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moins d'intérêt, quoique elles aient peu d’originalité. Il n’en est pas de même du mémoire sur la fracture de l'extrémité inférieure de l’humérus, avec séparation des condyles, espèce de fracture dont Petit, Duverney, Bell et les chirurgiens contemporains ne font nulle mention avant Desault. Le principe d’après lequel Desault a conçu ses appareils pour les fractures, principe déjà entrevu par Petit, repose sur cette considération essentielle qu’ils doivent contribuer à maintenir pendant la durée du traitement l'extension et la conformation donnée au membre lors de la réduction (1).
Il serait difficile, impossible même, en un livre de la nature de celui-ci, de dresser l'inventaire de toutes les heureuses innovations dont la chirurgie est redevable à Desault, sans mentionner, au moins, celles qu’il a apportées au rétablissement des voies naturelles dans la fistule lacrymale, à l'opération et au pansement du bec de lièvre et de la bronchotomie, à lincision des fistules à l'anus, au traitement des polypes par la ligature, à la résection des amygdales, ou de la luette. Laissant aussi de côté, mais à regret, l'exposé des modifications qu'il a fait subir à un grand nombre d'instruments destinés à pénétrer dans les cavités profondes, soit pour des ligatures, soit pour des excisions, aux sondes (2), au trépan, au gorgeret de Marchetti pour la fistule à l'anus; nous
(1) Voyez particulièrement Mémoires sur les fractures de l'avant-bras et du fémur. On voit dans ce dernier mémoire que Desault avait l'intention de donner une statistique comparative de toutes les maladies qui étaient traitées à l'Hôtel-Dieu, ct en particulier des fractures, suivant leur degré de fréquence, eu égard aux divers os.
(2) On sait qu’il avait généralisé l'emploi des sondes élastiques perfectionnées par Bernard, soit pour les affections de l’urèthre et de la vessie, soit aussi pour lalimentation des malades chez qui la déglutition naturelle était devenue impossible par suite de quelque accident ou affection ; il ya sur ce point un mémoire fort intéressant : «L'invention des sondes de gomme élastique, par Bernard, est une des découvertes les plus heureuses dont on ait eurichi la chirurgie dans ce siècle, Les praticiens avaient senti la nécessité des sondes flexibles pour le traitement des maladies des voies urinaires, et toutes celles qui ont été faites avant cet habile mécanicien n’offrent que des imperfections. Les sondes de corne, proposées par Van Helmont, ont l'inconvénient d’être trop roides et de s’incruster promptement. Celles de cuir, recommandées par Fabrice d’Acquapendente, amollies par les urines et le mucus de l’urèthre, s’affaissent sur elles-mêmes et ne conservent plus leur cavité. Les
rappellerons que Desault usait avec succés, comine dérivatif, de l'émétique « en grand lavage » dans les plaies de tête, dans celles surtout qui sont compliquées d'un érysipèle ou qui #ac- Compagnent de commotion ; qu'il a précisé encore plus exactement qu'on ne l'avait fait et réduit comme Petit à un nombre restreint de cas les indications du trépan (enfoncement et épanz chement) ; enfin qu’il a donné des remarques trés-neuves sur les maladies du tissu maxillaire.
Quoique opérateur très-habile et très-hardi quand les circon- Stances l'exigeaient, Desault était essentiellement conservateur. L’amputation était, selon lui, une ressource extrême où les revers qu’on éprouve effacent souvent les succès qu'on obtient. Mais «la médecine longuement expectante », à laquelle il donnait d’abord la préférence, n’a-t-elle pas aussi le grave inconvénient de laisser le temps à toutes sortes d'accidents de $e produire, de rendre l'opération inutile et de compromettre ainsi indirectement, mais souvent avec certitude, la vie du malade? Bichat ne nous apprend pas dans quelles circonstances son maître substituait l'opération à la temporisation ; c’eût été un élément de plus pour la solution d’un problème qui estencore fort agité aussi bien dans la pratique civile que dans l'exercice de la chirurgie sur le champ de bataille.
