‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 251 sur 260 · GARENGEOT. — MORAND · texte numérisé non relu

GARENGEOT. — MORAND

qu'il dépouille (1) ; dans la seconde (1731) il noms de ceux qu'il a volés! Cependa vre de son propre fonds pour en êt sans permis, sur les terres d'autrui; car, outre qu'il était un opérateur adroit, on trouve dans son livre plusieurs bonnes choses qui lui appartiennent légitimement. On lui doit la cle

f qui porte Son nom et qui sert à arracher les dents ;

; il a défendu avec ardeur les droits des chirurgiens contre les prétentions des médecins. Ses recherches les

plus originales paraissent être celles ui se rapportent à l'usage du tré pan, au bec de lièvre, aux herî PP F ;

nies (pour les débrider il se servait avec succès d’une sonde can nelée, perfectionnée par lui), à la paracentése (il évacuait tout le liquide d’un seul GOup el avait recours ensuite à la compression réhabilitée par Monro), à la taille latéralisée (2). Contrairement au sage avis de J. L. Petit, il Pousse trop à la suppuration les plaies contuses ou avec déchirures. Pas plus que ses contemporains, Garengeot n’est trés-érudit, car ce n’est pas de l’érudition que de prendre le bien de tout le monde; ses rares citations concernent des livres qui étaient écrits de son temps. La chirurgie, au xvin: siècle, est toute personnelle; elle ne procède pas de l'autorité, mais des libres recherches; c’est là précisément ce qui en fait le trés-grand mérite et la force.

Morand (1697-1773) est, comme homme et comme -chirurgien, un des membres les plus renommés de l'Académie de chirurgie (il appartenait aussi à l'Académie des sciences), quoique son bagage scientifique ne soit ni très-considérable ni très-important (8), et qu'il ait compromis son mérite par sa vanité. Louis l’a

supprime tous les nt il n’était pas assez paure réduit à chasser ainsi,

(1) Quoiqu'il eût pris à Winslow toute son anatomie, procédés-là sont encore assez à la mode de nos jours. et canine (1724), il doit également beaucoup à D Splanchnologie, 1728.

(2) De Popération de la taille Par l'appareil latéral, ou a méthode de Frère Jacques, corrigée de tous ses défauts, 1730.

(3) Les Opuscules de chirurgie, 1768, renferment ses princip doit pas oublier le Discours dan

il le mentionne à peine. Ces —: Dans la Myotomie humaine ouglas. Il à écrit aussi une

aux travaux. On ne s lequel on prouve que le chirurgien doit étre mur, à publié un traité estimable Sur les plaies d'armes à feu, 1746, et un autre Sur es plaies en général, 1736 ou

1735. — Son fils, J, F, Clément Morand a écrit plusieurs mémoires intéressants, DAREMBERG. 80

loué publiquement, parfois avéc malice; puis dans des notes restées longtemps manuscrites et publiées pour la première fois par M. Dubois d’Amiens (1), le panégyriste officiel se venge des éloges de commande ou des ménagements de situation, par des critiques assez amères. Peut-être plus d’un secrétaire perpétuel a-t-il tenu la même conduite? Est-elle bien noble? Je ne le pense pas, quoiqu'il m’en coûte de relever cette tache dans le caractère de Louis, qui a montré cependant plus de courage pour Le Cat: mais le chirurgien de l’hôtel royal des Invalides était un plus grand personnage et avait plus d’attaches que le chirurgien de Rouen (2).

Ledran (1685-1770)a établi une école anatomique à la Charité et il a été un des maîtres de Haller ; ce sont là deux grands titres devant la postérité; il fut de plus ün homme d’autant de savoir que de circonspection, de sincérité que de modestie, un praticien des plus exercés et des plus habiles. Il a été l'élève d’un chirurgien dont il n’y a plus d’exemplaires, de Jacques Petit «qui a vécu à l’'Hôtel-Dieu depuis l’âge de treize ans jusqu’à celui de quatre-vingt-dix-sept, si singulièrement occupé de son état au service des pauvres que, si l’on en croit la tradition, il na pas passé le seuil de la porte de cet hôpital, pendant les quatre vingt-quatre ans qu’il y a exercé la chirurgie, quoique sa répus tation le fit désirer au dehors » (3). — Louis distingue partiçulièrement les Observations de chirurgie, avec des réflexions (781) ; le Traité des plaies d’armes à feu (1737), qui était ctout en préceptes, comme le second était tout en exemples ». ILest plus réservé à l'égard du Traité des opérations, A7A2 (h).

« La vente du baume vert (Louis, Éloge de Ledran, p. 162), avait fait faire une fortune inespérée à la famille de Ledran

© (4) Voy. Éloges… par Louis, p. 230 et suiv., et p. XLII et suiv., les 2048 6 éclaircissements. ‘{2) On voit aussi que Louis ne pensait pas absoZment tout le bien qu'il disait des ouvrages de J. L. Petit,

(3) Éloge de Ledran, p. 463, dans les ÉZoges par Louis.

