GOULARD. —— LE CAT. —— RAVATON, — LOUBET
s'agissait de son propre bien, souvent aussi pour dénigrer les auteurs qui l'avaient instruit. Le Cat se souciait moins de l'approbation des juges compétents que des applaudissements des gens du monde; il vechercha et obtint plus de titres honorifiques que de considération. Le nom de Le Cat se rattache surtout à l'opération de la taille (L) et à quelques questions de physiologie dont nous avons parlé plus haut.
Ravaton est sans contredit un de nos plus habiles chirurgiens militaires. Son ouvrage Sur les plaies d'armes à feu et d'armes blanches (4750 et 1768), malgré le peu d'ordre qui y rêgne, renferment de très-précieux matériaux, de bonnes observations et d’heureux perfectionnements à diverses opérations. Cest un de ceux qui ont le plus contribué à faire prévaloir l’amputation près des malléoles dans les cas où le pied seul est intéressé. Sa Pratique moderne de chirurgie, publiée et annotée par Sue le jeune, en 1776, À volumes in-12, est le fruit d’une longue observation personnelle. L'auteur a trop de faible pour ses propres inventions, ét se montre un peu sévère pour celles des autres: Sue a rectifié assez souvent ce point de vue partial ; mais, en somme, le livre est un des plus instructifs du Xvir° siècle, et vaut mieux que bien des compilations plus savantes. — On sait que Ravaton a imaginé et propagé la méthode d'amputation à deux lambeaux.
L'ouvrage de Loubet Sur Les plaies d'armes à feu (1758) à moins d’étendue et de réputation que celui de Ravaton, mais il n’en mérite pas moins considération ; l’auteur s’est particulièrement attaché à simplifier les opérations et les pansements (2h —
(4) Lettre concernant l'opération de la taille, 1749 ; Recueil de pièces sur lopération dé la taille ; 1749-1752; Parallèle de la taille latérale, 1766. — Cest lui qui appelait /e velouté, les membranes muqueuses.
(2) Loubet veut qu’on débride les plaies d'armes à feu avec fracas, ou introduction de corps étrangers, qu'on enlève autant qu’on le peut, ces corps ou ces esquilles. En tout cas, il pousse trop à la suppuration. Il craint beaucoup les fusées purulentes et les clapiers. Les plaies des articulations sont particulièrement dangereuses; après elles viennent les plaies de la diaphyse des os ; celles qui intéressent seulement les chairs ne doivent pas inspirer autant d'inquiétude, Les plaies par armes blanches sont beaucoup moins rédoutables que les plaies par armes à feu, quoiqu'il ne croie
On doit aussi recommander le Recueil des observations de chirurqie (1753) de Delaisse, chirurgien à Montfort-l’'Amaury.
Les CEuvres posthumes (1783) qui comprennent les Mélanges de chirurgie (1760), V Essai sur la rage (17638); le Mémoire sur la taille (1763), mettent Pouteau (1725-1775), chirurgien de Lyon, au rang des meilleurs et des plus hardis praticiens, des observateurs les plus originaux de son époque.
On voit, en lisant ces auteurs, que les plus notables progrès de la chirurgie, comme ceux de la médecine, datent de l’époque où les hôpitaux, ces grands centres de véritable instruction clinique, sont ouverts aux maîtres et aux disciples.
