TORTI
Je reprends maintenant, et par nationalité, les auteurs les plus importants dont j’ai donné la liste plus haut (1).
Torti (1658-1741) fut un des plus ardents réformateurs de la matière médicale et un des plus habiles promoteurs de la médecine clinique rationnelle ; il s’attira la haine des apothicaires et des galénistes ; mais, l’impulsion une fois donnée, il n’y avait plus moyen de résister. De tous les médecins italiens, et même de tous ceux du xvinr siècle, c’est certainement Torti qui mérite le plus d’éloges pour sa défense active et victorieuse du quinquina ét la distinction des diverses classes de fièvres intermittentes simples ou pernicieuses (2). On peut le regarder comme le second inventeur, après Sydenham, du traitement des fièvres intermit- Mientes par l'écorce du Pérou; il a signalé l’imminence du danger Miles fièvres pernicieuses, le moment opportun, l'usage des doses élevées quand cela est nécessaire, et prouvé que les cachexies qui
dans Bulletin, t. XXXII, p. 11928 et suiv.; 1866-1867), porte sur Pinel un jugement qui ne diffère pas de celui que je viens d'exprimer après une étude attentive de Ses œuvres principales, — Quelque temps après la lecture de M. Dubois, M. le doc- “icur Bouvier, membre de l’Académie, a relevé le gant (Bulletin, t. XXXIII, 1868, 384 et suiv.), et cherché dans un Mémoire fort habile à réhabiliter à la fois l'École de santé qui, je crois, n’était pas en cause directement, el la mémoire de Pinel comme “dinicien, Sur ce dernier point, j’ai le regret de l’avouer, mon savant et excellent tollègue ne ma pas convaincu, Je ne m'en rapporte pas aux pérases de Pinel, mais dux faits, aux résultats positifs, je veux dire à la méthode de classer les maladies, ou fosographie et à la clinique. Pinel avait les meilleures intentions du monde et le plus grand souci du salut des malades confiés à ses soins; mais pour ma part, je ne Woudrais pas d’un tel médecin, si philanthrope qu’il soit.
(4) Je note encore les Adversaria et consultationes (4744) de Lanzoni (1653- 1730) ; les OŒEuvres (1716),'surtout la Pyretologia (4704) et le traité De lue vencrea, 1689 (l'auteur tient pour l’antiquité de la maladie), de Musitanus (1635-1714), Diètre napolitain et médecin ; les Recherches historiques et pratiques de Fantoni (1675-1758), sur la fièvre miliaire, 1747 et 1762. Le mème auteur avait donné, en 1699, 1701 et 1746, de curieux recueils d’Observationes anatomicae.
(2) Therapeutice specialis ad febres periodicas perniciosas, 1709. L'édition de
1756 contient une Vie de l’auteur, par L.-A. Muratori, et les Responsiones ad fumazinum. Le premier et le deuxième livre renferment l'histoire du quinquina, les bpinions des auteurs sur son emploi ; le troisième et le quatrième sont consacrés à lexposition de sa méthode et au récit des nombreuses observations qu'il a recueilles; le cinquième est consacré à une discussion sur les indications et contre-indifations de l'emploi du quinquina dans les fièvres continues ou pseudo-continues,
suivent les fièvres intermittentes ne viennent pas du quinquin à aussi nettement reconnu les contre-indications du quinq dans certaines fièvres continues et continentes. Helvetius aw imaginé d’administrer ce médicament en lavement:; d'autre aprés l'avoir réduit en poudre impalpable, l’appliquaient en‘t0p que sur les mains. Torti (V, vr, 4) regarde l’emploi des topiques comme une méthode ridicule; quant aux lvemens il ne leur accorde presque aucune atadité et ne veut s’en servir que les cas où il est absolument impossible de faire prendre quelq chose au malade par la bouche; car, dit-il, mieux vaut essay un moyen d’une efficacité nique que de rester in devant un danger pressant. Cela était vrai du quinquina en po dre, ou de sa macération ou décoction, mais cela n’est plus vr du sulfate de quinine. ff Borsieri de Kanilfeld (1725-1785) est un des hommes qui0 lutté avec le plus de courage et de suecès contre l'adversitéMih dut tout à l’énergie de sa volonté et à la droiture de son CATAC= tère. Ses Institutions de médecine (1781-1785. Voyez surtout
