BROWN ET BROUSSAIS
pas reconnaitre les diathéses. Il n’est pas besoin d’insister sur critiques de détail. que Broussais adresse presque toujours wi rieusement à la classification et à la description des mali Je donne seulement la sévère conclusion du jugement por par le médecin du Val-de-Grâce sur le médecin d'Edimboure
« L'histoire de la médecine nous a prouvé que le tourmentun de l’homme est d'ignorer. C’est pour cela que les médecins constamment inventé ou supposé des faits, pour ajouter aux que leurs sens leur faisaient découvrir, afin de compléter et régulariser la science de l’homme physique. En vain Bacon avertit un jour de la faute qu'ils commettaient, il ne publen enseigner le moyen de n’y plus tomber, et lui-même Supposa nature au lieu de la chercher avec patience. I n’est donc p étonnant que les médecins n'aient pas fait plus que lui et q les voie encore affirmer ce qui n’est pas prouvé. Si jamais ils rivent au point de n’admettre pour dogmes que des propositi
générales, réductives en faits que les sens puissent constater auront donné au monde un grand exemple. Mais ce n’estp cela que Brown a fait : dés le moment qu’il à réalisé l’incitat la force et la faiblesse, et qu’il en a parlé comme de choses sibles, ayant une existence par elles-mêmes, / « commene mentir, et ses propositions générales ou ses dogmes ont ” d’être réductibles en faits ; par conséquent, il est tombé dan vice que nous avons reconnu chez tous ses devanciers, ou bie l'on aime mieux, il n’a fait que travestir leurs doctrines el exprimer en d’autres termes. Les maladies qu'il admet encore leurs maladies, c’est-à-dire leurs groupes de symptôm seulement il en donne une explication qu’il a trouvée cher et qu’il a l’art de rendre nouvelle. De même i] n’en change let tement qu’en rapportant à une des causes hypothétiques, qu système aussi hypothétique leur avait assignée, à la faiblesse, nombre plus considérable de ces entêtés qu'on ne l’avai avant lui; et c’est toujours parce qu'il suppose plutôt qu voit les faits particuliers. Mais ces ‘changements sont si fondés, que ses successeurs, sans sortir de sa doctrine obligés de remettre la thérapeutique à peu près sur l'âne
Broussais admettait également sous une autre forme, ne votl
Merminer comment s’est opéré cet amalgame inconcevable On appelle éclectisme et que l’on donne pour le nec plus ultra a théorie médicale, »
' pense qu’il sera bon, puisque je ne veux pas ici m’étendre
les des os fondamentales Lu système du fougueux Mormateur (1), et de les mettre en regard de celles de Brown. fème permets d'autant plus volontiers cette longue citation ie Broussais est à peu prés aussi oublié que Brown par nos Médecins et par nos étudiants, et que les uns et les autres trou- Wont, au moins, un résumé de sa doctrine.
Généralités sur la physiologie et sur la pathologie. — « La vie éVanimal ne s’entretient que par les stimulants extérieurs lown, voy. plus haut), et tout ce qui augmente les phénomènes aux est stimulant. La composition des organes et des fluides est Méchimie particulière à l'être vivant. La puissance inconnue qui 4 cette chimie en action donne aux organes, en les ns
Jude sur Broussais et son œuvre, par M. le docteur P. Reis, 4869, — Je passe ilèrement sous silence ce qui regarde la psychologie de Broussais ; on en lira une Igistrale réfutation dans un très-bel article de M, le duc de Broglie. Voy. Écrits WDiscours, t. [, p. À et suiv., sous ce titre : De l'existence de l'âme.
s'effectue par l'intermédiaire d’une forme particulière dumis vivant ou de la matière animale, qu’on appelle matière nervé La sensibilité et la contractilité sont distribuées à diff degrés dans les divers organes qui composent le corps viv Ceux qui possèdent dans le plus haut degré reçoivent mm tement l'action des stimulants et la transmettent aux aurons sont donc les mobiles naturels des sympathies.
» Toute stimulation assez intense pour parvenir au cr parcourt tout l’ensemble du système nerveux de relationsfl répète donc dans tous les viscères, ce qui fournit au cervea nouvelles causes de stimulation. Telle est l’origine des-besoi
no intelleettelle. De ces . dernières conditions, s'exécute en vertu du plaisir ou de la douleur que l’animabp çoit, et a toujours pour objet ou de faire durer, ou se répéter stimulation, ou d'en écarter la cause, ou d’y soustraire lo
volonté, l'influence stimulante des nerfs cérébraux, età servir aux mouvements indépendants du centre de perceplh Aussi la volonté ne peut-elle retirer la stimulation qu'elle le il fait parvenir par l’exercice des fonctions de relation. Les ganglionnaires viscéraux font servir la force vitale de lan c’est-à-dire l’action dont il est capable, à la chimie vivante;an gré l'influence de la volonté ; et quand la somme de cette forceme peut plus suffire aux deux grands ordres de fonctions, ils la tournent de celles de relation, pour la concentrer dans lés tions nutritives. Ils opèrent celte diversion en cumulantDin vation et avec elle les fluides dans les capillaires des viscèr& surtout du cerveau. Le sommeil est probablement produi cette manière. Une communication de l’excitation facile,col nuelle et dans toutes les direclions, entre les différentes-pan du corps, par le moyen de la matière nerveuse, est indispensable pour entretenir l'équilibre des fonctions (1). di
(4) Broussais montre que J’ahord d'un sang oxygéné peut entretenir pendant
D Dans les saisons et dans les climats chauds, l'excitation arrive Saux animaux par la surface extérieure que par les surfaces
nes. Dans les saisons et les climats froids, l'excitation leur plus donnée par les surfaces internes que par l’externe. La ice gastrique devient alors la principale voie d’excitation ; dés pourquoi la nutrition est plus considérable. L’excitation st jamais uniforme dans l’économie animale : elle est toujours plus dans certaines parties, en moins dans plusieurs autres, rédomine successivement dans diverses régions. Cette inégalité Imbsouvent par déranger l'équilibre des fonctions.
La santé ne s’altère jamais spontanément, mais toujours Parce que les stimulants extérieurs destinés à entretenir les fonclions ont cumulé l'excitation dans quelque partie, ou parce qu’ils Mimanqué à l’économie, ou parce que l'économie a été stimulée Wine manière qui répugne à l'exercice des lois vitales; car il disle des rapports entre les modificateurs extérieurs et l'ensemble iles différentes parties de l'organisme, tels que les uns favolent, les autres entravent les lois vitales, et ces derniers sont les juisons. Les fonctions sont irrégulières lorsqu'une ou plusieurs l'entre elles s'exercent avec trop ou trop peu d'énergie. La vila- Il des organes peut avoir été exaltée avant d’être diminuée, et De versa. Il n'y à ni exaltation, ni diminution générales et uni- Dimes de la vitalité des organes. L'exaltation commence loujours par un système organique, et se communique à d’autres, Sitdans le mème appareil, soit ailleurs. La nature de l'exaltation Wmmuniquée est la même que celle de l’exaltation primitive. West toujours l'augmentation des phénomènes qui atteste l’état de vie.