Néanmoins, Desault à fait faire de trés-grands progrès aux procédés opératoires en usage de son temps pour les ampu-
Peaux qui recouvrent celles qui sont faites de fils où de lames d'argent contournés en spirales, s’alfèrent et se Pourrissent promptement, et leur bec, ne tenant plus alors au corps de la sonde que par le fil d'argent qui s’y termine, arrêté au col de la vessie ou dans quelque autre endroit du canal, peut se détacher et rester dans ces cavités. On ne peut reprocher aucun de ces défauts aux sondes de Bernard; elles sont formées d’une espèce de tresse de fil de soie ou de poil de chèvre, recouverte de gomme élastique, Elles ont la flexibilité nécessaire pour se mouler aux différentes courbures de l’urèthre, ne s’amollissent point par les urines, et conservent toujours la liberté de leur canal ; leur surface lisse et polie les préserve aussi long= temps que les algalies des incrustations terreuses, Comme ces sondes sont spécialement employées dans le traitement des maladies de l’urèthre, où leur introduction devient souvent difficile, on les garnit d’un stylet ou mandrin de fer, courbé comme les algalies, Ces stylets sont préférables à ceux de cuivre, parce qu'ils plient moins et conservent leur courbure plus exactement, »
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tations; ainsi il a remplacé le couteau courbe par le conteau droit, et il à fait effiler ces instruments de façon qu'ils pussent servir en même temps à couper les muscles interosseux; il a définitivement fait prévaloir la ligature immédiate directe sur la ligature médiate ou en masse, et réfuté, moins par le raisonnement que par les expériences, les objections que Petit lui-mêrne formait contre la ligature immédiate. Sans nier les avantages que le garrot et surtout le tourniquet (4) peuvent rendre pour prévenir ou suspendre l’hémorrhagie, Desault a montré que ce tourniquet ne $’adaptait pas aisément à toutes les régions où son emploi devient nécessaire, et en conséquence il a recours, soit à la simple pelote, soit, toutes les fois qu’il le faut, à la compression plus intelligente opérée par les doigts d’un aide qui se moulent, pour ainsi dire, sur les ondulations des parties, et suivent tous les mouvements du malade.
Desault paraît avoir employé la méthode à lambeaux aussi bien que la méthode circulaire; imais Bichat ne rapporte qu’un exemple pour chacune de ces méthodes. La section des chairs était pratiquée en trois temps : incision de la peau à un pouce et
demi au-dessous du point où l’os devait être scié, dissection de la
peau d’avec les muscles, section des muscles après avoir relevé la peau.
On est assez étonné de voir Desault préconiser, en suivant l'exemple d'A. Paré et surtout de Saviard (voyez plus haut, p. 969), la ligature des téguments et du sac pour la hernie ombilicale chez les enfants, en ayant grand soin toutefois de s'assurer qu'aucune anse intestinale n’est comprise dans le sac.
Enfin la chirurgie des anévrysmes doit à Desault de réels perfectionnements, qui ont été exposés et appréciés avec un rare talent de critique historique par M. Broca (Des anévrysmes ; p. 449, suiv.). Desault n’a pas toujours été heureux dans ses tentatives, surtout en ce qui regarde l’anévrysme de l’artère axillaire, malgré l'invention de son aiguille à ressort et toutes les précautions que lui suggérait la structure si compliquée de la région ;
(4) Les plus grands perfectionnements apportés à cet instrument sont dus à notre célèbre médecin militaire, le baron Larrey, «le plus honnête homme de l’empire », suivant le mot de l’empereur Napoléon It".
mais pour d’autres (par exemple pour l’anévrysme poplité), ila pleinement réussi. Les anévrysmes vrais avaient paru au-dessus des ressources de l’art, lorsque leur extrémité supérieure est inaccessible aux instruments. Desault ne pouvant se résoudre à abandonner ainsi les malades à la certitude d'une mort plus ou moins éloignée, proposa le procédé suivant, qui fat mis pour la première fois en pratique, mais avec insuccès, sur l'artère fémorale, par le citoyen Deschamps : diviser les téguments suivant la direction de l'artère, mettre celle-ci à nu, faire la ligature immédiatement au-dessous de la tumeur, qu’on abandonne ensuite aux soins de la nature; le sang, arrêté dans son cours direct, refluera vers les collatérales; celui qui est amassé dans la partie s’y condense en un épais caillot, et contracte des adhérences avec ses parois resserrées sur lui; le tube artériel s’oblitère depuis la ligature jusqu’à la première collatérale supérieure.
