DU TABLEAU CHRONOLOGIQUE
traits de Posidonius; mais si la mention d’Archigène, qui se trouve dans un de ces extraits (II, 11, 42) lui appartient, la chronologie force à le distinguer de notre Posidonius,
(36) Diosconines Phacas vivait, au dire de Suidas, au temps de la reine Cléopâtre (52-30 ans avant J. G.); il était donc à peu près contemporain d’Apollonius de Cittium. Il faut probablement le distinguer de Dioscoride d'Alexandrie, et surtout de Dioscoride Ze jeune, cités par Galien dans son Glossaire (t, AIX, p. 105-106).
(37) Zeuxis hérophiléen, contemporain de Strabon (XII, p. 244, 245), ainsi que les deux auteurs suivants Arozconius Mys et HÉRACLIDES l'hérophiléen (Sixab., XIV, p. 558 et 742),
(38) AzexanDrg Philalèthes succéda à Zeuxis dans l’école de Laodicée (Strab., XUT, 244, 245),
(39) Démosrnënes et ArIsTOxÈNEs, disciples d'Alexandre (Galien, De diff. puls., 1V, 4, t. VIU, p. 747, et 40, p. 746).
(40) Gaïus. On ne sait rien sur cet auteur; il est cité comme hérophiléen par GC. Aurelianus (Acut., IL, 14, p. 295); son nom tout latin fait supposer qu'il vivait à une époque assez récente ; voilà pourquoi je l'ai placé après Alexandre. Ce Gaïus ou Caïus est-il alexandrin ou bien le même que Gaïus l’oculiste ou le Napolilain, cité assez souvent par Galien dans ses traités sur Les médicaments ?
(41) Dropore, nommé par Galien (Meth. med., U, 7, t.X, p. 143) comme empirique, n'est cité que par Asclépiade pharmacion (Gal., Sec. gen. V, 45; t. XII, p. 857 ; — Sec. loc. IX, 2, t. XUT, p. 937: cbid., X, 3, t. XHL, p. 361), et par Criton (Sec. loc. V, 3, t. XIE, par 834); or, cet Asclépiade, plus ancien que Criton, vivait entre 60 et 90 après J. C. Je crois en conséquence pouvoir placer Diodore entre 40 et 70 de notre ère.
(42) Tagupas et Ménopote. On voit par Sextus Empiricus, que ces médecins vivaient au temps de Trajan, qui a régné entre 98 et 417.
(43) Lycus était disciple de Quivrus, et condisciple de Saryrus et de PHEGIANUS, qui avaient été comme PELors et Numesranus, les maîtres de Galien. Il paraît que Lycus était un peu plus ancien qu'eux. Peut-être devrait-on le placer entre 130 et 160. — Je suppose que Quintus lui-même était empirique, mais je manque de données positives pour l’affirmer. — Il y à aussi un Lycus de Naples, glossateur d'Hippocrate (Érotien, p. 47), et qui s'était aussi occupé de thérapeutique (Pline XX, 83). On croit, mais sans preuve, qu'il vivait dans la première moitié du 1 siècle après J. C. — AESCHRION était compatriote et maître de Galien (Simp. med., XI, 1, 24, t. XIT, p. 356). — CazxIGrÉs ne m'est connu jusqu’à présent que par son nom et par sa qualité d'empirique (Gal., Meth. med. M, 7, t. X, p. 142-145).
Sommaire : Les principes fondamentaux de la médecine sont mis en discussion à Alexandrie. — Naissance de l’empirisme. — Ses caractères. — Ce qu'il faut penser de cet empirisme historique et de l’empirisme en général. — Seconde migration de la médecine qui passe d'Égypte et de Grèce à Rome. — Ce qu'était la médecine à Rome avant la venue d’Asclépiade. — Origines, développements, transformation et persistance du méthodisme, doctrine qui est née sur le sol de l'Italie.