) L’exaltation d’un ou de plusieurs systèmes organiques, d’un dde plusieurs appareils, détermine toujours la langueur de
quelque autre système ou appareil. La diminution de vitalité
lun système ou d’un appareil entraine souvent l’exallation d’un
dde plusieurs autres, et quelquefois leur diminution. L’exal-
temps la nutrition dans les parties paralysées, mais que, par défaut de l’influx leiveux, cette nutrition devient de plus eu plus languissante sans toutefois entrainerla mort locale,
tation de la vitalité d’un système (et à plus forte raison appareil) suppose toujours une action des modificateur lants supérieurs à celle qui convient au maintien de à c’est-à-dire une superstimulalion ou surexcitation. Lau tation partielle suppose toujours un appel trop considéra fluides ; il y à donc congestion préjudiciable à l’exerdie fonctions dans toute surexcitation. C’est une congestion morb La réunion de la surexcitation et de la congestion morbid tielles entraine toujours une nutrition partielle exagérée oui gulière, ce qui constitue la congestion active, qui tend né rement à la désorganisation. La surexcitation et la cong morbide actives et partielles sont compatibles avec la dini générale de la somme de vitalité. La diminution partielle vitalité entraîne toujours celle de la nutrition, quoiqu'el termine souvent une congestion morbide ; mais celle-ci est sive. L » La congestion morbide passive peut désorganiser, maisbe coup moins que l’active. La congestion morbide active élant Jours compagne de la surexcitation ou surirritation, il sul nommer cette dernière pour être entendu en développant marche des maladies; on peut même, pour être plus br contenter du mot érritation, pourvu que l'on y attache Jen sens qu’à ces deux expressions ; mais il faut sous-entendi pithète morbide. | > L'irritation peut exister dans un système sans qu'aucun a
y participe; mais cela n’a lieu que lorsqu'elle est peu con ble. Elle ne porte alors que sur les mouvements organiques et sur la nutrition de la partie; mais aussitôt que Pirrit locale s’élève à un certain degré, elle se répète dans d'autr tèmes ou dans d’autres appareils plus où moins éloig toujours sans changer de nature. L’irritation tend àse pre par similitude de tissu et de système organique ; C’esl constitue les diathèses; cependant elle passe quelquefois des üssustout différents de ceux où elle a pris naissance, €l souvent dans les maladies aiguës que dans les chronique que l'irritation accumule le sang dans un tissu, aveed rougeur et chaleur extraordinaires, et capables de désors.
IDÉE GÉNÉRALE DU SYSTÈME DE BROUSSAIS. 1454 lpartie irritée, on lui donne le nom d’inflammation. L’inflamlalion laisse souvent à sa suite un mode d’irritation qui porte lhnom différent du sien et produit une cacochymie que lon a
(ie essentielle. »
Pathologie spéciale. — « Le mot entérite, élant consacré à linfammation de l'intestin grêle, ne peut servir à distinguer celle licôlon ; il faut appeler celle-ci colite ou colo-rectite; mais les \ se succèdent et s'associent. La gastro-entérite existe sans iicun point douloureux lorsque l’inflammation ne prédomine pas force dans l'estomac où le duodénum ; et la pression de ldomen ne développe même pas de douleur. La gastro-entite se reconnaît par les symptômes locaux (voy. les &K 135 et Mivants pour les détails donnés, sous forme aphoristique, re- Hivement aux autres maladies) et par les sympathies qu’elle
iles, qui sont les douleurs de la tête et des membres, l’aberralion de la faculté de sentir et de juger. L'influence exercée sur cœur est commune à plusieurs autres phlegmasies. Les gastro- Hérites aiguës qui s’exaspérent arrivent toutes à la stupeur, au igo, à la lividité, à la fétidité, à la prostration, et représenlent ce qu’on appelle fièvre putride, adynamique, typhus; celles Mans lesquelles l’irritation du cerveau devient considérable, Melle s’élève ou non au degré de la phlegmasie, produisent le élire, les convulsions, etc., et prennent le nom de fièvres mali- (Unes, nerveuses ou alaxiques.
…) Toutes les fièvres essentielles des auteurs se rapportent à la “istro-entérite simple ou compliquée. Ils l’ont tous méconnue lorsqu'elle est sans douleur locale, et même lorsqu'il s’y trouve des douleurs, les regardant toujours comme un accident. Les düteurs ont quelquefois dit que certaines fièvres dépendaient Qune inflammation des organes digestifs; mais ils n’ont jamais itque les fièvres prétendues essentielles ne puissent avoir une dülre cause, jamais qu’elles fussent produites par le même métânisme que la fièvre des pneumonies, etc., jamais enfin qu'il n’y
en eût point d’essentielles. Tout cela n’a été dit que depui doctrine physiologique. Les auteurs, ignorant que la me interne des intestins grêles peut s’enflammer sans douleuñ ont tous attribué à leurs entérites les symptômes de lapé et souvent ceux de la colite. ‘4
» C’est par une gastro-entérite aiguë, premier effet de contagieux, que débute la variole. La phlegmasie cutanée remplace, et la termine lorsque les pustules sont en pelit bre; mais elle la reproduit, si les pustules sont nombreuse l'érysipèle qui résulte de la confluence des aréoles. Telle fièvre secondaire de la variole, dite aussi fiévre de suppur Je n’ai point vu de tubercules du poumon sans une inflamm antécédente. Ceux qu'apportent les enfants naissants mn paraissent pas indépendants de ce phénomène. L
» Les inflammations des membranes séreuses n’ont que formes, l’une aiguë, très-douloureuse et très-fébrile; la chronique, presque indolente et apyrétique. Gette dernièn confond avec les subinflammations. Les inflammations membranes muqueuses ont des formes et des degrés plus tipliés que celles des séreuses, parce que, comme sens int@ abondamment pourvus de matière nerveuse, et mobilesconl nuels de sympathies, les muqueuses ont une sensibilité ete irritabilité plus variées et plus intenses que les séreusess4 n'ont ni sensibilité ni sympathies dans l’état sain.
» Toutes les hémorrhagies qui ne dépendent pas d’une wiol
qu’aclives.
