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INFLUENCE DE LA PHYSIOLOGIE PRIMITIVE

force faire des médecins avec des prêtres, avec des gymnastes ou

avec des philosophes, quand ces historiens avaient sous la main tant de preuves de l’existence indépendante de la science et de la pratique médicales; surtout quand le raisonnement pouväit les convaincre que, pour faire de la médecine, il faut nécessairement des médecins.

L'influence des philosophes ne s’est exercée sur la médecine que par la physiologie. On retrouve dans la Collection hippocratique des témoignages positifs de cette influence; déjà Hippocrate, du moins l’auteur de l’Ancienne médecine, la trouvait pernicieuse et voulait, comme le dit si exactement Celse, séparer les deux domaines (4). Hippocrate soutenait que la médecine ne relève que d’elle-même; il voulait l’affranchir des hypothèses enfantées par les philosophes, dans leurs cosmogonies, et la ramener dans ses propres voies ; il est vrai qu'Hippocrate substitué trop souvent les hypothèses médicales aux hypothèses philosophiques; mais la séparation n’en est pas moins réelle par l’intention, et elle montre quelle place il faut assigner, dans l’histoire de la médecine, à la philosophie anté-socratique.

Ésope disait qu’il n’y a rien de meilleur et rien de plus mauvais que la langue; j'en dirais volontiers autant de la physiologie. Ï n’y a rien de meilleur qu’une bonne physiologie, ou du moins qu'une physiologie qui, reposant sur l’expérience, porte en elle-même les principes de son perfectionnement ; une telle physiologie réforme la médecine et transforme la thérapeutique. Mais aussi il n’y a rien de plus désastreux, de plus contraire aux progrés de la pathologie, qu’une mauvaise physiologie, surtout qu'une physiologie à priori, qui chaque jour trouve en elle-même les meilleures raisons de s’enfoncer de plus en plus dans les ténébres et d’enchaîner l'essor de la science. Cest ce que nous

(4) Cest un des auteurs les plus récents de ia Collection hippocratique, ur déclamoteur, qui a écrit: «Il faut transporter la médecine dans la philosophie et la philosophie dans la médecine, car le médecin-philosophe est égal aux dieux. » Encore ne faut-il pas prendre le change sur ce texte de la Béenséance (8 5), car il

s’agit surtout de La philosophie morale, et des qualités communes au médecin et au philosophe.

avons pu constater presque à chacune de nos leçons. En vain les observations les plus délicates et les plus difficiles se multiplient dans l’école hippocratique; en vain aussi, à Alexandrie, les recherches anatomiques les plus précises dévoilent plus d’un secret de notre structure ou de celle des animaux; les idées sont plus entêtées que les faits, la physiologie résiste si bien qu’elle phe à son usage, ou plutôt qu’elle dénature, pour les ranger sous sa loi, les découvertes de l'anatomie et les conquêtes de la pathologie. Parfois même on crée une anatomie de fantaisie pour se conformer aux exigences de la physiologie et, par suite, à celles de la pathologie.

Il y'a dans la Collection hippocratique un traité qui est intitulé Du cœur, et où il est question de la structure et des fonctions de cet organe; c’est là que nous Irouverons un de ces exemples décisifs qui prouvent combien et comment la mauvaise physiologie peut empêcher la bonne anatomie de tirer des faits les mieux observés les conséquences naturelles qui ÿ sont contenues. L'auteur de ce traité a déterminé la forme pyramidale du cœur, logé dans une fosse du poumon comme dans un mortier ; il sait que c'est un muscle très-fort dont Ja chair est comme feutrée; il connaît le péricarde et le liquide jaunâtre (lle compare à l'urine) qui y est contenu : Si bien, dit-il, que le cœur semble s'agiter en une vessie ; — il a distingué les deux ventricules par leur ampleur, leur épaisseur, leurs positions respeclives, et l'aspect de la face interne de leurs parois; il à trouvé le ventricule gauche vide de sang après la mort, tandis que l'aorte paraissait encore remplie de ce liquide « qu'elle butine dans le ventre » ; il a vu là communication de ces ventricules et des oreilles (même il ajoute que les oreilles ne se meuvent pas en même temps que les ventricules) , l’orifice des vaisseaux pulmonaires el de l'aorte (qu’il appelle ffeuves de lu vie), les valvules, leur mécanisme, leurs piliers tendineux, les colonnes charnues du cœur.

Rien de plus exact que celte anatomie (4), rien de plus faux que la physiologie correspondante.

(4) N'oublions pas de signaler une des premières traces de la funeste doctrine des causes finales aprliquée à l’anatomie: « Le cœur, dit notre auteur, est l’œuvre

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