‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 257 sur 260 · COUP D'OEIL GÉNÉRAL SUR LE XIX° SIÈCLE · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL GÉNÉRAL SUR LE XIX° SIÈCLE

Des horizons nouveaux s'ouvrent à nos regards; mais avant que les vrais principes de la médecine remportent une victoire décisive, il nous faut assister encore à plus de trente années de luttes, d'autant plus acharnées, que ceLte fois l'esprit de système revêt les franches allures de lesprit d'observation. Broussais, le dernier des réformateurs et le premier des médecins qui aient appliqué l’anatomie pathologique et les lumières du diagnostic à débrouiller le chaos de la nosologie, à localiser définitivement beaucoup de maladies, que, peu de temps avant lui, on considérait encore comme des affections primitivement générales; Broussais, entraîné par la fougue naturelle de son caractère, et peut-être aussi, comme tous les révolutionnaires qui, par la crainte de laisser subsister quelques abus de l’ancien régime, veulent abattre d’un seul coup les plus fortes têtes en lesquelles se personnifie la réaction, Broussais frappe la vieille médecine dans ses fondements les plus solides; au nom de l'observation il attaque, les armes à la main, tous ceux qui ont légitimement inscrit cetle même devise sur leur drapeau, mais avec le dessein de ruiner ses affirmations à la fois hasardées et pernicieuses.

Dans le camp opposé à celui du Val-de-Grâce la passion n’est pas moins vive, mais elle est mieux contenue ; la bonne cause n’a pas besoin de violence, assurée qu’elle est du triomphe du droit et de la raison.

Quel temps fertile en hommes de premier ordre, en productions savantes, que celui où maîtres et disciples, également prompts à l'attaque et à la riposte, tenaient l’Europe médicale suspendue, pour ainsi dire, à l'extrémité de leur plume ! Quel temps que celui où notre Faculté, où la France, comptaient à côté de Broussais, Bouillaud, un disciple qui est devenu égal au maître, Bayle, Gorvisart, Hallé, Laennec, Chomel, Andral, P.C.A. Louis, J. Cruveilhier, et Trousseau, venu après eux. Plusieurs ont disparu de ce monde; d’autres, fatigués par d’opiniâtres travaux ou par l’âge, ont presque abandonné le champ de bataille, et nous n’entendons plus que l'écho de leur voix si ferme, si grave, si imposante et si respectée ; ils ont du moins des élèves qui, à leur tour, continuent la grande école de la clinique

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COUP D’OEIT, GÉNÉRAL SUR LE xIx° SIÈCLE, 1297

médicale, en élargissant encore la porte pour y faire pénétrer toutes les conquêtes les plus récentes.

J'ai beau jeter les yeux autour de moi, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, je ne vois aucun nom qui le dispute en réputation et en autorité, si ce n’est ceux de Rasori et de Tommasini, aux grands noms que l'histoire offre, en France, à notre admiration pendant les Quarante premières années du xIx° siécle. On ne nous opposera sans doute ni le nuageux Schelling, ni son illustre disciple Schônlein, cet esprit fort ingénieux sans doute, mais où l'imagination dépasse le Jugement : ni même Hufeland, qui est le Tissot de l'Allemagne, avec plus de science et moins de préjugés ; ni surtout Hahnemann, qui avait débuté par des expériences et qui à fini par l'illuminisme.

Et pour la chirurgie, à côté des noms Justement retentissants de À. Cooper, de Dieffenbach, de Langenbeck, de Graefe, nous pouvons placer, sans craindre la comparaison, le plus grand des héros qu'ait eus la chirurgie, Dapuytren, qui à lui seul vaut tout un bataillon.

Boyer et Pelletan sont surtout les propagateurs fidèles des doctrines de l’Académie de chirurgie ; Dupuytren suit également ces grandes traditions, mais il y ajoute une anatomie pathologique plus savante, un diagnostic plus exact, un manuel opératoire plus brillant et plus assuré, enfin le coup d’œil du génie. C’est en vain qu’on voudrait déprécier Dupuytren ; il restera aux yeux de l’histoire « le grand chirurgien du xix° siécle », et ses élèves ou ses disciples, qui font aujourd’hui l’ornement de notre École, se plairont toujours à placer leur renommée sous l'égide de ce nom puissant. Ici je m’arrête: Je ne veux ni ne puis nommer personne dans la crainte de méconnaître et de mélanger les rangs, ou de ne pas paraître juste en ne mettant pas tout le monde au premier.

À côté de Dupuytren, quoiqu'ils ne se rangent pas tous sous sa bannière, il est permis de compter Breschet, P. J. Roux, L. J. Sanson, L. J. Bégin, Ant. Dubois, Lisfranc, Blandin , J. Delpech, Lallemand, Jobert de Lamballe, J. Leroy d’Étiolles, Civiale, Malgaigne, Michon, A. Bonnet (de Lyon) ; et, parmi les plus nobles représentants de la chirurgie militaire, Lombard (de Strasbourg), Percy et J. D. Larrey,

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