne veut pas réprimer certains écrivains, il me femble que l’on ne saurait, sans violer l'égalité du droit et fouler aux pieds la justice, persécuter et tourmenter ceux qui se Mrouvent dans la même catégorie, en invoquant contre eux tantôt l'autorité des lois, tantôt celle des mœurs.
mn Je laisse donc chacun libre d'examiner mürement la quesdon, et de juger s’il est réellement équitable de supprimer et déréprimer indifféremment tout ce qui n’a point un caractère “ubversif au point de vue de la morale publique et des lois riales, et ce qui ne s’élève pas directement et ostensiblement “Conire la bonne police des cités. Il serait plus sage et plus raionnable, en pareil cas, que l’on priten sérieuse considération (si outefois il est permis d'espérer une saine appréciation) les meilleurs ouvrages, el que ceux qui sont le plus convenablement écrits fussent mis au jour, soutenus et propagés par les soins de l’aulorité, qui userait de tous les moyens possibles pour assurer leur succès, afin de faire tomber dans un juste discrédit les productions ridicules et sans but louable. Mais il nous semble d posteriori, el d'après l'expérience, que ce projet ne saurait
avoir un résultat satisfaisant, vu que nos espérances seraill évidemment déçues, et que & priori ce serait là aussi un défectueux et inique, attendu qu’il serait peu raisonnable injuste mème d’espérer ou de mendier, pour le triomphe de vérité, des secours intempestifs et étrangers. Mais c’est là soin dont se charge la Providence, qui ne manque jamais d'agit dans ce sens, au moment opportun, pour réaliser le triom de la vérité ; il lui suffit de fournir un petit nombre d’exempl en suscitant, quand l’heure décisive a sonné, quelques hommes servent d'instruments à son œuvre et qui aient assez de forceel de volonté pour se dévouer tout entiers à la lutte. Il résulte là qu’il est très-convenable de consentir de bonne grâce, com lon y est contraint par la nécessité, à abandonner äleur heureuse destinée l’appréciation et le sort ultérieur des bonnes choses qui ne manqueront pas bien certainement, en leur temps, de cou ronner d’une auréole de lumière ce qui est vraë, ce qui est du réalité positive, ce qui, à cause de son utilité, a déjà été consacré par des éloges mérités. »
“Souvamr, — Morgagni et l'anatomie pathologique, — Haller et la théorie de l'irrihabilité. — Bichat et les propriétés des tissus. — Gaubius et les applications “le la doctrine de l'irritabilité à la pathologie,
MEssIEURs,
“Quand on suit avec attention la marche de la médecine au An et au xvrnr° siècle, on est péniblement frappé de voir quels obstacles la routine, les préjugés et surtout l'esprit de système Mopposent ici par la force d'inertie, là par une véritable violence, “établissement des bons principes, au triomphe des bonnes méthodes. La physiologie n’a pas plutôt fait une conquête qu’on kourne en ridicule pour la précipiter dans l'oubli, ou qu’on lattaque avec passion, ou qu’on s’en sert de travers pour y rapporler toute la pathologie, sans s'inquiéter si d’autres découvertes ne contredisent pas les conclusions qu’on se hâte de tirer, “ans songer que si un point est éclairci, beaucoup d’autres restent dans l'obscurité. Hier c’élait la chimie qui voulait tout &pliquer, aujourd’hui c’est la mécanique ou l'animisme, demain tesera l’érritabilité, un autre jour la stimulation , enfin en derhierlieu l’érrifation; et toujours ainsi. Il faut arriver jusqu’à notre époque pour entrevoir la domination de la pure et solide méthode expérimentale, qui, toujours en quête, ne se presse pas deformuler des lois, mais se contente de rapporter d’abord les faits pour en tirer plus tard des principes. Remarquons aussi que le rôle des nationalités est changé : tandis qu’autrefois la Îrance se faisait remarquer par une véritable torpeur, secouée detemps à autre par quelques systèmes étrangers, elle est aujourd'hui, on peut le proclamer bien haut, à la tête de l’Europe pour la physiologie et pour la médecine clinique. L'Angleterre marche à peu près notre égale dans la voie de l'observation
