‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 240 sur 260 · JENNER. — VAN SWIETEN · texte numérisé non relu

JENNER. — VAN SWIETEN

tion et de la vaccination, en mettant toutefois en garde contre les conclusions de l’auteur relativement aux origines historiques de la variole ; notre honorable confrère n’a pas consulté les ouvrages les plus récents et les plus accrédités, ouvrages qui reculent de beaucoup, pour l'Occident, la première apparition de celte maladie.

Nous passons maintenant à la fameuse école clinique de Vienne (1), où l'on rencontre tant d’hommes supérieurs, peu cependant qui aient acquis plus de renom que les médecins anglais ou italiens que nous venons de signaler. Le mérite capital des médecins de Vienne consiste moins peut-être dans la nouveauté des aperçus et des résullats que dans l'importance qu'ils ont donnée à l'étude de la médecine clinique et dans la généralité de

-lcurs écrits.

Van Swieten (1700-1772), Hollandais d’origine, élève particulier de Boerhaave, dut aux petites misères qu’il eut à subir comme catholique d’être choisi pour médecin par Marie-Thérèse. Il n’usa de son grand crédit que pour fonder et faire libéralement doter une école de médecine clinique à Vienne ; il fut le soutien, le directeur de cette école. S'il ne fut guère que l’écho des doctimes de Boerhaave dans ses écrits et son imitateur dans la pralique , il se montra du moins un homme des plus érudits et il a tendu un immense service à son maître en commentant les Aphotismes (2).

Dans ses Constitutions épidémiques observées à Leyde (éd. de Soll, 1782), Van Swieten remarque que les maladies les plus fré-

(1) Voy. pour l'histoire de cette École (formée à limitation de celles d’Utrecht sb de Leyde, établies en 1636, l’une par Van der Straten, et l’autre par Heurais) le savant travail de Hecker dans Geschichte der neuren Heilkunde, Berlin, 1839. Pauteur donne la Vie de Van Swieten, de Haen, et de Stoll; il analyse méthodiquement et juge leurs ouvrages. Les autres célèbres médecins ou chirurgiens ippartenant à l'École de Vienne (par exemple Plenck, Plenciz; Trnka, dont les tombreuses et savantes monographies sont bien connues, Stoerk, Crants, Collin), durant le xvin£ siècle, trouvent aussi leur place dans celte étude, Des notices biographiques et une ample bibliographie terminent le volume. (2) Voy. plus haut, page 904, note 4.

quentes ont été les fièvres bilieuses aboutissant souvent aux putrides, et que les aphthes se développaient surtout quand on avait omis les purgatifs et les vomitifs ; iltire ses indications des sym®* ptômes; il n’use pas de vésicatoires, mais de fomentations avecle lait et le savon dans les pleurésies bénignes, et se montre du reste opposé aux vésicatoires dans les maladies aiguës, excepté dans l'arthritis. Puis, chose étrange! il ne veut pas de quinquina dans les fièvres automnales, qu'il traite volontiers par des dissolvanis salés et les amers ; dans les fièvres tierces il purge six heures avant l'accès : il prescrit l’opium après l'accouchement; dans la prés mière période de la variole il saigne légérement et administre des boissons délayantes en abondance. | Van Swieten eut pour successeur Stoerck (1741-1803) comme directeur de l’École de Vienne. On doit à ce médecin unesérié d'ouvrages fort remarquables sur les propriétés et l’emploithés rapeutique de la ciguë, de la stramoine, de la jusquiame, de l’aconit, du colchique et de la pulsatille (4). Mais ni le nomde l'auteur ni les médicaments nouveaux qu’il préconisait nest répandirent d’abord au delà de l'Autriche. La thérapeutique reslà en effet plus longtemps encore engagée dans les vieilles formules que la médecine dans les vieilles théories. |

Les deux élèves les plus distingués de Van Swieten furentde Haen, Hollandais de naissance (1704-1776), et Stoll (1742-1788) qui tous déux devinrent rivaux. De Haen n’a dû sa renommée qu’à son seul talent de praticien, car il n'avait aucun des aan tages extérieurs qui assurent le succès; il supportait mallla contradiction, montrait beaucoup de morgue et portait envies toutes les réputations qui, sans menacer la sienne, pouvaient'du moins l’égaler. À cela près, c'était un homme bienfaisant, ho: noré pour la fermeté de son caractère. Sa mort, comme aussi celle de Stoll, fut un deuil pour la cour et pour la ville.