« Les grands chirurgiens, disait Quesnay (Louis, Éloge de Quesnay; p. 257), sont aussi rares que le génie, le savoir et les talents. Le génie est la source des lumières ; c’est l'instrument universel; mais il est, pour ainsi dire, tel que le corps, il s'engourdit quand il est dans l’inaction. L'esprit qui n’a pas été cultivé est aussi incapable de distinguer les objets, d’en voir les liaisons, de suivre exactement le fil d’un raisonnement, que le corps est incapable d’agilité et de souplesse lorsqu'il n’a pas été exercé. Il faut donc que l'esprit soit préparé pour entrer dans la chirurgie comme il doit l'être pour entrer dans les autres sciences, c’est-à-dire qu'il faut porter dans l’étude de l'art les connaissances qui nous dévoilent les opérations de la nature. Sans ces connaissances, on: ne saurait pénétrer jusqu'aux vérités
qui forment les règles par lesquelles on doit se conduire dans la cure des maladies. »
L’anatomie et la chirurgie ont eu, grâce à Portal, leur histoire ou plutôt leur bibliographie analytique (voy. plus haut, p. 1013): la chirurgie a trouvé dans Dujardin et Peyrilhe, au sein de l’Académie de chirurgie, des historiens qui présentent la suite des faits suivant une méthode qui tient à la fois de l’histoire et de la bibliographie raisonnée. Cependant l'Histoire de la chi
pas que ces dernières soient}venimeuses, Il signale les complications de la vérole avec ses plaies; se fondant sur ce qui arrive dans les panaris, il veut qu’on achève hi
section des tendons endommagés par les pansements ; iluse volontiers de charpig lècheset proscrit Les alcooliques, :
DUJARDIN ET PEYRILHE. 1973
rurgie depuis son origine Jusqu'à nos jours (1774-1780), en deux volumes in-4° (D), est loin de satisfaire aux exigences de l'érudition moderne ; les auteurs, quoique fort instruits et des plus consciencieux, n'ayant pas eu ni l'entière possession ni l'intelligence suffisante des textés, c’est un ouvrage à refaire.
Rapport (2) fait à l’Académie de chirurgie, le jeudi 19 mai 1794 sur le troisième volume manuscrit de l'Hisrome DE LA CHIRURGIE, par M. Peyrilhe.— Chargés par l’Académie, M. Baudelocque 1° et moi, de lui rendre compte du troisième volume (8) manuscrit de l’Histoire de la chirurgie par M. Peyrilhe, nous avons cru que la meilleure manière de justifier le jugement que nous devons porter, était de mettre l’Académie en état de juger ellemême l’auteur en lui présentant une courte analyse de son travail.
Le manuscrit qui nous a été remis contient plus de mille pages d’écriture très-fine, ce qui paraît devoir suffire pour la composition d’un volume in-/{° de grosseur ordinaire.
Dans le sixième livre, qui finit le second volume imprimé de l'Histoire de la chirurgie, M. Peyrilhe a examiné l'état de la chirurgie depuis Galien jusqu’à Paul d'Égine, c’est-à-dire depuis le règne de Marc-Aurèle jusqu'à la prise de la ville d'Alexandrie par les Sarrasins. Dans le septième livre, qui commence le troisième volume, l’auteur considère l’état et la décadence de cette science depuis la prise d'Alexandrie, vers l’an 641, jusques à la fin du xvre siècle.
Pour répandre quelques lumières sur l’obscurité qui couvre les anciennes écoles de médecine de ces temps reculés, l’auteur a réuni le peu de monuments qui nous sont restés pour éclairer l'enseignement général, et il parcourt les établissements faits à ce sujet chez les Égyptiens, les Juifs, les Grecs et les Romains. L'homme alors qui se sentait le talent nécessaire pour réussir dans l'enseignement, ouvrait une école qu'il transmetiait, à la fin de sa carrière, à celui de ses disciples qu'il jugeait le plus digne de lui succéder. C'est ainsi qu'Hippocrate légua la sienne à
(1) L'ouvrage s'arrête au vi siècle. Le manuscrit du troisième volume se trouve, dit-on, dans la bibliothèque de M. le professeur Paul Dubois. J'ai découvert le
Plan de ce volume dans les Papiers de l'Académie de chirurgie qui font-partie des Archives de l'Académie de médecine. Ce
plan est présenté par Sue dans son rapport fait à l’Académie. Je tr
anscris ici ce document inédit et inconnu ; il donne une idée exacte de l’étendue et de l'esprit des recherches des deux auteurs.
(2) Sue a indiqué Page par page les différentes parties du manuscrit qu'il a analysées, mais j'ai cru pouvoir ici Supprimer cette indication.
