‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 246 sur 260 · SPÉCIALISTES · texte numérisé non relu

SPÉCIALISTES

caractères différents (1). Woolhouse, chirurgien périodeute, a, comme Anel, toutes les allures d’un charlatan ; il est peu instruit, hargneux et d’une conscience douteuse. Il à imaginé divers in= swuments oubliés pour les opérations sur les yeux (2).— Daviel, chirurgien de Marseille, puis oculiste du roi à Paris, ami de Haller, fort recherché à l'étranger comme en France, a si heureusement perfectionné l'opération de la cataracte par l’extraction, en ponctionnant la cornée, que sa méthode et ses instruments ont élé généralement adoptés. Ses divers mémoires sur ce sujet sont malheureusement disséminés dans des Journaux ou recueils académiques, et son ouvrage sur lès maladies des yeux est resté inédit. — Quant à Pallucci, qui à vécu successivement à Paris, à Vienne et à Florence, son pays, il a contribué à perfectionner la méthode par abaissement (8) pour la cataracte (méthode qu’il préconisait, attendu que l'extraction ne lui avait pas d’abord réussi) (4), et les divers procédés employés pour la taille, car il paraît n’en avoir d’abord exclu aucun. Toutefois, pour cette dernière opération, il a imaginé une méthode qui tient le

(1) Outre les Dissertations sur la cataracte et le glaucome (en français, 1717; en latin, 1719), Voy, aussi ses Expériences des différentes opérations manuelles et des Guérisons spécifiques : pannus, staphylôme, fistule lacrymale, ulcères de la cornée, cataracte, etc.; avec l'adresse dudit Woolhouse, gentilhomme,

(2) T1 faut rappeler aussi les Observations sur la cataracte (1706 et 1708), par Brisseau (1634-174 7). L'auteur insiste sur le véritable Siége et sur la nature de la cataracte; il opérait par abaissement. M. Sichel a signalé dans un savant Mémore sur le glaucome, p. 106 et 169) les recherches de Brisseau relatives au glaucome. — Les travaux de Ténon (1724-1816) sur la cataracte (1755 et 1757) et sur diverses maladies des yeux ne doivent pas être négligés. Voy., du reste, le … même mémoire de M, Sichel, pour l'appréciation des oculistes du xvrrre siècle.

(8) Il avait inventé (4750) pour la cataracte une aiguille enfermée dans un tube très-délié ; il perçait les tuniques de l’œil avec l'aiguille et abaissait la cataracte avec le tube qui était plat. Il dit lui-même que la manœuvre était difficile, et il l'a rendue moins aisée en inventant, en 1752, un instrument plus compliqué. — II conseïllait au malade de ne se servir de son œil que six mois après l’abaissement de la cataracte. Il prétend avoir enlevé à travers une incision de la cornée la capsule opaque en laissant la lentille qui était transparente ; il a vu plusieurs fois la cataracte abaissée se résorber.

(4) Cependant, en 1763, il spécifie les cas où il faut extraire au lieu d’abaisser, etil décrit un instrument de son invention. — Il à aussi une méthode et des instruments particuliers pour la cure des polypes du nez (1763),

A24h CHIRURGIE PRATIQUE. AU XVIII® SIÈCLE.

milieu entre le petit et le grand appareil (1764).:Ses ouvrages, que je n'ai pu du reste réunir qu’à grand’peine, présentent, en général, un caractère purement scientifique. Il traitait, en se fondant sur la cure radicale de l'hydrocèle, la fistule lacrymale par des mèches enduites d’onguents digestifs, et proscrivait les escharotiques ainsi que les tiges de plomb.

Mauchart (1696-1751), de Tubingue, est aussi un oculiste habile qui a écrit un grand nombre de dissertations sur les mal: dies des yeux et les opérations qui leur conviennent; elles ont été réunies en 1783, par Chr.-Fr. Reuss, sous le titre de : Dis: sertationes tubingenses, ete. On lui doit encore une dissertation sur la hernie étranglée (1722); il y combat l'opinion que le périoine est rompu dans la descente de l'intestin.

Heister (1683-1758), l’un des noms les plus considérables dela première moitié du xvirr' siècle, a débuté par des mémoires et des controverses (1711-1719) sur la nature de la cataracte et sur son lraitement (abaissement). On ne peut comparer aux disputes qui se sont élevées à cette époque au sujet de la cataracte que celles qui ont eu lieu, à peu près au même temps, et un peu avant, sur lopération de la pierre (1). Un point surtout doit nous élonner, C’est qu’on ait si longtemps discuté sur le caractère le plus ordinaire de la maladie, lopacité, du cristallin. Heister a décrit aussi la forme beaucoup plus rare, appelée cataracte membras neuse. Notre chirurgien se montre fort partisan de la méthode d’Anel pour la fistule lacrymale (1716); mais, moins exclusif, il emploie le cautère actuel quand l'os est attaqué. Il a aussi pur blié, outre de nombreuses observations dans les Actes des Curieur de la nature, et qui ont été pour la plupart réunies en 1759 611770, près de quarante dissertations sur divers sujets de chis rurgie, mais qui, presque toutes, ont échappé à mes recherches; quelques-unes ont été réimprimées par Haller dans ses collec tions, entre autres celles sur l’hydrocèle (1744); un mémoire

(4) I y aurait à faire, sur ce double sujet, surtout sur le dernier, même aprèsele travail cependant sérieux de Deschamps : Traité historique et dogmatiauesdesa taille, avec un supplément de Bégin, 4797-1826, deux monographies historiques très-intéressantes, :

HEISTER, — PLATNER, —- DE LA MOTTE. 4245

sur les avantages du procédé de Celse pour Pratiquer la taille (1745). La plupart des travaux particuliers de Heister sont résumés dans ses /nstitutions de chirurgie, publiées pour la première fois en 1718 {en allemand), traduites ensuite en latin et dans presque toutes les langues de l'Europe. Cest le traité de chirurgie le plus ample, le plus savant, le plus érudit (L), le plus complet qui ait été donné jusqu’à la fin du xvrne siècle, où nous louverons, entre autres, le Système de chirurgie de B. Bell, et les Eléments de chirurgie de Richter. Heister a pris tout ce qui avait été écrit de bon avant lui (2), mais presque toujours il l'a amélioré d'aprés les résultats de ça longue expérience. Le texte est accompagné de nombreuses figures. Les Institutiones chirurgiae sont donc un ouvrage à la fois dogmatique et historique ; il y en apeu qui soient aussi instructifs.

À l’époque où nous en sommes onne peut guère rapprocher de ce Lraité que celui de Platner (1694-1747), de Leipzig ({nstituhonces chirurgiae rationalis, 1745, plusieurs fois réimprimées), où l’auteur use également de ses lectures et de son expérience, Mais pour un simple résumé ; et le Traité complet de chirurgie (1722, surtout l'édition de 1771 donnée par Sabalier), de G. Mauquest de La Motte (1655-1737), quoiqu'il soit beaucoup moins complet que celui de Heiïster, peut-être aussi moins original. Ce qui distingue particulièrement ce traité, c’est qu’il renferme un grand nombre d'observations, et que l’auteur, fidèle aux principes de Magatus (8), a fait de louables efforts pour sim- -plifier la chirurgie. Peut-être Pourrail-on lui reprocher cependant d’avoir trop d'aversion pour l'emploi du fer, aversion qui n'étonnera pas de Ja part d’un homme qui, dans sa longue pratique obstétricale (4), ne s’est presque jamais servi que de Ja main,

(4) Une bonne bibliographie chirurgicale est placée en tête de l'ouvrage,

(2) Mais peut-être sans assez de ménagements : par exemple il copie presque le traité de J, L. Petit Sur Les malàdies des os.

(3) Chabert, de Marseille, dans ses Observations de Chirurgie (1724) se montre dussi un partisan décidé de Magatus ; il en est de même de Guisart, médecin de Montpellier, dans sa Pratique de chirurgie, 1735. On doit préférer l’éd. de 1747.

(4) Voy. Traité des accouchements, ete., 1722 ; plusieurs fois réimprimé et amélioré.

Le Journal hebdomadaire de médecine et de chirurgie (Medicinische and chirurgische berlinische Nachrichten, 1709-1747), de Samuel Schaarschmidt (1708-1749), professeur et praticien À Berlin, anatomiste aussi distingué qu’habile chirurgien, renfermé un trés-grand nombre de remarques et d'observations d’un haut intérêt, relatives à la médecine et à la chirurgie. Haller appelle Schaarschmidt énsignis clinicus. Quoique je n’aie fait que par courir le recueil, j’ai été frappé de la richesse des matériaux rassemblés par un homme mort à la fleur de l'âge (1). — Le recueil (Sammlung) de remarques médicales et chirurgicales (deux séries, 1747-4772), de J. Fr. Henkel (1712-4779), méde» cin militaire, puis professeur à Berlin, est du même genre que le Journal de Schaarschmidt (2). Cet auteur a aussi publié divers ouvrages sur la chirurgie, les opérations et les accouche: menis (3). 6 .

J. G. Günz (4714-1754), Kaltschmidt (1706-1769), Eller (1689-1760), Mohrenheim (1786-1807), Hunczovski (— 1798), Schmucker (1712-1786), Mursinna (1744-1839), Jos.-Jacques Plenck, et d’autres chirurgiens allemands de celte époque, ne me sont connus que par Haller, par Haeser, ou par les biogra:

(1) Auguste Schaarschmidt (1720-1794) a écrit plusieurs tableaux anatomiques qui ont été longtemps considérés comme classiques. Ils ont été traduits en latin par J. Fr. Érasme.

(2) Le plus important des recueils périodiques de ce genre publiés en Allemagne pendant le xvm® siècle est la Chirurgische Bibliothek, de Aug.-Gottl. Richter, de, 1774 à 4797.

(3) Les Neue medicinische und chirurgische Anmerkungen (4*e partie, 1769; je n'ai pu me procurer que cette partie) du même Henckel, sont un recueil d'obserote tions, encadrées dans des remarques pratiques et souvent accompagnées de rensei gnements bibliographiques très-précieux. — Les remarques sont au nombre de vingt-quatre. Les principales sont relatives au Spina bifida, à la putréfactionrdes intestins et de l’épiploon dans une hydropisie ascite, au traitement de la fistule lacrymâle, à la carie de l’os maxillaire inférieur, à la fracture de la rotule, au traitement heureux d’une hydropisie universelle, à divers cas de vices de conformation observés chez des enfants nouveau-nés ; enfin à des relations d’accouchements laborieux.— Je connais encore un mémoire du même auteur Sur l'opération de la cataracte (4770) où l’on trouve un bon historique, une exacte bibliographie des méthodes employées pour l’abaissement ou l'extraction de la cataracte, et une dissertation sue dé verses autres espèces de cataracte,

BRAMBILLA, -— BILGUER, -— THEDEN. 1247

phies; la plupart ne se trouvent même pas à Paris (1). — Brambilla (1728-1800), que l'Italie et l'Allemagne se disputent, ne vaut pas tant d'honneur ; c’est un homme de plus de savoir faire que de savoir, et qui étale sa vanité jusque dans la façon luxueuse dont il fait imprimer ses livres qui méritent à peine une mention, sauf peut-être son Trattato chirurgico pratico sopra il flemmone (1777); c'est un résumé assez exact, mais sans critique. Sa Storia delle scoperte fisico-medico-anatomico-chirurgiche fatte daqli uomini illustri italiani (1777), est un plagiat presque perpétuel, et la honte de l’érudition. Le Discours sur la prééminence et l'utilité de la chirurgie, traduit en français par Linguet, 1787, avec un long Avertissement du traducteur, est une déclamation sans valeur.

Bilguer (1720-1796), qui avait longtemps exercé à l'armée, est surtout connu dans l’histoire de la chirurgie par une aversion plutôt systématique que raisonnée des amputations (De membrorum amputatione rarissime administranda, aut quasi abroganda, 1761). Ni les violentes et incoercibles hémorrhagies, ni les os brisés n’ont pu le décider à amputer; il assure avoir traité à la suite d’un combat, 6622 blessés dont 657 seulement sont morts. Peut-être ce chiffre, qui représente surtout des fractures du fémur, dépose-t-il contre son système absolu. Il cite beaucoup d’autorités, et rapporte plusieurs observations, pour justifier son abstention. — Ses autres ouvrages (Anweisung zur ausübenden Wundarzneikunst in Feldlazarethen , 1763; Chirurgische Wahrnehmungen, 1763 ; Medicinisch.chirurgische Fragen, 1771), moins consultés, sont cependant recommandables par le grand nombre de remarques ingénieuses et de bonnes observa hons qu'ils renferment.

Theden (1714-1797), Mecklembourgeois , d’abord domestique, puis tailleur, puis garçon chirurgien, puis enfin chirurgien militaire, durant la guerre de Sept ans, finit par gagner la confiance du grand Frédéric et l'amitié de Sam. Schaarschmidt ;

(4) Les Abhandlungen von der vornehmsten chirurgischen Operationen du chivurgien danois Heuermann, publiés en allemand en 1756, 1757 et 1773 (j'ai ces trois dates sous les yeux pour les deux premiers et le troisième volume) reflètent sur-

tout la chirurgie française et la chirurgie traditionnelle. Ce livre contient des rem ques sur les maladies elles-mêmes qui nécessitent les opérations.

ar-

son principal ouvrage a pour titre : Veue Bemerkungen und Erfahrungen zur Bereicherung der Wundarzneikunst und Me= dicin, A771 et 1795. La première partie a été traduite en fran: çais par Chayrou (1777) sous le titre : Progrès ultérieur deda chirurgie. Theden rapporte surtout les résultats de sa propre pratique. Il était renommé pour ses succés dans la cure des plaies anciennes à l’aide de bandelettes ; il recommande l’em: ploi des bandages pour la cure de l’anévrysme faux consécutif, dans les affections des extrémités et dans les amputations des membres pour diminuer la douleur; il substitue, pour toutes les amputations, les tampons de charpie à la ligature, we qui est une pratique fort aventureuse; il proscrit la ligature du cordon dans la castration et toutes les sutures. Theden paraît avoir retiré de grands avantages des douches simples ou médicamenteuses tombant de trés-haut (de A5 pieds, par exemple) pour diverses affections des articulations, et se servait volontiers d’eau froide, éntus et extra, pour toutes sortes de maladies chirurgicales ou médicales, même dans les éruplions aiguës. Les préparations de Goulard et l’eau d’arquebusade lui ont paru très-efficaces. Les débridements et les pansemenls émollients sont recommandés dans les plaies d'armes à feu; tous les spiritueux ou excitants sont proscrits. — En 179%, Theden a ajouté deux nouvelles parties qui n’ont pas été traduites et qui renferment des remarques avec observations sur les sujets suivants : Hydrocèle et sarcocèle, inutilité du trépan, commotion cérébrale, heureuse opération d’une énorme tumeur au Cou, cas de rage sans morsure d’un animal malade, emploi du gaïac oude l’asa fœtida dans la goutte et le rhumatisme, formes particulières de panaris; machines pour les fractures des membres inférieursouù supérieurs et autres machines ou instruments pour diverses opéras tions, par exemple, une pince pour l'extraction des polypes du nez par l’arrière-gorge; emploi du sublimé dans les maladies vénériennes pendant trente-quatre ans de pratique; plaies des articulas tions, bons effets de la belladone dans la fièvre intermittente quante et dans l’hydropisie ; rétroversion de l'utérus; possibilité de luxation des vertèbres (par le chirurgien Schack) ; testicule vénérien, ete.; chute qui entraine une déchirure du foie, unefracs

RICHTER. —— CHIRURGIENS HOLLANDAIS. 12h49

ture de la jambe et la mort, abcès de la main, singuliers effets produits par des éclairs sur le corps de plusieurs soldats (par le docteur Mayer), ete.

Dans les Eléments de chirurgie (Anfangsgründe der Wundarzneikunst u. s. w.; 7 vol., 1782-1804), A. G. Richter a embrassé comme Bell, comme Boyer, à peu près tout l’ensemble de la chirurgie. Ce livre a servi de base à beaucoup de manuels de chirurgie en Allemagne, et il a été traduit en italien par Volpi, en 1794 et années suivantes. On y distingue spécialement ce qui regarde les plaies de tête, les hernies et les maladies des yeux, sujets sur lesquels Richter avait fait de savantes recherches. L'auteur donne une bonne description des divers genres de plaies de tête, et des accidents qui en sont la suite. Comme Pott, il veut qu'on respecte les lambeaux charnus et membraneux, dans les vastes plaies par instruments tranchants ou déchirants; mais il n'est pas d'accord avec le chirurgien anglais touchant l'emploi du trépan pour presque toutes les fractures du crâne. Il énumère avec détails les signes à l’aide desquels on peut reconnaître la commotion ou la compression, C’est particuliérement la compression qui doit régler l'application du trépan. Richter ne permet l’opération de la hernie que si la tumeur est étranglée et complétement irréductible ; l'opération est grave par elle-même, et surtout par les accidents fortuits qui peuvent se produire. — Les trois fascicules des ‘Observationes chirurgicae (1770-1 780) renferment de précieux Mémoires sur la cataracte, les hernies, le cirsocële,

la trachéotomie, les abcès des sinus frontaux, l’amaurose, et di- | verses autres maladies des yeux (y compris la fistule), le cancer du sein, enfin sur une nouvelle méthode d'opérer la cataracte : abaisser ou extraire la capsule en même temps que le cristallin, Suivant qu’on emploie l’une ou l’autre méthode CE),

La Hollande compte parmi ses meilleurs chirurgiens Palfyn, Titisingh, Vylhoorn (élève de l’École de Paris), Schlichting, Van Gesscher, dont les ouvrages, tous écrits en hollandais, ne me sont connus que par Haller qni les a longuement analysés.

(1) Voy. aussi Von der Ausziehung der grauen Staares, 1713. DAREMBERG, 79

La Systema chirurgiae hodiernae (1798) de Henri Callisen

(1740-4182), brille p'us par la clarté de l'exposition et la sûreté du jugement, que par la nouveauté des recherches. C’est un résumé succinct des connaissances chirurgicales du temps, un texle sous forme aphoristique, pour des leçons publiques. La classifi= cation des maladies y est trés-systématique et ne repose ni sur un diagnostic toujours rationnel, ni sur les résultats d’une exacte anatomie pathologique, car on y trouve des affections qui ont peine une existence réelle, indépendante. Cest, pour la chirurs gie, avec plus de science positive, un livre analogue aux Aphorismes de Boerhaave pour la médecine. :

En ltalie, nous trouvons avant le célèbre Bertrandi plusieurs chirurgiens de distinction, entre autres Ant. Benevoli (1685-1756) qui a écrit Sur la cataracte lenticulaire (1722); sur les carons cules, les carnosités ou les rétrécissements de l’urêthre (1724); qu’il traite volontiers par de simples bougies, de préférence aux escharotiques; enfin sur les hernies (4747) dont il attribue lan cause à la laxité du mésentère. — Angelo Nannoni (1715-1790), disciple de Benevoli et à qui l'on doit des Dissertations surla fistule lacrymale (y blâme la perforation de l'os unguis) ea cataracte (1748), un Discours sur la chirurgie, où 1] est surtout question de l’histoire et de la pratique des amputations (1700), un traité Sur Les maladies de la mamelle (1762), à aussi publié, en 4771, un frattato chirurgico sopra la simplicita di medicane ;ÿ mali d’attenenza della chirurgia, que Haller appelle maqus opus. L'ouvrage de Nannoni se divise en deux parties : la premières comprend des considérations sur la simplification du traitement des blessures, des plaies, des tumeurs, elc., avec des observations à l'appui ; la seconde partie se compose de cinquante observations, accompagnées de quelques réflexions pratiques. Dans la première partie il est traité du danger de laisser les corps étrans gers dans les plaies, surtout dans celles des parties tendineuses ou fibreuses, à la main, par exemple; de la prompte réunion des lambeaux de chairs dans les plaies de la face ou du cränt, avec ou sans suture, même s’il existe une perte de substance; du traitement par l’incision et la réunion immédiaie de tumeurs

BENÉVOLI. — NANNONI. -— MOLINELLI. 1951

ou d’ulcères cancrénoïdes des lèvres ; des hernies étranglées réduites avec succès sans opération, et de celles qui réclament l'intervention du fer; enfin de toutes sortes de tumeurs anévrysmales ou autres. Dans la seconde partie (observations proprement dites) on peut signaler les observations qui sont relatives aux tumeurs du sommet de la tête ou du scrotum ; à la carie des os; à de vastes sarcomes du tronc et des membres ; au charbon; à de nombreuses maladies des yeux. L'auteur aime tant les observations (el nous ne devons pas nous en plaindre) qu’il en insère d’intéressantes jusque dans sa Préface.

Son fils, Laurent, élève de Paris, fut aussi un chirurgien distingué; il a publié en 6 volumes, 1785, un Trattato di chirurgia teorico pratica, e di ostetriccia. Je connais de luiun rattato dell'iulrocele (V779). De toutes les méthodes préconisées pour la cure radicale de cette affection, Nannoni semble préférer l’incision qui permet de voir le mal dans toute son étendue et l’état du testicule. Il a égalementpublié, en 1781, un traité Sulla regenerazione delle parti similari, et en 1780 ,une Dissertazsione sulla cataretta,—-Tanaron, un élève de Paris, et qui s'était perfectionné dans les Camps, a écrit, en 1754, un Traité de chirurgie où il cite volontiers les chirurgiens français. — Dans un traité des plaies cutanées de la tête, Nic. Cappelletti, de Lucques, se montre un partisan três-instruit de la réforme de Magatus ; ni l’un ni l’autre de ces ouvrages n'existent, que je sache, dans nos bibliothèques, et je n’ai jamais pu les rencontrer dans le commerce.

Molinelli (1698-1764) et Bertrandi (1723-1765), deux célèbres chirurgiens italiens, appartenaient, comme membres correspondants, à l’Académie de chirurgie; c’est en raison de cet honneur, fort recherché en France et à l'étranger, que Louis a prononcé leur éloge. Molinelli est un des meilleurs élèves des écoles et des hôpitaux de Paris, où il se montra d’une rare assiduité (1). Il a écrit plusieurs mémoires de chirurgie (particuliérement sur la fistule lacrymale, les anévrysmes et les ruptures du tendon d'Achille), de physiologie expérimentale sur le Sys-

(4) Molinelli a fondé à Bologne un cours d'opérations à l'instar de ceux qu'il

avait suivis et admirés à Paris. — Où qu’on jette les yeux à cette époque, c’est Paris qui gouverne l'Europe, comme autrefois c'étaient l'Italie et l'École de Leyde,

tème nerveux, d'anatomie pathologique relative aux plaies de tête et aux abcès du foie ou d’autres parties qui en sont la conséquence (1). C’est à propos de l’étonnement qu’on manifestait sur l'élégance du style de Molinelli, quoique chirurgien, que Louis s’écrie avec un noble et légitime orgueil : « Pourquoi sattendait-on moins à trouver ce talent dans un chirurgien que dans tous ceux qui cultivent les autres sciences? Y a-t-il quelque profession qui exige plus d'esprit, d’études, de lumières, de jugement et d'expérience, que la chirurgie ? La précision, la justesse et l'élégance du style ne sont point des ornements étrangers à notre art. » Qui a donné les modèles les plus accomplis de toutes ces qualités, n'est-ce pas l’ilustre secrétaire de l’Académie de chi rurgie?1II lui était donchien permis de se révolter contre un jugement aussi injurieux que mal fondé ; et Louis n’a-t-il pas fait une bonne astion en profitant de l’occasion pour engager les élèves en chirurgie à ne se pas négliger sur les talents littéraires dont ils doivent éprouver journellement le besoin dans les consullas tions et dans la rédaction des faits que la pratique leur présente, il leur cite en même temps tous les noms des médecins ou chi: rurgiens qui ont illustré à la fois la science et les lettres. Bertrandi, formé d’abord aux meilleures disciplines litiéraires, se livra de bonne heure à l'étude de l'anatomie et de la chirurs gie. Il acquit une si grande habileté dans les dissections que Bianchi, comme Louis nous l’apprend, lui demanda de laider dans ses études sur la structure des viscères; mais lorsque ce médecin, d’un caractère peu recommandable, dévoila à Ber= trandi le dessein où il était de se servir de ses travaux contre Morgagni, l'élève marqua au maître la ferme volonté de ne pas se prêter à une pareille manœuvre; aussi Bianchi ne lui pardonnat-il jamais d’avoir refusé de servir ses rancunes pour prix des services qu’il prétendait lui avoir rendus en le recevant chez lui chaque année. Une pareille conduite est aussi fréquente que honteuse. Bertrandi vint compléter ses études en France, où contracta d’illustres amitiés, et en Angleterre. Outre plusieurs (4) Cette seule recherche de la concomitauce des abcès du foie et des plaies dela

tête prouve quelle nouvelle et excellente marche avait suivie l'anatomie patholo= gique, même depuis Morgagni.

BERTRANDI. — CHESELDEN. 1253

mémoires anatomiques sur le foie et sur l'œil, etc. il a publié en 1763 (trad. en français en 1769) un Traité des opérations de chirurgie qui comprend les sutures, surtout celles des intestins, la paracentèse, l'opération césarienne, le cathétérisme, la taille, l’hydrocèle, et quelques autres opérations, où Je n’airien trouvé de bien nouveau. En effet, quand on étudie les ouvrages mêmes de Bertrandi, on est tenté de croire que Louis l’a un peu surfait, comme chirurgien. Les divers ouvrages de Bèrtrandi ont été réunis après sa mort (de 1786 à 1802), en 14 vol. in-8° (d).

W. Cheselden (1698-1752) (2), dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 1009) comme anatomiste, se recommande à l'historien

(4) Les Observaziont di chirurgia (en deux parties) : Precetti, Esempli, publiées en 1784, par Malacarne, occupent aussi un rang distingué dans la littérature chi rurgicale du xvine siècle. Dans les Esempi ou Observations, on trouve plusieurs relations importantes d’hydrocéphalie, d’anévrysmes, de néphrotomie, elc., avec beaucoup de remarques anatomiques. Son mémoire Dele Operazioni chirurgiche spettanti alla riduzione, 1796, renferme d’utiles préceptes pour la réduction des parties molles et des parties dures.— Rappelons aussi le traité de Troja, De novorum osstum regeneratione experimenta (1775), qui à préparé les voies, par d’ingénieuses expériences, aux belles recherches des modernes sur ce sujet. — Enfin citons le beau travail expérimental de Fontana Sur le venin de la vipère , etc., 1781, et surtout les savants Mémoires de Palletta (1747-1832) qui ont été publiés en partie au commencement du xix° siècle et en partie à la fin du xvuLe, et qui portent sur des sujets très-nombreux. Les Adversaria chirurgica de Palletta renferment : 4° un trèsimportant mémoire sur la claudication congénitale, sur les diverses causes et sur les lésions anatomiques dont elle est la conséquence ; 2° une série d'expériences sur le sang, au moment où il vient d'être tiré de la veine, avec les cantharides en poudre ou en teinture, et avec d’autres substances, afin de s’assurer de leur action sur ce fluide ; àce propos il étudie avec grand soin les effets des vésicatoires sur l’économie animale; 3° des observations anatomo- pathologiques sur le mal de Pott.— Les Exercitationes pathologicae, publiées de 1820 à 1826, renferment plusieurs mémoires spéciaux, sur les polypes utérins, la phlébite, la sciatique, les maladies de la hanche, les tubercules des os, Le sarcocèle, les abcès sanguins, les morts rapides, la dysphagie, les fractures des vertèbres, les maladies des femmes en couches, les hernies, les affections de la vessie, etc. Pañmi ces mémoires, il doit s’en trouver qui avaient été disséminés dans des recueils périodiques. — Du reste, je n’ai eu entre les mains que les Adversaria et les Exercitationes. — Tous ces travaux sont marqués au coin de l’observation pratique la plus attentive.

(2) Cheselden avait acquis une telle habileté qu’il opérait dans l’espace de quelques minutes, on dit même d’une minute, avec l'appareil latéralisé. Un des-Colot

de la chirurgie, non-seulement par ses iravaux sur l'opération de la taille, mais encore par son recueil d'instruments (1749) et par toutes les remarques ou représentations figurées d'anatomie pas thologique touchant les maladies des os qu'ila consignées, soit dans son Ostéographie, soit dans son Traité d’anatomie du corps humain. — Gheselden a publié (1723) un traité où il célèbre les avans tages de la faille par le haut appareil ou taille sus-pubienne imagi= née par Franco, etoüil rapporte des observations à l'appui; mais, finissant par yreconnaître d’assez graves inconvénients, il adopta en 1730, et perfectionna la méthode de Raw, qui lui-même l'avait empruntée au Frère Jacques, en la corrigeant très-heureusement (taille latérale; — trad. franç. par Guérin, en 1818, avec un mémoire où Thompson expose les modifications qu'il a fait subir aux instruments et aux incisions, et l’opinion de Dus puytren sur le même sujet). Le premier traité de Cheselden a été traduit en français par Noguez (1724), à la suite de l'ouvrage de Jean Douglas. — Cet ouvrage de Jean Douglas, publié d’abord en 4719, comprend une brève histoire critique des divers procédés usités pour l'opération de la taille, et la description, avec observations, du haut appareil qu’il préfère à lous les autres: — Jacques Douglas (1675-1742), son frère, a publié en 1726 (avec appendice en 1731) une Histoire de la taille latérale sans intéresser l'urêthre, la prostate el les vésicules séminales. Les deux Douglas sont très-âpres contre Cheselden. — Dans une thèse soutenue en 1730, sous la présidence de Falconet, Malouin a vanté la taille latérale.

Alexandre Monro (ancien, 1697-1767) tient un des premiers rangs parmi les chirurgiens anglais. $es différents mémoires sur la paracentêse, les anévrysmes, les maladies des voies lacrymales, les hernies, l'hydrocèle, le sarcocèle, la carie, l’exarthrose, la cataracte, etc., ont été publiés dans les Actes de la Société d'Édimbourg.

Sharp (—1765), un ennemi acharné de la routine, était disciple

(Français), qui vivait à cette époque, préconise le grand appareil et rejette absolument le haut appareil. — Aujourd’hui quelques chirurgiens, adoptant le procédé * de M. le professeur Dolbeau, réunissent avec succès la taille périnéale et la litho= tritie (voy. Dolbeau, Traité pratique de la pierre, 1864).

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