Les remarques qui précèdent sont tirées des deux premiers volumes des OŒEuvres chirurgicales de Desault. Le troisième volume, publié par Bichat et par Roux, qui y a ajouté quelques mémoires de sa composition, contient, entre autres sujets, les leçons célèbres du chirurgien de l'Hôtel-Dieu Swr les maladies, des voies urinaires, leçons publiées d’abord en extraits par Ghopart, puis dispersées dans le Journal de chirurgie, enfin rassemblées en un volume qui constitue le cinquième de ce journal. Bichat, dans le troisième volume des OEuvres chirurgicales (1803), déclare que dans cette édition, augmentée de remarques nouvelles, il a conservé exactement le fond même des leçons du maitre, et que la rédaction seule lui appartient. C’est d’après celle édition, bien que je n’y aie pas relevé de notables différences avec la précédente, que j'en dirai quelques mots.
Ce n’est pas la partie la moins vantéee de l’œuvre de Desault, cependant c'est peut-être celle qui a laissé le champ le plus libre à de nouveaux perfectionnements pour le diagnostic et le traitement des maladies de l'appareil génito-urinaire. — Il est inutile de s'arrêter sur le premier chapitre consacré au diabète. Bichat lui-même a remarqué que, sur ce sujet, Desault n’avait que des idées incertaines et vagues. La suppression et surtout la dépravation des urines ne sont pas non plus traitées de façon à sais-
DESAULT. 1293 faire ni les chirurgiens ni les médecins. Le chapitrele plus ample et encore le meilleur, a pour titre : De la rétention d'urine (4). Sous cetle rubrique très-générale l’auteur traite de toutes les causes et particulièrement des causes mécaniques (qu’elles soient en dehors de l’appareil urinaire lui-même, ou qu'elles tiennent à des affections propres à cet appareil) qui peuvent ralentir ou suspendre le cours des urines. Desault y fait preuve de plus de jugement critique que d’érudition:; il a plutôt vu les inconvénients ou l'insuffisance des moyens de traitement employés avant lui ou par ses contemporains, qu'il n’en a proposé de parfaitement efficaces(2). Du moins il a appelé l'attention du chirurgien sur les services que rendent les sondes de gomme élastique inventées par Bernard (3); mais il leur accorde une confiance trop absolue, trop peu restrictive ; pour le traitement des rétrécissements, il pense que, laissées longtemps en place, ces sondesen triomphent sûrement par la compression qu’elles exercent et par la phlogose résolutive qu’elles excitent, et qui finit cependant comme Desault lui-même en rapporte des exemples, par produire de véritables abcès ou dépôts dans l'épaisseur du canal. De plus, il n’a pas appris par l’anatomie pathologique quelles sont les diverses espèces de rétrécissements, et sa classification n’est plus admissible aujourd’hui. IL à toutefois remarqué que ce qu’il appelle les « brides » se forment particuliérement vers le bulbe de l’urèthre, qu’elles sont quelquefois incomplètes et qu'elles siégent à des distances plus où moins éloignées les unes des autres. [Lest fort opposé d’une part à l'emploi des caustiques dans les cas ordinaires et surtout à la ponction de la vessie pour le rétrécissement en apparence infranchissable, et il en donne de bonnes raisons que voici : e
« ILest des praticiens qui, découragés par les obstacles qu'ils rencontrent, ct prenant le défaut momentané de succés pour l'impossibilité d'introduire la sonde, ne balancent pas à faire la
(1) Voy. aussi les paragraphes spéciaux consacrés aux bougies et à la ponction de la vessie. Ë (2) Il ne connaissait pas les procédés employés déjà par les chirurgiens grecs, tels que l’excision, et remis en honneur de nos jours, etc. (3) Voy. plus haut, p. 4289, note 2.