attentive des maladies; mais l'Italie renaît à peine de ses dés tres qui ont entraîné la ruine ou du moins l’affaiblissementi l'esprit scientifique ; quant à l’Allemagne, elle reste encore en proie, sous apparence de physiologie et de médecine positive aux mauvais conseils de l’imagination, aux suggestions de lesptih d'aventure. L
désintéressés de la nature. Au milieu de ces disputes de motsMll ce cliquetis de systèmes opposés, il faut prêter üne oreille attem tive pour entendre la voix sinon éloquente, du moins gravé ferme de Morgagni (1682-1771), le rénovateur de l’anaton pathologique (1). Depuis le traité Des lieux affectés de Galet, il ne s’était rien produit en ce genre, dans la littérature m6 cale, d’aussi important, d'aussi décisif, que les Lettres sur recherche par l'anatomie des causes et du siège des malad (1761). L'’illustre professeur de Padoue avait préludé à Lettres, œuvre de sa vieillesse, par les Adversaria anatonit (1706-1719) (2), où à côté des témoignages innombrables di science aussi profonde que lumineuse, on regrette un pero} d’âpreté dans la discussion, surtout contre Manget et Bianchi; par une foule d’autres travaux de critique, d’érudition, d'analo mie (Epistolae anatomicae, écrites en partie à propos du tr de Valsalva sur l'oreille, elc.) et de médecine pratique, quilii
(£) Une des meilleures Vies de Morgagni est celle qu'a écrite Tissot, et quil reproduite en français, en tête de la traduction française des Lettres sur les causes et le siège des maladies, par MM. Desormeaux et Destouet. L
males, les muscles de lœil, Le côlon et son appendice, les cavités articulaires etes glandes qui s’y trouvent, les organes génitaux mâles et femelles, les valvulesdu cœur. Morgagni n’a pas de rival dans la description et la délimitation des IUSCIES
ment la couche pigmentaire de la face antérieure du cristallin, appelée aussi coudies de Morgagni,
diient déjà fait une juste réputation ; mais ce sont les Lettres (füiont mis le sceau à sa renommée et lui assurent les hommages dela postérité (1).
Me n'est pas tant dans la multitude des faits rassemblés par lo brgagni que dans le profit qu’il en tire pour justifier ou asseoir diagnostic pendant la vie d’après les lésions observées après la Mivrt, que git le grand mérite des Lettres. Les histoires de malidies ont été rédigées et les autopsies ont été faites en partie bar Valsalva (2), en partie par Morgagni lui-même. C’est une œu- We analogue à la Clinique de N. Th. Lerminier et d'Andral ; Morgagni est l’Andral qui a fécondé ces matériaux, qui a su en lirer les enseignements les plus précieux (3). Comme le déclare trés-judicieusement Morgagni dans sa Préface et dans sa dédicace du premier livre, à Trew, les nétropsies ne peuvent servir que si elles sont faites par un homme &périmenté dans la clinique, habile dans l’anatomie normale (4), bi elles sont accompagnées de l’histoire détaillée de la maladie ;
(1) Tabarrani (1702-1780), maitre de Mascagni, à Bologne, a dédié à Morgagni,
WA751, ses Observationes anatomicae (je possède la seconde édition de 1753) qui
Niférment nne série d’intéressantes observations d'anatomie pathologique relatives à
dés cis de chirurgie ou de médecine (par exemple, fracture des vertèbres prise pour
=uiéluxation ; anévrysme faux; hypertrophie du cœur ; hernie crurale), et un plus
andnombre de remarques sur différents points de l'anatomie normale que Tabar-
fania étudiés avec une rare habileté et une érudition critique remarquable. L'ouvrage
#4 accompagné de planches.
m2} Dans la dédicace du Il° livre à Bromfield, après avoir célébré les progrès miécents de l'anatomie pathologique et les services qu’elle a rendus, Morgagni déclare quil a voulu, par piété pour son maître et pour être utile aux étudiants, sauver de Moubli et de la ruine les précieux papiers de Valsalva, afin qu'ils n’eussent pas le Sort de l' Anatomie médicale de Harvey.