(1) Son Annus medieus (1779-1790) renferme une foule de matériaux précieux pour l'histoire des maladies aiguës et chroniques.— Les Praecepta medico-praeticns traduits de l'allemand, par J.-M. Emschosulen, 4794 (2° édit., en 2 volin-80} sont un manuel de médecine pratique, surtout un Memento thérapeutiquevempli

de formules et destiné plus particulièrement aux médecins qui exercent danses” armées et à la campagne. ‘

STOERCK. — DE HAEN. 1293

La méthode de de Haen consiste non pas à décrire les cas les plus importants, mais à donner un résumé systématique et critique de presque tous les faits qui se sont présentés à son obseration, jour par jour, heure par heure ; il notait tous les phénomènes, les changements dans les fonctions, les lésions de diverse sorte, les doses et les effets de chaque médicament. Sonlivre (1) renferme plus de mille observations. L'auteur s’excuse de paraître un homme singulier, attendu qu’il n’a pas les opinions de tout lemonde ; mais il ajoute finement que c’est seulement auprès des gens mal instruits qu'il aura cette réputation ; car, dit-il, lorsqu'on lit les monuments de notre science on voit à quelles conditions et comment s’opèrent les progrès.

Ses modifications aux idées reçues portent principalement sur les fièvres malignes, la fièvre nerveuse, les règles relatives aux émissions sanguines et le traitement prophylactique de la peste. D'un autre côté, de Haen ne craint pas de changer d'opinion quand il quitte l'erreur pour la vérité, et il se déclare prêt à discuter scientifiquement avec toute personne qui voudra bien accepter un débat sérieux.

De Haen insiste sur la distinction des maladies en bénignes et en malignes : distinction féconde pour la pratique, mais qui, il faut le remarquer, n’est que secondaire pour la théorie ; car le fond, la nature des maladies ordinairement bénignes et qui deviennent malignes, n’est pas changé pour cela; il n’y a que des circonstances particulières ajoutées ; quant aux maladies qui sont ordinairement malignes d'emblée, elles le sont en raison même de leur constitution, car la bénignité accidentelle des maladies malignes n’altère pas non plus leur nature. De Haen semble le reconnaître lui-même, puisqu'il dit que depuis l'éphémère tout peut être malin, et depuis la peste tout bénin.

Le peu ou le trop d'intensité des causes n’est pas ce qui détermine la malignité ou la bénignité des maladies, comme le croit de Haen. Nous ne connaissons pas assez la nature des causes, leur poids dans la balance, ni leurs rapports avec les symptômes pro-

(1) Ratio medendi, ete., 15 vol. in-8°, 1758-1773. Un excellent index est ajouté à l'ouvrage, — De Vigilis, dans sa Bibliotheca chirurgica, à noté tout ce qui dans le Ratio medendi se rapporte à la chirurgie.

duits pour établir une exacte proportion. Telle cause, en apparence pelite, peut produire une fièvre typhoïde, une pneumonie grave; et telle cause, grave en apparence, n’entrainer qu'un rhume de cerveau. Au surplus, quoique, en théorie, malin pour de Haen soit synonyme de grave, en réalité c’est un mot synonyme de septique.

De Haen donne une énumération, en général juste, des ma ladies qui ordinairement sont bénignes (fièvres intermittentess mais cela dépend du pays; et les fièvres inflammatoires); et celles qui le plus souvent sont malignes : fièvres exanthématiques, —- Les signes de la malignité sont indiqués d’après Boerhaave, ils consistent surtout dans la dépression des forces, dans les efflorescences cutanées, dans les déjections anomales. Notreu auteur fait l'application de ces principes aux maladies suivantes! variole, rougeole, scarlatine, peste.

De Haen a plutôt vanté l'anatomie pathologique qu'il ne sen est servi; cependant il a décrit et fait figurer quelques cs rares.

Les premières parties du Ratio medendi sont consacrées à des généralités sur le régime, la thérapeutique, les crises, les urines; le sang; on y trouve aussi une comparaison des méthodes d’Hips pocrate, de Sydenham et de Boerhaave; puis l’auteur abordele détail des maladies, mais sans ordre, et en suivant moins rigous reusement que Stoll la méthode analytique : par exemple : coli que dite du Poitou, calculs, fièvres malignes, anévrysmess coxalgie, apoplexie, fièvres exanthématiques, épilepsie, hydropi sie, cardialgie, etc. Gà et là se trouvent des dissertations sun l'électricité, les médicaments, l'irritabilité (contre Haller).

De Haen dans son Ratio medendi s'adresse aux gouvernants at® tant qu'aux médecins; il pense que la science médicale intéresse l'État autant que les malades. Il signale les questions sociales engagées, et la nécessité de tenir les citoyens dans les condis tions de santé que réclament la vie publique comme la vie privées Il insiste particulièrement sur l'urgence qu’il y a de préserven les populations de la variole à l’aide de l’inoculation ; de prendre des mesures contre les épidémies et les endémies. S'il ne se fait pas d’illusion sur l'inanité de heaucoup des mesures que L'on

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