(4) Voy. aussi Parallèle des différentes manières de tirer la pierre hors de là vessie, 4730.

LEDRAN, — LAFAYE, 1267 et la soutenait. Mais ce commerce ne parut pas offrir une ressource assez stable. Le seul moyen de l’assurer était de mettre le jeune Ledran dans la chirurgie. La réputation du baume était un présage de celle qu'acquerrait un chirurgien qui passerait pour en avoir exclusivement le secret, et qui saurait, par les connaissances de son art, en faire un usage raisonné et méthodique. L'abbé Feuillet déploya toute son éloquence pour prouver à son neveu : « que Dieu ne lui avait fait parvenir la connaissance d’un remède si souverain que pour rendre de grands services aux pauvres et faire subsister honorablement sa famille; qu'il ne pouvait prévoir que de la satisfaction, étant assuré, au moyen de ceremède, de pouvoir guérir fous ceux qu’il pañserait, et même ceux à la guérison desquels les soins des autres chirurgiens auraient été donnés en vain. Touché par ces raisons, le jeune homme sacrifia enfin ses propres inclinations aux espérances de sa famille, et on le plaça en conséquence à l'Hôtel-Dieu de Paris, sous la conduite de Jacques Petit, premier chirurgien de cette maison ».

De la Faye (— 1781), quoiqu'il ait peu écrit, est une des gloires de la chirurgie française, un des membres de l’Académie de chirurgie qui ont jeté le plus de lustre sur cette compagnie. Ses Principes de chirurgie (1738) ont eu au moins six éditions ; ses notes sur Dionis (1740) ont eu également un grand succés, quoique Louis prétende que de la Faye eût mieux fait de laisser le livre de Dionis périr de sa belle mort. Aprés avoir été l'élève de La Peyronie à la Charité, de la Faye fut attaché pendant dix ans, en qualité d’interne, à PHôtel-Dieu, et suivit l’armée en 1783. « Formé en de si bonnes écoles que celles où les occasions d'observer sont habituelles, où les faits de pratique si diversifiés se renouvellent sans cesse », comme s'exprime Louis dans son Éloge, notre jeune chirurgien devint rapidement un des maîtres de l’art. Ses observations sur le bec de lièvre, ses re. marques sur le trop grand nombre d'instruments destinés à l'opération de la cataracte, sont des modèles du genre ; il ne fut

pas moins bien inspiré dans son examen de la méthode d'amputation à lambeaux.

A lire l'Éloge que Louis a fait de Quesnay (1694-1774) et les propres écrits de ce chirurgien, on reconnait aisément que c'était un homme de plus de jugement, de travail et de littérature que de génie. Ses trois ouvrages les plus connus Sur la suppuration (1749), Sur la gangrène (1749), Sur les effets et l'usage de la saignée (41750) ont vieilli, bien qu’ils renferment de bonnes ob= servations. Son ouvrage sur la saignée a du moins contribué à détruire bien des préjugés touchant l'utilité spéciale d'ouvrir toutes sortes de veines du corps (1). Ses Mémoires sur le trépan et les plaies du cerveau, insérés au premier volume des Mémoires de l'Académie de chirurgie, ont conservé plus d'importance; enfin son Examen impartial des contestations des médecins et des chirurgiens est un précieux document historique, et il paraît que Quesnay lui-même y attachait beaucoup de prix (2).

Ici je veux rapporter ‘quelques lignes écrites par Louis (Éloge de Ledran, p.168), au sujet de la manière dont Quesnay considérait les observations. « M. Ledran a dédié ses observations aux élèves en chirurgie, et le titre porte que c’est en faveur des étudiants qu’on y à joint des réflexions. M. Quesnay a envisagé la chose sous un autre point de vue. Il assure, dans le premier tome des Mémoires de l’Académie, que les observations ne peus vent instruire les jeunes chirurgiens quelorsqu’elles sont interprétées par des maîtres savants et expérimentés. C’est une restriction aussi judicieuse qu’importante. Il faut lire et méditer les remarques de ce grand maitre sur usage des observations. Cest un chef-d'œuvre vraiment philosophique et le fruit des plus pro: fondes connaissances. Souvent les observations n’éclairent pas même ceux qui les communiquent, et les observateurs enyisa-

(1) Quesnay à eù dans Bagieu un redoutable antagoniste ; ce chirurgien a publié entre autres travaux, en 1756 et 1757, deux précieux volumes intitulés : Examen de plusieurs parties de la chirurgie d’après les faits qui peuvent y avoir rappont, où il suit volontiers Ravaton, Louis et Sharp, en ajoutant beaucoup de son. propre fonds. On lui doit aussi (Hémoire de PAcad. de chir., t. II, p. 274) un Mémotiressun cette question : s’il est plus avantageux d'attendre que la nature sépare la portion d'os saillante (après les am putations) ow de la reséquer par une seconde ampulation réponse affirmative à la seconde question).

(2) Voy. D. 283, uote, pour ses Recherches sur l'histeire de la chirurgie.

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