(3) Les Lettres de Morgagni, où la chirurgie tient une assez grande place, sont un Ouvrage de détails qui échappe à l'analyse. Je n’y relèverai que les points de doc-
fines mais il y faudra revenir à chaque instant quand nous traiterons de l’histoire des maladies.
() Eustachi, au rapport de Morgagni (dédic. du V® livre, à Med se plaignait d'avoir trop négligé l'anatomie pathologique qui fait connaître Les causes des mala- (lies, pour l'anatomie normale, Morgagni ajoute qu'il est sans doute regrettable qu'un aussigrand anatomiste ne nous ait pas doté d’un recueil d'observations faites sur les cadavres, mais que l'anatomie normale est le flambeau de l’anatomie pathologique, surtout quand elle est pratiquée par un homme aussi distingué qu'Eustachi,
hors de ces conditions (1), l'anatomie pathologique est stér puisqu'on ne peut pas distinguer ce qui est morbide de ce qu l'est pas, ce qui est cadavérique de ce qui est l’effet de la mala puisque surtout on ne peut pas rattacher les lésions aux sÿt# ptômes ; à quoi peuvent servir en effet lesplus belles descriptions prises sur le cadavre, les plus belles planches dessinées et cold riées d’après nature, si nous ne savons pas de quel étatell sont la suite, et quels désordres fonctionnels elles ont pro pendant la vie? En quoi une telle anatomie pourrait-elle avan le diagnostic, fournir des lumières pour le pronostic et dirig la médecine dans la thérapeutique ? C’est tout au plus de his toire naturelle, mais à coup sûr ce n’est pas de la médecine lin nique. L
L’anatomie pathologique (2) est la description et la représens tation des aliérations et des métamorphoses de toute nature‘qi la maladie développe dans les humeurs, les tissus et les organes. Nul spectacle plus triste et à la fois plus instructif pour le médé cin que ces excès, ces diminutions, ces transformations de tissi, ces aberrations de forme et de structure, ces déplacements d'of ganes ; rien qui montre mieux les difficultés de la médecine en même temps ses ressources infinies; rien qui dise plus él0n quemment quelle est la misère de l’homme et la puissance dés tructive de la nature; rien enfin qui nous enseigne avec plus de sûreté quelle est tantôt l'extrême faiblesse et tantôt l’extrémeré: sistance de l'organisme. Qui pourrait, tant les ruines humainés jettent d’effroi dans l'âme, assister sans émotion, même quand on y apporte la passion de la science, à ces autopsies où se ré vèle tout ce que la maladie et la mort ont de plus repoussanl) Quel médecin ne s’instruirait en retrouvant sur un COTPS Mains tenant inanimé l’explication d’une partie des phénomènes qu'il observés pendant la vie? Il confirme ou redresse son diagnosit par l’examen méthodique des produits de la maladie; il rattache
(4) Conditions qui, manquent le plus ordinairement dans le Sepulchretum.de Bonet et Manget, ainsi que Morgagni le remarque dans une critique un peurude, mais justifiée par de nombreux exemples. Morgagni a signé la paix avec Man quand celui-ci eut fait amende honorable.
(2) Voy. mon ouvrage intitulé : a Médecine, histoire et doctrines, p. 129%
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les lésions locales à un état plus général de l’économie, et puise dans ces recherches de précieuses et plus certaines indications thérapeutiques pour l'avenir. Qui ne reconnait aussi à ces traits nouveaux que la maladie a empreints en nous combien il encoûte pour vivre et combien pour mourir? Comment expliquer que la yepuisse subsister pendant de longues années lorsque d’effroyables lésions ont envahi les organes les plus essentiels, ou que la mort survienne avec la rapidité de l’éclair quand un léger épanchement de sang déchire la substance cérébrale, qu’un caillot s forme dans le cœur, qu’une bulle d’air entre dans le torrent arculatoire ou qu'une goutte de quelque poison subtil pénètre sous lépiderme ? Devant de tels accidents, la médecine reste impuissante, tandis qu'elle peut, la nature venant à son aide, lriompher des plus graves désordres, ou les arrêter dans leur marche. Ce sont là des mystères qui épouvantent ou qui étonnent l’homme du monde ; pour le médecin ce sont de perpétuels sujets d'étude qui chaque jour le conduisent à de nouvelles conquêtes dans les régions de l'inconnu.
