QUESNAY
gent rarement les faits par le côté qui peut être le plus instructif. La grandeur de la maladie et le succès de la cure est ordinairement l’objet qui les frappe le plus. Néanmoins on n’a pastoujours beaucoup de part aux plus grandes guérisons. On n’y contribue la plupart du temps qu’en satisfaisant aux préceptes les plus connus el les plus ordinaires. La nature seule doit parler dans les observations, mais son langage, lors nême qu’on nous le rend fidèlement, est presque toujours enveloppé et ambigu, et même souvent trompeur ; on ne peut l’interpréter que par le concours des lumières qu’une grande pratique et une profonde théorie peuvent réunir. Il n’y a donc que les maîtres qui ont acquis les connaissances que l’une et l’autre peuvent procurer qui puissent démêler, dans les observations, la réalité d’avec les apparences; qui puissent y remarquer les mauvais procédés qui y sont autorisés par un succès équivoque et passager, et y reconnaitre la bonne pratique dans les cas mêmes où elle n’a pas été favorisée par l’événement.
» Ge serait donc tromper ie EU) les jeunes praticiens que de leur donner des observations particulières pour leur servir de modèles. Ils ont besoin d'instructions sûres et précises pour se conduire dans la pratique. Le meilleur et l’unique parti qu’ils puissent prendre, c’est de s’attacher aux maximes et aux règles établies et digérées par des maîtres qui peuvent employer sûrement les observations à réformer les préceptes mal conçus ou erronés, à vérifier ceux qui sont encore incertains, à marquer les bornes de ceux qui ne sont établis que d’une manière vague et indéterminée, à entrer par des exemples dans le détail des cas particuliers, qui ne peuvent êlre assujettis aux règles ordinaires, et dont on ne connaît point encore assez l'étendue pour être fixés et réduits en préceptes.
» Suivant ces réflexions, non moins savantes que judicieuses, M. Quesnay réduit la plupart des observations à la qualité de simples récits, de pures histoires de guérisons, telles qu'auraient pu les donner des spectateurs attentifs qui n'auraient été ni médecins ni chirurgiens. On peut regarder comme un devoir l’attention de rappeler ces vérités lorsque l’occasion s’en présente ; çar la juste sévérité avec laquelle M. Quesnay a parlé de cette ma-
nière d'écrire les observations n’a pas déraciné le vice qu’il condamne, »
Il n’est pas permis d'oublier Goulard, chirurgien de Montpellier, qui a donné son nom à la solution d’acétate de plomb; c'était pour lui un spécifique contre les maladies de l’urèthre, y compris les rétrécissements (1746). Aujourd’hui cette « eau merveilleuse » est généralement employée pour d’autres affections (1). Goulard ne pense et n’écrit que sur cette eau; aussi ses travaux, sans en excepter ses OEuvres de chirurgie, 1763 et 1766, sentent un peu le charlatanisme (2). — Rapprochons de Goulard un lithotomiste membre du collége de Saint-Côme, et assez réputé, Allies, qui a mis au jour, en 1755, un Traité des maladies de lurèthre, contenant l'origine, les progrès, la quérison de plusieurs carnosités, rétention d'urine, et la composition de bougies de toute espèce. Encore un sujet qui mériterait une monographie historique spéciale.
- La réputation de Le Cat (1700-1768) est des plus contestées et des plus contestables. Louis, dans l'Éloge qu’il a fait de ce chirurgien, ne dissimule pas qu’il doit satisfaire d’abord aux égards que méritent l’Académie, le public et la vérité, en parlant d'un homme dont le premier souci a été celui de sa réputation, et qui ne savait ni profiter de ses fautes ni accepter la moindre critique. Le Cat est un de ces esprits inquiets, jaloux, à l’affüt de toutes les idées nouvelles, de toutes les découvertes, de toutes les questions agitées (3), pour en faire son profit et en tirer gloire, comme s'il
(1) Voy. Goulard, Lettre à M. de La Martinière sur les bougies enduites d’extrait de Saturne, 1751, et Mémoire sur les maladies de l'urèthre, 1746, — Allies, dans son traité des Maladies de l’urèthre, préconise les bougies calmantes ou fondantes, contre la gonorrhée et les rétrécissements. La composition de ces bougies est indiquée p. 118 et suiv. — On trouve aussi dans ce livre la critique des autres méthodes employées pour le traitement des maladies de l’urèthre.
(2) Le chirurgien G, Arnaud (voy. plus haut, p. 1255) à modifié les formulesde Goulard, d’après ce que dit Haller; mais je n'ai pas vu l’opuscule d’Arnauld, où il est question de cette modification.
= (3) I a même osése mesurer avec Rousseau : Réfutation des discours de M. Rois seau, 1752,