» L'irritation morbide peut être intermittente : dans presque tous les appareils et systèmes organiques où l’inflammationai peut se développer. L'irritation morbide peut être continuedt un appareil à un degré modéré et s’y exaspérer périodiquem pour retomber ensuite à son premier état. Dans ces cas, qua elle y est modérée, elle excite peu de sympathies; lorsqu'elles exaspère, elle en développe un grand nombre; ce sont fièvres rémittentes, subintrantes, elc,, des auteurs. Lesarnik
lions intermittentes et rémiltentes sont toujours avec exal{ation délasensibihté et de la contractilité, et par conséquent avec congesion, soit dans le principal siége du mal, soit dans les lieux où Iléveille des sympathies. Les irritations intermittentes et rémitlentes sont toujours des phlegmasies, des hémorrhagies, des né- Moses ou des subinflammations qui se déplacent et se terminent ontanément par des métastases critiques; si elles cessent de se déplacer, elles se convertissent en phlegmasies, en hémorrhagies, inévroses, ou en subinflammations continues, soit aiguës, soit Chroniques.
Les fièvres intermittentes et rémittentes sont des gastro-en- Mérites périodiques; mais l’encéphale et les autres viscères sont .iirités sympathiquement, de même que dans les continues, et peuvent aussi devenir le siége principal de l’irritation et s’enflammer d'une manière périodique ou continue. Chaque accès régu- Jerde fièvre intermittente est le signal d’une gastro-entérite dont l'irritation est ensuite transportée sur les exhalants cutanés, tqui produit la crise; si l’irritation ne se déplace pas complélement, la fièvre est rémittente; si elle cesse de se déplacer, la ièvré devient continue. Les fièvres larvées des auteurs sont des rritations périodiques de différents systèmes ou appareils, soit intérieurs, soit extérieurs, mais dans lesquelles le cœur est moins hnfluencé et la chaleur générale peu ou point exaltée. Les fièvres dites pernicieuses ne différent des autres que par la violence et . ldanger des congestions.
» Thérapeutique (4).— «Il est toujours dangereux de ne pas rêter une inflammation au début, car les crises sont des efforts Yiolents, souvent dangereux, que la nature déploie pour soustraire léconomie à un grand danger; il est donc utile de les prévenir imprudent de les attendre. Il y-a quatre moyens d'arrêter marche des inflammations : les débilitants, les révulsifs, les “oniques fixes et les stimulants plus ou moins diffusibles. Les “libilitants propres à arrêter les inflammations sont la saignée, l'abstinence, les boissons émollientes el acidules, mais la sai-
(L}Mici comme pour la pathologie je laisse de côté les détails de la thérapeutique ; inne sont que les conséquences des principes que je transcris, DAREMBERG. 73
gnée est le plus efficace de tous. Les vésicatoires augment souvent les gastro-eniérites, parce que l'inflammation produisent ajoute à celle de la membrane muqueuse diges au lieu d’en opérer la révulsion ; ils ne rendent donc passe vices qu'on en attend dans le degré de ces maladies que désigne par les mots de fiévre adynamique. Les vésicat exaspérent le plus souvent les inflammations des différents du poumon, soit aiguës, soit chroniques, lorsqu'on lessà que avant le traitement antiphlogistique; mais, après le gnées répétées, ils opèrent très-efficacement la révulsion.
» L’estomac est un organe qui a besoin d’être stimulé d'entretenir, par les sympathies qu’il réveille, le degré d'in tion nécessaire à l’exercice des fonctions; mais il doit l'être un degré et dans un mode qui conviennent à sa vitalité, est le siége du sens interne régulateur de l’économie. Les
qués durant la-période de chaleur, au printemps, lorsque lessti} est robuste et pléthorique, et lorsque la maladie est récenle dans ces cas placer les sangsues le plus près qu’il est possiblèt principal point d’irritation. |
» Les groupes de symptômes que l’on donne pour des ni dies, sans les rapporter aux organes dont ils dépendent, ow en les rapportant aux organes, mais sans avoir bien déterm . la nature de l’aberration physiologique de ces derniers, sont abstractions métaphysiques qui ne représentent point un morbide constant, invariable, et dont on soit assuré de retroue le modèle dans la nature; ce sont donc des. entités facticese tous ceux qui étudient la médecine par cette méthode sont ontologistes. Gonsidérer les entités morbides factices comme puissances malfaisantes qui agissent sur les organes et les fient en y produisant tel ou tel désordre, c’est prendre les pour les causes, c’est faire de l’ontologie. Considérer la suc sion des symptômes que l’on a observés comme la marchèné saire et invariable d’une maladie, et en faire des caractères sentiels à son diagnostic, et par conséquent à son traitém c’est créer une entité factice, puisque les affections des org se comportent différemment suivant leur irritabilité, leurs
Hilité et les modificateurs qui agissent sur eux; c’est se mettre D l'impossibilité de traiter cette maladie avant sa terminaison, fans être en contradiction avec ses propres principes ; c’est toujours faire de l’ontologie. Adresser des remèdes à une entité
norbide factice, sans apprécier leurs effets sur les organes qui les reçoivent, et sur ceux qui sympathisent avec ces organes,
Gelui qui . une maladie sans en avoir apprécié avec listesse les modifications physiologiques au moyen desquelles il “opéré cette cure, n’a pas la certitude de reconnaître ni de guérir limême maladie lorsqu'elle se présentera de nouveau; d’où il Wsulte nécessairement que U les succès ni les revers des ontoogistes ne peuvent servir ni à les rendre praticiens, ni à ur donner les moyens d’en se d’autres. »
Du système de Brown il ne subsiste rien, mais du système de Broussais il reste de belles descriptions de maladies, de savantes Wservations, la considération, après Bichat de la diversité des maladies suivant les tissus qu ‘elles envahissent ; l'exemple, devenu plus salutaire entre les mains de ses rivaux qu'entre les siennes, dbl'application régulière de l’anatomie pathologique à Pétade des maladies; une pathologie où les lésions sont envisagées ns leurs rapports avec les manifestations morbides (4); ne foule de précieuses remarques touchant la marche et les Suites de linflammation. C’est là l'impérissable titre de Brous- Mis à occuper une des places les plus élevées dans l’histoire dla médecine. Ce titre, il faut surtout le chercher dans l’Histre des phleymasies chroniques, ei encore dans la première Edition (1808); car dans les suivantes, de scrupuleux observa-
NE
(1) Dans la Préface de l’Irritation et la folie Broussais définit la méthode phy- Mologique : «L'observation des rapports de l’homme avec les modificateurs externes éides organes de l’homme les uns avec les autres, aussi bien en santé que dans létûtde maladie. Ce n’est pas l’abstraction vie qu’il s’agit d'étudier, mais les oiganes vivants, car ni les forces ni les propriétés ne peuvent pas être considérées “ndépendamment des organes et des tissus. IL est donc indispensable que le médecin “ibioujours la matière des organes présente à son esprit. »
teur, ou, si l’on aime mieux, de simple chercheur était, il prend, sous le feu de la contradiction, les all sectaire. ‘
(4) On remarque cependant, dans la première édition de l'Histoire sies chroniques, plus d’une vue aventureuse sur la nature et sur letr fièvres, particulièrement des fièvres intermittentes, pour lesquelles Brou: beaucoup de médecins du xvii° siècle, n’use qu’à cuntre-cœur du qui la crainte des phlogoses. En tout cas, si le nouveau syslème se trou en cette première édition, il s’y trouve dans une mesure encore tout àfe fique.