(3) Des rapporis ont été faits sur les deux premiers volumes ; mais ils sont trèsbrefs et à peu près insignifiants,
Ils sont également conservés dans les Archives de l'Académie de médecine,
1274 CHIRURGIS PRATIQUE AU XVIIL° SIÈCLE,
Polybe, son gendre; c'est ainsi que Platon, Aristote, Libanius et autresse choisirent leurs successeurs, et que Lycon, qui succéda par testamenti Straton, chargea ses amis de nommer le sien après sa mort.
Galien nous apprend que les médecins de l'École d'Alexandrie n'étaient pas plus instrüits dans la pratique de la médecine que l’empirique ieno= rant que l'exercice seul a formé. C’est pourtant au milieu d’eux que Paül d'Égine, cet écrivain judicieux qui sut mettre à profit les préceptes d’Hip= pocrate et de Gelse, qui quelquefois même s’écarta de ses modèles et subslitua à leurs doctrines ses propres découvertes, qui enfin compila moins qu’il ne Composa d’après un plan qui n’appartenait qu’à lui. M. Peyrilhe lui assigne la première place après Galien. Comme écrivain de médecine il balance, dit-il, Celse, et le surpasse comme écrivain en chirurgie. Cent pour justifier ce jugement et faire connaître à ses lecteurs le talent de Paul d’Égine que M. Peyrilhe réunit dans un seul faisceau les amélioras tions qu'il a portées dans l’art de guérir. C’est dans son livre de l’exsettion du fœtus que Paul justifie la qualification d’accoucheur qu'il recul de ses contemporains, et qui fait parmi les médecins grecs son caractère distinctif.
Le siècle où vécut Charlemagne fournit peu de chose pour l’histoire de la chirurgie; les efforts de ce prince pour chasser l’ignorance furent inutiles. Les moines se maintinrent dans la possession de l’enseignementet de la pratique de la médecine, et aux 1x°, x° et xie siècles les ecclésiasti ques étaient à peu près les seuls qui sussent lire ; ils durent être ainsi les seuls qui pussent puiser dans les écrits sur l’art les moyens de guérison qu'ils renferment. Nous ne recueiïllerons pas dans notre ouvrage, dit M. Peyrilhe, l’aride et sèche nomenclature d’une multitude des ministres des autels qui cultivèrent la médecine dans les Gaules depuis Le ivsiècle jusqu’au xiv°. La liste, ajoute-t-il, en serait trop longue et n’auraitpas même, au défaut de l'instruction, le mérite de l’agrément. On y verrait des abbés, des évêques, des cardinaux, des papes même, qui, avec beau coup de talents pour leur siècle, n’ont enfanté aucune production ,ulile pour l’art de guérir, et dont les compilations ou recueils de recettes sont perdus depuis longtemps, ou sont restés ensevelis dans la poussière des bibliothèques claustrales.
Depuis Paul d'Égine jusqu'à Nicète, écrivain du x siècle, l'empire d'Orient n'offre pas un seul médecin qu'on puisse placer avec honneur dans l’histoire de la chirurgie. On ne devrait pas sans doute s’attendre que ces mêmes barbares qui avaient pris les mesures les plus réfléchics pour étoulffer jusqu’au souvenir des sciences transmises à des peuples qui n'avaient pas su les conserver, seraient ceux qui feraient croître lecrtpuscule du jour inespéré qui leur rendrait la vie et la splendeur dont elles jouissaient auparavant. C’est cependant ce qui est arrivé. Les Arabes recueillirent les faibles restes des sciences qu'ils n'avaient pu détruire et les transmirent aux peuples d'Europe préparés pour les recevoir. Vers
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la fin du vit siècle, les califes, songeant à conserver leurs conquêtes, crurent qu'un des moyens à employer était de protéger les sciences et les arts utiles. La médecine fut une des premières qu'ils accueillirent, en accordant des honneurs et des distinctions à ceux qui l’exerçaient.