Û l'édition de Hecker, 1826) sont en ce genre le livre le plus come plet et le plus sensé qu’ait produit le xvii° siècle. Ce qui dis tingue particulièrement cet ouvrage (outre qu'il est parserné ( de renseignements historiques et bibliographiques), c’est qu'iM est fondé sur l’observation de la marche et des symptômes des ms ladies. L'auteur, clinicien avant tout, a tenu peu de compte des systèmes ; mais il accepte en partie la doctrine de Tr Il a groupé les maladies en classes naturelles, telles qu “elles se dessinent et s’individualisent dans les cas les plus ordinaires. Les indications thérapeutiques sont tirées des mêmes considérations, ou plutôt elles dérivent d’un empirisme raisonné, c’est-à-dire, l'expérience qui prend pour base l'observation attentive desrés sultats obtenus et des rapports les plus apparents entre les à : ladies et les remédes. ne
Lorsque Borsieri quitta la chaire qu’il occupait à Pavie, iMul, remplacé momentanément par Tissot (1728-1797), Tissot le, médecin populaire dans le meilleur sens du mot, le médecimlit. térateur par excellence, et qui dut toute sa réputation, toule sa. vogue, à un certain bon sens médical, à un caractère facile, à ur
BORSIERT. — TISSOT. — CHEYNE. —. 1207
siyle coulant (1). Aussi mauvais professeur qu'il était bon prati- “en, Tissot n’a pas de doctrine, ou plutôt il a successivement foutes celles qui s'imposent. Son plus grand mérite est d’avoir, “par une traduction française, vulgarisé les Mémoires de Haller sur lirritabilité. Des nombreuses productions de Tissot, dont la Miéunion ne forme pas moins de onze volumes in-8’, il ne reste, comme des ouvrages de Berquin, rien, rien qu’un vague souvenir d'estime. Tissot, c’est le Berquin de la médecine.
Il serait aisé de ranger Cheyne (1671-1743) parmi les iatromécaniciens, car sa doctrine sur la fibre (2) concorde en grande partie avec les principes de Bellini et de Pitcairne ; toutefois les opinions de ce médecin touchant la constitution du corps animal sont trop originales ou, si l’on aime mieux, trop excentriques et “irop mélangées pour que je n’aie pas cru devoir le séparer des autres iatromécaniciens (3).
(L) Voy. dans Médecine, histoire et doctrines, ce que j'ai dit de Tissot, à propos de son Traité de la santé des gens de lettres.
(2) De natura fibrae ejusque lavae sive resolutäe morbis. J'ai sous les yeux l’édilion de Paris, 1741. L'auteur établit d'abord que les fibres sont composées d’une multitude innombrable de fibrilles ; il tient surtout compte de l'éusticité de la fibre; au $ 5 il énumère les affections de la fibre qui donnent lieu aux maladies, Soit par elle-même, soit par les canaux qui en forment le tissu. Quant aux Maladies chroniques il les rattache à la fois aux vices des humeurs et aux altérations de la fibre, Les maladies nerveuses, fixes ou passagères, sont caractérisées par un vice, soit de la sensibilité, soit du mouvement aboli, ou affaibli, ou perverti, én mettant à part les mouvements désordonnés, spasmodiques, convulsifs ou contractifs. Les impressions et les mouvements sensoriels ou psychiques dépendent de heorrugation et de l’oscillation de la fibre. — Cheyne admet le fluide nerveux. — La vie n’est, selon lui, que l’exacte circulation des fluides et l'intégrité des parties “solides ou fibreuses ; dans la pratique on doit, en conséquence, tenir compte des parlies solides, et c’est surtout par le régime qu’on parvient à maintenir et à rétablir la Santé. Lui-même, en raison de son état valétudinaire, avait fait une longue et Minutieuse étude dela matière alimentaire. — Le traité intitulé : FZuxionum Methodus universa, sive quantitatum fluentium leges generaliores, ad Pitearium, 1703, est un travail purement mécanique et mathématique : « études creuses à stériles », c’est Cheyne qui le dit lui-même. — Dans le Tractatus de infirmorum Sanitate tuenda, il n’y a aucun principe qui ne se trouve dans sa Méthode curative. (3) Voy. Natural methode of curing the diseases, ete., 4742 ; trad. en français, en 1749, par de la Chapelle, qui y à joint la description, l’histoire et la méthode de la fameuse transfusion du sang.