Messieurs ,
Dans l’étude de la Collection hippocratique, nous avons vu bien des théories se produire ; nous avons assisté à l’éclosion de plusieurs systèmes de pathologie générale; mais les médecins de Cos ou de Cnide ne différaient pas sur les premiers principes de l’art de guérir : la méthode (c’est-à-dire le raisonnement appliqué aux faits réels ou supposés) était partout la même; c’est à Alexandrie, et dès les premiers jours de son arrivée, que la médecine se mutine et se partage en deux grandes fractions , les dogmatiques et les empiriques : ceux qui raisonnent en prenant pour base une multitude de systèmes; ceux qui rejettent toute espèce de raisonnement.
Il y a trois espèces d’empirisme : un empirisme vulgaire, celui de tous les temps, de tous les pays, qui est exercé par les fourbes et protégé par les sots : cet empirisme-là n’est point une doctrine; je ne veux pas le discuter, je le flétris; — l’empirisme historique, fondé par Philinus de Cos, développé par Sérapion et que nous devons vous faire connaître rapidement; — enfin, lempirisme de nos jours, celui de MM. Renouard ou Trousseau, mais que nous n’avons pas à discuter ici. Toutes ces espèces d’empirisme ont cela de commun que le raisonnement est banni de la médecine, ici par ignorance et là par calcul. Le
ÉCOLE MÉDICALE D'ALEXANDRIE. — EMPIRISME. al
vulgaire déraisonne ou ne raisonne pas du tou; le médecin empirique raisonne de la façon la plus subtile pour prouver Vinanité des raisonnements, si bien que l’empirisme devient sans le savoir ou sans le vouloir un véritable dogmatisme.
Dans toutes les espèces d'empirisme, la médecine se réduit à une question de thérapeutique plus ou moins élevée suivant le degré de l’'empirisme, comme si la thérapeutique était séparable de la pathologie. Il s’agit, une maladie étant donnée(mais donnée par les dogmatiques !),de trouver un remède qui guérisse. Pour la plupart desempiriques vulgaires, il y a un remède unique contre tous les maux; pour les empiriques d'Alexandrie, il y à autant de remèdes que de maladies, car le raisonnement étant bannide la médecine, il ne peut y avoir ni médication fondée sur les analogies des affections et sur celles des médicaments, ni groupes pathologiques, parce qu’on ne peut ni rapprocher ce qui se ressemble, ni séparer ce qui diffère, attendu qu’on se guide seulement sur les apparences extérieures, et que ces apparences, variant à Vinfini, multiplient les espèces morbides ; on ne tient compte ni des causes. ni des lieux affectés, ni de mille autres circonstances qui fournissent les indications et déterminent les médications ; point de classification ni pour les remèdes ni pour les maladies. L'empirisme est, entre les mains des médecins, comme entre celles du vulgaire, la négation de toute pathologie et de toute théra- peutique générales. Il n’y a plus que des maladies isolées et des médicaments spécifiques avec des étiquettes correspondantes. Le cadre nosologique et les formulaires sont également sans limites, puisqu'il n'existe plus ni unité morbide ni indications rationnelles.
L’empirisme primitif, celui des peuples sauvages, n’a jamais rien produit; quoi qu’en dise Bordeu, l'empirisme des peuples civilisés, loin d’être l’origine d’un développement scientifique quelconque, est au contraire l'enfant bâtard et dénaturé de la médecine dogmatique, aux dépens de laquelle il vit. Oui, on peut admettre qu'il y a quelques remèdes précieux fournis par l’empirisme, mais jamais l’'empirique n’usera judicieusement de ces remèdes ; en tout cas, il n’y a pas une médecine empirique régulière. Quelque effort que fassent les médecins pour enno-
blir l’empirisme prétendu scientifique, il leur est difficile de se retenir sur la pente glissante du charlatanisme,
Arrivons maintenant à l’empirisme de Sérapion et de Philinus, à l'empirisme alexandrin. [1 y a deux sources principales pour son histoire : Celse, qui est un juge; Galien, qui est un accusateur (1). Qu'il nous suffise de chercher les traits caractéristiques de lempirisme dans ces deux écrivains.
