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HIPPOCRATE N’A PAS INVENTÉ LA MÉDECINE

de dix ans seulement plus jeune qu'Hippocrate. Entre de telles limites, ni Hippocrate, quel qu’ait été son génie, n'aurait eu le temps d'inventer la médecine, surtout de lui donner tout à coup tant d'extension et tant d'autorité; ni Socrate, ni Euripide, ni même ÂAristophane, quelque empressement qu’on leur suppose pour une science si nouvelle, n'auraient eu non plus le loisir de s'en instruire et de s’y intéresser à tel point qu’ils en discourent comme d’un sujet d'étude familiére.

Ge n’est donc pas seulement par curiosité, mais pour défendre une thèse historique que nous avons recherché avec un soin tout particulier ce que peuvent nous apprendre sur la condition du médecin et sur l’état des sciences médicales dans la société grecque, à la venue d'Hippocrate, Socrate par la bouche de Platon, Euripide, Aristophane et quelques autres auteurs de moindre conséquence. Nous avons aussi jugé le système anatomique et physiologique de Socrate d'après le Timée, et nous avons reconnu que ce système se rapproche beaucoup plus de ceux qui ont élé imaginés par les philosophes anté-socratiques qu'il ne rappelle les théories qui dominent dans la Collection hippocratique. C’est là une preuve non équivoque que Socrate nest pas le disciple d'Hippocrate, mais le témoin bien informé de connaissances depuis longtemps acquises.

I est plus difficile de parler simplement d'Hippocrate que de faire écho à ces élans d’un enthousiasme de commande, qui ne manquent jamais de se produire chaque fois qu'il est question du «divin vieillard ». Ne nous laissons pas détourner du vrai chemin par la crainte, où de manquer de déférence envers « le prince de la médecine », ou de succomber sous le poids de tous les travaux dont les écrits hippocratiques ont été l’occasion. La meilleure marque de respect qu’on puisse donner à un auteur, c'est de le lire avec assez d'attention pour le comprendre et pour découvrir ses vrais mérites; d’un ‘autre côté, ni le nombre, ni l'importance des éditions où commentaires ne doivent faire suspendre son propre jugement et arrêter les recherches personnelles. D'ailleurs, l'embarras est aujourd’hui moins grand qu'il ne semble au premier abord. Je l’affirme parce que je le

sais : tout, ou du moins presque tout ce qui a êté écrit sur Hippocrate entre Galien et M. Littré est une œuvre à peu près stérile, faute de méthode, de critique, de connaissance de l’his= toire et de science médicale. Cette méthode, c’est M. Littré qui l’a trouvée; cette critique, c’est lui qui l'a introduite ; cette his= toire, c’est lui qui en a posé les bases; cette science médicale, ce sont les modernes qui l'ont renouvelée depuis Hippocrate et depuis Galien.

Il est certain que, même pour ceux qui n’ont d'autre but que de trouver « la philosophie de l’histoire », le point de départ de toute étude sur la Collection hippocratique, qui est un asseme blage de pièces évidemment disparates, doit être de classer les écrits qui la composent. Quel que soit le système de classification qu’on adopte ou qu’on crée, il faut passer par ce premier degré. Ce n’est point, comme on affecte de le dire, un délassement de philologue ; c’est le travail fondamental de l'historien.

Mais pourquoi prétendre ainsi donner le change et surprendre la religion des auditeurs ou des lecteurs? Comment ! on ose dire qu’il n’importe pas de classer les écrits d'Hippocrate en différents groupes ! La doctrine étiologique est-elle donc identique dans le traité Des airs, des eaux et des lieux, et dans l'Ancienne médecine? Est-ce que la pathogénie est la même dans les ouvrages de Cnide et dans ceux de Cos? Est-ce que la nature médicatrice, dont on fait tant d'état, se trouve dans tous les livres de la Collection? Est-ce qu'il n’y a aucun intérêt à rapprocher les notes des ouvrages qu’elles ont servi à rédiger, et à voir ici des faits particuliers qui deviennent là des propositions générales? Quoi! la philosophie de l’histoire n’a rien à gagner à tout cela! Enfin, quand vous parlez de la doctrine d'Hippocrate, qu’entendez-vous par Hippocrate, et de quoi composez-vous cette doctrine? Il a fallu la bonne volonté et le défaut absolu de critique de Galien, pour chercher et pour trouver, à force de conciliations ou de contradictions, dans la Collection hippocratique, une doctrine uniforme. :

En un sujet aussi compliqué, la divergence d'opinions sur les détails n’est pas une raison de dédaigner ce problème historique : c’est, au contraire, un motif pour les hommes de bonne

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