Dès le début de sa Méthode curative (Réflexions, etc., Sy}
Cheyne montre son penchant, limité cependant pour quelques"
unes des idées de Stahl. Les facultés naturelles de vivre, d'aper
cevotr, de vouloir, etc., leurs différents degrés et leurs différentes
modifications d'activité, de sagacité, de désir, sont, dit-il, essens
tiellement et uniformément inhérents à la substance spirituelle
chacune dans l’ordre et le degré qui leur est propre, quelque. espèce de corps que ces facultés animent ou vivifient. Quand l’âme ne fait pas éclater ces qualités essentielles et innées, cel
vient des bornes étroites où elle se trouve resserrée par la nature de la matière grossière qui l'enveloppe, et par les lois du COrpS qu'elle anime ou vivifie; obstacle étranger, mais insurmontable
au degré de son activité et de sa mobilité propre (1).
Cheyne admet la théorie de l'évolution; pour lui ($ 2) l'an
mal est aussi parfait, aussi complet dans son état Tombagine
(4) Cheyne (voy. $ 32) ne persiste pas avec une inébranlable constance dans
ces vues purement spiritualistes, car il fait bientôt intervenir la constitution-mêème du système nerveux pour expliqner les nuances et les grâces de la pensée, Jetransss cris ici ce curieux Passage : « À cause que le cerveau est pulpeux, et queles neriss
sont fort lûches, il y en a qui se sont imaginé que ces deux espèces d'organes w’élaient point du tout propres à recevoir ni à communiquer des vibrations ow des.
Ondulations, sans faire attention que la grande activité de ces substances r4den dans les membranes, dont chaque fibrille nerveuse ou chaque nerf infinitésimalest enveloppé ; ils sont fous enfermés et liés, pour ainsi dire, dans un sac membraneuxs où ils sont attachés ensemble par des filets de même espèce, Or tout le monde”sait.
que de tous les corps il n’y en à point de plus élastiques et de plus propres à trans: mettre des Vibrations, que les membranes, On ne peut guère douter que leursub=
Stance interne soit cellulaire, comme la moelle de jonc, et qu’elle ne soit unique-
ment destinée à faire la sécrétion d’une substance lactée, que quelques personnes pets
atentives appellent Ziquide nerveux ; Substance qui sert à entretenir leur élasticité, leur volubilité, et la propriété qu'ont ces membranes de pouvoir exercer des vibra= tions, en quoi consiste toute leur vertu mécanique. Les grâces, la facilité et l'élés.
gance de l’action de penser consistent dans la souplesse, dans la culture et dan
l'exercice habituel de ces organes nerveux, de la même manière précisément que, l’on acquiert les grâces du corps, les manières aisées et les façons aimables-par un
exercice convenable et par des actes répétés. Pour mettre en action notre facultéde penser, il nous faut faire usage de cette espèce d’exercice intellectuel, et faire jouer ces glandes nerveuses, de même que, dans l’acte de la vision, nous nous servons des
différents muscles pour étendre et diriger la prunelle à des objets qui sontà ung
distance convenable, »
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et spermatique qu’il l’est dans son état adulte ; mais il ne commence à être un homme que dans ce dernier état, lorsque ses cultés spirituelles, en agissant sur les organes matériels de son corps, n°y trouvent plus d’autre opposition que celle qui procède les limites de la matière; c’est-à-dire quand ces organes euxmêmes sont complets, développés et revêtus de l’éncrustation et des téguments qui leur sont propres, et dans lesquels l’ani- “nal doit continuer son existence pendant tout le temps prescit par la nature (1).
Qu'est-ce que celte éncrustation qui revêt les organes? L’auleur l'a trouvée dans son imagination (2), et il nous en explique Sinon la nature, du moins les usages aux $ 10 et suivants.
( La tunique ou la croûte qui couvre les fibres primitives et motrices, est destinée à les meltre en état de supporter sans douleur et sans violence les situations où elles doivent se trouver dans la suite ; à leur servir de gaine, à les défendre et à garantir leur délicatesse, leur sensibilité et leur petitesse extrême, de la dureté, de la rudesse et des injures des corps qui nous environent dans cet état de caducité et de délabrement où se trouve la demeure que nous habitons.