Les Perses, les chrétiens et même les Juifs furent, suivant M. Peyrilhe, les canaux principaux qui portèrent la médecine chez les Arabes; ce qu’il prouve par l’histoire de cette science chez ces peuples. Il suit sa marche dans les dégradations qu’elle éprouve, et la conduit en Espagne, en ltalie et de là en Grèce où elle végète jusqu’à la renaissance des lettres au xvit siècle. Un coup d'œil rapide sur la profession et le caractère des principaux médecins arabes lui fournit l’occasion de rapporter des anecdotes très-curieuses et très-intéressantes. Avant de passer à l'examen de leurs ouvrages, il fait quelques réflexions sur la manière dont la médecine existait chez eux; il fait voir que le talent, le goût et d’autres circonstances, que nous ne sommes plus à portée d'apprécier, attachaient à Ja chirurgie certains médecins d’une manière plus particulière que les autres. Tels étaient les chirurgiens dont Rasi parle en cent endroits avec distinction, qu’il appelle ses confrères et de qui il convient d’avoir beaucoup appris. Avenzoar distingue le médecin-chirurgien du simple médecin; c’est celui-là qu'il veut qu'on appelle lorsqu'il s’agit de grandes opérations, parce que lui seul possède les connaissances anatomiques nécessaires pour opérer avec sûreté. Avenzoar fait en même temps la remarque que cette classe de médecins-chirurgiens était alors fort peu nombreuse, tandis que celle des médecins qui, suivant sa propre expression, ne guérissaient qu'avec des mots, était fort abondante.
Mézué, Rasi, Avicenne, Avenzoar, Jésu Hali, Albucasis, tels sont les auteurs arabes dont M. Peyrilhe analyse les ouvrages avec cette clarté, cette précision qui caractérise le style du second volume de l'Histoire de la chirurgie. Nous n’hésitons pas à prononcer que l’appréciation des travaux médicinaux et chirurgicaux de ces auteurs est faite de main de maître.
Les médecins arabes ne tardèrent pas à donner aux Siciliens le désir de connaître et d'étudier un art dont ils éprouvaient les bienfaits : peutêtre leur en fournirent-ils l'occasion en ouvrant des écoles particulières en [talie. Salerne élait alors une viile considérable. Sa situation agréable, son port commode pour entretenir une communication nécessaire avec les Arabes d'Afrique et d’Espagne, appelèrent dans ses murs les principales forces des vainqueurs, les principaux officiers, et avec eux les médecins grecs, juifs, arabes, qui avaient suivi les drapeaux de leurs conquérants. Ainsi naquit, suivant la plus commune opinion, la fameuse École de Salerne, la première de ce genre ouverte en Europe, et le modèle de toutes les universités qui se sont successivement formées. L'organisation du collége de Salerne est établie avec la plus grande exactitude dans l'Histoire de la chirurgie. l’auteur rapporte les principales preuves de son
antiquité et fait connaître sa constitution, son ancienne célébrité, ses révolutions, sa décadence et sa chute. Il jette un coup d'œil rapide sur les premiers médecins qui l'ont illustré. Il passe de là aux chirurgiens italiens, Roger, Théodoric, Salicet et autres dont il analyse les ouvrages:
Tandis que ces chirurgiens établissaient la chirurgie arabe dans leur
parie, cette même science s’introduisait en France avec le secours de deux peuples, les Juifs et les Sarrasins, qui en étaient deveñus les dépo= sitaires après la ruine: d'Alexandrie. De là naquit l'École de Montpellier, dont M. Peyrilhe trace l’histoire avec le même soin qu’il a employé pour celle de l’École de Salerne. Il nous apprend qu’elle existait sans ordre, sans règle de discipline, lorsqu’en 1220 le cardinal Conrad jeta les pres miers fondements de son organisation.