… la fallu passer par les autopsiestimides, inintelligentes et souvent fantastiques des premiers anatomistes de la Renaissance, lontagnana, Benivieni, Benedetti, et par bien d’autres essais isolés de Vésale, de Plater, de Schenk, de Bonet, etc., pour arriver à Morgagni, le véritable créateur de l'anatomie patholopique. Pour la première fois, dit M. Lebert, on voit un homme grave et sévère s’écarler des anatomo-pathologiques de son temps, toujours à la recherche du merveilleux, pour s’occuper «les questions même les plus élémentaires. Sos descriptions sont faites avec une exaclitude inconnue jusqu’à lui. Toutes les fois que les documents qu’il possède le lui permettent, il confronte les symptômes observés pendant la vie avec les résultats de l'autopsie , et sa tendance à pénétrer le mode de formation et la nature des maladies se fait jour à chaque page de ses Lettres sur le siège et les causes des maladies démontrés par anatomie.
Cependant ni l'anatomie pathologique elle-même, ni l’observation clinique, ni le diagnostic expérimental ne purent arriver à de grands progrès aussi longtemps que firent défaut les moyens
physiques et chimiques qui servent à reconnaître les maladies De telle sorte que l'anatomie pathologique resta pendant long temps encore lettre morte; ou, si vous aimez mieux, elle nel que l’histoire naturelle des maladies. Mais tant de recherché pénibles etpoursuivies avec patience par ceux-là mêmes quin pouvaient pas tirer grand parti, furent tout à coup fécondéespà les travaux de Bichat sur l'anatomie des tissus, et par la décot verte à jamais mémorable de la percussion et de l’'auscultation,à laquelle sont attachés les noms célèbres d’Avenbrugger, de Con visart et de Laennec, découverte dont les modernes ont tiréu si admirable parti et qui fait la gloire de l'École de Paris. Aussi: tôt qu'avec l'oreille ou avec le doigt on put reconnaître sure vivant ce que révélait la dissection sur le cadavre, la description des maladies et par conséquent la thérapeutique entrérent dans une voie toute nouvelle, puisqu'on était en état de suivre le mal. et de le combattre pied à pied. Aussi l’on se prend à frémiren pensant combien de malades ont dû périr bien moins par suite de l’impéritie du médecin que par l’insuffisance de la médecines alors que les plus graves affections (celles de la poitrine et cell du cœur, par exemple) naissaient et se développaient danses replis cachés de l’économie, sans que le praticien le plus expérin menté pût même en soupçonner l'existence ou la nature. 4 Mais la dissection ne suffisait pas à dévoiler les traces les plus profondes et certainement les plus graves de la maladie. Les alés rations primitives des solides et des liquides lui échappaientsl chimie et la physique ont dû intervenir à leur tour ; l'intimité des tissus fut pénétrée par la lumière intelligente du IMiCTOSCOpE, et les réactifs saisirent dans nos humeurs les nuances les plus gitives de la maladie, C’est ainsi que la mort, livrant forcément ses secrets, voit chaque jour rétrécir ses domaines par les ravages! mêmes qu’elle ne cesse de produire dans notre ÉCONOMIE. M Donc, sans anatomie normale point d'anatomie pathologiques sans l’une et l’autre anatomie, point de diagnostic certain etr4 tionnel, soit du siége, soit de la nature de l'affection ; sans lés moyens chimiques et physiques mis au service du diagnostic el des autopsies, insuffisance absolue des dissections et incertitude complète dans la thérapeutique. On peut déplorer cette inflexible
Inteur qui préside au développement de chacune des parties de Gience ; mais en même temps on ne saurait trop admirer comnichaque progrès arrive en son temps et en suscite de nouaux. C'est un grand enseignement pour lhistorien; il y prend à respecter le passé et à ne pas désespérer de l'avenir, modérer les trop vives ardeurs et à relever les courages
découvrir des usages qu'on ne connaissait pas et de EiRn les érreurs commises dans les fonctions que lon attribue parfois arditrairement à un organe (1). — Plus d’une fois elle a démontré “ue de prétendues monstruosités ne sont que des déplacements Oudes vices de quelques parties ; par exemple on a pris bien sou- Nent pour un troisième testicule ce qui n’était qu'une hernie épiploïque dans le scrotum (2).