OMMAIRE. — École de Montpellier ; Bordeu et la fédération des organismes ; Barthez “ble vitalisme; Grimaud et son Traité des fièvres; Dumas et son système des ma- “iidies; Reil et le vitalisme en Allemagne; Érasme Darwin et le matérialisme biologique en Angleterre.
MESSIEURS
Théophile de Bordeu (1722-1776), dont on fait, ou du moins dont on faisait si grand état à Montpellier, est, à mon sens, un prit très-embrouillé, un anatomiste mal assuré (1), un phy- Siologiste incertain, un théoricien sans doctrine bien arrêtée, in véritable syncrétiste, un historien des plus mal informés, un Prélendu savant qui vante sans cesse l’empirisme et la médecine lalurelle (voyez surtout ses Recherches sur l'histoire de la méde- Wine) et en même temps qui se laisse aller parfois aux rêveries dune sorte de mysticisme (2). En 1742 il publie, comme bachelier, une dissertation De sensu generice considerato, où il reconait que les nerfs sont le siége des sensations et de la sensibilité,
(1) On a beaucoup vanté le Mémoire de Bordeu, intitulé : Recherches anatomiques sur les articulations des os de la face. I est certain que Bordeu a fait une élude attentive de ces os et de ceux du crâne ; mais le problème qu'il pose (et que Suivant son habitude il ne résout pas) est, au moins, singulier : «Quand un homme dun grand poids sur la tête et serre en même temps quelque chose violemment éntre ses dents, il est évident que les principaux os de la tête font effort, Quel est celui qui en fait le plus ? Quel est celui qui soutient toute la machine? Les coupes données à ces pièces sont-elles les plus propres qu'il soit possible, les plus conve- Mables, celles qui épargnent le plus la matière et ménagent le mieux l'espace ? » Mais la tête n’est pas faite seulement pour supporter un grand poids et pour que les dents serrent en même temps quelque chose ; d’ailleurs, c’est non-seulement par l'étude des os de la tête humaine, mais de la tête des divers animaux, qu'on peutarriver à déterminer en vue de quels offices ces os sont construits et agencés,
(2) IL appelle quelque part (Des glandes, $ 64) Van Helmont un de ces enthoumisies comme il en faudrait un chaque siècle pour tenir les scolastiques en haleine.
non par l'intermédiaire des esprits animaux, sur l’existencet quels on ne peut former que des conjectures (voy. $ 5 etui mais par une sorte de puissance contractile ou d’oscillation, et suiv.) qui est mise sous la dépendance d’une sorte de d’une irritation spontanée ou acquise (voy. aussi Des 54 $ 87 et suiv., et 130) (1). :
On don au septième chapitre, $ 2, des Recherches sur toire de la médecine, un passage fort curieux où Borde son opinion sur la constitution de l'organisme humain consid dans la plus grande généralité.
tions particulières ; elle agit sur le corps et elle en reçoit modifications ; mais la vie corporelle est due à l’être anim vivant, être distinct, par sa nature ou par ses dispositions e üelles, de tous les autres corps, être duquel les bêtes approc beaucoup plus que les plantes, qui jouissent pourtant di nuance ou d’une portion de vie corporelle. Les savants ont avec empre$sement les expériences et les réflexions d’un méde
D if
philosophe des plus distingués de ce siècle, Haller; il Virritabilité des parties du corps vivant pour un principeg ral, et il la mise à la place de la sensibilité, qui avait dem été regardée comme un principe général dans l'École dé pellier, avant qu’il füt question de l’irritabilité considérées ce point de vue. Or, la sensibilité paraît plus aisée à comp
(1) Bordeu pense, en partie comme Baglivi (voy. plus haut, p. 802 Ctsui que le cerveau a une espèce de mouvement de tonicité active qui se prop nerfs, mouvement ou tonicité qui sont propres à sa substance où qui luiwvien des membranes, et auxquels les pulsations artérielles de la base ne sont pa fait étrangères ; il combat l'opinion de ceux qui pensent que les nerfs deslonct vitales viennent du cervelet ($ 130 ; voy. aussi $ 431 sur la théorie mécaniqu modifications que l’âme fait subir au cerveau).—Les idées, prises, commelese tions, dans ce qui s'appelle leur matériel, ne sont que des tensions oudés tions plus ou moins fortes des fibres du cerveau qui retentissent sur une par exemple l’action de l’idée d’un bon mets sur la sensation de la salive, Bordetnse tache ici à la théorie iatromécanique, quoiqu'il se moque un peu desMmét ciens, sans négliger quelques malices à l'adresse des Stahliens (voy. aus crises, $ 48), lesquels n’ont pu, ditil, s'implanter à Montpellier qu'en bill la doctrine du maitre de quelques lambeaux de mécanique fournis parles anglais.
Que lirritabilité, et elle peut très-bien servir de base à l’explication de tous les phénomènes de la vie, soit dans l’état de santé,
Soit dans l’état de maladie. Au reste ces deux opinions se resimblent beaucoup, et elles ont eu de grands partisans en Angleterre. Telle est donc la façon de considérer le corps vivant, de la Jart de ceux qui, parmi les modernes, ont porté leurs spéculalions au delà de la médecine pratique et des systèmes reçus dans ls écoles du commencement du siècle. Tel est l'essor que prend
médecine philosophique dans ce qui concerne les fonctions
lt de moindres efforts pour développer la cause et les phéno- “iènes de la vie et de ses fonctions. »
min 1742, il donne une autre dissertation Sur la chylification, quil considère comme un acte vital, mais où il admet, pour tontenter tout le monde, un peu de fermentation et un peu de. putréfaction. En 1744, reçu. docteur en médecine, il démontre danatomie à Pau, revient à Montpellier, d’où il se rend à Paris wréquente surtout la Charité; en 1749 il était nommé intenln des eaux minérales d'Aquitaine dont il vantait les merveilles
“C'est en 1752 qu'il vient se fixer à Paris. Peu de temps après in arrivée en cette ville, il attira l'attention sur lui par ses tcherches anatomiques sur les différentes positions des glandes wbsur leur action, 1752, où il combattit sans trop de ménage-
Vient ou sécrêétent, ainsi que le professaient la plupart des phy- Miologistes, Boerhaave, Lazerne, Fizes, Heister, etc. ($ A et suiv.); appuie ses légitimes objections sur un raisonnement assez Subtil et sur des expériences ingénieuses pour la parotide, les
(1) Ses Recherches sur les maladies chroniques (1775) et ses Lettres sur les taux minérales du Béarn, 4746-1748, semblent écrites pour la glorification dés “taux minérales, — M. Guardia (Gazette médicale de Paris; n° 9, 3 mars 1866, a Miouvé dans. les archives de l'Académie de médecine (voy. plus haut, p. 44, note 1) une lettre (40 mars 1773) inédite où Bordeu recommande « ses caux » à la Société royale de médecine,
diverses glandes salivaires (il les distingue en latérales inte inférieures latérales, maxillaires inférieures moyennes), po glandes de l'arrière-bouche, les glandes aryténoïdes, et toutes les autres glandes.