Trois voies ont constitué l’art :
I. Faits naturels ou d'expérience (épistaxis, sueurs, diarrhée), qui, en se produisant spontanément, ont entraîné soulagement ou nuisance.
Faits du hasard ou d'observation, mais non spontanés : hémorrhagie à la suite d’un coup; prendre dans une maladie un breuvage ou un aliment qui ait nui ou soulagé,.
Ces deux espêces d'expériences n’en font qu’une, puisqu'il w’y a nulle intervention de médecins.
IT. Partant de ces données, on essaye par expérience improvisée ou analogisme, dans un cas semblable, le remède qui a réussi et qui a été découvert, soit par un mouvement spontané de la nature, soit par le hasard.
IF. Expérience imitative. — Celle-là est le vrai fondement de l’art; elle consiste à essayer à diverses reprises les choses qui ont nui ou soulagé, et qui ont été suggérées par la nature, le hasard, ou de propos délibéré (analogisme). Entre la seconde et la troisième voie la différence est, comme on voit, peu considérable, puisqu'elle ne porte que sur le propos délibéré.
Tout cela constitue l’autopsie ou l'expérience. Mais, d’abord, on ne peut pas tout voir par soi-même, et alors on s’en fie aux relations des autres : c’est l’histoire. Puis on peut avoir affaire à des maladies qu’on n’a pas encore vues ou pour lesquelles le pays où l’on exerce ne fournit pas de médicaments déjà expérimentés; alors on passe du semblable au semblable, c’est-à-dire on passe d’une maladie, ou d’un remède, ou d’une partie à une maladie, ou à un remède, ou à une partie qui ont de l’analogie.
(4) Chose bizarre, on a mis parmi ses œuvres le traité De sybfiguratione empirica, celui-là même qu’il réfute mot pour mot,
EMPIRISME. 173 Exemple : de l’érysipèle à l’herpès, de la pomme à la nèfle, de la jambe au bras.
L’horreur des empiriques pour le raisonnement était telle qu’ils avaient la prétention d'observer le traitement en même temps que la maladie ; observer un pleurétique, c'était observer la saignée qui doit le guérir : de sorte qu’au lieu de se servir du mot indication, ils avaient imaginé celui d'observation sur les phénomènes. Mais comment observaient-ils la pleurésie? Tout simplement en additionnant les symptômes, caractéristiques suivant eux; c’est ce qu’ils appelaient concours de symptômes ; de sorte que Galien leur reproche avec raison de faire un choix dans les symptômes, de ne pas tenir compte de tous, par conséquent de raisonner pour éliminer les uns et conserver les autres. Même avec ce secours ils couraient grand risque de se tenir aux plus grossiéres apparences, et jamais ils ne pouvaient faire un diagnostic différentiel, puisqu’à l'horreur du raisonnement, de la recherche des choses cachées, ils joignaient la négation absolue de l'utilité de la recherche de la nature des maladies, de leurs causes et aussi de l'étude de l’anatomie; en d’autres termes, ils agissaient à l’aveugle, à peu près comme nos empiriques actuels.
Jugé par rapport à l’antiquité, par rapport au niveau scientifique où il s’est produit, l’empirisme alexandrin est une déviation et un abaissement considérable de la médecine. — Déjà Ja grande médecine d’Hippocrate, celle qui consiste à reconnaître des groupes pathologiques et des médications correspondantes, avait beaucoup souffert par la prédominance de la méthode cmidienne; mais les empiriques, loin de respecter ni les groupes ni les médications, loin de rattacher, comme les Cnidiens, les affections à leurs causes, loin de les rapprocher les unes des autres à l’aide de théories même insuffisantes ou fausses, par exemple par celle des fluxions, laissent chacune de ces affecons à l’état de complet isolement l'une par rapport à l’autre, et par rapport à l'organisme lui-même. La médecine empirique est exactement une dissection où l’on séparerait chaque partie, et dont on dirait pour chacune d'elles : Voilà le corps!
Avec le légitime emploi de la méthode expérimentale il n’y a