‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 239 sur 260 · HUXHAM.. — PRINGLE. — LIND. — HÉBERDEN · texte numérisé non relu

HUXHAM.. — PRINGLE. — LIND. — HÉBERDEN

principal de l’armée, a cru devoir faire réimprimer une ancienne traduction française (1771), en l’accompagnant d'une longue étude complémentaire et critique (1). Pringle, longtemps attaché aux armées, ne parle que de ce qu'il a vuet observé, surtout dans les Pays-Bas pendant les campagnes de 1742 à 4748 (guerre de la succession d'Autriche). Le traité est divisé en trois parties : de l'air el des maladies des Pays-Bas ; des maladies desarmées en général ; observations sur les fiévres inflammatoires rémittentes, suivies de recherches sur les fièvres des hôpitaux et des prisons. Les Expémences sur les Substances septiques ou antiseptiques ne sont pas lrès-rigoureuses ni toujours très-probantes, en raison du temps où elles ont été faites (2), cependant elles méritent qu’on ne les oublie pas tout à fait. Pringle a été attaqué avec plus de véhémence que de justice par de Haen, esprit jaloux et emporté ; le médecin anglais lui a répondu très-pertinemment et avec calme. Lind (-- 1794) a voulu aussi aussi être utile aux armées leterre et de mer en publiant son célèbre Traité du scorbut (1758, traduit en français par Savary en 1756), traité si rempli de renseignements historiques et de bonnes observations cliniques, qu'il sert encore de guide aux praticiens. C’est un de ces livres

“qu'on peut appeler impérissables : car ils reposent moins sur des

hypothèses que sur un grand nombre de documents authentiques. Les médecins anglais qui exercent sur les flottes, dans les camps où aux colonies, semblent avoir présents à l'esprit les modèles et les exemples que leur ont donnés Lind et Ringle. On doit encore à Lind un Mémoire Sur la santé des marins (1757) et un ourage important Sur les maladies des pays chauds (1768).

On range communément W. Heberden (1710-1801) parmi les grands cliniciens de l'Angleterre ; il semble qu’en effet il a été lort recherché par la clientèle de Londres ; toutefois, ses écrits

> (1) Peut-être le texte n’est-il simplement qu’un tirage extrait de l'Encyclopédie médicale, publiée par Bayle.

(2) On sait que Pringle traitait la dysenterie (où il reconnaissait beaucoup moins d'espèces que Sydenham) par un mélange de quinquina et d’opium ; il croyait, par suite de ses expériences, que l’opium retarde la putréfaction. IL à beaucoup contribué à propager l’usage de la liqueur de Van Swieten contre là syphilis, — Les éruptions pourprées, dans les fièvres graves, lui semblaient être le résultat d'une crise et non du traitement échauffant ou sudorifique exagéré.

sont plutôt d’un savant que d’un praticien (1). Rappelonsssets

lement ici que c’est lui qui a le premier donné à un groupe de symptômes mal définis le nom d’angine de poitrine ebual rangeait cette maladie parmi les névroses (2). |

Au nom de Fothergill (1712-1780), auteur de beaucoupde mémoires disséminés dans divers recueils, se rattache le traites ment de l’angine gangréneuse ou Garrotillo (An account one putred sore-throat, 1757; voy. plus haut Huxham, p. 1214), par Jes vomitifs, les antiphlogistiques, les boissons vineuses, les acides minéraux, les cordiaux et les amers, traitement qui avait été révélé par le docteur Letherland. Stoll suivit également cette pratique qui était aussi employée depuis quelque tempsen Espagne (3). Fothergill se fit autant de réputation par sa biens

(4) Isont été réunis sous le titre de Commentaries on the history and cures diseases, 1802, traduits la même année, en latin, sous le titre : Commentanide morhorum historia et curatione. Ce volume comprend la collection presquecoms plète des Mémoires ou Notes qu'Heberden avait publiés en grande partie danses Transactions médicales de Londres. Une brève notice biographique est placécmer tête du volnme. — On remarquera particulièrement les mémoires ou Les notesssur l’arthrite, l'asthme, les eaux de Bristol, la chorée, les nodosités de la dernièrepht lange des doigts et qui n’ont aucun rapport avec la goutte, le purpura, le rhumas tisme, la toux convulsive, enfin l'angina pectoris, placée ici sous le titre : Dolonpec= loris.

(2) Voy. le mémoire de Zechinelli, intituté : Sopra una malattia di Senecandla lui descritta sotto il nome di suspirium nella sua lettera, 54 ; Padova, 1817 Avant Heberden (21 juillet 1768), Rougnon (Le 23 février 1768) avait décrit mais non dénommé l’angine de poitrine dans Lettre à M. Lorry sur la mort de M. Charles, capitaine de cavalerie. Heberden ne connaissait vraisemblablement pas cette Lettre, La note d'Heberden, lue, en 1768, au Collége des médecins de Londres, n'a étépus bliée dans les Medical Transactions de ce Collége qu'en 4772 (t. II, p. 59):Moys aussi dans le vol. III, p. 4 et suiv., année 1785, deux Lettres sur le même sujet, adressées au docteur Heberden. :