Sans prendre parti ni pour Malpighi ni pour Ruysch quel taud avait, « avec tout le feu de l’école », fort maltraités admettre positivement que le cerveau est fongueux et fonmet masse poreuse , Bordeu ($ 31 et suiv.) s’en tient aux sages doit de Sténon. Les nerfs ne sont pas les conduits excréle cerveau ; l’infundibulum paraît seulement remplir ce rô rapport aux veniricules du cerveau. Que le cerveau soit où une glande, il n’en mérite pas moins considération, surtot ce point que, s’il est comprimé, son action ou ses sécrétionss0 supprimées; ce qui prouve bien que la compression arrété lieu de favoriser les sécrétions (& 34 et suiv.). : 5 Il est présumable que la glande thyroïde envoie quelqu liqueur à la trachée, où Bordeu a remarqué, pour la pre fois, en 1741, soit une fente, soit des trous ouverts sur lé mier cerceau de ce tube; ce sont là les embouchures des duits excrétoires de la thyroïde (& 40 et suiv.). : 118 Le thymus n’a que des usages transitoires; il ne tient pas place des poumons chez le fœtus: il ne sécrête pas de liqueu il semble plus probable que c'est un organe sanguin qui sera} tisse après la naissance, non qu’il soit comprimé par le poum: mais parce qu’un el diverticulum du sang n’est plus nécessai puisque le poumon reçoit une quantité suffisante de ce liquid ($ 48 et suiv.). Pour prouver que la sécrétion s’opère dans: glandes, non par compression, mais par érrilation, il apporter témoignage ($ 73) le chatouillement particulier qui accompagne succion et le tiraillement des mamelles par l'enfant; les fem appellent cela /a montée du lait; sous l'impression de ceci touillement leurs mamelles, de flasques qu’elles étaient, se 40 lissent. Je donne ici textuellement deux passages qui résument doctrine ($ 87 et 98).
€ L’excrélion des glandes dont il a été question jusqu à prése ne se fait pas, comme on l'avait avancé, par la compression corps glanduleux, mais par l’action propre de l'organe, action
que certaines circonstances augmentent, comme les writations, les secousses et les dispositions des vaisseaux du même organe. Wes circonstances ou ces changements paraissent les uns mieux Que les autres dans certains organes; mais ils sont nécessaires jour l’excrétion, qui dépend principalement d’une espèce de tonvulsion ou d'état spasmodique de l'organe, que nous avons appelé érection. Ajoutons que chaque glande ayant besoin, pour agir ou pour travailler à l’excrétion, de se replier ou de se rouler sur elle-même, de se gonfler et de se durcir, il a fallu que la nalure ménageât les parties qui environnent les glandes de façon quelles ne les gênassent point; aussi le détail a-t-il fait voir que thaque glande a, pour ainsi dire, sa niche particulière où elle peut contourner librement. Ce qu’il y a de particulier, c’est qu’il hllait accorder cette liberté avec une position convenable pour que la glande fût secouce et agitée ou excitée par les parties du Yoisinage sans en être comprimée ; on a vu comment tout a été almirablement proportionné pour la même fin. Voilà bien des Propositions qui paraîtraient tout d’un coup des paradoxes , en Suivant l’opinion commune; mais nous croyons avoir démontré quelles sont évidentes, et que le système ordinaire ne saurait Mubsister tel qu’on l’a donné jusqu'ici, à moins qu'on n’y fasse quelque modification particulière.
» Nous pensons que les sécrétions dépendent surtout de l’aclion des nerfs qui se trouvent dans la glande, et que la sécrétion &liout comme l’excrélion, de la part de l'organe, une action Jariculière qui fait qu’il s’arrange, pour ainsi dire, lui-même, équil se dispose à séparer une humeur. En un mot, nous “oyons que pour faire une sécrétion proprement dite, il faut, outre les mouvements ordinaires des humeurs, outre leur cireulion, un autre mouvement particulier de la part de l'organe glnduleux. Donnons les raisons de cette assertion, pour venir Bisuite à ce que nous pensons sur la façon dont lesnerfs agissent pour faire la sécrétion d’une liqueur particulière. Sténon avait dit que les mamelles ont des nerfs pour que l'excrétion du lait soit volontaire. Bergerus croit que les nerfs contribuent à la Sécrétion en étranglant un peu les petites veines afin qu’elles leçoivent moins d'humeur. On trouve ainsi dans les auteurs quel-
ques passages épars, qui prouvent, si l’on veut, qu'on 48 vérité de ce que nous proposons; mais il est évident que, co je l'ai dit, on a négligé l’action des nerfs dans la sécré n'en parle presque pas communément. D'ailleurs il s’agit de quelle est la façon dont nous croyons que les nerfs agis quelles sont les preuves que nous employons ; on connai ment la différence de ce qu’on a dit jusqu'ici et de ce que n avançons. » (4
Bordeu combat ($ 95) les deux opinions qui avaient cours temps sur la cause des sécrétions, savoir : l’Aumeur an la disposition mécanique des organes jlandulaires, dései lutions et des différents diamètres des vaisseaux. Les de mions résument à la fois lés (héories chimiatriques et iatromt niques. Ce sont les nerfs eux-mêmes qui choisissent les hum (S 108) ; ce qui réduit la sécrétion à une espèce de sexsation, goût et de ton particuliers, d'érection (8 118), sous la dire des nerfs qui, attentifs à leurs fonctions, et insensibles à tout qui ne les regarde pas, ferment les portes, où mieux, les Sphincters des glandes, à toute humeur qui voudrait s’égaré qui existe /ormellement dans le sang (& 114) ; du moins c'est pinion la plus acceptable.
Stabl n’a rien dit de plus fort!