» La surface extérieure des viscères n’est pas sculement retouverte de tuniques et de membranes particulières qui sont les principaux organes de leur activité, et qui les défendent des injures des fluides ou des solides trop grossiers, ou de l'élément dans lequel nous. avons à vivre dans ce monde, mais encore
chaque fibrille particulière, quoique d’une petitesse qui approche “ie l'infiniment petit, et proportioncule linéaire d’un solide, pour ainsi dire éthérien et spirituel, est revêtue d’une tunique qui lui ist propre, pour la mettre à couvert de tout ce qui pourrait lui nuire, ec la rendre capable de servir à l'âme en qualité de véhiœule, pour en porter l’action aux différentes parties du corps, et rapporter à celte même âme l'impression des objets externes qui lenvironnent. Le tout est enveloppé d’une membrane tellement
(1) Voy. aussi S 7.
(2) Il ne peut guère s'agir, en effet, du tissu cellulaire qui, pour certains organes, remplit, à peu près, l'office attribué à l’incrustation.
construite, que plus les fluides qui l’environnent sont grossié et plus ils la compriment, plus elle croît en épaisseur, plus devient serrée et compacte, ainsi qu’on le voit à la paume mains et à la plante des pieds des gens qui font habituellement, des travaux rudes, de même qu’à la peau des pauvres gens-etdeu ceux qui ne sont point couverts!
» Chaque glande transpiratoire, chaque conduit excrétoiren faisant sortir une goutte de matière visqueuse que l’air coms prime, cette goutte s’aplatit et s'endurcit en forme d’écaille, afin de couvrir les orifices des glandes transpiratoires qui sont aus dessous. Cette écaille, semblable aux tuiles d’une maison, laisse son entrée ouverte, et néanmoins, par un mécanisme merveil leux, elle la défend contre les injures de l'air trop grossierel trop piquant, qui est l’aliment des animaux terrestres. La peau ou la cuticule de l’homme est entièrement composée des écailles qui s’endurcissent au besoin. On remarque dans les ans maux aquatiques un mécanisme analogue à celui-ci : c’estanes espèce d’écailles minérales plus dures qui mettent leurs tendies: fibres à couvert des impressions trop fortes de l’eau, élément plus dense et plus pesant que celui des hommes. Il est donc.clai que la mucosité et la cuticule sont d’une nécessité absolue, l'unë pour humecter et l’autre pour mettre à l'abri des agents externes les fibres délicates et sensibles. » ( Voici maintenant ($ 5 et 6) ce que Cheyne pense de la compos sition élémentaire du corps et de ses forces primordiales : |
« Tout ce que l’art le plus parfait de l'analyse a pu découvrit jusqu’à présent sur la composition intrinsèque des corps, semé duit à nous apprendre qu'ilssont composés : 1° de soufre, dues ou d'esprit ou de la matière du feu ; 2° de se/ ou de particules dures et solides qui ne peuvent être bien dissoutes que dans eat 3 d'air ou d’un fluide sec, rare, élastique ; 4° d’eau, c'est-à-dire. d’un fluide plus dense, sans élasticité et qui a la propriétés mouiller; 5° de terre, c’est-à-dire d’une substance grossière, inaltérable, permanente, qui est la base et le ciment des quatre. espèces de matière précédentes. La variété infinie des corps, toutes leurs apparences diverses, peuvent uniquement procéder du mélange et de la combinaison de ces matières, prisesen
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quantité et en proportions différentes. Je ne reconnais parmi les grands principes d'action, dans les corps petits ou grands, que l l'attraction ou la répulsion avec ses différentes lois ; 2° l’éJasticté ou la réaction; 3° la fermentation; 4° la chaleur, le feu ou sa matière et sa cause (1). »
La théorie de la nutrition ($ 8 suiv.) n’est pas moins singulière ; par quelques points elle se rapproche de celle des iatromécaniciens; par les autres, elle est une conception a priori de l'auteur lui-même.