(3) L'auteur donne un bref et substantiel historique de cette maladie, quon observa pour la première fois en 1739 à Londres, où on l’eut bientôt considéréen comme une affection sui generis. — Les œuvres complètes de Fothergillontété publiées par Lettsom (1783-1784) en trois volumes in-8°. Elles comprennent;ensce qui intéresse la médecine, les mémoires suivants : De l’usage des émétiques.dans diverses maladies (l'auteur s’y montre fort admirateur de Bocrhaave); sur les cauxset les maladies de Londres; sur un cas de rupture du diaphragme avec déplacement de quelques viscères chez une fille de dix mois; remarques sur la cure de l'épilepsie, et des flux ; sur l’usage du quinquina dans les affections scorbutiques ; sur lhydios

FOTHERGILL. — FORDYCE. 1917

laisance envers les pauvres, par sa générosité princière pour le progrès des sciences naturelles, que par son heureuse pratique dans la ville de Londres.

Georges Fordyce (1736-1802), ami de Cullen, ct élève de lÉcole de Leyde, aussi habile physicien et chimiste que savant médecin, à publié des recherches neuves et précises pour le lmps, sur la température des animaux (On experiment on heat, 1787). Dans un autre travail (A éreatise on the digestion of food, 1791), il range la nutrition sous l’action des lois viles, enlevant presque entièrement cette fonction à la mécanique et limitant l'intervention de la chimie pure. Le même George Fordyce à aussi publié une série de très-importantes disserlations Sur la fièvre simple (éphémère), 1794; Sur Les fièvres intermittentes, tierces régulières, 1795: Sur les fièvres inter-

“nitentes irréqulières, 1802; et Sur leur traitement, 1802; Sur la fièvre continue, 1798; et Sur son traitement, 1799 : enfin Sur les fièvres continues irrégulières, 1803 (ouvrage poslhume). Les Éléments de médecine pratique (1767-1791) sont divisés en deux parties : Histoire naturelle du corps humain ; Méthode de traiter les fièvres et les inflammations externes. Quoique très-courte, l’histoire naturelle, ou physiologie, du corps humain prouve que l’auteur est un savant éloigné de presque outes les vaines hypothèses. — De William Fordyce (1 724-1799),

j8 ne connais que son Traité des maladies vénériennes, 1767

l'auteur préconise le mercure même dans la gonorrhée, et il

bâme Sydenham de purger dans cette affection) etles Fragmenta thrurgica et medica, A78h, où Fordyce traite briévement des tbcès du foie, des maladies de l'anus, de l'asthme, des calculs blaires, du danger des ceintures de mercure usitées contre la gale, du cancer, de la colique, de la dysenterie, des fièvres intermittentes, de l’hÿdropisie, du rhumalisme, de la saignée, etc. le plus souvent une ou plusieurs observations parliculicres, lonnent lieu aux diverses remarques ou notices. Fordyce a aussi

téphale, la consomption, l’hydrophobie, l'angine de poitrine, et l'em ploi de divers médicaments. Le 3° volume contient une longue vie de Fothergill, écrite par (uming.

aussi publié, en 1778, un ouvrage qu’on dit très-pratique Sun l’angine gangréneuse.

Macbride est surtout un nosologiste (4) qui plus de dixvans avant Pinel avait appliqué, en invoquant l'autorité de Sydenham; à la classification des maladies, la méthode analytique (M) employée dans les sciences naturelles; il a des classes mes ordres, des genres, des espèces (LIL, 2); il distingue les syms ptômes en essentiels et en secondaires (I, 1) ; c’est sur l’examel de ces symptômes qu’il fonde sa nosologie, imitée du reste de celle de Cullen (2). Or, si l’on veut bien se reporter à ce queJ'a dit plus haut de Pinel (p. 1201), on verra que des deux côtés ce sont à peu près les mêmes principes, ce qui ôte à Pinel même le mérite de la nouveauté.

Dans sa physiologie, Machride ne veut ni tout expliquer panle mécanisme, ni attribuer l’omnipotence à l'âme ; mais il n’estpas très-ferme sur ses opinions ; ici (L, 8), il soutient que les foncs tions du système nerveux échappent aux raisonnements mécas niques ; là (E, 4), il admet volontiers que ce système est, comme le fluide électrique, le siége de vibrations continues et à l'aide desquelles, sous le ministère de l'âme, se transmettent mêmes impressions ou les sensations et s’opérent les mouvements} ailleurs (1, 8) il reconnaît comme premières puissances dansé conomie animale l'attraction et la répulsion électives (il lessaps pelle forces inanimées) et l'irritabilité qui est une force vitale inhérente aux fibres musculaires. Ge sont les divers états delà fibre qui constituent la diversité des tempéraments (Il, 2)la maladie n’est qu’une série de phénomènes opposés à ceux dela

(4) Methodical introduction to the theory and practice of the art of medicine, 1772. Trad. en français par Petit-Radel, 4787, sur la 22 édit. — Vicq-dAz dans l'Éloge de Macbride, le vante beaucoup comme accoucheur et comme chimistes Voy. pour ce dernier point l'ouvrage suivant : Experimental essays onthe folles wing subjects : I. On the fermentation of the alimentary mixtures, HN the nature and properties of fixed air. III. On the respective powers andmannemol acting of the different kinds of antiseptics. IV. On the Scurvy ; witha proposal for trying new methods to prevent or cure the same, at sea. V. On the,dissalvent power of Quick-Lime (chaux vive), 1764.