Ici se placent tout naturellement les remarques dé R touchant l'action spécifique de certains médicaments sû glandes ($ 115). Il ei, comme toujours, fort hésitant sur question ; il voit des raisons également probables pour admel et pour rejeter cette espèce de médicaments ; il croit dé pl toutes sortes de circonstances, même les dispositions particu des malades, peuvent changer un purgatif en diurétique sudorifique. En tout cas, il existe peut-être des médicarie évacuent certaines humeurs en les rendant soit plus abon dans la masse du sang, soit plus où moins mobiles ou pl moins épaisses ; d’autres produisent une évacuation eh agisé seulement sur l'organe glandulaire, Du reste, un médicam n’a pas toujours besoin de rouler avec la masse des h pour être porté vers l’organe sur lequel il doit produire aclion. On peut admettre aussi qu’il réside dans l'estomac
organe général, lequel influe à certains égards sur tous les autres, tliqui les modifie jusqu’à un certain point, suivant qu'il est versement modifié lui-même. Voilà comment un médicament Jour agir sur la tête n’a pas besoin de circuler avec les humeurs! n Helmont, ajoute Bordeu, nous en apprendra, sur ce sujet, plus que tous les autres es ensemble; mais qui lit Van
ice d (et les ne sont guère que des glandes) lorme un département dont on ne peut pas nettement déterminer létendue, mais où l'on remarque des actions périodiques isolées congénères, comme cela se passe dans les monastères, les pes, les campagnes, où les gens sont soumis à des règles les, et où chacun agit à la fois pour soi et pour la commuiauté (1). 1 y à donc une circulation générale et des circulations
dorps sont liés les uns avec les autres: mais ils ont chacun leur ‘istrictetleur action (2). Les rapports de cesactions, l'harmonie qui
(1) Comme complément de cette doctrine nous citerons le passage suivant : (L Ona considéré le corps vivant comme étant formé de deux moitiés égales et symétiques, adossées, et, pour ainsi parlér, collées vers son axe, de manière que les Jirties du même côté se communiquent souvent de haut en bas eten ligne directe, d foie à l'épaule et à la jambe droites, de la rate à l’épaule ét à la jambe gauches. BSanciens l’avaient très-bien observé, et les modernes l'ont beaucoup trop négligé. na vérifié, toujours d’après quelques aperçus des maitres de Gos, que le corps est Aussi Mage par ün plan qui suit la position horizontale du diaphe agme, et qui Wupel’axe en deux parties supérieure et inférieure, lesquelles se contre-balancent (ontinuellement par la résistance qu'oppose la masse des entrailles à la dépression du diaphragme : cette résistance intestinale cause en effet des phénomènes éton- Mints pour ceux qui savent les apercevoir et les calculer. — On à vu chaque organe, Mènie ceux qui paraissent de très-peu de conséquence, jouir, dans l’ordre et l’en- “inement des fonctions de son département, de son étendue d’action, plus ou ons sensiblement exprimée. C’est ce qui constitue les rapports de ces organes plus linoins évidents et qui aide à déterminer ceux qui sont congénères, qui agissent énmème temps, pour le même objet, et ceux dont les actions se croisent ou se détruisent mutuellement, » (Plan des recherches sur les maladies chr oniques.)
(2 JAu $ 126 Bordeu insiste sur la comparaison des glandes avec l'estomac. — Des deux côtés fonction et sensation particulières ; chacune travaillant à sa façon ce elle contient, chacune se débarrassant à ses hédles: chacune ayant un mouveüent différent de celui qui la fait vivre, Les mouvements vitaux ne sont jamais
tanés ; c’est une réaction contre une incitation ; ce qui est presque du brow-
en résulte font la santé ; si celte harmonie se dérange, soit partie se relâche, soit qu’une autre l'emporte sur celle q sert d’antagoniste, si les actions sont renversées, si elles ne vent pas l’ordre naturel, ces changements constitueront de ladies plus ou moins graves ($ 125). Chaque âge, chaque même, a ses organes, sous la dépendance desquels où duquel reste est placé; de là peut-être certaines maladies (1) elcerb tempéraments. 4 Tel estle système fédératif du grand organisme formé parla nion des petits organismes distincts, mais secondaires; c'est république fédérative où règne assez souvent l'anarchie. qui n’était chez Bordeu qu’un roman (2), a pris, pour les par! sans de la théorie cellulaire (sous quelque forme qu'elle sept sente), une apparence plus scientifique, mais, non pas encoM une plus grande certitude. 100
(4) Quand une partie s’enflamme, elle devient comme un organe particul a une action, une circulation et des fonctions à certains égards indépendantes la circulation générale ! L’inflammation paraît provenir de l'irritation exaltét quelque nerf, = e
« (2) En tout cas Bordeu assimilait, sans le savoir, les animaux supérieurs au maux inférieurs où la vie est, pour ainsi dire, fragmentaire. — Bordeu (voy. R cherches sur les maladies chroniques, part. I, théor. 4 et suiv., et le Plan de Do ù vrage) avait un triumvirat : le cerveau, le cœur et l'estomac, analogue au duum virat de Van Helmont (voy. plus haut, p. 484, note 4). — C’est par l’intermé du tissu muqueux ou cellulaire (voy. ses Recherches sur ce tissu) que s’opèrent.les actions continues et rayonnantes des parties les unes sur les autres; on peul appeler le tissu cellulaire un tissu connectif; la description qu’il en donne n’est du reste sans mérite. Puis voici que l’homme, si empirique en thérapeutiques montre Le plus inperturbable dogmatique en physiologie et en pathologie général car la pathologie d’après le tissu cellulaire ne le cède en rien aux plus forteshalluts nations des anciens, — « On à suivi dans ce corps cellulaire les esquissesou dessins des départements ; les bornes des forces qui se compriment mutuellem et qui, gravitant pour ainsi dire les unes contre les autres, établissent dans toutes les positions l’équilibre nécessaire aux mouvements si diversement variés dont 1 corps vivant est continuellement agité. Ces mouvements sont dus aux efforts inex tinguibles dans la partie sensible, et ils sont réveillés et entretenus par les tions de l'atmosphère, par l'impression de toutes les causes physiques, aliments autres; par les affections de l'âme pendant la veille et le sommeil, en santé ‘maladie, Sans cesse le corps tremble, frémit, s’agite, jusque dans le plus profonde ses moindres parcelles ; ces frémissements sont sans cesse gradués et dirigés pour entretenir la régularité et l'ordre des fonctions, et ils sont foncièrement soumis
Mbes Recherches sur les crises (1753) sont plutôt un ouvrage Htorique qu'un traité dogmatique, et, en ce sens, ces Recherfes ne manquent ni d'intérêt ni de piquant. Bordeu admet les bises et même les jours critiques, mais d’une façon trés-générale;
juaux législateurs de l’art, aux médecins philosophes (et ils sont, itil, très-clair-semés, même à Paris, l'an 1753), de soulever et de
nitié dans cette sorte de médecine phi/osophique ou transcennte, à laquelle il n’est peut-être pas bon que tous les médecins pulaires, je veux dire cliniques, s'attachent. En effet, on pourtdemander si ces médecins populaires ne sont pas faits la plupart pour copier seulement ou pour imiter les grands maîtres de hit. N'y aurait-il pas à craindre que ces esprits copistes ou imi- Waieurs, qui sont peut-être les plus sages et les meïlleurs pour la pratique journaliére de la médecine, ne tombassent dans le pyr- Monisme, si on leur laissait prendre un certain essor? Ce qu’il y “de certain, c’est . doit chercher ie eux ce te
{ant pour leur propre tranquillité que pour la ei des maades ($ 115-116). » — On voit que Bordeu traite assez lestement it vile multitude » de ses confrères.