ponction de la vessie. Mais à moins qu’on n’ait acquis la preuvé qu’une bougie laissée dans le canal ne détermine point la sortie des urines, et que les accidents dépendant de Ja rétention ne soient très-urgents, nous pensons qu’on doit différer cette opération et ne la pratiquer qu’à la dernière extrémité. Car, sans parler des dangers où elle expose toujours le malade, elle est en: pure perte pour la guérison de la maladie de l’urêthre. Il faudra toujours en revenir à l’introduction de la sonde: et les difficultés que lon a rencontrées dans les premiers essais ne diminueront pas par la ponction de la vessie,
» L'opération connue sous le nom de boutonnière, quoique en apparence mieux adaptée à la nature de la maladie, est presque toujours inutile ou dangereuse, Elle est inutile si, pour la pratiquer, on peut passer un cathéter ou une sonde cannelée dans la partie rétrécie du canal, puisque l’on aurait pu de même y portier une sonde creuse. Elle est dangereuse si l’on ne peut être guidé par ces instruments, puisqu’alors on fait les incisions au hasard, et que l’on peut manquer le canal et diviser des parties dont la lésion est suivie d'accidents plus ou moins graves.
» Les caustiques, recommandés par Hunter, nous paraissent tout à la fois incertains dans leur effet et très-dangereux dans leurs suites, Quoique ce praticien nous assure en avoir obtenu des succès qui ont surpassé ses espérances, nous n’avons jamais osé faire usage de ce moyen. Le caustique dont il se sert est la pierre infernale, Pour l'appliquer immédiatement sur la partie rétrécie du canal, il a inventé une canule presque semblable aux algalies à bouton proposées par Petit. Après avoir introduit jusqu’à l'obstacle cette canule fermée par le stylet à bouton, il retire le stylet et en substitue un autre terminé à son extrémité par une espêce de porte-crayon dans lequel est fixée la pierre infernale: il enfonce ce dernier jusqu’au bout de la canule. De cette manière le caustique ne peut agir que sur la partie du canal où la sonde est arrêtée. Il recommande de ne le tenir appliqué que pendant une minute, de le retirer ensuite et d’injecter aussitôt de l’eau par la même canule, pour entrainer au dehors toutes les parties du caustique qui auraient été dissoutes dans le canal et qui pourraient l’irriter. Il réitère cette application tous les jours
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ou tous les deux jours, selon que l’eschare est plus où moins de temps à se séparer, et il en continue l’usage jusqu’à ce que la sonde puisse pénétrer dans la vessie. Enfin il termine la cure avec les bougies.
» On ne peut disconvenir que ce moyen ne soit irés-ingénieux ; mais qui garantira que ce caustique agira toujours dans la direc- tion du canal, qu’il ne percera pas ce conduit et ne formera pas de fausses routes? Hunter a senti cet inconvénient et n’en prend aucune inquiétude, pourvu qu’on rentre dans l’urêthre, et qu’on parvienne avec les bougies jusque dans la vessie. Il regarde ce nouveau conduit comme aussi propre à donner passage aux urines que le canal naturel. Nous croyons bien aussi que, si l’on continue longtemps les bougies, cette portion factice du canal restera pendant leur usage assez dilatée pour que les urines y passent librement ; mais il nous paraît douteux que cette route nouvelle se conserve toujours dans le même état, et qu'il ne s’y forme pas dans la suite un rétrécissement plus difficile à vaincre que le premier. D'ailleurs, n’est-il pas à craindre que, lorsque le caustique sera une fois sorti du canal, on ne puisse pas le ramener dans la direction de ce conduit? Et alors plus on avancera, plus on aggravera la maladie, »
Ge n’est pas seulement pour ses mérites personnels et pour la sûreté de sa pratique que Desault est digne des hommages de la postérité, mais surtout parce qu’ilale premier constitué une École clinique pour les étudiants, à l’Hôtel-Dieu, et qu'il a suggéré à son élève et ami, Corvisart, l’idée d’une même institution pour la médecine, à la Charité.
Au moment où s’ouvraient, dans toutes les grandes villes de l’Europe, et pour ne plus jamais se fermer, les portes des hôpitaux et des amphithéâtres de dissection, on a pu dire que la consommation des siècles anciens était accomplie, que le régne de l'autorité avait pris fin, que la parole était aux faits, à l’observation, à la science expérimentale; que la médecine et Ja chirurgie avaient enfin conquis cette indépendance, cette spontanéité que lanatomie et la physiologie avaient reprises depuis un siècle et demi.