LOUIS. — JEAN-LOUIS PETIT
culs, sur lamputation (particuliérement sur les moyens de prévenir la saillie de l'os), sur la grenouillette, sur les hernies étranglées, sur la taille, sur le bec de lièvre, sur la bronchotomie, et sur vingt autres sujets. Une chaleur qui vient toujours de la conviction, et quelquefois d’un certain mouvement de passion (4), anime les dernières productions de Louis et leur donne cette autorité souveraine dont Petit et plus tard Desault eurent également le secret, sous des formes moins littéraires, mais peut-être mélangées de moins de hauteur ou d’amour-propre que chez Louis.
Quant aux loges de Louis, je ne trouve que ceux de Fontenelle à leur comparer : compliments bien tournés, blâmes finement indiqués, mesure, sobriété, élégance, réflexions profondes ou délicates, parfois de Pesprit, toujours une raison inflexible et jamais de rhétorique (2) ; telles sont les qualités qui brillent dans
la plupart des loges de Louis et qui lui assurent une perpétuelle renommée (3).
Si j'ai parlé de Louis en premier lieu, c’est qu’il à été le véritable organisateur de l’Académie de chirurgie ; mais je dois revenir à J. L. Petit (1674-1760), dont le nom est inséparable de
celui du plus illustre des secrétaires perpétuels que cette compagnie ait eus.
Jamais peut-être livre n’a été attaqué avec autant de violence sur les points les moins vulnérables (4), que le Traité des os,
(4) Louis forma des amitiés nombreuses, très-actives, très-fidèles : mais il eut quelques ennemis irréconciliables, injurieux même, entre autres Valentin dans ses Recherches critiques sur la chirurgie (4 772), où il prend à plüisir le contrepied des opinions de Louis. =
(2) Louis eût été malheureux de s'entendre louer comme l'a loué son afni Sue dans un langage prétentieux qui a beaucoup des mauvais côtés de la littérature déclamatoire de la révolution, Dans cet éloge il ÿ a plus de phrases que de jugements motivés et décisifs, :
(3) Voy. dans Gazelte médicale de Paris, 1866, n°5 40, 41, 42 les intéressantes Recherches historiques de M. Dubois d'Amiens, swr les dernières ännées de Louis et Vicq d'Azyr.
(4) Andry s’est placé à la tête des accusateurs, et précisément il réprimande grossièrement Petit au sujet de la rupture du tendon d’Achille que notre chirurgien avait si bien observée, décrite ettraitée ; puis on le raille à propos de sa machine pour
premier ouvrage de J. L. Petit (1674-1750); mais jamais non plus d’aussi habiles champions n’ont pris avec une conviction aussi apparente (1) la défense d’un auteur outragé. En somme ce traité, quoiqu'il soit loin de mériter toutes les louanges que lui donnait Boerhaave, porte la marque d’un chirurgien de premier ordre. Son principal mérite, c’est d’être fondé sur une anatomie. très-sérieuse et sur de bonnes observations cliniques; ses vrais défauts tiennent aux circonstances suivantes : Petit, n'étant pas très-versé dans la mécanique des os et des muscles, s’en rapponle trop à la force pour les luxations, et, pour les fractures, il a quelques appareils trop compliqués ; ilne possède pas, comme Duverney, une idée suffisante de la formation du cal; enfin l'anatomie pathologique ne vient pas assez souvent à son aide pour la distinction des diverses espèces de luxations, surtout de fractures. En parcourant seulement les généralités que Petit a mises en iète de son ouvrage, on voit cependant combien il se montre supérieur à tous ceux qui ont écrit sur les maladies des os sans avoir pris pour fondements de leurs remarques l'anatomie des parties molles et des parties dures, sans avoir fait non plus ni des études sur la facilité comparative de la production des luxation (2), sur leur forme et leur pronostic, ni des recherches
les luxations, quel’on compare aux chevalets de torture, mais qui n’avait d'autre inconvénient que d'être souvent inefficace par son excès même de puissance qui maintenait les muscles en révolte. — Voyez aussi dans l’Éloge de Petit par Louis, les moyens honteux employés contre lui par ses ennemis, et l'offre qui lui fut faite, par l’auteur mème, d'acheter 2000 fr. le manuscrit d’un libelle plus qu'infamant,
(1) Quand je dis conviction apparente, je pense surtout au Discours où Louis (voy: aussi son Éloge de Petit) prend avec tant de calme et de raison les intérêts de Petit et de la chirurgie rationnelle; mais on voit par Sue (Éloge de Louis), qu'ilfais sait, au fond et dans son particulier, peu de cas du traité de Petit, et qu'il en souhaitait un meilleur, qui, du reste, s’est longtemps fait attendre.