« Afin d’être nourri pendant quelque temps et de faire les fonctions animales, c’est-à-dire d’être en action de vie, il paraît qu'il suffit absolument que la grandeur des particules destinées à la nourriture soit proportionnée aux orifices qui les reçoivent, ainsi qu'aux orifices excrétoires, ou que ces particules ne soient pas plus grosses que le diamètre de l'ouverture des vaisseaux où elles doivent couler, afin qu’elles puissent entrer avec facilité dans les canaux qui leur sont propres, et y être charriées où
silconvient; car dans les endroits où elles se trouveraient d’un
trop grand diamètre, elles y causeraient nécessairement des obstructions, de la douleur, et enfin la mort ou la destruction de la machine. Elles peuvent être moins grosses que ces orifices sans aucun inconvénient, mais il ne faut pas qu’elles le soient plus. »
Cheyne conclut que, si les particules des aliments étaient réduites en leurs atomes primordiaux et indivisibles, elles ne seraient pas en état de réparer les pertes, de rétablir les ruptures, ou de remplir les vides qui se font perpétuellement dans le corps par les seules actions de la vie et par celles des fluides qui nous environnent. De plus, en raison de leur solidité et de leur degré d'attraction qui croît à mesure que leurs particules devienneatplus petites, jusqu’à ce qu’elles aient atteint les dernières limites de leur division, elles s’attireraientles unes lesautres et se réduiraient en cristaux ; par conséquent, elles formeraient des corps d’une composition différente de celle qui constitue la chair et le sang. Ô
(1) En tout ceci, Cheyne s’appuie fort souvent sur les ouvrages de Bryan Robinson. Voy. plus haut, p. 881.
Pour Cheyne, cette manière de concevoir l'aliment ne reste pas au simple état de spéculation ; il en tire des conséquences pratiques, qu’il cherche même à appuyer sur des expériences dé Geoffroy relatives à la quantité de matière nutritive que contiennent les diverses espèces d'aliments. Il admet donc que les pars ticules les plus propres à la nature sont celles qui ont une com» position et une grandeur moyennes, une texture rare, poreuseel spongieuse, ou qui tiennent le milieu entre les particules coms posées de soufre et de sel, et celles qui participent plus des autres éléments, c’est-à-dire de l'air, de l'eau et de la terre sc sont les plus petites particules intégrantes des substances anima les et végétales. C’est une des raisons pour lesquelles les liqueurs fermentées, les esprits etles fluides distillés (1), de quelque espèce qu'ils soient, sont si contraires, si dangereux ou si funestes aux corps des animaux. Quant à la chair des animaux, il faut préférer les viandes blanches, jeunes, tendres ; le lait (voy. $ 26), le pan, lesvégétaux (2), fournissent ensuite les meilleures substances pour lanutrition. Il est vrai qu’untel genre d’alimentation ne donne pas une très-grande force, parce que ces substances se digèrent plus vite que les autres et sont plus fugitives; mais elles corrigenb merveilleusement l’acrimonie des humeurs, procurent plus d'ai sance dans les fonctions, et un bien-être complet.
La coction des aliments dans lPestomac ($ 22; voy. aussi 27) semble être le résultat d’une action douce, d’une chaleur modérée, d'une coction aidée, pour la transformation en substance animale, par la grosse glande de l’estomac (pancréas?) et par les autres
() « La même chaleur qui fait mürir les raisins et les fruits tardifs continuant à agir sur eux, quand on les comprime et qu’on les enferme, est cause de leuriers mentation, moyennant quoi leurs particules séparées et dégagées se mettentMen action, et par leur attraction propre et leur pesanteur elles tendent à se distribuer dans leurs différentes classes ou leurs différents ordres : après qu'une grande-partie des particules terreuses, aériennes et aqueuses s’est dissipée, les sucs commencent à devenir vineux; par là une plus grande quantité d’esprit inflammable s'yunitet s’y concentre ($ 17). » =
(2) « Les substances animales et végétales diffèrent principalement dans les pros portions des principes élémentaires de se/, de soufre, d'air, d’eau et de terre, qui y sont contenus. Les deux premiers principes, le sel et le soufre, dominent “dans les substances animales ; dans les végétaux, c’est l'air, l’eau et la ferre (S 19)»
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glandes plus petites, conjointement avec l’action musculaire des membranes, des artères et des veines ; à quoi Cheyne ajoute plus loin l’action musculaire des premières voies et de l'abdomen. Quant à la conversion du chyle en sang, elle est due à l’action du «moulin pneumatique, » c’est-à-dire du poumon, et du nitre de l'air. La couleur rouge des globules (1) vient « d’une certaine grandeur des particules superficielles, » de l’air et du nitre. Le sang, du reste, ne reçoit sa dernière perfection (Sylvius de le Boe est aussi à peu près de cet avis; voy. plus haut, p. 552) que dans des glandes particulières.
