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COMMENT ON DOIT ÉTUDIER HIPPOCRATE

volonté de chercher à mener la solution aussi près du vrai que possible. Quand la méthode est trouvée, dit un auteur hippocratique, celui de l’Ancienne médecine, le reste se trouve dans la suite des siècles; or, c’est précisément en suivant la inéthode trouvée par M. Littré que nous avons pu, en reprenant chaque traité isolément, arriver ensemble à une classification encore plus rigoureusement naturelle que celle qui a été adoptée par mon illustre maître (1).

Quant à la vie d'Hippocrate, ne voulant point fatiguer votre attention à énumérer et à réfuter toutes les fables débitées sur la vie et les actions du médecin de Cos, je me suis contenté de vons renvoyer à l’étude détaillée que j'ai faite autrefois de cetté légende (2), et je vous ai rappelé en deux mots ce que l'on sait de positif touchant ce grand homme : ILest né vers lan 460, à Cos, où il a tenu école, au temps de la splendeur d'Athènes, dans le grand siècle de Périclès, siècle qui a produit Sophocle, Aristophane, Euripide, Thucydide, Socrate, Platon, Phidias, Polyclète, etqui était encore tout illuminé des derniers rayons de la liberté. Sa réputation est arrivée jusqu'à Socrate, qui parle de Jui en maintes circonsiances (3). On peut regarder comme ses écrits authentiques, le traité Des fractures et celui Des lusations, car ils

(1) Dès l’année 1853, dans le Journal des Savants, et surtout deux ans plus tud, dans mon Introduction aux OEwvres choisies d'Hippocrate (P. zxxu-extn), j'ai fait subir à la classification de M. Littré des modifications qu'il à approuvées pour la plupart; dans mes Leçons, j'ai encore introduit quelques changements réclamés par une nouvelle étude d’un texte qui ne dit jamais son dernier mot. — Aux pages vi ct suiv. de la préface du III vol. de son édition d’Hippocrate ( Utrecht, 1859-1864), édition avec laquelle il faut désormais compter comme avec celle de M. Littré, M, le docteur Ermerins, un de nos plus habiles philologues, à résumé en un tableau le résultat de ses recherches ingénieuses ou savantes sur là classification des écrits d'Hippocrate, Malgré ma déférence pour un érudit aussi distingué, il m'est impossible d'accepter cefte classification, surtout pour ce qui regarde les écrits réputés cnidiens, et pour ceux qu’on peut attribuer ou refuser en toute confiance à Hippocrate.

(2) Voyez mon Introduction aux CEuvres choisies d'Hippocrate, p. xxx, suiv.

(3) Une étude comparative de tous les passages où Platon parle de la médecine, des médecins et des malades, avec divers traités de la Collection hippocratique, m'a beaucoup servi à déterminer, sinon l’auteur de ces traités (une telle recherehe est illusoire), du moins le temps et l’école où ils ont été rédigés,

ont en leur faveur un témoignage contemporain, celui de Ctésias et, un peu plus tard, celui de Dioclès. Combien on en voudrait savoir autant sur Homère! Du reste, Messieurs, n’est pas qui veut un héros de roman ou de légende : il faut s'appeler Homère, Alexandre, Charlemagne, Hippocrate ou saint François d'Assise; il faut vivre en un pays et dans un temps où le peuple a encore le vif sentiment des existences idéales.

La légende d’'Hippocrate a commencé presque de son vivant. Elle se continue de nos jours, non plus, Messieurs, en ce qui regarde sa vie, mais, ce qui est bien plus fâcheux, en ce qui touche sa doctrine. Comme il serait beaucoup trop long de faire une étude d’après nature, c’est-à-dire d’après les textes, de la Collection hippocratique, on se crée un Hippocrate de fantaisie, un type imaginaire; on l'offre au public comme le représentant d’une doctrine que ni l’histoire ni l'observation moderne ne justifient; et, cela fait, on imprime fièrement dans un journal de médecine que M. Littré, dans ses traductions et ses interprétations, défigure Hippocrate par esprit de système!

Sans nous émouvoir de ces jugements.sommaires, nous avons résolûment abordé la Collection hippocratique, en ayant som de rassembler tout ce qui concorde dans les divers traités, et de faire ensuite autant de groupes distincts qu’il y a de physionomies caractérisées et de doctrines nettement définies.Ces groupes, pour plus de simplicité, nous les avons, ici, réduits à trois (1): Écrits d'Hippocrate et de l’école de Cos ; Ouvrages de l’école de Cnide; Traités sur les maladies des femmes et des enfants, qui peut-être aussi sortent de cette dernière école : encore avons-nous donné une attention spéciale à la distinction des écrits originaux d’avec les résumés (Aphorismes), les compilations (Coaques), et celle des ouvrages achevés d’avec les notes qui ont servi de matériaux pour la confection d’autres traités (2),

Quand nous connaîtrons bien Hippocrate, nous aurons la clef de la médecine jusqu'au xvn° siècle. Les systèmes qui ont un

(1) Nous avons négligé volontairement quelques opuscules, où qui sont mani festement apocryphes, ou qui ne peuvent rentrer dans un groupe régulier.

(2) IL s’agit surtout des livres Il, IV, V, Vi, VIL, des Épidémies, et du livre Des humeurs.

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