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INSTITUTIONS MÉDICALES A SALERNE

raires, avant de se présenter à l’école de médecine ; les études théoriques médicales doivent durer au moins cinq ans ; il y a de plus un an de stage chez un praticien expérimenté, ce qui semblerait prouver qu’il n’y avait pas de clinique dans les hôpitaux, mais seulement en ville ; la chirurgie fait partie de la médecine ; cependant tout médecin qui doit exercer la chirurgie consacrera un an à l'anatomie humaine et à la pratique des opérations; nul ne peut exercer, s’il n’a été reçu dans la forme consacrée par les membres du collége de Salerne, et si ses lettres testimoniales n’ont été revêtues de l'approbation de l’empereur ou de son délégué ; des peines sévêres, la confiscation des biens mobiliers, la prison même, sont édictées contre tout délinquant, Le texte des leçons faites par les maîtres sera pris dans les livres authentiques (autorisés), ceux d’Hippocrate et de Galien. Les honoraires sont tarifés pour la ville et pour les environs : le médecin recevra un demilarenus (1) par jour, s’il ne sort ni de la ville ni du château ; trois fareni par jour s’il va à la campagne et s’il est hébergé par le malade; quatre fareni s'il n’est pas défrayé; les visites sont fixées à deux par jour et une pour la nuit, à la réquisition du malade. Les pauvres sont toujours soignés gratuitement. Les droguistes (sfationari) et les apothicaires (confectionarü) sont placés sous la surveillance des médecins, qui ne devront jamais faire de marché avec eux, ni mettre des fonds dans leurs entreprises, ni tonir d’officine pour leur propre compte. Ceux qui vendent ou qui confectionnent les drogues prêtent serment de se conformer au Codex; leur nombre est limité; il n’y en a que dans certaines villes déterminées ; les prix sont réglés suivant que les substances médicamenteuses pourront ou non se conserver pendant un an dans la boutique. Deux inspecteurs impériaux sont particulièrement chargés, avec les maîtres de Salerne, de veiller à l’exacte préparation des électuaires et des sirops. Les règlements d'hygiène publique et de police médicale, surtout en ce qui concerne les maladies contagieuses, la vente des poisons, des philtres amoureux et d’autres charmes, sont promulgués avec une grande solennité.

(4) Le farenus était une petite monnaie d'or équivalant à 20 grains ou 9 carlins.

Une fois que nous avons vu le terrain en Occident s’affermir Sous nos pas, nous avons porté nos regards du côté de lOrient, où le flambeau des sciences et des lettres venait de se raviver en quittant l'empire usé de Byzance.

Les violences de la politique, les persécutions religieuses, plus encore, peut-être, que les invasions sanglantes des Barbares, avaient dispersé les lettrés, les savants et leurs livres. La littérature scientifique grecque, au moment de la venue de Mahomet, était exilée en Perse, chez les juifs et parmi les chrétiens nestoriens ou jacobites. Presque tous les ouvrages de science, c’est-àdire les ouvrages les plus immédiatement utiles, médecine, astronomie, mathématiques, etc., avaient été traduits en syriaque, en hébreu, en persan, avant de passer de ces langues dans l'idiome arabe. Il est aujourd’hui généralement admis, d’après les recherches de M. Renan et de quelques autres érudits, que ce sont surtout les Syriens qui ont traduit dérectement du grec, tandis que les autres peuples orientaux ont, à leur tour, traduit ordinairement du syriaque. Les Arabes, loin de contredire la règle, la confirment sur presque tous les points : quand un ouvrage est traduit directement du grec en arabe, la traduction est l'œuvre d’un étranger, et d’un étranger de race chrétienne; les Arabes, qui n’ont jamais su le grec, se contentent généralement du métier de réviseurs pour le style des traductions (1). De plus, la médecine scientifique n’a jamais été, chez les Arabes, qu'une médecine d'emprunt ; elle n’a servi de rien non-seulement aux Arabes, mais à tous les musulmans. La médecine grecque, qui avait pénétré en Perse et en Syrie bien avant que

()bes traductions dérivées du persan, de l’hébreu ou du syriaque, sont pour laplupart également dues à des mains étrangères, juives ou chrétiennes. Les-traductions.du syriique en arabe sont en général les premières en date; un peu plus lard, les kKalifes.ont fait rechercher les originaux grecs pour qu’ils fussent traduits diréctément.en arabe. C'est encore par les Persans que les Arabes ont eu connaissancedes.livres médicaux indiens, — Voyez Wenrich, De auctorum graecorum vensionibus el commentarüs syriacis, arabicis, .armeniacis, persicisque (Lipsiae, 1842,in-8). On remarquera que, parmi les nombreux auteurs médicaux dont les traductions sont indiquées par Wenrich, on ne voit figurer aucun écrivain

méthodique. Ainsi la fortune du méthodisme a été bien différente en Orient et en Occident.

d'arriver aux Arabes, n’y fut pas moins stérile, puisque ces deux pays ne semblent avoir servi que transitoirement, soit d’entrepôts pour les traductions préparatoires aux traductions arabes, Soit de pépinière pour les médecins du kalifat d'Orient (1). Valeis ou secrétaires des Arabes, les Perses, les Syriens, même les Juifs, ne pouvaient exercer aucune influence décisive sur la direction des études ; la porte était partout, en Orient, fermée à tout progrès, une fois qu’on eut épuisé la veine étrangère.