Perdant un moment de vue ces vaines hypothèses sur les conditions de la nutrition, Cheyne entrevoit les bonnes doctrines à propos du sang ($ 28). « Ce sont, dit-il, les globules rouges qui font la partie grumeleuse du sang ; on en trouve même beaucoup dans la sérosité qui sont d’une couleur plus blanche; et il y a apparence que ces derniers globules sont les vrais globules de la nutrition, qui servent à boucher les crevasses des fibres, à en réparer les pertes, et à épaissir les fibrilles primordiales. Quand là sérosité devient grossière ou lixivielle, la plus grande partie de ces globules rouges se compriment, se crévent ou s’aplatissent, moyennant quoi les grumeaux devenant sombres et noirs, ces globules perdent leur première beauté, leur couleur, leur grandeur et leur forme originelle. Les globules d’huile et de vinaigre que l’on mêle avec beaucoup de rapidité présentent un modèle bien évident de cette opération de la nature. »
De la théorie des aliments à celle des médicaments, il n’y a pas bin, et Cheyne franchit vite la distance. Il est d’avis (8 36) que les médicaments agissent principalement par leurs qualités les plus éminentes et les plus sensibles. « Comme ce sont des corps mixtes, la propriété qui domine le plus en eux, et celles des molécules intégrantes qui y abondent le plus, sont principalement
(4) « Les globules du sang se forment dans les gros troncs des artères et des vemes, même dans les intestins et dans les réservoirs du chyle, par l'attraction innée de leurs parties les plus fines ; une particule centrale ou d’air le plus subtil, ou de sel, ou de soufre attirant à elle toutes les molécules qui se trouvent dans la sphère le son attraction, c'est une mécessité mécanique qu’elle devienne un globule
A24u MÉDECINE PRATIQUE AU XVILI® SIÈCLE.
ce qu’on y considère en médecine. » C’est à peu près l’opinionde
Cullen. Il en est des particules intégrantes des médicaments
comme de celles des aliments; dans leurs opérations elles se bris sent et se divisent ; mais ensuite elles se rassemblent en partie
dans les artères capillaires, dans les viscères et dans les glandes,
pour servir aux différents usages de la nature ; elles conservent toujours leurs qualités principales et dominantes, ainsi qu'on
l’observe souvent par le goût, la couleur et l’odeur des sécrés
tions (1).
Les fièvres(sect. IT, ch. r1x, $ 1) sont caractérisées par un mouvement excessif du sang (mouvement que décèle le pouls dont dérangement provient de la surabondance des globules devenues trop denses et troptenaces), et par l’amertume de la bouche. Cette amertume poussée à ses dernières limites accuse une forte acri monie des humeurs, et cause les fiévres putrides.
Huxham (1694-1768) est un des meilleurs observateurs.dé l'Angleterre. Il vivait à Plymouth. Son Traité des fièvres estres marquable par la part qu’il accorde à l’élément inflammatoire. Il prescrivait le quinquina comme antiseptique dans la petite vérole, ainsi que Brown le fit plus tard. Il employait hardimént l’opium dans les inflammations, toutefois après les évacualions sanguines. On lui doit aussi une très-bonne description (1757) dé angine gangréneuse, maladie qui semble avoir commencé à séwir de 1610 à 1620, et qui fit en Angleterre de très-grands ravages au xvIn® siècle; 1l la traitait par le quina, l'acide sulfuriqueæt d’autres remèdes analogues. Il a décrit une espèce de typhus ap pelée fièvre lente nerveuse d'Hurham.
Pringle (1707-1782), élève de l'École de Leyde, plus savant que Huxham, à exercé sur de plus grands théâtres, a occupé des postes plus éminents, et a rendu de plus grands services à l'An gleterre en appelant l'attention du gouvernement sur l'hygiène des hôpitaux, des camps et des vaisseaux. Son ouvrage Surdes maladies des armées (1752) a si peu vieilliqueM. Perrier, médecm
(4) Parmi les médicaments qui répondent le mieux aux vues de Cheyne, Ali en a point de supérieur au mercure ; c’est «la vraie panacée cherchée par le sage), contre les maladies héréditaires, les faiblesses, les putridités, et les maladies chro” niques: