‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 247 sur 260 · DOUGLAS, —— MONRO. — SHARP, ETC · texte numérisé non relu

DOUGLAS, —— MONRO. — SHARP, ETC

de Cheselden, mais supérieur à son maître; 1l a publié deux ouvrages : ses Opérations de chirurgie (A) et ses Recherches critiques sur l'état présent de lachirurgie (4750), qui lui assurent une des premières places dans l’histoire de la chirurgie. Voici quelquesuns des points les plus importants à signaler dans ses Opérations de chirurgie : il défend d'ouvrir les abcès avant leur maturité ; il proscrit les tentes pour les abcès profonds, les accusant avec raison de produire des trajets fistuleux; il employait hardiment la pierre infernale pour raviver les vieux ulcères ; il use aussi volontiers de l’eau de chaux ; il brûle mais ne coupe pas les fongosités ; déjà il avait imaginé des canules de drainage dans les fistules : il guérit les abcès des articulations par limmobilité qui procure l’anchylose; il ne veut pas enlever les amygdales avec l'instrument tranchant, mais avec la ligature, comme Cheselden et Levret; dans le cas d’épanchement de sang où de pus dans la cavité thoracique, il ouvre dans la région moyenne, entre l'épine et le sternum. Sharp a donné au trépan sa forme cylindrique actuelle.

Dans ses Recherches sur l’état présent de la chirurgie, Sharp compare la chirurgie française (il avait fait un voyage à Paris) avec la chirurgie anglaise. — Dans l’opération de la hernie il défend d’inciser l'intestin au moment de le remettre en place, et de le recouvrir de glace, mais il ne veut pas non plus qu'on fasse rentrer le sac avant qu’on y ait pratiqué unc petite incision, contrairement à la coutume de beaucoup de chirurgiens français. Sharp est partisan de la taille latéralisée. Il se plaint que Jes chi- ) rurgiens français ne soient pas assez explicites sur les signes de la commotion du cerveau; il rejette la ligature de Pépiploon gangrené avant de le reséquer; il n’y a pas d’hémorrhagie à craindre. En général il se montre peu favorable aux Français.

Bromfield (1712-1792), chirurgien de moindre renom que Sharp, mais fort estimable cependant, a donné en 1773 un recueil de précieuses Observations qui est encore consulté. —G.Arnaud, Français d’origine, obligé, en suite de quelques calomnies, de

(1) Londres, 3e éd, 1740, — C’est la meilleure édition de ce livre ; la première a paru vers 4737. Les Opérations de chirurgie et les Recherches critiques ont été traduites en français par Jault.

quitter son pays, se réfugia en Angleterre, où il a écrit à la fois en anglais et en français. Ses Mémoirés de chirurgie (1768) ren= ferment en français de savantes recherches sur les hernies (her= nies congénitales; hernies de l’épiploon ; hernies crurales chez l’homme ; inconvénients des descentes chez les prêtres), les anévrysmes, l’hermaphrodisme, les différences locales des testicules, sur divers instruments ou machines, sur les avantages de lanas tomie, enfin sur la vie de W. Hunter, mais je n’y vois pas figurerles Instructions pour les maladies de la vessie et de l’urêthre (1763 et 1764).

Le Practical treatise on wounds and other chirurgical subjects (2° édit., 1767, 3 vol. in-8°), de Gooch (mort vers 4780 dans un âge trés-avancé), comprend d’abord (1 vol.) un recueil d'observations qui sont dues pour la plupart à Gooch lui-même, et qui portent sur toutes sortes de sujets de chirurgie; plusieurs sont fort intéressantes. Des planches nombreuses, représentant surtout des machines que l’auteur appelle simplifides, accom: pagnent le texte. Il est impossible d'analyser un pareil ouvrage: Le second volume s'ouvre par une pitoyable Æistoire de la ch: rurgie et de l'anatomie qui comprend 62 pages; il renfermeens suite des remarques générales sur les plaies, sur leur pronostic: sur les principales indications à remplir dans le traitement, sur les bandages, les suturés, etc., et sur les plaies ou affections de diverses parties du corps, avec quelijues renseignements histo= riques. Ge volume est une espèce de commentaire du premier. —- Le troisième volume contient de nouveau des observations chirurgicales, ou relatives à quelques fièvres épidémiques qui ont régné de 1739 à 1744, soit sur terre, soit sur des vaisseaux.