Pour diverses raisons qu’il n’est pas nécessaire de rappeler ici, le véritable Arabe, le guerrier ou le pasteur, est resté fidèle à ses foubibs , c’est-à-dire à ses jongleurs, rebouteurs ou mapgiciens (2). Il est vrai que, durant la splendeur de la domination des Arabes, les souverains ou les grands personnages avaient des médecins attachés à leur personne, mais c’élait plutôt pour en exiger des miracles que pour leur demander des cures naturelles; encore aujourd’hui, en Algérie, ce sont les toubibs qui ont gardé la confiance du peuple. La foi mahométane a so/éré l'étude de la médecine et la pratique médicale, même elle a souffert que de grandes faveurs (chèrement achetées par la perte de la liberté et souvent de l'honneur) fussent accordées aux médecins : mais la loi n’a pas sanctionné ces hardiesses pour les croyants; aussi les médecins réputés arabes sont, pour la plupart, des médecins d’origine étrangère qui Ont embrassé, au moins en apparence, la religion du prophète (3).

Ces réserves porteraient à croire que la culture intellectuelle

(1) Hy aurait, si je ne me trompe, ‘un sujet de recherches nouvelles sur la fortune de la médecine scientifique (j'entends toujours la médecine d'importation, ou d'emprunt), dans la partie reculée de l'Orient après que la domination ou l'influence musulmane s’y fut établie,

(2) Vous avez pu apprécier ce qu'était antrefois et ce qu'est maintenant cette médecine de charlatans ou d’illuminés chez les Arabes proprement dits, et même chez presque toutes les populations musulmanes, par quelques fragments du Coran, par le précieux Ouvrage de M. Caussin de Perceval sur les Arabes avant Mahomet ; par la Médecine du Prophète; par l'ouvrage de M. Bertherand : La médecine et l'hygiène des Arabes ; enfin par le. Voyage de Palgrave dans l'Arabie centrale.

(3) 11 y à eu chez les Arabes des médecins amateurs où philiatres, comme autrefois à Alexandrie ot à Rome; mais on rencontre peu de médecins, professeurs ou praticiens, parmi les descendants d'Tsmaël, surtout en Orient et dans les premiers siècles de lhégire,

aëté fort négligée chez les Arabes. Or, c’est précisément le contraire qui a eu lieu. En dépit des proscriptions du Coran contre étude des lettres classiques, par suite même des exigences de la loi pour l'éducation théologique des enfants, et en raison de la pente naturelle de l’esprit vers le fruit défendu, l'instruction profane, mais une instruction presque exclusivement nationale et littéraire, avait fait parmi les Arabes des progrès aussi rapides que l’instruction religieuse. La curiosité était éveillée à ce point, que les Arabes s'étaient pris de passion pour toute espèce de professeur, pour toute espèce de leçon, et pour les livres de tout genre (1), mais, généralement, sans tirer de ces études d’autre profit qu'une satisfaction purement égoïste, el surtout sans les faire servir à des applications pratiques.

Les anciennes académies du kalifat d'Orient étaient surtout théologiques ou grammaticales ; il n’en était pas de même pour celles du kalifat d'Occident (Maures d'Espagne), où l’on remarque plus de liberté d’esprit, un plus grand développement de la science et moins de crainte, chez les savants d’origine arabe, de se déshonorer par les œuvres médicales (2). On compte six médecins à l'académie de Cordoue, dont Abulcasis ; six à celle de Grenade ; deux à Tolède ; à Séville, Avenzobar et Averrhoes (qui venait de Cordoue); trois à Valence; deux à Almeira ; enfin, Ibn-Beithar à Malaga. Il y avait aussi, dans ces diverses académies,

(1) Voyez, par exemple, l'excellent mémoire de Haneberg : Écoles et enseignement chez les Arabes, publié à Berlin, en allemand, en 4850, in-4, et l'Histoire des académies arabes, par Wüstenfeld (Goettingue, 1837, in-8). — Au rapport d'Abul-Féda, dans ses Annales, un savant avait accumulé tant de livres en sa maison, .que sa femme, ne pouvant le corriger de cette passion, ne crut pas pouvoir trouver de meilleur remède que d’étouffer son mari durant son sommeil sous un monceau d'in-folios. Douce mort pour un bibliophile !...+ Je suis sûr qu'au milieu duCauchemar qui accompagna son dernier soupir, le savant tout joyeux crut presser.ses.chers livres sur son cœur !—Les grands seigneurs eux-mêmes recherchaient les livres, car, suivant Ibn-Kallikan, un vizir ne voyageait jamais sans être accompagné de trente chameaux chargés de volumes. Wüstenfeld et Quatremère citent plusieurs bibliothèques; chaque Académie en possédait au moins une.

(2) Voyez le mémoire de Middeldorpf Sur Les institutions littéraires des Arabes d'Espagne. Gocttingue, 1810. — Beaucoup de médecins du khalifat d'Occident (on en connait environ 80) ont une origine étrangère.

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