(2) Petit a distingué les luxations causées par de simples mouvements Spasmos diques des muscles de celles qui proviennent de quelque choc ou autre cause extérieure ; il sait aussi que la rotule se brise transversalement, plus souvent peut-être par des efforts, des faux pas, que par des coups directement portés sur cet os. Ila de bonnes remarques sur la fracture du col du fémur et sur les exostoses. Petit regardait comme imaginaires les fractures en Zong ; Fabrice d’Acquapendento les avait théoriquement admises ; Duverney est du même avis; Louis se range du coléde Petit. Longtemps les chirurgiens n’ont reconnu que des fractures très-obliques, mais
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relatives aux changements que ces déplacements produisent dans les parties; toutes considérations auxquelles presque personne ne s'était livré depuis les immortels ouvrages d'Hippocrate sur ce sujet. Seulement Petit, qui ne connaissait pas aussi bien que les modernes, même aussi bien que Louis, la série des mouvements combinés, parallèles ou antagonistes des muscles, a eu recours à des machines trop puissantes et qui agissent dans un seul sens, tandis que emploi des mains qui suit, corrige ct change les mouvements musculaires, suffit le plus souvent à des réductions en apparence fort difficiles. L'usage des anesthésiques est encore venu simplifier les méthodes de réduction. (est à l’aide des saignées abondantes, répétées, saignées souvent dangereuses, que nos anciens maîtres cherchaient à triompher de cette résistance des muscles, contraction ou constriction, principal obstacle à la remise en place des os sortis de leurs cavités.
Louis (1) remarque très-judicieusement qu’il faut, si l’on veut profiter de la lecture des anciens, avoir des principes qui permettent de saisir et d'apprécier les différentes circonstances décrites pour chaque cas de pratique. Les connaissances générales sont des faits primitifs et fondamentaux qui éclairent les commençants sur les faits particuliers dont les connaissances ellesmêmes sont le résultat. C’est là précisément ce qui distingue le livre de Petit qui remplaça si heureusement celui de Verdier.
« Toutes les tracasseries, ajoute Louis, que M. Petit a essuyées ont tourné à sa gloire et il a eu l'avantage d’en jouir. Personne n’a plus contribué que lui à la renaissance de la chirurgie; elie lui doit une partie de ses progrès; ses principes sont enseignés dans les écoles et adoptés dans les meilleurs ouvrages. Et le traité de M. Duverney, quoique rempli de plus d'observations et plus volumineux, n’a pu faire oublier celui de Petit. On juge mal du mérite respectif des deux ouvrages par leur masse; c’est la par-
non pas positivement e7 long ; aujourd’hui elles sont établies par des pièces pathologiques. La fêlure, comme l’a démontré M. le professeur Gosselin, est une des conséquences assez ordinaires de la fracture en V du tiers inférieur du tibia. (1) Discours sur le traité des maladies des os, de Petit, p. 9, édit. 1788; voyez aussi Éloges de Ledran et de Quesnay.
tie dogmatique- qu’il faut considérer ; c’est par là que brille l'ous vrage de M. Petit (p. 98-99 du Discours). »
Outre un très-grand nombre de Mémoires de haute importance sur divers points de la chirurgie (1), insérés dans les recueils de l'Académie des sciences et de l’Académie de chirurgie, Petit a laissé un ouvrage posthume et malheureusement incomplet, publié par les soins de son élève Lesne. Cet ouvrage, qui a eu deux éditions (1774 et 1790, avec de nombreuses plan: ches), est intitulé : Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent ; il résume ou reproduit même une partie des travaux précédents de l’auteur, sauf le Traié des maladies des os, publié séparément. L'éditeur nous apprend que « Petit tirait presque tout de son propre fonds; la nature était l'unique source où il puisait ses principes ; il ne lisait les livres de chirurgie que pour avoir une idée générale des progrès que l’on avait réalisés jusqu’à lui, faisant peu de cas de l’érudition qui se borne à donner un air savant aux talents médiocres. » Pour les larges plaies récentes, Petit, sans proscrire les sutures, comme l'a fait Pibrac, en a restreint et simplifié l’usage ; il rapporte plusieurs observations de cures très-heureuses obtenues à l’aide de ce moyen. Quand les sutures ne sont-pas réclamées par l'étendue de la plaie, il préfère les bandelettes agglutinatives aux bandages unissants dont on n’est jamais sûr. Il répudie les émol lients pour les plaies récentes ou anciennes, On est étonné quil se montre partisan de la ligature en masse contre les hémorrhagies ; il agit ainsi par suite d’une fausse crainte, celle de couper le vaisseau en usant de la ligature immédiate.
Quant aux plaies en particulier, Petit n’a traité que de celles de la tête et de la poitrine, mais de façon à nous faire regretter qu’il nait pas pu relater ses observations sur les plaies des autres régions. Il traiteles tumeurs sanguines des téguments du crâne par la simple compression, ou, suivant les cas, par une incision, dans la crainte que le sang en s’altérant ne cause des désordres dans l'intérieur du crâne. Cette pratique est sans doute bonne, mais la
(4) Petit a très-bien démontré la nécessité de la formation du caillot pour que les hémorrhagies prennent fin,