* Apprécié comme chirurgien et cornme historien, Lanfranc joue un rôle différent dans ces deux États. On voit par l'extrait de ses ouvrages que les services qu'il a rendus à l’art, mesurés sur les connaissances actuelles, sont absolument nuls; que cependant l'importance de ces ou: vrages n’est plus douteuse, quand on l’envisage comme l’étincelle long* temps attendue qui excita nos pères à l’étude de la chirurgie.
L'origine, le sujet, la durée et la fin des débats réciproques entrella Faculté de médecine et le Collége des chirurgiens de robe longue ne pouvaient manquer d'occuper une place distinguée dans l’Histoire dela chirurgie. Nous ne pouvons suivre M. Peyrilhe dans tous les détails que lui ont fournis des querelles aussi longues, dictées par la jalousie et l’ani: mosité, et qui n’ont pu finir que par la destruction d’une des deux com: pagnies rivales. Contentons-nous de présenter les résultats des recherches de l’auteur qu’il termine ainsi : Ceux qui reverront après nous les litres allégués par les deux parties se convaincront, comme nous sommes Convaincu nous-même : 1° que les chirurgiens du Collége Saint-Louis, de robe longue, ou vieux chirurgiens (caë ils ont été connus sous ces trois dénominations), ont toujours eu, depuis le x siècle jusqu'en 1607, époque à laquelle le procès finit, une école latine et des lecteurs ou pro* fesseurs qui faisaient des leçons publiques; 2° que durant le même espace de temps les chirurgiens ont été en possession de conférer les grades de licencié et de maître à leurs candidats, quoique le titre ecclésiastique de cette possession ne remonte pas au delà de 1579, les chirurgiens n'ayant eu jusqu’à cetie époque d’autre autorisation que celle des édits et ordonnances de nos rois; 8° que le Collége de chirurgie a joui dutitre de Faculté depuis le commencement du xiv° siècle, quoique ce titre ait été combattu et méconnu par le corps de l’Université, et que, relative= ment à la puissance civile, le même Collége a été de même ordre eta joui des mêmes priviléges que les autres Facultés; 4° que les maïtresdu Collége de chirurgie ont toujours exercé le droit exclusif d’examinertet d'approuver leurs candidats qui se destineraient au plein exercice dela chirurgie, ainsi que ceux qui se borneraient à quelqu’une de ses brans
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h ches; 5° enfin que les chirurgiens de Paris se sont toujours gouvernés
h par leurs statuts, et qu'ils n'ont jamais reconnu pour chefs et pour supérieurs que les deux chirurgiens du Châtelet de Paris et l’un de leur; membres élu prévôt, sans aucune dépendance réelle de la Faculté de médecine ou de l’Université. |
M. Peyrilhe aurait bien désiré pouvoir laisser dans l'oubli ces vils instruments de l'ambition de la Faculté, ces éternels rivaux des chirurgiens ainsi que leurs suppôts, les barbiers; mais leur histoire ayant une connexion directe et immédiate avec celle du Collége de chirurgie, il a fallu yaincre une répugnance légitime et tracer avec la même exactitude l'origine, les progrès et les usurpations toujours favorisés par le médecins de cette société rivale jusqu'aux contrats de 1577 et ceux qui suivirent.
Lorsque parut Guy de Chauliac, la chirurgie était opprimée par un double fléau, l'ignorance générale et la fureur des sectes. Ses ouvrages analysés prouvent les services qu’il a rendus à cette science. Ce fut vers l'an 1442 que prit naissance en Italie l’art de réparer certaines mutilations par des entes (greffes) que le mutilé prenait sur lui-même ou qu’il empruntail à quelque malheureux porté par l'indigence à ce douloureux sacrifice.