Mes maladies sont si nombreuses, elles ont des causes si mullipliées et si diverses (3); elles sont si manifestement sous la “dépendance des lésions organiques, qu’il n'est pas possible ni les reconnaître ni de les traiter si la dissection des cadavres brie nous révèle pas le rapport entre le mal, ses symptômes et ses effets. Plus on aura rapproché, confronté des histoires de maladies et des autopsies, mieux on sera instruit sur les causes (4);
(1) Dédicace du livre V, à Meckel.
(2) Lettre 43. Cette lettre est fort curieuse; on y trouve un historique des opinions émises sur la nature des hernies. Morgagni y soutient, avec Valsalva et bien d'autres, que dans les herniesle plus ordinairement le péritoine n’est pas crevé (on appelait autrefois les hernies des ruptures), mais relâché, distendu, et qu'il forme ‘insile sac de la hernie. — C’est Verheyen qui l’un des premiers a décrit la hernie crurale, (3) La maladie, dit Morgagni, n’est pas simple comme son nom, elle embrasse plusieurs différences produites par beaucoup de causes, non-seulement diverses Mais souvent opposées.
(4) Morgagni prend trop souvent peut-être les effets pour les causes. La cause de lhydropisie n’est pas l’eau qu’on trouve dans le péritoine, ni même les altérations
il désire qu’on rapporte surtout les histoires de maladiestt: munes, de celles qui se présentent journellement ; ainsi que ami Haller, il ne goûte que médiocrement les recueils
7ares; Cependant il ne les méprise pas absolument leur étude met le praticien en garde contre les erreur.
médecins et aux étudiants qui viennent dans les hôpit abondent les maladies commun des cas rares (4).
«Les médecins, dit Morgagni, même les plus recommand avouent que de toutes les maladies il en est à peine trois ou qual qui aient leur signe pathognomonique, c’est-à-dire tellen propre qu’il les distingue de toutes les autres, tandis quetoul les autres ne peuvent être reconnues que par la réunion de ph sieurs signes, parce que presque toujours elles ne dépendent}
d’une cause simple et qui n’affecte qu’une seule partie. ISA rent donc beaucoup d’abord d'augmenter, s’il est possible,ge signes particuliers et tout à fait propres, et ensuite, s'ils.n
es et où se rencontrent pa
plômes que l’on regardait comme les principaux, et presque comme propres, ne l’étaient réellement pas, puisqu'on à tro Sans eux les mêmes lésions intérieures que l’on croyait indiqu Par eux, ou bien les mêmes signes tirés de lésions bien di rentes (2). » ne.
Lors même que les dissections (ce qui n’est pas vrai) na prendraient rien pour opérer la guérison des maladies, elless viraient au moins à faire connaître les maladies incurable de cette séreuse, mais dans la constitution du
presque toujours une modification, soit dons le cours, Soil Sang. — Beaucoup d’autres exemples analogues pourraient être cités ; mais ce que Morgagni recherche avant tout, et ce qu’il croit presque to jours trouver, ce sont les causes, au moins les causes apparentes; il s'inquiète peu des causes éloignées, encore moins de la nature des maladies.
(1) Dédicace du IVe livre, à Schreiber. à
(2) Dédicace du Ve livre, à Meckel, à
détourner les médecins d’accabler le malade de remèdes inutiles, higants ou même qui peuvent hâter la mort dans les cas désesprés ; elles enseigneraient encore à prescrire seulement des palliatifs qui consolent le patient et lui conservent l'espérance ; elles serviraient enfin à confirmer le diagnostic, ce qui est déjà grand honneur pour le médecin (1).