(2) Voy. sur les classifications en pathologie, Béhier et Hardy, Traitéélémens taire de pathologie, 2° édit. , t. IT, p. 4 et suiv.

MACBRIDE. — BAILLIEs 1219

santé; Macbride en a même dressé le tableau sur deux colonnes

(I, 1). Les maladies sont divisées en générales, locales, sexuelles et maladies de l’enfance ; ces quatre classes se subdivisent en ordres, qui à leur tour comprennent des genres, lesquels se fractionnent en espèces ; ily a même, en outre, des variétés. L'auteur a donné une exposition critique des nosologies publiées avant la sienne.

Les méthodes thérapeutiques sont au nombre de cinq; car les indications à remplir se rapportent à l’augmentation, ou à la diminution, même à la suspension des mouvements du système vasculaire ; aux désordres du système nerveux ; à la correction des matières nuisibles qui existent, soit dans les premières voies, soit dans la masse des humeurs; enfin à régulariser les sécrétions augmentées, diminuées ou perverties.

Je n’ai rien vu qui fût vraiment digne de remarque dans la pathologie spéciale. I suffit de dire que c’est un instructif et substantiel résumé de l’état de la médecine en Angleterre surtout, et que la thérapeutique y tient une place assez importante. Macbride ne dissimule pas, du reste, qu'il a pris un peu partout et qu’il n’y a guëre que la rédaction qui lui appartienne ; il cite les auteurs qu’il a mis à contribution. Les seuls ordres de maladies que Macbride ait traités sont les fièvres, les inflammations, les flux, les maladies douloureuses, les incapacités et privations, les affections spasmodiques, les maladies mentales et les maladies humorales.

Voici quelques propositions tirées de la préface de l’Anatomie pathologique (The morbide anatomy, 17938 et 1797; trad. de l'anglais sur la 2° éd. par Ferral), de Matthew Baillie (1761-1823), Quoique la connaissance des altérations pathologiques ne con. duise pas avec certitude à la connaissance de l’action déréglée qui les a produites, ces altérations bien observées doivent servir de base à toute théorie pathologique. Nos progrès dans la connaissance des maladies doivent garder une certaine proportion avec l'étendue et l'exactitude de nos connaissances en anatomie pathologique. Distinguer les altérations de texture, souvent confondues, permet une observation plus attentive des symptômes qui accompagnent les actions morbifiques, perfectionne le dia-

onostic, ét fournit le moyen de corriger les théories hasardéess Baillie appelle l’ouvrage de Morgagni un livre étonnant (st

pendous) et dont aucun éloge ne peut égaler le mérite, quoique

la description soit trop générale ou contienne bien des détails

accessoires. L'auteur étudie successivement l’anatomie patholos

gique des organes cardiaques et pulmonaires, de la glandemhy

roïde, du larynx, de l'abdomen , du tube gastro-intestinal etrde

ses appendices, des organes génitaux urinaires, enfin du cerveau En général, c’est bien de l'anatomie morte, c’est-à-dire de l'anas

tomie à peu près stérile, en ce sens qu’il y a peu de remarques

sur l’état du malade durant sa vie; de plus, les descriptionssont

trop brèves. — Un bel atlas (1803) accompagne l'ouvrage, mais

il a le grand défaut de n’être pas colorié. — Je n’ai point à parler

ici d’un autre ouvrage du même Baillie, publié en 1825, etunti

tulé Lectures and observations on medicine ; cet ouvrage appars tient au xix° siècle.

À moins de deux siêcles de distance l'Angleterre a produitdes deux hommes qui ont rendu le plus de services à la science et l'humanité : Harvey et Jenner. Par ses principaux écrits, Jenner (1749-1823) appartient au xvin° siècle (1); toutefois la grande controverse entre la vaccination et l’inoculation (dont il faudrait également faire l’histoire) date des premières années du xx mais ce sujet, si vaste par lui-même et qui vient encore d'être agrandi par les discussions retentissantes qui se sont produites à l'Académie de médecine de Paris, mérite un examen particu lier ; je ne voudrais donc pas effleurer ici un tel sujet qui rentré mieux d’ailleurs dans une histoire de la pathologie, histoire que je me propose de rédiger très-prochainement puisque j'enan rassemblé les immenses matériaux à travers des milliers de volumes. Lors des Conférences historiques de la Faculté demés decine de Paris (1865), M. le docteur Lorain a pris Jenner pour sujet de son discours; j’y renvoie volontiers pour la biographié scientifique de l'inventeur de la vaccine, de l'élève privilégié. du célèbre J. Hunter, et pour l’esquisse de l’histoire de l’inoculas

(1) Une Vie très-détaillée et très-bien faite de Jenner a été publiée enMdeux volumes par John Baron, Londres, 4827. à

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