John Hunter (1728-1793) est un des plus habiles praticiens qu’ait eus l'Angleterre ; il est surtout célèbre, comme chirurgien, par ses Leçons sur les principes de la chirurgie, par son Traité du sang et de l’inflammation et par ses Mémoires sur les plœes d'armes à feu, sur la phlébite, l'anévrysme poplité, l'hydrocèle, etc. On reconnaît dans ces ouvrages, non-sculement le grand chirurgien, mais aussi l’homme versé dans l’élude des questions générales d’histoire naturelle et de physiologie. Sans mépriser les faits, Hunter insiste sur les principes qui conduisent à lan

GOOCH. -— J. HUNTER. — ALANSON. 1957

connaissance des causes, lesquelles, à leur tour, sont la source des indications et de la bonne direction du traitement. En lisant les Principes de chirurgie, on est émerveillé de tout ce que l'auteur a vu et admirablement décrit; quand on parcourt le Traité de l’inflammation, on est frappé de la profondeur, de la sûreté de ses observations et de son habileté à manier la méthode expérimentale,

Alanson a préconisé comme le meilleur de tous, pour éviter la saillie de l'os, un procédé d’amputation (1), qu’on a trouvé cependant compliqué, douloureux et auquel on a renoncé. Voici en quoi consiste ce procédé : Appliquer le tourniquet; faire relever fortement la peau par un aide (car l’auteur proserit la ligature du membre); inciser circulairement la peau; la séparer du tissu cellulaire et de ses attaches à une assez grande hauteur; couper les muscles obliquement (c’est-à-dire en cône dont le sommet est dirigé vers la racine du membre), la pointe de l’instruments étant toujours en contact avec l'os; inciser circulairement le périoste à la pointe du cône ; scier l'os ; attirer les artères avec une pince, et pratiquer la ligature immédiate afin d’éviter tous les inconvénients attachés à la ligature médiate ou en masse avec l'aiguille. — Alanson usait de la méthode à lambeaux pour lamputation au-dessus de la rnalléole (2). Après Bromfield, il a pratiqué avec succès l’amputation dans l'articulation scapulohumérale. Son livre contient beaucoup d’observations.

On peut dire de Benj. Bell qu'il est le Boyer de l'Angleterre; des deux côtés même bon sens, même respect pour la tradition, et en même temps égal désir de mettre à profit les découvertes, les divers genres de progrès que l'expérience personnelle peut constater ; mais des deux parts aussi, peu de goût pour les trop récentes nouveautés; les préjügés nationaux, ou le manque d’érudition, ne leur permettent pas non plus de se tenir toujours au courant de ce que font les étrangers ou même leurs conci-

(1) Practical observations upon amputalion and the after treatement, 1779 ; traduit en français par Lassus en 4784. — Voy. plus haut page 967,

(2) Alanson cite pour l’amputation à lambeaux Lowdham, 1679 (dans le Currus triumphalis e terebintho, de Young). Déjà White en 1669 avait fait l'amputation

circulaire au-dessus des malléoles; il ne dit rien de Verduyn.

toyens; ainsi Bell reproche aux Français de pratiquer trop facile ment l’opération de la hernie ; et lui, qui cite Pott si volontiers, ne se souvient pas que ce grand chirurgien se vante d’avoir pratiqué très-fréquemment la kélotomie, qu’il regarde du reste comme une opération aisée et sans grande conséquence, quand elle est faite à temps.

Bell semble avoir eu, en écrivant son Système de chirurgie(t, le dessein de substituer ce livre à celui de Heister que la science avait de beaucoup dépassé ; il s’est proposé, avant tout, de donner un ouvrage où l’état actuel de la chirurgie fût exactement présenté, et dans lequel il donnait en même temps le résumé dé sa grande pratique. Le Système n’a pas beaucoup d'ordre ; l’au teur n’a même prétendu donner qu’une suite de monographies. Ainsi il traite successivement des sutures, de la saignée, des anévrysmes, des hernies, de l’hydrocèle et des autres maladies des organes génitaux et urinaires, y compris les calculs ; des hé* morrhoïdes, de la fistule, de l’empyème, de la bronchotomie, de l’œsophagotomie, du cancer du sein, des plaies de tête, des affections des yeux et des autres organes de la face et du cou: des fractures et des luxations, des plaies en général, des brûlures el des tumeurs, sans oublier l’inoculation, alors fort en vogue. Comme Pott (voy. plus loin p. 1260), Bell veut qu’on fasse dans les fractures, surtout dans celles de la cuisse, l'extension quand le membre est au moins dans une demi-flexion, afin qu’on n'ait pas à lutier contre la contraction des muscles.

Quand on lit avec attention les ouvrages de Percival Pott (1713-1788), réunis par son disciple Earle, qui y à ajouté uné biographie (traduits en français, 1777-1792, en 3 volumes in-8°), on ne peut qu'admirer ce dont est capable le génie de l'observation chez un homme bien doué d’ailleurs, placé dans un milieu vraiment scientifique, mais qui avait plus étudié les malades que les livres, dont il ne connaissait guère que les plus récents

(1) System of surgery, 1783-1787 ; traduit en français par Bosquillon, 1796, — On doit aussi à Bell un Traité des ulcères, 1779 ; un Traité de la gonorrhteelle la maladie vénérienne, 1793, également trad. en français, enfin un Mémotwresur les maladies des testicules ; 1794.

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