“ilne faudrait pas reprocher à Morgagni (2) de n'avoir pas bujours établi un rapport exact entre l’histoire de la maladie et lésions cadavériques, soit parce que celte histoire n’est pas iflisamment détaillée, soit parce qu’il explique telle lésion par uécause dont elle ne dépend pas. Morgagni, aussi bien que Nalsalva, manquait de nos moyens physiques de diagnostic, par conséquent il leur était d’une part difficile de préciser pendant lie les lésions qu’ils devaient rencontrer après la mort; en Scond lieu, en raison de ce défaut de moyens de diagnostic, ils iérapportaient que les symptômes les plus apparents, ceux qui passaient alors pour caractéristiques (3); enfin l’histoire de la maladie n’a pas toujours été faite par eux, mais elle leur était “icontée par les personnes qui les chargeaient de faire l’autopsie. Si le résultat ne répond pas entièrement au désir et aux minientions de Morgagni, la faute ne dépend pas de la méthode, Mais de l'insuffisance des instruments qu'il avait à sa disposition. Malgré ces lacunes il est ordinairement assez facile de refaire un diagnostic rétrospectif plus rigoureux que celui de Morgagni qui range des espèces toutes différentes de maladies sous des noms génériques. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut reconnaitre des méningites dans la première Lettre, et dans la septième
(1) Dédicace du III livre, à Sénac.
(2). Ce grand homme est aussi vengé de reproches encore plus futiles pat MoRayer, à la page 55 de sa Thèse (Sommaire d’une histoire abrégée de l'anatomie pathologique. Paris, 1818), savant début d’un médecin qui devait bientôt illustrer notre profession, et qui, durant sa longue carrière, s’est toujours montré l’un des plusardents défenseurs et l’un des plus zélés protecteurs de l'anatomie pathologique.
().Remarquons aussi que la brièveté de certaines histoires tient à un préjugé du temps, savoir que les personnes de qualité méritent une observation plus détaillée queles pauvres ! Voyez, par exemple, Lettre 2e,
(voy. aussi la Leire dixième), sous la rubrique douleurs det La quinzième Lettre est curieuse par l’histoire de Ja phthisi culeuse et granuleuse et des concrélions pulmonaires (0 aussi la vingt-deuxième Lettre). Les Lettres vingt-trois à vingt prouvent combien le diagnostic et la valeur des lésions anatt miques des affections du cœur était peu avancé, ceperdail combien d'efforts Morgagni avait faits pour élucider ces ques tions ! Du reste il ne faut pas toujours s’en fier aux titres à
promet, par exemple les lettres sur les affections des organes la poitrine et celles sur l’apoplexie, où, pour le dire en passa, Morgagni commet la singulière erreur de prendre les mortsra pides, dans la peste du vi siècle, pour des apoplexies (Leïh® deuxième). Il paraît croire aussi (cinquième Lettre et dans
naires. Dans la même lettre il admet aussi que les humeurs cos tiennent de l’air, croyance généralement reçue de son tembss mais il sait les désordres que cause la pénétration de l'air les veines (4bid).
livres ; les maladies y sont étudiées a capite ad calcem. Less toires et les nécropsies sont accompagnées de remarques (ré variées où les recherches de l’érudit se mélent souvent réflexions (rarement les explications) du médecin. L'espriti lecteur est sans cesse attiré et toujours maintenu en éveil. M
Du temps de Morgagni on attaquait l'anatomie pathologique, comme on avait ridiculisé la cireulation, comme on se moque dé. l'histologie. On prétendait (1) que les causes des maladies sont inaccessibles à nos sens parce qu’elles consistent dans desco formations cachées de particules dans leurs liaisons, leurs mt vements, et dans les forces qui produisent ces mouvements étté. liaisons. Mais lors même, objecte Morgagni, que cela serait ra les effets de ces causes n’échapperont pas à nos sens, car ils
portent sur des parties manifestes, et les changements que noi
(1) Dédicace du III* livre, au « grand » Sénac:
laions sont des causes internes évidentes de la plupart des adies. Mais chacun, ajoute-t-il, juge, d’après ce qu'il n’a pas même, que ce qui existe dans un autre est superflu, parole ai spirituelle que profonde, qui s'adresse aussi bien aux détracteurs de l’érudition médicale qu'aux contempteurs de tous éprogrés qui les gênent ou les humilient. Cette admirable sen- 6, je voudrais la voir gravée en lettres d’or à l'entrée de nos oles, de nos cliniques, de nos laboratoires !