L'histoire de la vérole et des chirurgiens italiens du xvre siècle forme une grande partie du troisième volume de l'ouvrage de M. Peyrilhe; il revient. ensuite en France et fournit une nouvelle carrière qui devient plus intéressante pour nous. Depuis deux siècles, dit-il, la France n'avait produit aucun écrivain de chirurgie qu’elle pât opposer à ceux dont
k l'Italie s’honorait aux yeux de l’Europe entière, lorsque enfin le célèbre
Paré vint effacer l’espèce d’opprobre que cette longue stérilité semblait jeter sur sa patrie; en décrivant sa vie et ses travaux, il nous fait voir que tout est prodigieux dans cet homme rare. Il le considère d’abord comme écrivain, ensuite comme chirurgien militaire, et enfin dans l’ordre de la société et dans la carrière des honneurs. On n’a jamais élevé à Paré un monument de gloire plus solide et plus durable que celui que lui consacre M. Peyrilhe dans son histoire.
Les disciples de Paré, Thierry de Hery, Franco, Pigray, Guillemeau, reçoivent aussi le tribut d'éloges dus à leurs utiles travaux dans l’art de guérir; l'analyse de leurs ouvrages en donne une idée aussi nette que précise. |:
Après s'être livré au plaisir de tracer les heureux effets de l'influence de Paré sur son siècle, après avoir fait connaître les grands chirurgiens sortis de son école, et ceux qui furent autant instruits par ses livres qu’échauffés par son exemple, M. Peyrilhe, revenant sur ses pas, examine et décrit l’état de la chirurgie chez les étrangers, en Italie, en Allemagne, et analyse les ouvrages de ceux qui se sont distingués par leurs écrits. Joiguant les préceptes de l'art à l’histoire de ses restaurateurs, il avance
d’un pas ferme etsoutenu vers la fin du xvi* siècle, et prolonge ses recherches jusque dans les premières années du xvrre.
Voilà, en abrégé, quels sont les sujets des recherches historiques, Hittéraires @t critiques de l’ouvrage soumis à votre examen. L'analyse que nous venons de mettre sous les yeux de l’Académie la rend autant juge que nous du mérite et de l’importañce du nouveau travail de notre confrère. Nous ne parlons pas de la diction, parce que les preuves de l’auteur à cet égard sont faites depuis longtemps. Tous ceux qui savéntlire conviennent que le second volume de l'Histoire de la chirurgie, publié avec l'approbation de l’Académie, présente le modèle d’un style nerveux, élégant et harmonieux dans certains endroils, serré sans être obscur, abondant sans être diffus. Il ne dégénère pas dans là composition du troisième volume que nous venons de parcourir. Nous croyons dont et noûs concluons que l’Académie doit revêtir du sceau de son approbation ce troisième volume de l’Histoire de la chirurgie, et permettre à l’auteur de prendre à la tête le titre d’académicien. — Baudelocque, premier. — F. Sue, second.
Les premiers travaux de Louis (1723-1792), sans excepter son Cours de chirurgie pratique sur les plaies d'armes à feu (1746), sont assez médiocres (1); mais son talent d'écrivain et son savoir chirurgical, la fermeté de son jugement se révèlent bientôt dans Éloge de J. L. Petit (1750), dans la traduction des Aphorismes de chirurgie de Boerhaave (1767), dans un mémoire de médecine légale Sur la distinction du suicide et de l'assassinat (1767; à propos de l'affaire Calas); dans un Recueil d'observations pour servir de base à la théorie du contre-coup (1766), quoique les matériaux y soient pour la plupart empruntés à divers chirurgiens. On peut dire que Louis est tout entier dans les HMémoires de l'Académie et dans les Éloges qu’il a prononcés aux séances publiques ; c’est lui qui prépareles discussions, qui rédige les jugements, qui dicte les réponses, qui fait le choix des lectures et des morceaux à imprimer; lui enfin qui donne le ton à ces Mémoires par les communications qu’il y a insérées sur les cal:
(4) Voyez cependant les Observations de Louis sur l'électricité, son action sut l’économie et son utilité, 4747, où l’on rencontre d’intéressantes observations, ais où l’on remarque en même temps que l’auteur n'avait peut-être pas toute l'habileté ni l’expérience requises dans l’emploi de ce moyen, ni des connaissances suffisantes pour bien distinguer les cas où convient l'électricité de ceux où elle peut nuire Ou rester infructueuse.