Les Recherches sur le pouls par rapport aux crises (1756), où Bordeu se fait le disciple à la fois de Galien, de Solano de Luc- Ques, de son traducteur et commentateur Nihell, enfin de Sénac, bou. il cherchre aussi à réformer la nomenclature adoptée avant li(l}, achevèrent de le répandre dans la clientèle et de le perdre
hincipe de sensibilité qui dirige tout par des lois fort différentes de celles qui présilent aux mouvements des corps morts et sans Âme, On à aussi suivi dans le même “ps cellulaire les divers torrents d’humeurs aqueuses et autres qui, ainsi que les nuages dans l'atmosphère terrestre, forment les amas, les courants, les dépôts, les consestions et, en général, les causes matérielles et les résidus de presque toutes les hladies ot de leurs crises. Ainsi chaque partie a paru nager continuellement dans une atmosphère de sérosité, et y exister à la manière de ces insectes poissons si nom- “Dreux dans certaines liqueurs, » (Plan du traité des maladies chr oniques.)
(1) Bordeu a des distinctions très-subtiles de pouls, suivant les maladies des
auprès des médecins de Paris qu’il flagellait avec autant d diesse que d'esprit. Bouvart, l'honnête, mais le bourru, le: sier Bouvart, l’homme le plus attaché aux préjugés et aux viléges de l’École, l'homme qui ne pouvait ni subir un prog ni accepter un ranger, se montra des plus acharnés®] même jusqu’à accuser Bordeu d’avoir dévalisé un de seste qu’il avait conduit aux eaux de Baréges. Bordeu est décrété prise de corps, et il ne fallut rien moins qu’un arrêt de là“ du Parlement, en 1764, pour le décharger de toutes les im tions calomnieuses accumulées sur sa tête (1).
C’est pendant ce temps de persécution (1764) que Bord au jour ses Recherches sur l’histoire de la médecine, à pro de l’inoculation (1764), recherches que la Faculté se content vouer au mépris de peur de leur donner trop de crédit em condamnant solennellement.
L'ouvrage est mordant, spirituel parfois (2) ; mais l’aut montre une rare ignorance sur les matières de l’histoire, ebu crédulité qui ne recule même pas devant le ridicule: le t0 l’honneur de l’empirisme et de la médecine naturelle, ou exptt tante, jou encore des gardes-malades ; et cela, à la fois, contre «théoriciens qui lorgnent au microscope le der p! fibrilles du corps, qui mesurent le jeu du cœur et des artères, jugent du degré de tonicité des diverses parties du sang contre la persuasive ou impérieuse gravité des dogmatiques ot timidité du praticien qui n’ose rien tenter (chap. 1v, $3), com si lui-même ne répétait pas à tout propos que la nature es
diverses régions. Fouquet suit à peu près la même doctrine dans son Essais : pouls, par rapport aux affections des Principaux organes, 1767. 4 (4) Voici deux exemples des aménités de Bouvart : « Bordeu : Vous attaque mon honneur et ma probité. — Bouvard : Point du tout. — Bordeu : Vous regardez donc comme un honnête homme .— Bouvard : Non. — Bordeu: Sui donc un fripon ? — Bouvard : Je n’en sais rien. » — Comme Bordeu était foudroyé par une apoplexie, ses amis disaient que la mort le craignait si fort qu’ l'avait attaqué durant son sommeil. À quoi Bouvard répondit, faisant allusion pendaison : «Je ne croyais pas qu’il pût jamais mourir horizontalement | temps sont-ils changés? L'Invrdia medicorum pessima a-t-elle disparu ?»
(2) Il dit quelque part que les médecins guérissent toutes les maladies, e la dernière (chap. mm, 8 4).
BORDEU. — PHYSIOLOGIE ÊT PATHOLOGIE. 1167 Wacaéholicum, la vraie panacée.
ux, $ 109.)
is il s’écrie du tor d’un énergumène : « Mânes de nos célé- Héssectaires, ouvrages volumineux de nos doctes professeurs, rillants théoriciens, ardents réformateurs de notre art, les praliens vous jugent journellement auprés du lit des malades ; i seuls connaissent à cet égard le fort et le faible de vos tra-
(Voy. Rech. sur Le tissu mu-
ans ces mêmes Recherches (ch, 1, $ 2), Bordeu loue les Roins d’avoir vécu longtemps sans médecins patentés, et, dans Plan des maladies chroniques il appelle impudents cyniques qui oseraient soutenir qu’une société d'hommes peut exis- Sans le secours de la médecine. Bordeu veut bien la médele, mais sans les médecins. dogmatiques.
a maladie (4) est un dérangement dans les fonctions, dépen- Mitde quelque vice organique ou de l'action, soit augmentée, dbdiminuée, de quelque partie. Il appartient à l’école, non au liicien, qui doit se préserver de tout esprit de système, de lier la question de savoir si la maladie est un effort de la re pour se mettre en liberté et rétablir la santé, Mcontraire, une série de mouvements qui tendent à la destrucbn de notre organisme. Arrivant à des questions plus spéciales, Doneu explique les différentes phases d’une maladie. Dans une maladie caractérisée par Pirritation, la partie affectée &çoit d’abord une somme de forces plus grande que de couune; elle devient simplement plus animée ; on appelle cela ps d'irritation, lequel répond assez bien à celui de l’érecn d'uneglande qui se dispose au travail del’excrétion; quand le ouvement s’est accru jusqu’aux extrêmes limites, la maladie est
n second temps, celui de sa maturité, qu'accompagnent des
énomènes semblables à ceux de l'érection ou de l'orgasme d’une
ou si c’est,
JCe qui suit est tiré de la première partie des Recherches miques, Ce livre n’a guère d'autre mérite que de renfermer un assez grand Dre d'observations qui, presque toutes, sont présentées comme concourant à prouver l'efficacité des eaux minérales du Midi, en rendant lé ton ou 1 fbréélémentaire ; c’êst à cette démonsiration que sont consacrées les iv, Voyez aussi les dernières pages du Plan de cet ouvrage,
sur les maladies
a laxité à Ja parties LL et
glande ; enfin, lorsque la maladie est terminée, et que li part ainsi que la glande après son travail, a repris son reposou sur le point de le reprendre, c’est là le troisième ou dem temps, celui de l’excrétion complête (voy. p. 1169).