la Leitre quarante-neuviême sur les fièvres est un véritable ca- . put mortuum où Morgagui a rangé plusieurs maladies qui ne pouaient trouver place ailleurs, parce qu’elles n’ont ni causes, surout ni siége déterminé, car il ne veut pas mettre dans la classe (es fièvres les maladies fébriles localisées, ce qui est un progrès notable, comme on voit. — Cette lettre renferme quelques obser- Nations de fièvres lentes ou hectiques, d’amaigrissement ou marwr, de fièvres intermittentes, de leur traitement. N'ayant rien ni de bien précis à dire, Morse se livre aux explications, mais, en même temps, il fait justice des autopsies fantastiques FAppartées dans le Sepulchretum. Dans l’observation d’une femme qui, au dire de Valsalva, avait une fièvre ardente, et, selon l'avis de Morgagni, une péripneumonie, il est question d’un bruit qui se . passe dans la poitrine pendant la respiration, comme si une matière y était en mouvement. Cest une auscultation à distance, dont il y a plusieurs semples chez les auteurs à propos de la Péripneumonie, mais qui n’a jamais conduit à l’auscultation iminédiate et directe. Les lettres qui suivent sur les tumeurs et les blessures, soit à la tête, soit aux autres parties, sont pleines d’intérêt et fort instructives. Morgagni traite longuement des anévrysmes primitifs ou des anévrysmes faux consécutifs ; il insiste avec le savant Haller et le « grand Molinelli » sur le rétablissement de la circulation collatérale après la ligature d’un tronc principal. Ses idées sur l'opportunité et les conséquences du trépan ne sont pas trés-neltes, mais les observations qu'il rapmporie doivent fixer l'attention (1).
(4) Voy. le résumé et la critique des opinions les plus répandues sur l’opération dirtrépan, dans l'excellent mémoire de M. Le baron Hippolyte Larrey, intitulé :
Les ouvrages de Morgagni sont de ceux qu’on ne doit jamais négliger quand on écrit l'histoire et qu’on étudie, soit l'anatomie, soit la pathologie. |
Albert de Haller (1708—1777), issu d’une famille patricienne de Berne, est une des plus grandes figures, un des plus nobles caractères, un des hommes les plus respectables, un des savants les plus accomplis de ce xvnr° siècle, qui a été si fécond en pers sonnages célèbres, aussi bien dans la médecine que dans lessaus tres sciences. Travailleur infatigable, Haller n'aurait pas pu dire comme Trajan : « Ami, j'ai perdu un jour. » S'il voyage en Hols lande, en Angleterre, en France, en Allemagne, c’est poux s’instruire ; s’il se repose de ses occupations actives, c’est pou étudier ; il se délasse d’une fatigue par une autre ; il est le Zabon improbus, le travail opiniâtre, fait homme. Il fut du petit nombre de ces enfants précoces qui n’ont pas démenti dans l'âge mür leurs premiers succès. À huit ans, il avait déjà extrait deux mille articles des Dictionnaires de Bayle et de Moréri.
Nous le voyons tour à tour orientaliste distingué, anatomislé diligent (si diligent même qu’il fut obligé de quitter Paris, par qu’il empestait ses voisins en disséquant), physiologiste cons
-sommé, botaniste habile, le modèle des bibliographes, des érudits et des historiens, trés-versé dans la médecine et lach® rurgie, bien qu’il ne se soit jamais livré à la clientèle proprement dite, poëte à ses heures de loisir, administrateur intêcre, vénéré, mais aristocrate jusque contre ses propres intérêts(l)s De plus, Haller a été en commerce épistolaire continuel avée l'Europe entière (2), et les plus illustres sociétés se sont faibun
Étude sur la trépanation du crâne dans les lésions traumatiques de la tétePansy 4869 (extrait des Mémotres de la Société de chirurgie). $
(4) On peut lui reprocher un peu d’intolérance dans les questions religieusesin mais lui-même donnait l'exemple des plus rigoureuses observances; aussi, malgré) son ardeur pour l'étude il se résignait à ne pas se livrer aux œuvres pris le dimanche, jour rigoureusement ohservé par les protestants.
(2) Mon ami, M. le professeur Haeser, de Breslau, me mande qu'il s'occupe til ce moment de dépouiller, pour la publier, cette vaste correspondance, conservée la bibliothèque de Berne. . 00