ou cause ; cependant elle se rencontre dans toutes. C’estum déplorable, aussi bien pour la théorie que pour la pratiqü regarder toutes les maladies comme étant inflammatoires (l}} qui a entraîné tant de médecins. Pour éteindre la source dec maux, Bordeu ne veut point relever une foule de questions mn tieuses qui n’ont que trop grossi les écrits de Vieussensebt Chirac, maîtres fameux en cette matière, sur laquelle on pou dire que les philosophes se sont joués. « On doit entendre, tinue notre auteur, par inflammation, un amas de sang, del ou de chaleur et de forces dans une partie, lequel s’est fait le moyen des nerfs et des vaisseaux qui la composent; ces V seaux, dont Les liqueurs peuvent se porter en avant ou enarnère fluer ou refluer, suivant la détermination des oscillations oude la force qui les meut, sont comme autant de puissances en tion dont l’effort est dirigé vers un centre particulier : le leu réside ce centre est ordinairement le tissu cellulaire, dont qu ques lames, entortillées entre elles, font le même effet qu épine enfoncée dans les chairs, de manière qu’on a eu assez raison d'appeler une partie enflammée furens, furieuse; p qu’étant devenue l’aboutissant de l'effort des autres parties, a une action considérable qui lui fait attirer ou repousserwiy ment les humeurs. Il y a dans toute inflammation vraie un ous) sieurs centres ou noyaux formés par la compression des du tissu cellulaire et par leur collement. C’est la facilité quo
ces lames à se coller entre elles lorsqu'elles restent quel temps sans action qui empêche qu’une partie enflammée.ne guérisse ou ne se résolve jamais parfaitement, comme le prou-. vent les callosités qu’on remarque toujours à la suite des milan mations vraies, du moins est-il bien certain qu’une résolution.
parfaite est alors un cas bien rare (2). »
(4) Voilà une réfutation anticipée de Broussais. (2) Recherches sur les maladies chroniques, 1° partie, $$ 23-28 et 30;
appuyant sur l'autorité de Van Helmont, Bordeu déclare que léstomac et les parties avoisinantes sont le siége ou l'écho du Jus grand nombre des maladies, car c’est là aussi que les nerfs abondent, ner/s gastriques, qui, se répandant dans touteslesparties dcorps, portent au loin les désordres dans les parties les plus Hoignées de l'estomac. — L'irritation produite par la compression Nes viscères gonflés sur le diaphragme est une autre cause de taladie, — La crise n’est qu’une suite d’excitation, attendu que Von peut rassonnablement comparer une maladie à une glande. Lart guérit les maladies en favorisant la crise, en facilitant la désobstruction des viscères et des parties. — Dans toutes
les malies il Y à trois temps : l’érrétation, la coction et l'évacuation Wiique. (Voy. p. 1167).
Sil y à dans l’œuvre de Bordeu un écrit qui mérite grâce, ct L q $
lésarme un peu l'historien, c’est sans contredit celui qui a pour litre : Recherches sur le traitement de la col
que métallique à hüpital de la Charité de Paris, pour servir à l’histoire de la Wique métallique, vulgairement nommée colique de Poitou fohica Pictonum seu pictorum). Ce traité est rempli de renseiénements précieux sur les pratiques observées à la Charité. Dest à cet hôpital qu’on envoyait tous les malades affectés de lite colique; on croyait même généralement que les religieux “aliens, qui possédérent longtemps cet hospice, avaient un arcane pour la traiter. Mais enfin l'empire du macaroni (c'était le nom de larcane ; il s’appelait aussi mochlique) commença à être ébranlé par le départ de ces religieux et par l'introduction d’une méde- Une plus rationnelle. Mais avant, les malades eurent à subir l’infirmier Stanislas qui comptait les saignées par douzaine, vingline, trentaine. D'abord on en faisait sept en l'honneur des sept
Jours de la semaine, puis une huitième pour que le compte fût dond; puis neuf, parce que |
Numero Deus impare gaudet ; etc., etc.
Le reste de la dissertation est consacré à Ja discussion des opinions émises par Astruc et Dubois sur les causes, la nature et
“traitement de la colique de Poitou. Ici encore nous retrouvons DAREMBERCG. 7h
le goût pour les hypothèses, mais aussi beaucoup de intéressants pour l’histoire de la maladie.
Bordeu a trouvé des admirateurs à Montpellier, mai saurait pas lui reconnaître un disciple considérable n1 um seur de sa doctrine. C’est une preuve que l'impression a produite n’a pas été trés-profonde et que la réputatio Bordeu est une réputation de circonstance. |
Aussi haut que l’histoire nous permet de remonter, voyons les philosophes et, plus tard, les médecins att@ rechercher le principe de la vie; il n’y a pas jusque dans Véda et dans Homère (1), où l'on ne rencontre quelques de ces préoccupations si naturelles. Les plus anciens philo étaient dans la bonne voie, sauf sur la question de l'éterni monde, lorsqu'ils cherchaient à expliquer la vie en dehorsdel idée métaphysique outhéologique, et par la suppositiond'uném tière organisée vivant en elle-même. Le problème s'est pliqué de plus en plus à mesure qu’on s’est éloigné de Jaso templation de la nature pour se perdre dans les régroni la philosophie. On doit ajouter aussi, malgré le respect spire la voix de l'Église, que la théologie, en s’annexant 10 $ domaines scientifiques, à singuliérement éntravé la solutionnt problème. La foi absolue s’est substituée, sur des questions ne lui appartiennent pas, au libre examen des lois physiques biologiques. Les plus hardis, ceux qui.n’employaient pas laMéf nition réputée orthodoxe, ou furent censurés quand ils s’en écal tèrent trop, où cherchèrent un compromis, aussi fâcheux pol la science que pour la théologie, soit en dédoublant l'âme, $ en lui donnant un ou plusieurs satellites, de sorte qu savait plus quelle part accorder à l'agent spirituel, immatéri qui fait de nous un être moral, intelligent, responsable, l'agent périssable, à moitié matériel, qui gouvernait la vie: quand une réaction s’est définitivement produite, on a Miolen ment arraché l’âme de son trône et l’on n’a plus voulu considérer que la matière, même pour expliquer la pensée. Lés philoso et les théologiens avaient eu si longtemps la parole, quil ait
(4) Voy. plus haut, p. 72 ct suiv.